Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25% à l’issue de la quatrième réunion trimestrielle de l’année 2025. 

Une décision largement attendue par le milieu des affaires et les investisseurs, et qui n’a pas suscité de surprise particulière, comme en témoigne le ressenti recueilli auprès de nos sources. 

Les premières réactions 

« Le maintien du taux directeur à 2,25% est largement perçu comme une décision cohérente. Aujourd’hui, la politique monétaire en place est jugée adéquate au regard de l’environnement macroéconomique. L’inflation reste basse, les anticipations sont bien maîtrisées et il n’y avait pas d’urgence à agir davantage », estime un analyste de la place. 

« La Banque centrale est clairement dans une phase d’observation. Elle veut s’assurer que les précédentes baisses se transmettent effectivement à l’économie réelle. Tant que cette transmission reste partielle, il est logique de privilégier le statu quo », poursuit-il. 

« Il faut aussi tenir compte du contexte global. Même si la situation domestique est plutôt confortable, le niveau d’incertitude à l’international reste élevé. Dans ce cadre, Bank Al-Maghrib a choisi la prudence, sans envoyer de signal excessivement accommodant ». 

Pour autant, « il n’y avait pas non plus de consensus total. Même si l’objectif premier de Bank Al-Maghrib reste la stabilité des prix, une partie des investisseurs espérait une baisse du taux directeur au regard du niveau actuel de l’inflation. En l’absence de surprise, la décision n’a pas provoqué de réaction particulière du marché, la séance étant surtout marquée par l’entrée en bourse de SGTM ».

« Le message reste finalement assez clair : la politique monétaire actuelle fonctionne, elle n’est ni restrictive ni trop accommodante. La Banque centrale garde de la flexibilité et se laisse la possibilité d’agir plus tard, si les conditions le justifient », conclut notre interlocuteur. 

Des attentes partagées, sans consensus total sur une nouvelle baisse 

Cette absence de surprise est confirmée par le sondage réalisé par Attijari Global Research en amont de la réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib. Selon cette enquête menée auprès de plus de 35 investisseurs marocains et étrangers considérés parmi les plus influents du marché financier, le scénario du statu quo était clairement dominant. 

Les résultats font ressortir une probabilité globale de 73% en faveur d’un maintien du taux directeur, contre 27% pour une baisse de 25 points de base. La probabilité d’une baisse plus marquée de 50 points de base était, elle, nulle. 

Dans le détail, le statu quo était privilégié par l’ensemble des profils interrogés. Les institutionnels locaux accordaient 70% de probabilité à un maintien du taux, contre 30% pour une baisse de 25 points de base. Du côté des acteurs de référence, la probabilité d’un statu quo ressortait à 75%, tandis que les investisseurs étrangers se montraient quasi unanimes, avec 80% de probabilité en faveur d’un maintien du taux directeur. 

Les personnes physiques se distinguaient par une lecture plus partagée, tout en restant majoritairement positionnées sur le statu quo, avec 71% de probabilité pour un maintien du taux directeur, contre 29% pour une baisse de 25 points de base.

La lecture de BMCE Capital Global Research (BKGR) allait également dans le sens d’un statu quo jugé « de raison » lors de cette quatrième réunion de l’année.

Dans son FlashStrategy – Preview Conseil Bank Al-Maghrib T4-2025, BKGR souligne que la décision intervenait dans un contexte contrasté, combinant une dynamique économique nationale favorable et un environnement international encore marqué par de fortes incertitudes géopolitiques et géoéconomiques. 

Sur le plan domestique, BKGR met en avant une consolidation de la croissance économique, portée par la vigueur des activités non agricoles, l’intensification de l’investissement et une amélioration attendue de la production agricole. Le bureau de recherche indique avoir revu à la hausse ses propres prévisions de croissance, à 4,5% pour 2025 et 5% pour 2026, traduisant une perception globalement positive de la conjoncture nationale. 

Côté inflation, BKGR estime que celle-ci demeure contenue, avec un recul marqué à fin octobre 2025 et une inflation sous-jacente en baisse. Le document souligne toutefois que, malgré cette accalmie, des risques de résurgence ne peuvent être totalement écartés, notamment en lien avec les tensions sur les chaînes logistiques internationales, les incertitudes sur les politiques tarifaires américaines et les aléas climatiques affectant les marchés agricoles. Ces éléments plaident, selon BKGR, pour une approche prudente de la Banque centrale. 

 La transmission encore progressive de l’assouplissement monétaire

BKGR note la poursuite du recul du taux débiteur moyen au troisième trimestre 2025, mais à un rythme modéré, ainsi qu’une évolution contrastée de la courbe obligataire, marquée par un aplatissement récent et des tensions ponctuelles sur les maturités courtes et moyennes.

Dans ce contexte, un statu quo permet de consolider les effets des décisions précédentes tout en préservant des marges de manœuvre pour l’avenir. 

Enfin, BKGR relève que son propre sondage auprès d’investisseurs institutionnels faisait ressortir des anticipations partagées à court terme, avec 50% des répondants tablant sur un statu quo et 50% sur une baisse du taux directeur, confirmant l’absence de consensus total sur l’issue de la réunion. À moyen terme, en revanche, une large majorité des sondés anticipent un taux directeur cible autour de 2% en 2026, et une orientation favorable au marché actions dans leurs allocations, en cohérence avec un scénario d’assouplissement graduel de la politique monétaire.