Le drame s’est produit dans la nuit du mardi au mercredi 9/10 décembre 2025 dans le quartier Al Massira de Fès. A l’origine, les premiers récits incriminent l’auto-construction. Mais qui a construit? Qui a donné l’autorisation ou fermé les yeux? Deux enquêtes ont été ouvertes, l’une administrative et l’autre judiciaire. Une expertise technique est également en cours. Le bilan est connu: 23 morts au moment de la publication de ces lignes et une quinzaine de blessés, tous frappés de plein fouet au moment où se tenait une cérémonie de baptême en fin de soirée.
Ce drame rappelle une réalité que l’on préfère connue : celle de l’habitat menaçant ruine et des défaillances qui l’entourent.
Comme dans tout drame de cette nature, une distinction s’impose. La responsabilité pénale individuelle relève de la justice, seule habilitée à établir d’éventuelles fautes ou négligences. Mais au-delà du judiciaire, se pose une autre question, tout aussi légitime : celle de la responsabilité institutionnelle, administrative et politique.
Cette responsabilité n’est ni automatique ni émotionnelle; il ne s’agit pas de trouver un bouc émissaire. Elle se mesure selon un critère central : le drame était-il évitable? En d’autres termes, le risque était-il connu, signalé, documenté ? Et si oui, quelles décisions ont été prises — ou non prises— pour le traiter ?
Les collectivités locales ont, en principe, la charge de recenser les bâtiments menaçant ruine, de prendre les arrêtés de péril nécessaires, d’ordonner les évacuations et d’en assurer le suivi. Lorsque des immeubles identifiés comme dangereux continuent d’être occupés, la question n’est pas seulement sociale. Elle est administrative.
Les services techniques et de l’urbanisme jouent, eux aussi, un rôle déterminant. Contrôle du bâti, surveillance des travaux, respect des normes : autant de missions dont l’efficacité conditionne directement la sécurité des habitants. L’enquête devra déterminer s’il y a eu travaux non autorisés, contrôles insuffisants ou tolérance d’irrégularités.
À un niveau plus large, l’État porte une responsabilité structurelle. Celle des politiques publiques de lutte contre l’habitat dégradé, de leur financement et de leur mise en œuvre. La lenteur des programmes de relogement, les difficultés de coordination entre administrations et l’écart entre annonces et exécution constituent des failles connues, mais persistantes.
Le drame de Fès ne renvoie donc pas à une faute unique, mais à une chaîne de manquements potentiels. Même en l’absence d’intention ou de responsabilité pénale directe, l’échec de la prévention interroge la capacité à protéger les citoyens face à des risques identifiés.
Il ne s’agit ni de désigner des responsables avant l’heure ni de céder à l’émotion. Il s’agit d’exiger des réponses fondées sur les faits : rapports existants, alertes éventuelles, décisions prises et suivies — ou laissées sans effet. Nous savons que les autorités ont parfois fait preuve de prévention et on su éviter des drames. Dans d’autres cas, il a été très difficile de déloger les habitants. Et enfin, n’y a4-t-il pas des cas où des collectivités ont fermé les yeux?
Sans clarification ni correction durable, l’habitat menaçant ruine restera un sujet traité après coup, au gré des drames; ou anticipé partiellement. Et la question centrale ne sera plus de savoir ce qui s’est passé à Fès, mais pourquoi ce qui était prévisible continue de ne pas être empêché.