Le Maroc et la Jordanie se retrouvent ce jeudi 18 décembre (17h) pour la finale de la Coupe arabe 2025, à Lusail, au Qatar. Un duel fratricide entre deux techniciens marocains au sommet de leur art.
Devenu, par la force des choses et des titres, l’homme des rendez-vous où l’échec est interdit, Tarik Sektioui a prolongé sur le banc la réussite qui l’accompagnait déjà sur le pré lors des finales.
Face à la Jordanie dirigée par son ami Jamal Sellami, le sélectionneur national sera animé par une double volonté : remporter une nouvelle finale et, surtout, s’imposer pour la première fois face à son homologue.
Si l’on y ajoute la médaille de bronze historique glanée lors des Jeux olympiques de Paris 2024 avec les U23, un match pour le podium qui avait tout d’une finale, le bilan de Tarik Sektioui prend une dimension vertigineuse.
Avec neuf finales au compteur entre ses deux carrières, son pourcentage de réussite frôle la perfection. Durant sa carrière de joueur, le natif de Fès se montrait tout simplement imbattable lorsqu’un titre était en jeu.
Pourtant, il n’a que très rarement été aidé par les circonstances. Il n’hésitait pas à relever des défis malgré de nombreuses contraintes, dont un temps de préparation réduit à peau de chagrin et des joueurs qu’il découvrait au fil de la compétition.
Une configuration qui ne l’a pas empêché d’exceller lors du Championnat d’Afrique des nations 2024 et des Jeux olympiques de Paris 2024.

Un taux de victoire en finale presque parfait
Gagner, c’est son lifestyle, tordant ainsi le cou à l’adage selon lequel il faudrait perdre pour apprendre à gagner. Tarik Sektioui a remporté les quatre finales qu’il a disputées comme joueur :
- CAN U20 (1997) : Champion d’Afrique avec les Lionceaux face à l’Afrique du Sud.
- Supercoupe du Portugal (2006) : lauréat avec le FC Porto.
- Coupe du Portugal (2009) : succès avec Porto (1-0 face à Paços de Ferreira).
- Coupe de la Confédération CAF (2011) : il boucle la boucle avec le MAS de Fès au terme d’une campagne héroïque.
Cinq ans après avoir raccroché les crampons, l’ancien joueur du FC Porto a ensuite transposé cette réussite sur le banc, prouvant sa capacité à transformer la pression des matchs couperets en trophées, avec un taux de réussite avoisinant les 90%.
- Coupe du Trône (2016) : sacré avec son club de cœur, le MAS de Fès (2-1 face à l’OC Safi).
- Coupe de la Confédération CAF (2020) : il offre le titre à la RS Berkane (1-0 face à Pyramids FC).
- CHAN 2024 : il mène le Maroc A’ au sommet de l’Afrique (3-2 face à Madagascar).
- JO Paris 2024 : une démonstration de force pour décrocher le bronze olympique (6-0 face à l’Égypte).
- Sa seule fausse note demeure la Supercoupe de la CAF 2021 avec la RS Berkane, perdue face à l’ogre égyptien Al Ahly.

Tarik Sektioui n’a jamais battu Jamal Sellami
En somme, un bilan à l’image du personnage. Brillant, sans jamais verser dans l’arrogance ni la démagogie.
Des valeurs encore illustrées lors de sa conférence de presse d’après-match, le lundi 15 décembre. Un modèle du genre, dont certains de ses confrères gagneraient à s’inspirer.
Une prise de parole mesurée, empreinte d’humilité malgré l’euphorie de la qualification, au cours de laquelle Tarik Sektioui n’a que très rarement cherché à capter la lumière.
Préférant braquer les projecteurs sur ses joueurs, sa fédération, les journalistes et même son futur adversaire.
« C’est un ami, et surtout un grand entraîneur », s’est réjoui le sélectionneur national au moment d’évoquer Jamal Sellami.
Fraîchement qualifié pour la Coupe du monde avec la Jordanie, ce dernier a d’ailleurs renvoyé l’amabilité à son homologue, en lui prédisant un avenir à la tête de la sélection A.
Une perspective que Tarik Sektioui a gentiment écartée, préférant y voir une tentative de déstabilisation de la part de son vis-à-vis.
À l’évidence, l’amitié est sincère entre les deux anciens internationaux qui se sont côtoyés sous le maillot de l’équipe nationale, et ce, malgré quelques piques échangées par médias interposés qui attestent de leur mentalité de gagnant.
D’autant que Tarik Sektioui a une série noire à interrompre. Jamal Sellami est en effet l’entraîneur contre lequel il a disputé le plus de rencontres au cours de sa carrière.

