Amélioration du taux de préscolarisation, notamment dans le secteur public, hausse du nombre d’éducateurs et augmentation significative des budgets alloués ; le préscolaire marocain a connu une transformation profonde lors de la dernière décennie.
C’est en tous les cas ce que révèle l’Instance nationale d’évaluation auprès du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (INE-CSEFRS) dans un récent rapport réalisé en partenariat avec l’UNICEF, évaluant le préscolaire dans le Royaume.
Ce rapport fait suite à une enquête nationale conduite entre avril et mai 2024. Elle a couvert 180 unités préscolaires représentatives de la diversité du paysage éducatif national (publiques, privées, partenariales et non structurées), réparties entre milieux urbains et ruraux. Au total, 871 enfants, 180 éducatrices et éducateurs, 180 responsables d’établissements et 624 parents ont été interrogés, et 180 séances d’observation ont été réalisées.
Augmentation du taux de préscolarisation : +20 points en 10 ans
Les résultats ont démontré une grande amélioration du taux de préscolarisation des enfants de 4-5 ans, lequel est passé de 50,2% à 70,4% entre 2015 et 2025 à l’échelle nationale. Cette amélioration traduit une progression continue, malgré un repli temporaire durant la pandémie (63,1% en 2020-2021).
Cette dynamique s’est accompagnée d’un rattrapage notable du milieu rural où la préscolarisation est passée de 36,3% à 75,6%, dépassant désormais le milieu urbain (61,0% à 66,8%).
Ce rapport démontre également le renforcement de la parité entre filles et garçons, dans la mesure où le taux de préscolarisation des filles a atteint 71,1% en 2024-2025 contre 44,7% en 2014-2015.
Cette croissance s’appuie notamment sur une expansion rapide du réseau public. En effet, le nombre d’unités préscolaires est passé de 6.185 à 23.182 entre 2018-2019 et 2024-2025, tandis que le secteur privé a progressé modérément (de 3.654 à 4.482) et que le préscolaire non structuré a fortement diminué (de 18.882 à 4.946, soit -74 %).
Au total, le Maroc comptait 32.610 établissements préscolaires en 2024-2025 contre 28.721 en 2018-2019.
Un personnel en augmentation, majoritairement jeune mais peu expérimenté au milieu rural
En ce qui concerne les éducateurs et les éducatrices, leur nombre a connu une forte augmentation en 10 ans, passant de 39.535 à 49.885 entre 2014-2015 et 2024-2025. En milieu rural, l’effectif global est passé de 14.660 à 24.626.
Le rapport note par ailleurs une forte féminisation du personnel, les éducatrices représentant 90% du personnel en milieu urbain et 81% en milieu rural.
Le personnel éducatif du préscolaire marocain se caractérise par un profil jeune mais majoritairement peu expérimenté : 41% des enfants sont encadrés par des éducateurs âgés de 30 ans ou moins, notamment dans le secteur public (54%) et en partenariat (42%).
À l’inverse, le privé et le non structuré s’appuient davantage sur un personnel plus âgé (entre 30 et 50 ans) et majoritairement spécialisés en préscolaire. La formation initiale des éducateurs est donc variée.
Les conditions d’exercice sont également contrastées. Côté rémunération, 25% des enfants sont encadrés par des éducatrices et éducateurs gagnant moins de 2.000 DH par mois, alors que 42% sont suivis par des professionnels percevant 3.000 DH ou plus.
Cependant, la fidélisation au métier reste mitigée, puisque seulement 45% projettent de poursuivre durablement dans cette profession, avec des variations selon le secteur.
Amélioration du budget alloué au préscolaire : +146% en six ans
Le rapport relève aussi une amélioration du budget alloué au secteur du préscolaire. Le budget public est passé de 1,13 milliard de dirhams (MMDH) à près de 3 MMDH constants entre 2019 et 2025, enregistrant une augmentation de 164% en six ans.
Dans le détail, le budget d’investissement, dominant en 2019 (874 millions de dirhams, soit 77 % du total), a progressivement diminué pour atteindre 506 MDH constants en 2024, traduisant le passage de la phase d’équipement à celle de consolidation.
À l’inverse, le budget de fonctionnement (ligne « Matériels et dépenses diverses ») a fortement augmenté, passant de 258 MDH à plus de 2,2 MMDH constants en 2025, finançant la rémunération, la formation, le matériel pédagogique et la supervision via des partenariats délégués
En parallèle, la part du préscolaire dans les dépenses du MENPS a atteint 12,3% en 2022, contre 11,4% en 2018, confirmant la croissance soutenue du préscolaire.
Aux données financières du MENPS s’ajoutent également les contributions d’autres départements ministériels et instances gouvernementales aux niveaux national, régional et provincial, des organismes de la société civile intervenant dans le domaine du préscolaire, ainsi que des partenaires internationaux.
Une maîtrise partielle mais satisfaisante des compétences fondamentales pour aborder le cycle primaire
Pour ce qui est des compétences des enfants enquêtés, les résultats sont satisfaisants. Notons que l’enquête a essentiellement concerné ceux en fin du préscolaire, une population composée, pour l’essentiel, d’enfants âgés de cinq ans et cinq mois à six ans et quatre mois (75%). « Le score moyen global, évalué sur 100 points, s’établit à 62, indiquant une maîtrise partielle mais satisfaisante des compétences fondamentales attendues à cette étape », souligne le rapport.
