Cette opération s’inscrit, selon le ministère de la Culture, dans la deuxième année consécutive d’un programme ambitieux visant à inventorier et documenter le patrimoine archéologique immergé du Royaume. L’objectif étant de localiser précisément le bâtiment pour le documenter, mais surtout assurer la préservation de ce témoin silencieux de l’histoire.

La « Méduse », longue de 64 mètres, large de 6 mètres pour un poids de 630 tonnes, a sombré en novembre 1942, prise dans la tourmente de l’opération « Torche« , le débarquement des Alliés en Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, l’étude de ces vestiges promet d’apporter un éclairage nouveau sur les circonstances exactes de son naufrage et sur son état de conservation actuel.

Un colosse brisé en deux

Les premières investigations menées sur le site révèlent que l’épave est scindée en au moins deux sections distinctes. La première partie, gisant à une certaine profondeur, est largement ensevelie sous les sables et présente un état de conservation jugé moyen.

La seconde section, comprenant une partie de la coque et le kiosque (la « tour »), repose à plus faible profondeur, mais semble dans un état de dégradation avancé. Les experts attribuent cette détérioration non seulement aux forces naturelles — l’action des vagues et la corrosion — mais aussi à l’intervention humaine. En effet, des tentatives de démantèlement du sous-marin auraient été entreprises dès la fin des années 1950, accélérant ainsi sa fragilisation.

La quête des vestiges de l’Opération Torche : Au-delà de la Méduse

La récente localisation du sous-marin français « Méduse » au large d’El Jadida n’est que la partie émergée d’un vaste programme de cartographie du patrimoine subaquatique marocain. « Notre objectif actuel est de localiser le maximum de sites sur les côtes marocaines, de la Méditerranée jusqu’à Dakhla et Tarfaya », explique à Medias24 Azzedine Karra, directeur du Centre national des études et de recherches sur le Patrimoine Subaquatique.

Un travail de fourmi qui commence bien loin des vagues, dans la poussière des archives, pour collecter les informations nécessaires avant toute expédition en mer.

Une enquête entre mémoire et technologie

Pour retrouver la « Méduse », l’équipe a privilégié une approche traditionnelle et méthodique. « Nous savions, grâce aux archives et à la tradition orale locale, que l’épave était visible jusque dans les années 70 », confie le directeur. Malgré des conditions difficiles dues aux forts courants et à la proximité de la côte, une série de plongées méthodiques a permis de localiser le submersible dès le deuxième jour de recherche.

Ce sous-marin des années 1920 représente, selon M. Karra, un témoignage précieux de l’évolution navale de l’entre-deux-guerres et un jalon important de l’histoire militaire française.

Cap sur la Seconde Guerre mondiale

Mais l’ambition du Centre ne s’arrête pas là. En effet, un chantier plus global est en cours : documenter les vestiges de la Seconde Guerre mondiale, et plus spécifiquement ceux liés à l’Opération Torche. »Il y a beaucoup d’épaves appartenant à cette période qui nous intéressent, ainsi que nos partenaires », souligne Azzedine Karra.

La « Méduse » est donc le premier maillon d’une chaîne historique que le Maroc entend reconstituer. Des projets de mise en valeur, voire de fouilles approfondies, sont envisagés à l’avenir, en fonction des opportunités et des partenariats. Le patrimoine immergé du Royaume, longtemps silencieux, commence à peine à livrer ses secrets.