Après deux années de forte expansion, la Bourse de Casablanca aborde 2026 dans un contexte marqué par la poursuite de la dynamique observée ces dernières années. En 2025, le marché actions a clôturé l’année sur une progression de 27,6%, prolongeant le mouvement haussier engagé en 2024 et portant la capitalisation boursière au-delà du seuil des 1.000 MMDH.

Dans cet entretien, Khadija El Moussily, responsable Equity au sein de BMCE Capital Global Research, livre sa lecture des catalyseurs et des risques du cycle en cours. Elle revient sur la question de la valorisation du marché marocain, identifie les secteurs offrant le plus de visibilité en 2026 et détaille la posture d’investissement à privilégier dans un environnement international encore incertain.

Média24 : Après une année 2025 marquée par une nette progression de la Bourse de Casablanca, quels sont selon vous les principaux catalyseurs susceptibles d’accompagner le marché en 2026 ? Et, à l’inverse, quels sont les facteurs de risque qu’il faut garder à l’esprit à ce stade du cycle ?

Khadija El Moussily : À l’horizon 2026, la lecture du marché actions marocain s’inscrit dans une logique de normalisation après deux exercices de forte expansion. En effet, après la revalorisation significative observée en 2024-2025, la performance attendue devrait être davantage tirée par la croissance bénéficiaire, la capacité des entreprises à exécuter leurs plans stratégiques et une sélectivité accrue des investisseurs.

À court terme, une phase de prises de bénéfices pourrait intervenir autour des mois de février-mars, à l’approche de la publication des résultats annuels 2025

Cette éventuelle phase de prises de bénéfices s’inscrirait dans un contexte de niveaux de valorisation élevés sur certains segments et de repositionnement tactique des portefeuilles.

Sur l’ensemble de l’année en cours, le contexte macroéconomique toujours porteur et soutenu par la poursuite des investissements structurants, la montée en charge des grands projets d’infrastructures et une dynamique domestique toujours favorable, devraient consolider la solidité des fondamentaux du marché.

Le renforcement de la part des personnes physiques dans le volume transigé (30% au T3-2025) devrait également contribuer à la dynamique attendue.

De même et dans le sillage des opérations réussies l’année dernière, la possibilité d’avènement de nouvelles introductions en Bbourse en 2026 constitue un catalyseur important susceptible de dynamiser la liquidité, d’élargir la cote et de raviver l’intérêt des investisseurs.

L’éventualité de survenance de rapprochements stratégiques dans le cadre d’opérations de fusions-acquisitions peut également apporter un boost supplémentaire au marché.

En parallèle, les avancées structurantes ayant marqué l’année 2025, comme la création du marché à terme et les préparatifs pour le lancement des ETF dans le cadre de la nouvelle loi sur les OPCVM, devraient renforcer les bases d’un marché des capitaux plus profond et plus moderne pour les années à venir, et ce dès 2026.

Si les niveaux de valorisation appellent à la prudence sur certaines valeurs, les perspectives demeurent globalement favorables, avec un marché appelé à consolider ses acquis et à s’inscrire dans une trajectoire de croissance plus qualitative et durable.

– Quelle est aujourd’hui votre lecture de la valorisation du marché boursier marocain ? Comment répondez-vous aux investisseurs qui estiment que la Bourse de Casablanca est devenue chère après la hausse observée ces dernières années ?

– Historiquement, le marché boursier marocain a toujours affiché des niveaux de valorisation supérieurs à ceux de plusieurs marchés comparables. Cette prime s’explique avant tout par un manque structurel d’alternatives d’investissement domestiques qui canalise une part importante de l’épargne nationale vers les actifs actions, en particulier les grandes capitalisations offrant de la visibilité et du rendement.

Effectivement, la forte hausse de la capitalisation boursière observée récemment, et plus particulièrement en 2025, s’est traduite par une tension à la hausse sur les multiples avec un P/E 2025e (22,3x) supérieur à sa moyenne des cinq dernières années (21,2x).

En revanche, lorsqu’on raisonne en vision prospective, le diagnostic est plus nuancé. Les anticipations pour 2026 intègrent une normalisation progressive des multiples, portée par la poursuite de la croissance des résultats des sociétés cotées.

Autrement dit, le P/E attendu est en baisse à 20,6x, non pas parce que les cours devraient corriger fortement, mais parce que les bénéfices continuent de progresser.

