À quelques jours du coup d’envoi de la CAN 2025, le Maroc a opéré un changement structurant dans la gouvernance de ses infrastructures sportives.

Depuis octobre dernier, six sociétés régionales de gestion des infrastructures sportives ont été créées dans les villes appelées à accueillir cette grande compétition continentale (Rabat, Fès, Casablanca, Tanger, Marrakech et Agadir).

Ces sociétés viennent remplacer la Sonarges, dans des missions qui étaient dévolues à cette dernière. Ce qui laisse le champ de l’interprétation ouvert à l’idée que la Sonarges a tout bonnement été écartée de la gestion des infrastructures sportives.

Une décision tardive dans le calendrier, mais lourde de sens, qui soulève plusieurs interrogations : pourquoi ce changement de modèle ? Que deviendra la Sonarges ? Et, surtout, quel est le nouveau schéma de gouvernance prévu par l’État ?

Un basculement de dernière minute

Jusqu’à récemment, la Société nationale de réalisation et de gestion des équipements sportifs (Sonarges) était pressentie pour piloter la gestion des stades et infrastructures concernées, notamment à l’approche de la CAN 2025.

Rien qu’à Casablanca, la Société s’était vu confier la gestion du Complexe sportif Mohammed V en 2023, à la suite d’une convention de dix ans signée notamment avec la commune. La gestion du stade Larbi Zaouli et de ses équipements lui avait également était dévolue en 2024 pour une durée similaire, ainsi que la Casablancaise des sports, récemment rénovée.

La Sonarges devait également prendre en charge d’autres stades de la métropole, mais aucune information officielle détaillée n’a depuis été communiquée à ce sujet.

Par ailleurs, le décret n° 2-25-360, publié au Bulletin officiel en août dernier, a entériné l’octroi à la Sonarges d’une concession portant sur la modernisation, l’entretien, l’exploitation et la construction des stades de Rabat, Fès, Tanger, Marrakech et Agadir. Cette concession inclut le projet phare de la construction du futur Grand Stade Hassan II à Benslimane.

Établissement public créé en 2009, et placé sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports, la Sonarges s’est donc vu confier une responsabilité considérable dans la réussite des prochaines compétitions organisées par le Maroc, avant un retrait opéré de manière soudaine.

À la surprise générale, et à quelques jours du coup d’envoi de la CAN 2025, l’État a finalement opté pour la création de sociétés anonymes régionales, dédiées chacune à une zone géographique précise.

Ce basculement traduit-il un désaveu de la Sonarges ou une remise en question de son modèle de gestion ?

Une gestion plus neutre…

À ce stade, aucune information officielle n’explique ce basculement. Toutefois, des sources dans la gestion locale consultées par Médias24 estiment que ce changement repose sur deux principales raisons, l’une politique et l’autre administrative.

« Les secteurs relevant des prérogatives du ministère de l’Intérieur s’appuient historiquement sur des mécanismes de gouvernance jugés plus efficaces, plus neutres et plus directement pilotables par l’État », nous explique-t-on sur le volet politique.

« Ainsi, dans les domaines où il peut exister une capitalisation politique, comme le sport et particulièrement le foot, qui reste fortement exposé médiatiquement, l’État a privilégié des structures institutionnelles neutres », commente une de nos sources.

En effet, cette logique se traduit concrètement dans l’actionnariat des nouvelles sociétés. L’État, représenté par le ministère des Finances, y détient une participation majoritaire de 50%, sur un capital social fixé à 20 millions de dirhams (MDH) pour chacune de ces sociétés régionales. Le reste du capital est réparti entre la Fédération royale marocaine du football (FRMF), ainsi que les communes et régions.

Les nouvelles structures, à capitaux publics, ont donc pour actionnaires les parties prenantes concernées, que ce soit au niveau central ou régional.

… et plus efficace !

La seconde raison est d’ordre administratif et opérationnel. L’objectif, selon nos interlocuteurs, est une plus grande réactivité et flexibilité pour réussir ces événements. Plusieurs milliards de dirhams sont investis dans les stades, le transport, les aéroports, les routes et les infrastructures connexes.  L’État met donc tout en œuvre pour que la gestion soit à la hauteur des enjeux.

Justement, à en croire des élus de la ville de Casablanca, on a reproché à la Sonarges son incapacité à assurer la gestion de ces stades selon les standards de la FIFA et de la CAF.

Le choix, donc, du statut de société anonyme (SA) n’est pas anodin, puisque l‘efficacité est le maître-mot de ce nouveau mode de gestion.

« Dans un contexte où la gestion d’un stade doit parfois se jouer dans l’urgence, la différence est majeure. Là où une administration doit lancer un appel d’offres ou un bon de commande pour remplacer une simple ampoule, une SA peut agir immédiatement, comme n’importe quelle entreprise privée », expliquent nos sources.

La questions des compétences est également soulevée. « Contrairement à l’administration classique, une SA permet de recruter des profils de haut niveau (managers, ingénieurs, experts techniques), d’offrir des rémunérations alignées sur le marché privé et d’agir avec plus de souplesse opérationnelle », nous confie-t-on.

Ce qui facilite l’attraction des compétences indispensables à la gestion d’un événement d’une telle envergure.

La loi 17-95 relative aux sociétés anonymes ne fixe en effet aucun plafond légal aux rémunérations. Elle confie au conseil d’administration le soin de déterminer la rémunération du directeur général et des directeurs généraux délégués (article 67 bis).

Que deviendra la Sonarges ?

La question du sort de la Sonarges reste toutefois posée. À ce stade, aucune communication officielle ne tranche sur son avenir. Contactée par Médias24, la société est restée injoignable.

Selon nos informations, une des pistes envisagées est une réorientation de ses missions, notamment vers la gestion des équipements sportifs d’autres disciplines que le football.

Mais cette piste ne résiste pas à la lecture des statuts des nouvelles sociétés régionales qui ne spécifient pas un périmètre d’action dans le football, mais bien au-delà.

Consultés par nos soins, les statuts de plusieurs de ces nouvelles sociétés régionales précisent leur objet social :

– la gestion, l’exploitation et la maintenance des infrastructures sportives existantes et prévues d’être réalisées dans chacune des six régions concernées ;

– l’organisation et l’accueil de manifestations sportives, culturelles et événementielles ;

 – la valorisation économique des équipements (location, sponsoring, partenariats, services annexes) ;

– la contribution au développement du sport et de l’animation territoriale.

Le conseil d’administration dispose quant à lui de larges prérogatives, dont la définition de la stratégie et le contrôle de la bonne gouvernance.

Reste à savoir ce qu’il adviendra de la Sonarges…