Le chiffre est sans appel. En 2025, le marché marocain du véhicule neuf atteint 234.372 unités, contre 176.401 en 2024, soit une hausse spectaculaire de plus de 33%. Il s’agit du niveau le plus élevé jamais enregistré.

Cette croissance concerne aussi bien les véhicules particuliers (VP), avec 208.000 unités vendues, que les véhicules utilitaires légers (VUL), qui culminent à 26.000 unités. Les deux segments affichent une dynamique soutenue, avec une progression linéaire tout au long de l’année pour les VP, et une accélération particulièrement marquée au premier semestre pour les VUL.

Pour l’AIVAM, cette performance ne relève pas d’un simple effet de rattrapage. « Ce qui s’est passé cette année n’est pas un accident », a insisté son président, Abdelouahab Ennaciri, soulignant que le marché est désormais engagé dans une tendance haussière durable, portée par des fondamentaux solides.

Électrification : l’hybride se fait une place, le diesel recule

Autre signal fort de l’année 2025 : la mutation rapide du mix énergétique. Le diesel poursuit son repli, passant de 90% des ventes en 2021 à 70% en 2025, au profit des motorisations électrifiées.

Les nouvelles énergies (hybride, hybride rechargeable et 100% électrique) représentent désormais 12,5% du marché, contre 8% l’an dernier, traduisant une accélération de l’électrification. Cette progression est principalement tirée par l’hybride, perçu comme une solution intermédiaire adaptée aux usages et au pouvoir d’achat local.

Dans ce segment, BYD s’impose comme un acteur de référence, avec le SUV Seal U, devenu le véhicule électrifié le plus vendu au Maroc en 2025 (3.237 unités). Il devance la Peugeot 208 hybride et le Hyundai Tucson hybride, confirmant l’appétence du marché pour cette technologie.

Marques chinoises : une percée qui s’installe dans la durée

L’année 2025 marque également un tournant dans la structure concurrentielle du marché. Le Maroc a accueilli 11 nouvelles marques automobiles sur l’année, après 4 en 2024, portant le total à 51 marques, contre seulement 36 en 2023.

Parmi elles, 17 marques chinoises, soit près d’un tiers de l’offre nationale. Leur part de marché atteint 7,7% sur l’année, et 9,4% au dernier trimestre, signe d’une montée en puissance progressive. « L’image des véhicules chinois n’est plus la même », a souligné Adil Bennani, DG d’Auto Nejma, mettant en avant une offre aujourd’hui plus qualitative, technologiquement avancée et compétitive.

Si les marques européennes dominent encore largement (environ 75% du marché), cette offensive chinoise, déjà visible à l’international, s’ancre désormais clairement dans le paysage automobile marocain.

Un marché porté par les citadines, la location et les grandes villes

Malgré cette montée en gamme progressive, le marché marocain reste avant tout un marché de volume et de prix. Les citadines dominent largement, avec 43% des ventes, suivies des mini-SUV (20%). À elles seules, ces deux catégories concentrent près de 65% du marché.

Les modèles les plus vendus confirment cette tendance : Dacia Logan, Dacia Sandero et Renault Clio occupent le podium, tandis que cinq citadines figurent dans le top 10 des ventes. Le segment premium, de son côté, reste relativement stable autour de 9% du marché, avec une part d’électrifiés plus élevée (17%), mais une croissance (+11%) inférieure à celle du marché global.

Sur le plan géographique, Casablanca reste sans surprise la première place automobile du Royaume, suivie de Rabat et Tanger. L’axe des grandes villes concentre près de 60% des ventes, évoluant globalement au même rythme que le marché national.

Les facteurs macroéconomiques en soutien

Cette performance historique s’explique aussi par un environnement macroéconomique favorable. En 2025, le Maroc affiche une croissance estimée à 4,4%, avec un pic à 5,5% au deuxième trimestre, tandis que l’inflation est restée contenue autour de 1%. Le taux directeur des crédits, maintenu à 2,75%, a favorisé l’accès au financement automobile.

Le tourisme a joué un rôle déterminant, avec un record de 20 millions de visiteurs (+14%). Résultat : 34% des ventes automobiles sont désormais destinées à la location et au transport touristique, un segment qui a progressé au même rythme que le marché global (+33%).

À cela s’ajoute un facteur structurel clé : le Maroc reste un marché d’équipement, avec un taux de motorisation de seulement 118 véhicules pour 1.000 habitants, laissant entrevoir un potentiel de croissance encore important à moyen terme.

Une phase structurelle de croissance engagée

Pour l’AIVAM et les professionnels du secteur, la trajectoire est claire. Le marché automobile marocain est entré dans une phase de croissance structurelle, appelée à se prolonger sur les prochaines années. À court terme, l’Association table sur une progression d’environ 10% en 2026, portée par la poursuite des investissements publics, la bonne tenue du tourisme et une conjoncture économique globalement favorable.

À plus long terme, les projections évoquent un marché pouvant atteindre 300.000 véhicules neufs par an à l’horizon 2030, à condition d’accompagner l’essor des nouvelles énergies par le développement des infrastructures de recharge. Une transition désormais inévitable, dans un marché qui a clairement changé d’échelle en 2025.