La Bourse de Casablanca démarre l’année 2026 dans un climat de confiance. L’indice MASI entame l’exercice en hausse et franchit d’emblée le seuil symbolique des 19.000 points, un niveau qui résume à lui seul l’état d’esprit du marché en ce début d’année.
Il faut dire que 2025 a été une année exceptionnelle, personne ne le conteste. Le marché a fait preuve d’un large consensus, porté par de solides performances et une dynamique haussière marquée. Le MASI a ainsi terminé l’année sur une progression de 27,5%, nettement supérieure à celles enregistrées en 2024 (+22%) et 2023 (+12%). Une performance d’autant plus notable qu’elle a concerné la majorité des secteurs cotés.
Quelques compartiments sont restés en retrait, à l’image des transports, des boissons, de la chimie ou encore des sociétés de placement immobilier, des secteurs qui regroupent essentiellement des valeurs de moyenne et petite capitalisation. Mais globalement, la hausse de 2025 a été large, visible et assumée par le marché.
Pour rappel, le MASI a atteint un plus haut historique de 20.233,5 points fin août 2025, tandis que la capitalisation boursière a largement dépassé le seuil des 1.000 milliards de dirhams.
L’année 2025 a également été marquée par une hausse significative de la volatilité. La volatilité annuelle s’est établie à 15,94%, contre 8,45% en 2024, ce qui montre une intensification des fluctuations des cours. Ce niveau figure parmi les plus élevés observés sur la période récente, hors le pic exceptionnel de 2020.
Avec l’ouverture de 2026, les questions qui se posent aujourd’hui sont centrales : dans quel contexte démarre réellement l’année boursière ? Quels facteurs vont peser sur le marché, quels éléments peuvent l’influencer, et quels seront les véritables drivers à surveiller ?
Les facteurs et drivers de l’année boursière 2026
Selon les analystes de MSIN, l’année boursière 2026 s’inscrit dans le prolongement de la dynamique enclenchée depuis 2023, dans un environnement qui reste porteur pour le marché actions.
Un avis largement partagé par plusieurs analystes contactés par nos soins. « L’année 2026 devrait être une année de poursuite de la hausse. Ce n’est pas une année de rattrapage. Le marché actions conserve un réel intérêt, d’autant que la rémunération, par exemple obligataire, reste encore modeste. Les investisseurs continueront donc à privilégier le marché actions. Par ailleurs, avec les IPO de 2025, la part des investisseurs retail devient plus visible aux côtés des institutionnels. C’est un signal positif, d’autant que la Bourse de Casablanca a vécu en 2025 l’une des années les plus marquantes de son histoire, et ce rythme devrait se poursuivre ».
Comment expliquer cet optimisme ? Plusieurs facteurs se croisent. D’abord, le cadre macroéconomique et monétaire demeure favorable.
L’inflation devrait rester maîtrisée autour de 1% en 2026, ouvrant la voie à la poursuite de l’assouplissement de la politique monétaire. Dans ce contexte, la tendance baissière des taux d’intérêt continuerait d’offrir des opportunités d’arbitrage en faveur du marché actions, renforçant l’attractivité relative des placements boursiers par rapport aux actifs sans risque.
À cela s’ajoute l’effet des résultats des sociétés cotées. La forte progression des bénéfices enregistrée en 2025 constitue, selon les analystes de MSIN, un socle important pour 2026. Ce rebond a été porté notamment par le retour à la normale des résultats de Maroc Telecom, mais aussi par la bonne dynamique du secteur bancaire et du BTP, deux piliers majeurs de la cote casablancaise. Cette amélioration de la profitabilité demeure un élément clé du soutien des valorisations.
Sur le plan sectoriel, la poursuite de la reprise d’activité dans plusieurs branches, notamment le BTP, le tourisme, le secteur bancaire, l’événementiel, les transports, les télécoms et l’informatique. Cette dynamique est directement liée à l’organisation de grands événements sportifs, qui continuent de générer des besoins en infrastructures, en services et en investissements.
