Le séisme est d’abord interne, mais ses répliques se feront sentir bien au-delà des rangs du Rassemblement national des indépendants. Dimanche 11 janvier, Aziz Akhannouch annonce qu’il ne briguera pas un nouveau mandat à la tête du parti, refermant ainsi dix années de leadership partisan… à quelques mois d’une échéance législative décisive.
Au-delà de l’effet de surprise, l’annonce ouvre une séquence lourde de questions : pourquoi maintenant ? Le départ de la présidence du parti est-il définitif ? quittera-t-il la politique ? Et surtout, quel profil peut succéder à un patron qui a cumulé, pendant une décennie, l’appareil partisan, la capacité de mobilisation et l’incarnation électorale du parti ?
Aziz Akhannouch clôt une séquence de dix ans au RNI
Sur le papier, l’argumentaire de Aziz Akhannouch est difficile à prendre en défaut, et sa sortie est cadrée et cohérente. Il explique qu’il s’agit d’une décision “personnelle”, “mûrement réfléchie”, et invoque un principe que nul ne peut lui contester : après deux mandats, “il faut arrêter », d’autant plus que les statuts limitent à deux mandats la présidence du parti.
Dans sa formulation, Akhannouch ferme la porte : pas de troisième mandat, pas de candidature législative, et une volonté affichée de passer le relais “maintenant”. Mais en politique, une porte fermée n’est jamais complètement scellée. Quoi qu’il en soit, le parti est désormais appelé à mener deux batailles simultanées : la succession et la campagne.
Vingt-quatre heures après l’annonce, les cadors du parti se murent dans le silence. Entre ceux qui donnent rendez-vous après la date d’annonces de candidatures et ceux qui s’abstiennent de commenter, la posture est compréhensible.
Mais la nature a horreur du vide. Et déjà la bourse aux rumeurs s’est enclenchée. Certains interrogent le timing de l’annonce, d’autres font des pronostics. Le gotha politico-économique n’a qu’un sujet : qui sera le futur patron du RNI et éventuel chef du gouvernement ?
Or, la succession du président sortant ne se résume pas à un nom. Elle pose une équation à trois dimensions : un candidat capable de mobiliser des fonds et de pérenniser l’appareil du parti ; d’incarner le parti et de mener les législatives ; et, enfin, un profil à même de diriger potentiellement le gouvernement du Mondial et de l’autonomie.
Cela oblige le RNI à penser, dès aujourd’hui, un leadership qui puisse être crédible dans l’hypothèse – revendiquée par le parti – d’une nouvelle victoire.
Des scénarios… et des noms qui circulent
À ce stade, aucune liste officielle ou officieuse n’est sur la place publique. Juste des noms qui se murmurent dans les cénacles politiques. Et ce timing en particulier est favorable aux ballons d’essai. On entend parler de Rachid Talbi Alami, du retour de Moulay Hafid Elalamy ou d’un potentiel recours à Moncef Belkhayat. D’autres se font l’écho du nom de Nadia Fettah comme piste permettant au Maroc d’avoir éventuellement sa première femme cheffe du gouvernement.
Derrière ces spéculations, les options du RNI restent limitées d’autant que le calendrier est serré. À cela s’ajoute la contrainte des statuts qui exigent, pour candidater, d’avoir accompli au moins un mandat au sein du Conseil national.
Le RNI peut soit miser sur l’un des actuels hommes forts du parti et proches collaborateurs de Aziz Akhannouch, rompu aux équilibres du Conseil national, capable de tenir l’organisation, d’éviter les fractures et d’assurer la continuité.
Ou faire appel à d’anciens cadres du parti pour reprendre le flambeau. Dans ce registre, le nom de Moulay Hafid Elalamy (MHE) est régulièrement cité. Durant ses deux mandats de ministre, MHE a laissé une bonne impression. Il dispose de la capacité de mobilisation et de l’aisance de communication. Seule ombre au tableau, sa casquette d’homme d’affaires et de patron de banque, puisqu’il est, depuis 2025, l’actionnaire de référence de Saham Bank. Dans le climat actuel, l’entrée (ou le retour) d’un grand patron à la tête d’un parti au pouvoir nourrirait mécaniquement le débat sur les conflits d’intérêts et les suspicions.
MHE, Mezouar ou Belkhayat… font-ils réellement partie de la réflexion actuelle ? Nul ne peut répondre avec assurance à cette question.
Le débat de fond : faut-il “maintenir” le lien avec le monde des affaires ?
La succession d’Akhannouch remet au centre une question que le RNI a longtemps assumée, parfois subie : son ADN de parti des notables et des réseaux économiques.
Et à ce niveau, en période de compétition, les ressources et la compétence managériale comptent. Le RNI a bâti une partie de son avance sur l’organisation, la capacité de déploiement et une communication structurée. Mais à mesure que la demande de transparence augmente, le cumul (réel ou supposé) entre pouvoir politique et puissance économique devient un fardeau.
Autrement dit : le parti doit arbitrer entre l’efficacité de son modèle et le coût symbolique de ce modèle, dans une société plus sensible aux signaux d’éthique publique.
En somme, en décidant de trancher maintenant son départ, Akhannouch force le parti à faire, en un mois, ce que d’autres étalent sur le temps : produire un chef, un récit et une équipe de campagne.
Le 7 février, au congrès d’El Jadida, une chose sera jugée avant même le nom du vainqueur : la solidité du RNI sans Akhannouch. Le parti était-il une machine bâtie autour d’un homme – ou un appareil devenu autonome, capable d’encaisser le départ de son architecte ?
La réponse, elle, pèsera sur toute la séquence 2026.