Le marché marocain continue d’afficher des niveaux de valorisation globalement intéressants, en particulier pour un investisseur de moyen à long terme

En résumé, si le marché est aujourd’hui plus exigeant qu’il ne l’était par le passé, la détente attendue des multiples en 2026, combinée à des fondamentaux solides, laisse penser que le potentiel de hausse n’est pas encore totalement épuisé, à condition d’adopter une approche sélective.

– Quels sont les secteurs qui vous paraissent les plus porteurs en 2026, non pas uniquement en termes de momentum boursier, mais au regard de la visibilité économique et bénéficiaire qu’ils offrent ?

Les secteurs les plus porteurs en 2026 seront les banques, les télécoms, le BTP et les matériaux de construction, et la santé

– Premièrement, les secteurs à visibilité récurrente, en particulier les banques et les télécoms. En effet, ces derniers bénéficient de modèles économiques éprouvés, d’une base de revenus récurrents et, dans plusieurs cas, de politiques de distribution attractives. Dans un environnement où les investisseurs deviennent plus sélectifs, cette visibilité bénéficiaire constitue un avantage clé.

Deuxièmement, les secteurs directement exposés au cycle d’investissement domestique, notamment le BTP et les matériaux de construction. La visibilité sur les carnets de commandes, combinée à la poursuite des investissements structurants à moyen terme, permet d’avoir une lecture relativement claire de la trajectoire de résultats sur 2026 et au-delà.

Troisièmement, le secteur de la santé, qui offre un bon compromis entre croissance et résilience. La dynamique démographique, l’élargissement de l’accès aux soins et la nature peu cyclique de la demande confèrent à ce secteur une visibilité élevée sur les volumes et les marges, même dans des scénarios macroéconomiques moins favorables.

– Enfin, dans un environnement international encore incertain, quelle posture vous semble la plus appropriée pour aborder 2026 sur le marché marocain ?

— Pour BMCE Capital Global Research, la posture à adopter en 2026 doit être optimiste mais prudente pour tenir compte aussi bien du potentiel de croissance déjà consommé les trois dernières années que des perspectives encore favorables devant induire une poursuite de la dynamique pour l’année en cours.

Pour cela, la stratégie d’investissement retenue repose sur une construction de portefeuille inspirée du fonctionnement d’une fusée, où chaque étage joue un rôle précis et complémentaire dans la trajectoire de performance globale. Cette approche vise à combiner stabilité, montée en puissance progressive et accélération ciblée, tout en conservant une maîtrise rigoureuse du risque.

Comme cela est bien expliqué dans notre « Annual Strategy », le moteur principal constitue la base structurelle du portefeuille. À l’image du premier étage d’une fusée, il fournit l’impulsion initiale et la stabilité nécessaires pour sécuriser la trajectoire.

Il est composé de valeurs présentant des fondamentaux solides, une forte visibilité opérationnelle et une capacité récurrente de génération de cash-flow. Ces entreprises, généralement matures, offrent des profils de risque contenus et, dans de nombreux cas, un rendement régulier. Ce moteur a pour vocation d’ancrer la performance sur l’année, de limiter la volatilité et de servir de point d’appui aux autres composantes du portefeuille. Les positions y sont construites avec un horizon de moyen à long terme et font l’objet d’un suivi continu.

Le deuxième moteur accompagne la phase de montée en régime du portefeuille. Il est orienté vers des valeurs capables de délivrer une croissance maîtrisée, reposant sur des relais identifiés, une dynamique bénéficiaire positive et une structure financière équilibrée.

À ce stade, l’objectif n’est pas la prise de risque maximale, mais l’accélération progressive de la performance, en s’appuyant sur des entreprises dont la création de valeur reste lisible et soutenable. Ce moteur joue un rôle clé dans l’amélioration du potentiel de performance à moyen terme, tout en préservant l’équilibre global du portefeuille.

Enfin, le troisième correspond à la coiffe, activée de manière ponctuelle pour générer de l’alpha. Ces positions tactiques visent à exploiter des opportunités spécifiques liées à des catalyseurs identifiés, tels que des publications financières, des annonces conduisant à des ajustements de guidance ou des évolutions sectorielles et réglementaires. Ces investissements apportent une poussée supplémentaire sur des fenêtres de temps ciblées. Leur poids est volontairement encadré, leur horizon plus court et leur gestion particulièrement disciplinée, avec une attention accrue portée aux conditions d’entrée et de sortie.

Nous avons également prévu des propulseurs d’appoint, correspondant principalement aux IPO devant avoir lieu en 2026 et devant donner un boost au portefeuille au cours de l’année.