« Pour le secteur touristique, par exemple, l’organisation de la CAN dans notre pays devrait contribuer à soutenir l’activité du secteur, et donc les performances des hôtels et leurs résultats ».
Le secteur du BTP occupe d’ailleurs une place centrale dans les perspectives 2026. En effet, la mobilisation du secteur dans le cadre du programme de reconstruction des régions sinistrées par le séisme d’Al Haouz, doté d’un budget de 120 MMDH sur cinq ans, est un chantier structurel qui constitue un levier durable pour l’activité et pour plusieurs sociétés cotées exposées aux travaux publics et à l’ingénierie.
« Nous l’avons tous constaté l’engouement des investisseurs pour les valeurs du BTP. Bien évidemment, les grands chantiers liés à la CAN 2025 et à la Coupe du monde 2030 ont contribué à cet intérêt pour le secteur. L’exemple le plus récent est celui de SGTM, qui a gagné plus de 126% depuis son IPO. Mais, bien entendu, les performances passées ne préjugent pas des performances futures ».
Parallèlement, la reprise progressive du secteur immobilier est également identifiée comme un facteur de soutien. Celle-ci devrait bénéficier de la mise en œuvre du programme d’aide au logement, qui s’étale sur la période 2024-2028, et qui soutient aussi bien la demande que l’activité des opérateurs liés à la construction et aux matériaux.
Sans oublier l’espoir d’une très bonne campagne agricole en 2026, porté par les précipitations enregistrées en novembre et décembre. Après plusieurs années de sécheresse, une amélioration des conditions climatiques pourrait contribuer à soutenir la croissance économique nationale et, indirectement, certains secteurs cotés exposés à la demande intérieure.
Des facteurs de confiance et de visibilité internationale
Au-delà des facteurs domestiques, des éléments de confiance et de perception internationale entrent aussi en jeu. MSIN souligne la possibilité d’un retour du Maroc au sein de l’indice MSCI Emerging Markets en 2026, à la faveur de l’amélioration significative de la liquidité du marché. Un tel scénario pourrait renforcer la visibilité de la place casablancaise auprès des investisseurs internationaux.
Dans le même esprit, les analystes rappellent que « le retour du Maroc à son statut « Investment Grade », unique en Afrique, constitue un élément positif. Cette amélioration du profil de crédit du pays est susceptible de contribuer à la baisse du coût du financement extérieur et de permettre au Trésor de diversifier davantage ses sources de financement, avec des effets indirects favorables sur l’ensemble du marché financier ».
Les chantiers de transition énergétique figurent également parmi les moteurs identifiés pour 2026. Le développement des énergies renouvelables, de l’hydrogène vert, du dessalement de l’eau de mer et des infrastructures associées devrait bénéficier à plusieurs sociétés cotées, notamment dans l’électricité, le BTP et l’ingénierie, selon l’analyse de MSIN.
À ces facteurs s’ajoute l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans les modèles économiques. Les analystes estiment que cette dynamique pourrait soutenir la croissance des sociétés cotées opérant dans l’IT et les services informatiques, portée par des gains de productivité et une demande accrue en solutions technologiques.
Sur le plan institutionnel, les élections législatives de 2026 sont également mentionnées comme un facteur susceptible de renforcer l’optimisme des investisseurs et de favoriser un climat de confiance, même si leur impact reste par nature indirect et dépendant du contexte global.
Enfin, la dynamique attendue des opérations financières, notamment les IPO, les augmentations de capital et le recours croissant aux marchés de capitaux pour compléter les sources de financement traditionnelles. Ces opérations pourraient contribuer à raviver l’intérêt des investisseurs particuliers et à soutenir l’animation du marché.
Source: medias24.com
https://medias24.com/2025/12/03/bourse-de-casablanca-le-marche-actions-est-il-cher-ou-abordable-1588691/