Présidée le mercredi 17 décembre par le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, la deuxième session du conseil d’administration de l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) a été largement marquée par un bilan sans détour sur les défis structurels de la réforme en cours, et sur les chantiers déterminants pour l’avenir de la politique nationale du médicament.

Dans son intervention, le ministre a rappelé que la création de l’AMMPS s’inscrit dans un vaste chantier institutionnel, engagé dans un contexte difficile, marqué par des dysfonctionnements hérités de l’ancienne direction en charge du médicament. Organisation interne, outils de travail insuffisants et modes de fonctionnement inadaptés figuraient parmi les contraintes structurelles largement documentées qui limitaient l’efficacité de l’action publique dans ce secteur sensible.

Malgré ces contraintes, Amine Tahraoui a salué les efforts de l’équipe en place avant la création de l’Agence, qui ont permis de maintenir un niveau minimal d’activité et d’assurer la continuité du service public du médicament. Un niveau jugé toutefois insuffisant au regard des ambitions attendues d’une institution à vocation souveraine, appelée à jouer un rôle central dans la sécurité sanitaire nationale.

Le choix de transformer cette direction en une agence autonome et indépendante répond ainsi à un objectif important de corriger les dysfonctionnements structurels et d’instaurer un nouveau modèle de gouvernance. Le ministre a cependant tenu à souligner que le passage au statut d’agence ne constitue pas, en soi, une garantie automatique de performance, expliquant le caractère exigeant et complexe de la phase transitoire actuellement en cours.

L’année écoulée a été qualifiée d' »année charnière », marquée à la fois par le maintien de la continuité du service public et par des difficultés de mise en place lors des premières étapes du lancement de l’Agence, dans un contexte de transformation institutionnelle profonde. Si la situation a été progressivement rétablie, le ministre a reconnu que le niveau de structuration recherché n’est pas encore atteint, estimant que les prochains mois seront décisifs pour finaliser le lancement effectif de l’AMMPS et asseoir une organisation durable.

La question des ressources humaines a occupé une place centrale dans l’allocution ministérielle. Le retour d’une partie du personnel vers le ministère, dans le cadre des droits garantis par la loi aux fonctionnaires, suscite des interrogations légitimes, a reconnu Amine Tahraoui.

Il a toutefois écarté l’hypothèse d’une perte critique de compétences, considérant cette phase comme une opportunité de renouvellement et de renforcement du capital humain de l’Agence, notamment à travers l’intégration de nouvelles expertises. Des mécanismes de mise à disposition temporaire sont également envisagés afin de garantir la continuité des activités.

Un chantier numérique lancé pour renforcer la performance de l’Agence

Parallèlement, Amine Tahraoui a insisté sur la digitalisation comme levier prioritaire de gouvernance et de performance. L’absence initiale d’un système d’information structuré a constitué un frein majeur au pilotage de l’Agence. Un chantier de dématérialisation des procédures est désormais engagé pour renforcer la transparence, réduire les interactions humaines et améliorer le traitement des autorisations de mise sur le marché, dans un cadre juridique en cours de clarification.

Ce processus est étroitement lié à la création d’un Observatoire national des médicaments, destiné à améliorer la visibilité sur la disponibilité des produits, les niveaux de stocks, la production et la consommation. L’objectif affiché est de renforcer la capacité d’anticipation et de prévention des situations de rupture, en coordination avec l’ensemble des acteurs du secteur.

Le ministre a également mis en avant le rôle stratégique du Laboratoire national, qualifié d’outil souverain. Sa réorganisation nécessite, selon lui, une vision claire quant à son repositionnement, ses missions futures, les investissements requis et les compétences à développer. Des partenariats nationaux et internationaux pourront être envisagés, dans le respect de la préservation et du renforcement du noyau stratégique national.

Cette session du conseil d’administration a par ailleurs examiné les réalisations de l’année 2025, le rapport annuel de gestion, le plan d’action 2026, les programmes prévisionnels pour la période 2026-2028 ainsi que le projet de budget pour 2026. Elle s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la réforme du système national de santé, conformément aux directives royales.

Les débats ont également porté sur la création d’un comité d’audit interne, destiné à consolider les principes de gouvernance et de transparence, ainsi que sur plusieurs questions organisationnelles visant le renforcement des capacités institutionnelles et logistiques de l’Agence.

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