Le programme mettait à l’honneur des dialogues entre musiques africaines et sons amazighs. Ahwach Bnat Louz, Fatima Tabaamrant, Krys M, DJ Deekay, VJ Kalamour et, enfin, la légende Alpha Blondy figuraient à l’affiche.
On est entré dans la soirée par petites scènes qui se succédaient comme des cartes postales. L’ouverture, portée par Ahwach Bnat Louz et Raskas, posait la peau des percussions sur la langue du Souss. Puis Krys M, venue du Cameroun, a posé son folk afro-pop avec cette aisance qui fait se lever les têtes.
Phrases mélodiques serrées, refrains accrocheurs que la foule reprend sans y réfléchir. Le festival, gratuit et ouvert, déroulait ses couleurs et le public, encore discret au début, commençait à s’échauffer.

Entre les sets, le DJ Deekay et VJ Kalamour tissaient l’épiderme sonore de la place Al Amal. Ils assuraient la continuité, jouant sur les textures sonores et visuelles, installant une tension douce qui préparait le terrain avant les grandes têtes d’affiche.
Puis Alpha Blondy est arrivé. Un silence respectueux, avant le déclic. Dès la première note, quelque chose s’est libéré dans la foule. Les plus traditionnels se sont levés, les plus réservés ont souri, et presque tout le monde a fini par chanter. Alpha a déroulé des chansons qui, sur disque comme sur scène, agissent comme des défricheurs d’âme. Des refrains qui parlent de mères, de paix, de justice. Des hymnes qui trouvent facilement le chemin des émotions.

Jerusalem ouvre le bal et transforme la place en chœur géant. Cocody Rock déclenche une effervescence collective. Le public chante avant même qu’il n’ouvre la bouche. Alpha s’interrompt, écoute la foule scander le refrain, sourit et lâche un simple « je vous aime », geste d’humour et de tendresse qui soude encore davantage l’instant.
Avec Sweet Fanta Diallo, l’atmosphère se fait plus douce. Un hommage aux mamans, à celles qui portent, protègent et transmettent. Les regards se lèvent, les téléphones s’abaissent. On écoute vraiment.
Puis vient Peace in Liberia. Alpha prend la parole. Le ton change. Il parle de guerre, de pays meurtris, de générations sacrifiées. Il interpelle les Nations unies, demande combien d’enfants devront encore mourir avant une décision réelle. La place Al Amal devient une agora silencieuse. Ce n’est pas un discours académique, mais une supplique brute, presque intime. Le reggae devient un appel.
La tension se transforme ensuite avec Black Samourai. L’attitude est plus martiale, l’énergie tranchante. Alpha est droit, concentré, habité. Et lorsque Brigadier Sabari retentit, la foule explose une dernière fois. Corps en mouvement, poings levés, voix fatiguées mais heureuses.
Ce qui restera de cette première soirée, au-delà des programmes et des affiches, c’est la manière dont la musique a transformé la place. La lumière qui découpe les silhouettes, la sueur qui colle aux habits, les mains qui claquent, et ce moment précis où tout le monde hurle le même refrain. C’est là la force d’un festival comme Timitar, faire se rencontrer la mémoire et le présent, les chants anciens et les pulsations contemporaines, sous le regard parfois fatigué mais toujours fier des mamans venues applaudir.
Enfin, et c’est peut-être l’essentiel, la musique a fait ce qu’on attend d’elle. Elle a mis en mouvement les corps et les consciences. Quand Alpha Blondy chante les mères, la paix ou la justice, on n’applaudit pas seulement une chanson. On remercie, on se souvient, on ressent. Et dans l’air frais d’Agadir, cette émotion-là est restée suspendue longtemps après le dernier écho.