« Trois enfants sur quatre dépassent un seuil minimal intermédiaire de 50 points », jugé suffisant pour aborder le cycle primaire dans des conditions acceptables, ajoute le rapport. Toutefois, l’écart entre le score moyen et le maximum, soit 38 points, témoigne du chemin restant à parcourir, non seulement en matière d’accès, mais également pour améliorer la qualité des apprentissages
Un contraste marqué ressort, en revanche, entre les milieux urbain et rural, soulignant que l’élargissement quantitatif de l’accès dans les zones rurales ne s’accompagne pas nécessairement d’une qualité équivalente dans l’apprentissage. Les enfants en milieu urbain obtiennent un score moyen de 66 points, supérieur à celui des enfants ruraux (58 points). De même, 86% des enfants urbains dépassent le seuil intermédiaire, contre seulement 64% des enfants en zone rurale.
Les performances varient aussi selon le type d’établissement fréquenté. Le préscolaire privé (23% des enfants préscolarisés) affiche les meilleurs résultats.
Le développement socio-émotionnel, domaine de prédilection des enfants
L’évaluation des compétences des enfants distingue quatre domaines clés de compétences : le développement socioémotionnel, les compétences prémathématiques, les fonctions exécutives et la littératie précoce.
Le développement socio-émotionnel est le domaine dans lequel les enfants obtiennent les meilleurs résultats. Il renvoie aux compétences qui permettent à l’enfant de reconnaître et comprendre des émotions simples, d’exprimer ses besoins de manière adaptée, d’interagir positivement avec ses pairs et de réguler son comportement.
Il s’agit notamment de la conscience de soi, de la gestion émotionnelle, de l’empathie, de la capacité à coopérer, à attendre son tour, à partager ou à persévérer dans une activité, c’est-à-dire l’ensemble des aptitudes qui soutiennent les relations sociales et la participation active à la vie du groupe
La littératie précoce, domaine le moins maitrisé, renvoie, lui, aux compétences qui préparent l’enfant à l’entrée dans l’écrit.
70% des enfants préscolarisés vivent dans un ménage gagnant moins de 5.000 DH par mois
Il ressort également dudit rapport que l’apprentissage des enfants préscolarisés est fortement impacté par le niveau scolaire et le revenu des parents.
« Au niveau familial, 94% des enfants vivent dans des foyers nucléaires », alerte-t-il. Concernant le capital scolaire, les parents ou tuteurs de 53% des enfants ayant répondu au questionnaire n’ont aucun niveau d’instruction ou n’ont atteint que le niveau primaire, avec une proportion particulièrement élevée de parents non scolarisés (28%, soit 18% dans l’urbain et 43% dans le rural).
L’examen des revenus des ménages montre, quant à elle, que la majorité des enfants sont issus de familles à revenus modestes : 36% ont des parents dont le revenu est inférieur à 2.500 DH par mois, 19,5% un revenu compris entre 2.500 et 3.500 DH et 14% un revenu compris entre 3.500 et 5.000 DH ce qui porte à près de 70% la proportion des enfants vivant dans un ménage gagnant moins de 5.000 DH. Ceux dont la famille a un revenu variant entre 5.000 et 7.000 dirhams représentent 13% et seuls 5% des enfants vivent dans des ménages dont le revenu mensuel est supérieur à 15.000 DH.
Par ailleurs, l’analyse des enfants selon le niveau socioéconomique de leurs familles montrent que les enfants issus de familles bien nanties obtiennent des scores nettement plus élevés comparativement à leurs pairs appartenant à des familles très défavorisées.
Qu’en est-il du milieu d’apprentissage et des équipements dans les classes ?
Les observations en classe montrent que la majorité des enfants dispose d’éléments matériels de base : espace d’écriture personnel (93%), chaise adaptée (86%), et dossier personnel (85%).
En revanche, l’espace collectif suffisant pour le groupe (68%) et l’accès autonome au matériel pédagogique (66%) sont moins systématiques, même si ces critères sont mieux respectés en milieu rural.
Les ressources utilisées intensivement se limitent aux outils d’écriture et au matériel artistique tandis que les jeux éducatifs et les livres sont nettement moins présents.
S’agissant de l’hygiène et de la sécurité, les résultats montrent que 86% des enfants sont préscolarisés dans des établissements raccordés au réseau d’eau, national (73%) ou local (13%). Les autres ont accès à l’eau par d’autres sources (10%), tandis qu’une minorité est préscolarisée dans des établissements dépourvus de tout raccordement.
L’accès à des sanitaires conformes aux critères de propreté, de séparation filles-garçons, d’adaptation à la taille et d’accessibilité n’est quant à lui assuré que pour 31% des enfants. Une proportion non négligeable (18%) n’a pas accès à des toilettes ou disposent d’installations ne respectant aucun des critères précédents.
Cependant, plusieurs insuffisances persistent, notamment l’absence de clôture, l’inadéquation des aires de jeu, la proximité de zones dangereuses telles que routes ou marchés, l’exposition à la pollution ou la présence de sol dégradés. Ces vulnérabilités concernent principalement le milieu rural et le préscolaire non structuré.
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