Holmarcom et BNP Paribas ont confirmé être entrés en discussions exclusives autour d’un éventuel rachat de la participation de 67% détenue par le groupe français dans BMCI. À ce stade, il s’agit de premiers échanges : aucun accord n’a été conclu et toute avancée resterait conditionnée aux autorisations réglementaires, notamment celles du Conseil de la concurrence.

Comme dans tout processus de ce type, plusieurs scénarios demeurent possibles. Les discussions peuvent se traduire par un accord formel, mais elles peuvent aussi rester sans suite. Pour l’instant, seule la phase de négociation est ouverte.

BNP Paribas, pour sa part, précise que « si la transaction devait se conclure courant 2026, l’impact positif sur le ratio CET1 de BNP Paribas à la date de réalisation serait d’environ +15 pbs« .

Ce ratio, qui mesure les fonds propres de haute qualité rapportés aux risques portés par la banque, est l’indicateur de référence de la solidité financière des établissements.

Autrement dit, la sortie de BMCI du périmètre consolidé allégerait légèrement les risques pondérés de BNP Paribas, ce qui améliorerait mécaniquement son capital réglementaire. Elle se traduira également par un produit non négligeable dans le bilan de la banque française. Les 15 pbs donnent également sur l’évaluation que cible la banque française.

Pour rappel, deux grandes banques françaises ont déjà quitté le Maroc : Crédit Agricole, qui a cédé sa participation dans Crédit du Maroc à Holmarcom, plus récemment Société Générale, dont les filiales SGMB et La Marocaine Vie ont été reprises par le groupe Saham.

Ces retraits successifs de grandes banques françaises vont rebattre les cartes pour les acteurs marocains. Avec l’arrivée d’actionnaires locaux aux commandes de groupes auparavant pilotés depuis Paris, la dynamique concurrentielle devrait clairement se renforcer. Des banques plus agiles, plus proches du marché, plus rapides et indépendantes dans leurs décisions vont désormais se mesurer directement aux acteurs historiques.

Le groupe Holmarcom

Le groupe Holmarcom est une holding familiale marocaine de renom, présidée par Mohamed Hassan Bensalah.

L’organisation repose sur quatre pôles d’activité : la finance, l’agro-industrie, la logistique et l’immobilier. Cette structure résume l’essentiel du périmètre du groupe, sans entrer dans le détail de chaque segment.

Dans cet ensemble, trois sociétés sont cotées à la Bourse de Casablanca : Les Eaux Minérales d’Oulmès, AtlantaSanad Assurance et Crédit du Maroc.

Holmarcom est aujourd’hui le principal actionnaire de Crédit du Maroc. Le groupe en détient une part majoritaire de façon directe, à travers Holmarcom Finance Company, qui possède 54,61% du capital.

À cela s’ajoute une participation, portée cette fois par AtlantaSanad, qui détient 11,04%. Au total, le groupe Holmarcom contrôle donc 65,6% de la banque Crédit du Maroc.

Aux côtés de Crédit du Maroc, AtlantaSanad est l’autre grande filiale financière de Holmarcom. Le groupe en détient un peu plus de 61% à travers Holmarcom Insurance Activities et Holmarcom SA. Le reste du capital est partagé entre quelques institutionnels, dont le CIH et la CDG, ainsi qu’un flottant encore présent sur le marché.

Ce lien capitalistique prend de l’importance aujourd’hui, car AtlantaSanad détient aussi une petite participation dans BMCI. Holmarcom était donc déjà présent, même marginalement, au capital de la banque avant l’ouverture des discussions exclusives avec BNP Paribas. Cette participation montre que le groupe ne découvre pas totalement la BMCI. Et cela s’inscrit dans la continuité de son ancrage dans le secteur bancaire depuis la reprise de Crédit du Maroc.

Dans le scénario où Holmarcom rachèterait la participation de BNP Paribas, ce bloc s’ajouterait aux 8,44% détenus par AtlantaSanad. L’ensemble placerait alors le groupe immédiatement au-delà du seuil de 75% du capital, ce qui lui donnerait une position forte dès l’aboutissement de l’opération.

BMCI et Crédit du Maroc sont aujourd’hui deux banques distinctes, chacune opérant sous son propre actionnariat. Si les discussions en cours entre Holmarcom et BNP Paribas aboutissent à une acquisition, la question d’un éventuel rapprochement entre les deux banques pourrait se poser. Il ne s’agit pour l’heure que d’une hypothèse et rien n’a été annoncé en ce sens. L’idée apparaît simplement parce que les deux établissements pourraient, dans ce cas, se retrouver dans le même groupe.

Les données financières de BMCI

BMCI termine les neuf premiers mois de 2025 avec une activité bien orientée. Le produit net bancaire atteint 2,95 MMDH, en légère progression par rapport à l’an dernier, et le résultat brut d’exploitation s’élève à 1,76 MMDH, traduisant un équilibre entre revenus et maîtrise des charges.

