Sothema a lancé une augmentation de capital de 630,4 MDH, réservée exclusivement à Abdellaziz Razkaoui et au fonds Capmezzanine III, afin de finaliser l’intégration de Soludia Maghreb au sein du groupe. L’opération, qui s’étale du 9 au 22 décembre 2025, prévoit l’émission de 406.728 actions nouvelles, libérées par apport en nature des titres de Soludia détenus par les deux investisseurs.

Au-delà de l’opération elle-même, que signifie réellement ce mouvement pour Sothema, pour son actionnariat et pour sa trajectoire boursière ?

Une opération intimement liée à Soludia, pivot d’un nouvel axe stratégique

L’augmentation de capital lancée par Sothema ne se comprend réellement qu’à la lumière de l’acquisition de Soludia Maghreb, un acteur incontournable de l’hémodialyse au Maroc.

Pour le groupe, il ne s’agit pas d’un simple mouvement capitalistique, mais d’un changement d’échelle : Sothema met la main sur une aire thérapeutique qu’elle ne couvrait pratiquement pas jusqu’ici, tout en intégrant un actif industriel capable de soutenir son expansion régionale.

Soludia occupe une position particulière dans l’écosystème marocain : l’entreprise a bâti, depuis plus de vingt ans, une expertise reconnue dans la fabrication de solutions d’hémodialyse, au point de devenir la référence nationale du segment. Cet ancrage en fait un maillon stratégique de la souveraineté sanitaire, à un moment où le pays renforce ses capacités locales de production.

Pour Sothema, l’opération répond donc à plusieurs ambitions simultanées. Sur le plan industriel d’abord : l’intégration de Soludia permet au groupe d’élargir son portefeuille thérapeutique, de consolider une filière essentielle et de monter en puissance dans un domaine où la demande est en forte croissance.

« Sur le plan financier ensuite : en consolidant Soludia, le groupe anticipe un chiffre d’affaires d’environ 3,5 MMDH en 2025, pour un EBITDA dépassant 800 MDH, selon les projections internes. Une dynamique qui reflète le potentiel de croissance du nouvel ensemble, notamment grâce à la mise en service d’une nouvelle unité industrielle chez Soludia », précise Sothema.

Mais les enjeux dépassent le marché local. Sothema voit dans cette acquisition un levier pour accélérer son développement en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient, deux zones où le groupe est déjà présent et où la demande en produits de santé, particulièrement en dialyse, progresse rapidement. L’intégration de Soludia offre ainsi une base industrielle renforcée pour étoffer son offre dans ces régions.

Le montage financier de l’opération illustre d’ailleurs cet alignement stratégique. « Le prix d’acquisition de Soludia avoisine 1 MMDH, mais ses principaux actionnaires ; Aziz Razkaoui et CDG Invest Growth ont choisi de convertir 80% de leurs titres en actions Sothema plutôt que d’opter pour un paiement en cash. Un arbitrage qui traduit une confiance affirmée dans la trajectoire future du groupe. Le paiement en numéraire se limite à environ 365 MDH, assorti d’un complément potentiel de 95 MDH conditionné aux performances futures de Soludia ».

Enfin, « cette acquisition s’inscrit dans une feuille de route stratégique plus large. Pour la période 2025-2030, Sothema articule son développement autour de quatre priorités : consolider son leadership national, accélérer son expansion en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient, renforcer son excellence scientifique : notamment via l’innovation dans les pathologies lourdes et créer une valeur financière durable pour ses actionnaires. Le dynamisme du pipeline produits en témoigne : une dizaine de nouveaux médicaments ont été lancés au premier semestre 2025, et la seconde moitié de l’année doit voir l’arrivée d’innovations en oncologie, cardiologie ou encore dans des maladies chroniques comme la sclérose en plaques », ajoute Sothema.

Dans ce contexte, l’intégration de Soludia apparaît comme une pièce maîtresse : elle confère au groupe une présence élargie sur un segment critique de la santé publique, renforce sa capacité de production et consolide une base industrielle nécessaire pour franchir un nouveau cap dans son expansion.

Un impact financier immédiat et une lecture boursière mesurée

L’augmentation de capital renforce substantiellement la structure financière de Sothema.

Selon les données du prospectus, les capitaux propres consolidés passent d’environ 1,50 MMDH à 2,13 MMDH, soit un apport net de 630 MDH.

Sur le plan social, les capitaux propres suivent la même dynamique, passant de 1,27 MMDH à 1,9 MMDH après intégration de l’opération. Cette amélioration mécanique des fonds propres, sans recours à l’endettement, offre au groupe une base financière élargie pour absorber l’acquisition de Soludia et poursuivre ses investissements industriels.

L’impact sur la structure actionnariale reste limité. Après l’opération, le capital passe de 7,2 millions à 7,6 millions d’actions, soit une dilution d’environ 5%, répartie exclusivement entre les deux investisseurs apporteurs : Abdellaziz Razkaoui (3,55%) et Capmezzanine III (1,8%). Le flottant reste inchangé en termes de nombre des actions, mais la part passe à 11,13%, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’effet particulier sur la liquidité du titre.

Sur le plan boursier, « l’opération n’a pas vocation à modifier la thèse d’investissement de Sothema. Il s’agit avant tout d’un montage destiné à financer l’acquisition de Soludia, sans appel au marché et sans pression sur la trésorerie. En d’autres termes, l’effet immédiat sur le cours est généralement neutre dans ce type de configuration : la dilution est faible, le flottant inchangé et la structure de contrôle reste stable », précise un analyste.

Dans ce contexte, « la vraie question n’est pas l’impact technique de l’opération, mais ce qu’elle apporte au profil du groupe ». Or, en 2025, Sothema figure déjà parmi les plus fortes progressions du marché : le titre affiche une hausse de près de 90% en YTD, portant la capitalisation boursière à environ 12 MMDH.

« L’opération s’inscrit donc dans une dynamique déjà favorable, où le marché valorise la croissance du groupe, sa diversification thérapeutique et sa capacité à intégrer un actif comme Soludia ».

« L’augmentation de capital peut ainsi être interprétée comme un renforcement des fondamentaux plutôt qu’un événement susceptible de créer une volatilité particulière ».