Elle trône comme une silhouette qui veille sur la mémoire du rivage. Parfois elle donne l’illusion de flotter entre deux mondes, la terre et la mer, le passé et le présent. Elle comporte en elle la mémoire de navigateurs, de pêcheurs, des premiers contacts entre le Sahara et l’étranger. Le lieu offre une vue imprenable pour les visiteurs qui s’y prélassent, enveloppés par la douce lumière du soleil. Les touristes peuvent prendre des photos instagrammables qui marient l’histoire et le moment présent dans un décor digne de ce nom. Ils peuvent aussi se promener en humant l’air iodé de l’Atlantique.
Ce décor porte en lui une riche histoire qui peut fasciner petits et grands. La Casa Del Mar peut aussi inspirer les artistes en quête de renouveau dans le sud du royaume. L’avantage de la plage qui borde ce lieu enchanteur est qu’elle est loin du tourisme de masse qui peut en décourager certains. Sur 7 kilomètres, ils peuvent profiter de la quiétude de l’endroit et se baigner dans un calme absolu, brisé par le son des mouettes qui longent l’horizon. Les visiteurs qui s’y promènent peuvent rêver de lendemains meilleurs substitués aux souvenirs d’autrefois.
“Pour beaucoup, à Tarfaya, la Casa Del Mar est notre mémoire dans l’océan, fragile mais éternelle”, confie à Médias24, docteur Mrabih Rabou Shaibata, docteur en histoire contemporaine et chercheur en patrimoine local. Le meilleur moment pour la visiter se situe au printemps ou en automne, puisque le climat se révèle doux et agréable.

Quelle est son histoire ?
Cette forteresse impressionnante a été construite “clandestinement” en 1882 par l’explorateur Donald MacKenzie. Ce commerçant britannique a été soutenu par son gouvernement. À cette époque, Tarfaya est connue sous le nom de Cap Juby.
Treize années plus tard, un accord diplomatique est négocié par le Sultan Hassan Iᵉʳ et la reine Victoria et conclu par le sultan Moulay Abdelaziz. D’après le chercheur, les Britanniques cédèrent le fort au Maroc. “Ce fut un acte fort de la souveraineté marocaine sur la région du Sahara. Ce geste affirma l’unité du Maroc face aux ambitions coloniales”, poursuit notre source.

L’accord anglo-marocain du 13 mars 1895 stipule que le Royaume-Uni reconnaît la souveraineté du Maroc sur les territoires allant de l’Oued Drâa au Cap Bojador, zone englobant les villes actuelles de Tantan, Tarfaya, Laayoune et Boujdour.
Par la suite, Casa Del Mar fut occupée par l’Espagne. Elle devient alors un port jusqu’en 1958 où Tarfaya fut récupérée par le prince héritier feu Hassan II. L’endroit poursuit alors son rôle de phare maritime pour guider les navires qui traversent l’océan Atlantique jusqu’à la fin des années 1980.

La Casa Del Mar fait partie intégrante de la mémoire collective des habitants de la région. C’est aussi un “joyau architectural qui n’a nul pareil en Afrique du Nord-Ouest”, précise notre source. En tout, plus de 5 générations ont vécu autour de ce lieu emblématique.
En 2024, Casa Del Mar est inscrite au patrimoine national, cela lui confère une protection juridique et une accélération de l’intervention de restauration et de sauvegarde. Un projet de restauration a été lancé par le ministère de la Culture, pour restaurer la forteresse, la sécuriser, la mettre en valeur et développer le tourisme culturel autour du site.

Ce lieu serait propice pour un centre culturel, ou un musée vivant de l’histoire saharienne. Il pourrait devenir un véritable moteur du tourisme culturel durable pour la région de Laâyoune-Sakia Hamra.
Le site pourrait aussi accueillir des projets éducatifs et artistiques, tout en étant un symbole de coopération et de valorisation patrimoniale locale et internationale.
D’après le chercheur, la Casa del Mar peut servir aussi comme un cas d’étude (architecture coloniale, conservation en milieu maritime, histoire saharienne, mémoire des frontières) pour les universités et les centres de recherche.