Le résultat net social ressort à 367 MDH, en nette hausse, grâce notamment à une baisse du coût du risque sur cette base. En consolidé, le résultat net se stabilise autour de 313 MDH, l’effet positif du résultat d’exploitation étant atténué par un renforcement des provisions.

Le coût du risque évolue de manière contrastée : il diminue nettement en social, à 401 MDH, mais augmente en consolidé, pour atteindre 603 MDH. Cette différence tient principalement au périmètre des filiales consolidées et à la prise en compte de portefeuilles spécifiques.

Les crédits à la clientèle s’établissent à 55,1 MMDH, un niveau en retrait par rapport à fin 2024, tandis que les dépôts restent quasiment inchangés à 48,1 MMDH. Les ratios réglementaires demeurent confortables, avec un ratio de solvabilité de 13,5% et un ratio de liquidité de 129%.

Actionnariat de BMCI à fin juin 2025

Source : AMMC

Les données financières de Crédit du Maroc

Crédit du Maroc termine le troisième trimestre 2025 sur une dynamique clairement orientée à la hausse. Les crédits ont progressé de 5,2% sur un an pour atteindre 58,1 MMDH, une évolution tirée à la fois par les entreprises et les particuliers, avec des niveaux de croissance marqués sur les crédits à l’équipement, le crédit-bail ou encore le financement de la PME.

Les ressources clientèle suivent le même mouvement. Elles s’élèvent à 58,47 MMDH, en hausse de 6,8%, portées essentiellement par la progression des dépôts à vue, qui gagnent 10,7% sur un an pour atteindre 42,1 MMDH.

Le produit net bancaire affiche une croissance de 9,8%, pour s’établir à 2,68 MMDH, soutenu par la marge d’intérêt, les commissions et la contribution en hausse des filiales spécialisées. Le résultat brut d’exploitation progresse également de 13,1%, à 1,47 MMDH, grâce à la maîtrise des charges et à l’amélioration du coefficient d’exploitation.

Le coût du risque recule nettement, à 228 MDH, soit une baisse de 21%, permettant au résultat net consolidé d’enregistrer une progression marquée de 19,9%, pour atteindre 690 MDH au 30 septembre 2025. Le ratio de solvabilité, lui, s’améliore à 13,86%, au-dessus du seuil réglementaire de 12%.

Actionnariat du CDM à fin juin 2025

Source : AMMC

Les métiers de BMCI et de Crédit du Maroc : un socle commun, mais une organisation différente

BMCI dispose de près de 249 agences au Maroc à fin 2024, tandis que Crédit du Maroc compte 268 agences. Bien que BMCI et Crédit du Maroc exercent toutes deux les métiers de banque universelle, la structuration et la mise en avant de ces activités diffèrent nettement.

Du côté de BMCI, les activités s’inscrivent dans une architecture relativement classique, articulée autour de grands pôles : la banque de détail, la banque de l’entreprise, les activités de marché et le crédit à la consommation via la business unit Personal Finance.

La banque précise ainsi que sa ligne Retail regroupe les activités destinées aux particuliers et professionnels, tandis que la ligne Corporate couvre les services aux entreprises, incluant le trade finance, le cash management, les financements structurés ou les opérations de marché. Les métiers spécialisés – intermédiation boursière, assurance, leasing, gestion d’actifs – sont logés dans des filiales comme BMCI Bourse, BMCI Assurance, BMCI Leasing, ou encore la banque offshore, mais demeurent intégrés dans une organisation qui met l’accent sur de grands ensembles fonctionnels.

Pour Crédit du Maroc, le document de référence montre une organisation beaucoup plus segmentée en filières métiers. Les activités ne sont pas regroupées dans de larges blocs, mais individualisées en unités dédiées. Ainsi, CDM Immobilier prend en charge l’ensemble du crédit habitat et le développement de l’offre destinée à la promotion immobilière, tandis que CDM Salaf porte le crédit à la consommation et travaille sur l’ajustement des règles d’octroi et l’amélioration des parcours clients.

Le leasing et le factoring sont réunis dans une filiale unique, Crédit du Maroc Leasing & Factoring, et la bancassurance est portée par CDM Assurances, qui développe notamment les produits « takaful ».

La différence la plus marquante concerne toutefois les activités de marchés. Chez BMCI, elles s’inscrivent dans un pôle de marché classique, intégré au modèle global. À l’inverse, Crédit du Maroc a structuré une banque d’investissement à part entière, regroupant la salle des marchés, l’intermédiation via CDM Capital Bourse, la gestion d’actifs portée par CDM Patrimoine et une activité de conseil en opérations de haut de bilan (M&A, ECM, DCM).

Les deux banques couvrent également la finance participative, mais là encore l’approche diverge. BMCI propose son offre participative via la marque Najmah, tandis que Crédit du Maroc l’organise au sein de la fenêtre Arreda, soutenue par un comité hebdomadaire chargé d’instruire et de valider les financements participatifs, ce qui témoigne d’un dispositif interne plus formalisé.

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Source: medias24.com

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Source: medias24.com

https://medias24.com/2025/12/11/holmarcom-en-negociation-pour-la-reprise-de-la-bmci-1593769/