Le passage d’un modèle de gestion fragmenté à une structure régionale unifiée est désormais une réalité. En exposant les motifs derrière la création des Sociétés régionales multi-services (SRM), Abdelouafi Laftit a affirmé que cette réforme s’inscrit dans le cadre du chantier de la régionalisation avancée. L’objectif est de mettre fin aux dysfonctionnements chroniques qui pesaient sur la gestion de l’eau, de l’électricité et de l’assainissement liquide.
Le ministre a rappelé que l’ancien modèle de gestion arrivait à bout de souffle. Le secteur faisait face à une multiplicité d’acteurs (plus de 12.000 associations, régies autonomes, gestion déléguée, ONEE), créant un enchevêtrement de compétences et des inégalités territoriales frappantes.
« Nous avons constaté des disparités aiguës entre le monde urbain et rural, tant au niveau de la qualité de service que des taux de raccordement », a souligné Abdelouafi Laftit. À cela s’ajoutent une infrastructure vieillissante, des capacités de production insuffisantes dans certaines zones et un déficit de maintenance accumulé faute de moyens financiers et techniques suffisants au niveau des communes.
Pour pallier ces carences, l’État mise sur une force de frappe financière sans précédent. Le ministre a rappelé la mise en place d’un programme d’investissement global de 253 milliards de DH sur les trente prochaines années, piloté par les nouvelles SRM. Ce budget sera réparti comme suit :
– 106,8 MMDH pour l’assainissement liquide ;
– 88,7 MMDH pour l’eau potable ;
– 56,6 MMDH pour l’électricité.
L’objectif est de mobiliser ces ressources pour moderniser les réseaux sans recourir à une augmentation des tarifs pour le citoyen.
Tarification : « Aucune augmentation à l’ordre du jour »
Sur le sujet sensible du pouvoir d’achat, Abdelouafi Laftit s’est voulu catégorique : « Il n’y a absolument aucune augmentation des tarifs de l’eau ou de l’électricité ».
Répondant aux inquiétudes sur la hausse de certaines factures, le ministre a apporté une clarification technique. Il a expliqué que les augmentations ressenties dans certaines zones ne sont pas dues à un changement de prix, mais à une régularisation de la facturation. « Certaines régions connaissaient des relevés de compteurs irréguliers. Avec l’arrivée des SRM et la systématisation des lectures, des ajustements ont pu avoir lieu, mais la tarification de base reste inchangée ».
Une transition sociale et institutionnelle maîtrisée
La réforme franchit désormais l’étape de l’exécution effective. Après la publication de la loi 83.21 et des décrets d’application en 2024, douze SRM ont été créées pour couvrir l’ensemble des régions du Royaume. Elles ont pris officiellement le relais entre octobre 2024 et novembre 2025.
Sur le plan social, le ministre a rassuré les employés du secteur. Plus de 17.000 agents provenant de l’ONEE, des régies et des sociétés de gestion déléguée ont été transférés vers les SRM. Abdelouafi Laftit a insisté sur le fait que tous leurs acquis (salaires, ancienneté, avantages sociaux) ont été intégralement préservés, en concertation étroite avec les partenaires sociaux.
Relever les défis du futur
Malgré l’optimisme affiché, le ministre n’a pas occulté l’ampleur des défis à venir. Les SRM héritent d’une situation complexe : un réseau vétuste, un taux de rendement à améliorer, et une lutte nécessaire contre les branchements illégaux et le vol d’énergie.
En conclusion, Abdelouafi Laftit a présenté les SRM comme la solution pour un service public performant, capable de gérer les défis de la transition énergétique et de la rareté de l’eau, tout en protégeant les citoyens les plus vulnérables par une péréquation régionale solidaire.