Avec Walid Regragui et Amine El Karma, il fait également partie des techniciens face auxquels le sélectionneur national ne s’est encore jamais imposé.
En sept confrontations, les équipes de Tarik Sektioui se sont inclinées à quatre reprises devant les formations dirigées par Jamal Sellami, pour trois résultats nuls.

Pour conjurer le signe indien, on doute toutefois que le sélectionneur national se fourvoie en croyant que ce sera une formalité, sous prétexte que la Jordanie a perdu son meilleur joueur à l’issue des quarts de finale.
Car cette sélection n’est pas une simple somme d’individualités, mais bel et bien un collectif soudé, homogène, à l’expression collective bien huilée.
Le Maroc et la Jordanie, une finale attendue
La finale disputée lors de la dernière Coupe d’Asie, sous la houlette de Houcine Ammouta, n’était pas un cas isolé. Le football jordanien est en plein développement, porté notamment par une formation qui s’est nettement améliorée ces dernières années.
Pour preuve, de plus en plus de joueurs sont désormais en Europe, à l’image de Musa Al-Taamari (Rennes). Et malgré l’absence des internationaux évoluant hors des pays arabes, la Jordanie n’a pas particulièrement souffert au Qatar.
Dès le début du tournoi, les hommes de Jamal Sellami ont affiché leur capacité à élever leur niveau de jeu. Après avoir survolé le groupe C grâce à trois victoires, les Blancs et Rouges ont davantage peiné lors du second tour.

Malgré la grave blessure de Yazan Al-Naimat, considéré comme la principale menace offensive jordanienne, les Rouges et Blancs ont su prolonger leur aventure en s’appuyant sur un collectif soudé et riche en qualité.
Ce n’est pas un hasard s’ils possèdent la meilleure attaque de la compétition (11 buts) et la deuxième meilleure défense (2 buts encaissés), derrière le Maroc (1 but).
L’analyse technico-tactique dessine les contours d’une équipe aux caractéristiques finalement assez proches de celles des Lions de l’Atlas. À l’image du Maroc, la Jordanie affiche des phases de possession légèrement inférieures à celles de ses opposants (41,9%).

Malgré une ligne de cinq défenseurs, la Jordanie reste vulnérable sur les ailes
Son bloc s’articule autour d’une défense à trois axiaux, épaulés par des pistons très actifs. Le double pivot assure l’équilibre, tandis que deux attaquants gravitent autour d’un avant-centre.

Il s’agit d’une équipe courageuse, dotée d’une forte personnalité, capable de faire la différence balle au pied grâce à des joueurs habiles, avec une réelle capacité d’élimination.
En témoignent leurs statistiques dans les duels offensifs. Un taux de réussite de 48,6% dans les un-contre-un, supérieur à celui du Maroc (47,5%), tout en tentant deux fois plus de dribbles (24 par 90 minutes contre 12).
L’équipe nationale devra également se méfier d’un adversaire qui n’hésite pas à tenter sa chance, cadrant près d’un tir sur deux. Sur 11,5 frappes tentées par match, la Jordanie en cadre 45%, quand la moyenne du tournoi dépasse à peine les 36%.
Vous l’aurez compris, le Maroc s’apprête à affronter l’une des rares équipes ayant maintenu un niveau constant tout au long de la compétition. Et dont la victoire face à l’Arabie saoudite fut aussi heureuse que mémorable.
Cela étant, les Jordaniens ne sont pas invincibles. S’ils se montrent redoutables en transition et dans le jeu long, ils affichent davantage de fragilité lorsqu’il s’agit de défendre les couloirs.

Sans surprise, les deux buts encaissés sont intervenus sur des situations où les centreurs adverses n’étaient pas suffisamment gênés.
Si le 5-4-1 en phase défensive permet à la ligne de cinq de couvrir toute la largeur, la ligne de quatre apparaît plus poreuse lorsque le repli n’est pas effectué avec suffisamment de promptitude.