Lancée le 12 octobre 2022 au Maroc, la vaccination contre le HPV visait une couverture de 50% de la population cible durant la première année. Plus de trois ans après son démarrage, cet objectif n’a toujours pas été atteint.
Une réunion nationale pour réviser la stratégie de vaccination
Contactée par Médias24, une source au sein du ministère de la Santé nous confirme que le taux de vaccination reste très faible à ce jour, illustrant l’échec de l’opération.
Pour remédier à cette situation, le ministère prépare une réunion nationale prévue pour la première semaine de février, afin de discuter des raisons de cet échec, et d’en tirer les leçons pour revoir en profondeur la stratégie nationale de vaccination.
Cette réunion connaîtra la participation de sociétés savantes, notamment en pédiatrie, en immunologie et en oncologie, des praticiens de terrain, des membres du comité technique de vaccination ainsi que des partenaires institutionnels. L’objectif est d’identifier clairement les facteurs de blocage et de proposer des ajustements concrets, qui devront d’abord être validés par le comité technique de vaccination, puis par le ministère de la Santé, avant leur lancement éventuel sur le terrain.
Le passage à une dose unique n’a pas amélioré l’adhésion à la vaccination contre le HPV
Le vaccin contre le HPV a été inclus dans le calendrier vaccinal national en octobre 2022, à la suite de plusieurs appels d’associations nationales et régionales et des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Au Maroc, plus de 2.200 femmes se voient diagnostiquer un cancer du col de l’utérus chaque année, et plus de 1.000 décès sont enregistrés. C’est d’ailleurs le deuxième cancer féminin dans le Royaume ; qui affiche l’un des taux les plus élevés du monde arabe. La vaccination contre le HPV permet de réduire ce risque de 92%.
Notre source au ministère de la Santé revient pour Médias24 sur les étapes de cette inclusion. « La réflexion des autorités sanitaires pour l’introduction de ce vaccin a démarré en 2010. Le sujet avait été discuté au sein du comité technique de vaccination. Mais à l’époque, le principal obstacle résidait dans le schéma vaccinal recommandé par l’OMS, qui comprenait trois doses, rendant le coût élevé et l’opportunité de lancement peu favorable ».
Depuis, les données scientifiques ont évolué. « L’OMS a révisé ses recommandations, passant d’un schéma de trois doses à deux doses, ce qui a relancé les discussions à ce sujet au Maroc ».
« Un travail préparatoire avait même été engagé par le ministère de tutelle juste avant la pandémie de Covid-19, avec l’élaboration d’un plan stratégique national de vaccination, et d’une étude d’acceptabilité. Lorsqu’on parle de stratégie, cela fait référence à la cible, au vaccin lui-même et au schéma vaccinal adopté. Malheureusement, cet élan a été stoppé par l’avènement de la crise sanitaire. Le projet a donc été de nouveau gelé ».
« Ce n’est qu’en octobre 2022 que la vaccination contre le HPV a finalement été lancée et intégrée au calendrier national de vaccination, après validation du comité technique et du ministère de la Santé ».
Entre-temps, l’OMS avait de nouveau mis à jour les données scientifiques concernant ce vaccin, lesquelles ont montré qu’une seule dose pouvait offrir une protection suffisante contre le papillomavirus humain. Le Maroc a donc adopté un schéma simplifié, remplaçant le protocole initial de deux doses espacées de six mois, avec l’espoir d’améliorer l’adhésion et de réduire les coûts.
Mais malgré tous ces ajustements, les résultats sur le terrain sont restés en deçà des objectifs fixés.
Pourquoi la vaccination contre le HPV peine à convaincre
D’après notre source, plusieurs facteurs peuvent expliquer ce démarrage difficile. Le plus important est l’impact résiduel de la pandémie du Covid-19. « Cette crise a profondément affecté la perception des vaccins dans l’opinion publique », nous explique-t-on.
Ensuite, il s’agit d’un nouveau vaccin, introduit dans un contexte marqué par une forte hésitation vaccinale, malgré les efforts de sensibilisation, de formation et de supervision des professionnels de santé.
À tout ceci s’ajoute la particularité de ce vaccin. Il cible une tranche d’âge inhabituelle dans les programmes vaccinaux nationaux. « Au Maroc, ce sont les filles âgées de 11 ans qui sont ciblées par ce vaccin, scolarisées ou non. La vaccination se fait au niveau des structures de santé, mais l’école est utilisée comme espace de promotion et de contact avec les parents », explique notre interlocuteur au ministère.
« Le fait que la vaccination contre le HPV intervienne à un âge où l’on n’a généralement plus l’habitude de vacciner rend l’adhésion des parents difficile. La vaccination est souvent perçue comme étant une affaire de pédiatrie, qui relève exclusivement de la petite enfance », a-t-il souligné.
« D’autre part, le HPV est associé à une infection sexuellement transmissible, ce qui complique l’opération, surtout auprès des familles pour des raisons culturelles et religieuses. L’idée de vacciner une enfant contre un virus lié à un futur risque de cancer du col de l’utérus susceptible d’apparaître à 35 ou 40 ans est difficile à accepter par certains parents ».
« Certains estiment que leurs filles sont ‘bien éduquées’ et n’en ont donc pas besoin, tandis que d’autres ont peur que ce vaccin encourage des comportements précoces ».
Communication, ciblage et timing : l’heure du bilan
Il faut dire que le Maroc n’est pas un cas isolé. La vaccination contre le HPV suscite les débats et les ajustements partout dans le monde, selon notre interlocuteur au ministère. « Aucun pays n’a atteint des taux de couverture élevés dès la première année ».
« À titre d’exemple, la France, qui avait d’abord limité la vaccination aux filles, l’a progressivement étendue aux garçons. Le dispositif a par ailleurs été déplacé des centres de santé vers les écoles ».
« De son côté, le Japon a été même contraint de suspendre temporairement la vaccination, après des rumeurs sur la sécurité des vaccins ».
Au Maroc, les autorités reconnaissent aujourd’hui la nécessité d’un exercice collectif pour comprendre les raisons qui ont mené à cet échec. La réunion prévue début février aura pour but de répondre à plusieurs questions ayant trait notamment à la communication initiale : était-elle insuffisante ou mal ciblée ? Son timing n’était-il pas bon ?…
« La question devra être débattue avec franchise pour pouvoir réviser la stratégie nationale de vaccination. Les conclusions de cette réunion devraient déboucher sur des propositions concrètes, soumises au Comité technique de vaccination et validées par le ministère ».
« C’est une vaccination tout à fait particulière qui nécessite beaucoup de mobilisation de la part de toutes les parties prenantes, notamment les médecins, les infirmiers, le médecin de la famille… », conclut notre interlocuteur.