Après la chute d’Assad en Syrie et l’affaiblissement de l’Iran suite aux attaques israéliennes, c’est une autre mauvaise nouvelle pour Alger qui se retrouve de plus en plus isolée sur la scène internationale. Ces régimes autoritaires qui lui étaient alliés tombent l’un après l’autre. C’est l’avis d’Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur et chercheur en relations internationales.
‘Il ne lui reste comme principaux alliés que l’Iran et l’Afrique du Sud. Cette dernière, d’ailleurs, est également en position de faiblesse puisqu’elle a des relations très tendues avec Trump. Les États-Unis ont boycotté le dernier sommet du G20 à Johannesburg et refusent la participation de l’Afrique du Sud au prochain sommet prévu à Miami en fin 2026″, déclare-t-il.
Dérouté, Alger abandonne son allié et choisit le silence
Aux Nations Unies comme sur le plan bilatéral, l’Algérie et le Venezuela avaient construit une alliance sur les plans économique comme diplomatique, au point de parler de l’axe Alger-Caracas, rappelle notre expert. Le président Tebboune s’enorgueillissait de cette relation avec son homologue Maduro, qui lui permettait notamment de relayer la position et le récit algériens sur la question du Sahara.
Malgré cette alliance solide d’apparence, l’Algérie n’a pas condamné l’opération américaine, à la différence de beaucoup d’autres capitales dans le monde qui l’ont fait soit par proximité idéologique ou par défense du droit international.
La presse algérienne, elle, était plutôt neutre, évitant de condamner les États-Unis et préférant traiter le sujet sous l’angle des effets sur le cours du pétrole, qui risque de s’effondrer encore plus en anticipation aux investissements américains attendus pour relancer la production dans ce pays qui en détient les réserves les plus importantes au monde.
L’’exception est le journal « Le Quotidien d’Oran » qui a estimé que cette opération marquait un « changement de langage du pouvoir mondial » tant l’usage de la force américaine était pleinement assumé et soulignant que « ce qui arrive aujourd’hui à Caracas peut arriver demain ailleurs ».
Un changement qui profite à la dynamique actuelle pour le règlement du conflit du Sahara
D’après Ahmed Faouzi, ce changement ne peut que servir la position marocaine sur le plan international, rappelant toutefois que pour le moment, le gouvernement vénézuélien reste en place et qu’il est encore tôt pour parler de chute du régime.
« On n’oubliera jamais ce que le Venezuela avait fait quand elle a présidé le Conseil de sécurité, il y a quelques années, car elle avait pris ouvertement position contre les intérêts du Maroc. On n’oublie pas non plus la réception il y a quelques mois du prétendu président du polisario », rappelle-t-il.
Dans la dynamique actuelle que connaît la question du Sahara, ces changements ne peuvent que conforter la position marocaine. « L’affaiblissement de la position algérienne va se faire ressentir au niveau du Conseil de sécurité, qui maintenant avec les nouveaux membres est plus favorable au Maroc que durant le mandat du conseil précédent qui comprenait l’Algérie ».
Cet isolement croissant devra amener Alger à revoir ses positions
« Est-ce que les Algériens vont tirer les conclusions nécessaires pour repositionner leur diplomatie ? Ils le font certainement timidement. Avec le temps, ils arriveront à la conclusion finale qu’ils sont seuls sur la scène internationale sur la question de notre intégrité territoriale, qu’ils ont perdu de nombreux atouts dans le monde. Ils ont perdu énormément de terrain, il faut qu’ils se remettent en question parce que le monde a changé », ajoute-t-il.
Toutefois le chercheur en relations internationales ne voit pas de changement de position sur le court terme, s’attendant à ce que la diplomatie algérienne reste cloîtrée sur ses positions par fierté et non par intérêt national. Il estime que dans la mentalité du régime actuel, faire des concessions, même si elles sont raisonnables, reviendrait à une forme de trahison.
Contrairement aux idées reçues, l’opération américaine n’est pas une première
Sur un autre registre, Ahmed Faouzi rappelle que ce type d’intervention américaine qui vise un changement de régime est loin d’être une première, et s’inscrit dans une tradition américaine surtout en Amérique latine. Comme au Guatemala en 1954, à Cuba en 1961, au Chili en 1973, etc. Dans une opération semblable à celle de Caracas, les Américains étaient intervenus au Panama en 1989 pour capturer le général Manuel Noriega qui était à la tête du pays, avec le même alibi, le trafic de drogue.
Pour les experts, cette intervention américaine au Venezuela n’est pas si surprenante. Elle intervient dans un contexte de retour de la doctrine Monroe adoptée dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine. Cette doctrine du 19ᵉ siècle considère le continent américain comme l’arrière-cour des États-Unis, sa chasse gardée où les autres puissances sont interdites de s’aventurer, rappelle Ahmed Faouzi.
Cette stratégie est censée faire barrage à la montée en puissance de la Chine, qui est devenue le premier partenaire commercial de l’Amérique du Sud et un investisseur majeur (avec plus de 518 milliards de dollars d’échanges en 2024). En intervenant au Venezuela, les États-Unis empêchent la Chine d’accéder à ses matières premières et notamment le pétrole. C’est aussi un message aux autres pays qu’elle considère dans sa sphère d’influence naturelle et qui ne s’alignent pas encore sur ses intérêts.