À quelques mois des élections législatives, la scène politique est en ébullition silencieuse. La majorité s’accroche aux apparences de cohésion. Mais en coulisse, les lignes bougent. Et l’annonce de départ de Aziz Akhannouch de la présidence du RNI chamboule les calculs et remet les compteurs à zéro. La décision d’Akhannouch relance également le débat sur le renouvellement des mandats des leaders des partis, peu importe les raisons profondes ayant motivé le président sortant du RNI.

Alors, depuis combien de temps les dirigeants actuels des partis les plus en vue sont-ils à la tête de leur parti ? Ont-ils eu des adversaires lors de leurs élections ?

Quelques éléments de réponse.

À part le PAM, dont la direction a été renouvelée en 2024 dans une des formes les plus inattendues – un trio pour diriger le parti –, les deux autres principales formations de la majorité ont été dirigées par les mêmes figures politiques durant les deux derniers mandats.

Aziz Akhannouch a quasiment à son compteur dix ans à la tête du RNI. Élu en 2016, il a mené le parti vers la première place dans les élections de 2021. En 2022, il a été réélu pour un second mandat. Alors que son mandat arrive à son terme, il choisit de ne pas prolonger son mandat pour 6 mois, ni d’amender les statuts pour briguer un troisième mandat.

Nizar Baraka, lui, dirige l’Istiqlal depuis 2017, donc huit ans, à ce jour. Il a été reconduit en 2024.

Les premières reconductions de Aziz Akhannouch et de Nizar Baraka sont compréhensibles et normales. Les congrès électifs ont eu lieu pendant un mandat gouvernemental, où il est difficile de chambouler la direction d’un parti.

Quant au PAM, il a subi plusieurs crises, conduisant à un changement de leadership. Abdellatif Ouahbi a cédé son siège à trois dirigeants. Le PAM a proposé le concept de « faire de la politique autrement » en modifiant l’approche de gestion de sa direction. Dans l’objectif de révolutionner et de mettre fin à l’ancienne ère du « zaïm », le PAM a instauré une direction collégiale dirigée par Fatima-Zahra Mansouri. Cette équipe comprend, outre cette dernière, Mehdi Bensaid et Fatima Saâdi. Une expérience novatrice qui n’a pas encore prouvé son efficacité.

Une opposition fragmentée aux visages multiples

Face à ce bloc majoritaire, l’opposition reste morcelée et composée de plusieurs formations aux poids divers.

L’Union socialiste des forces populaires (USFP), formation historique de la gauche marocaine est dirigée par Driss Lachgar. Ce dernier est premier secrétaire du parti depuis 2012. Il a été réélu en octobre 2025 lors d’un congrès décrié par ses opposants, qui refusaient son 4ᵉ mandat. Lachgar a mené campagne et a obtenu ce nouveau mandat sous prétexte de plébiscite des bases, malgré sa déclaration sans ambages de ne plus briguer de mandat, lors de sa précédente élection, la 3ᵉ à la tête de l’USFP, tenue en janvier 2022.

Le Mouvement populaire (MP), qui compte 28 sièges, est actuellement mené par Mohamed Ouzzine depuis novembre 2022. C’est le premier mandat de ce dernier à la tête du parti. Ouzzine cherche à repositionner le parti et à lui donner un nouveau souffle.

Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) (fondé en 1974 par Ali Yata, ex-dirigeant du parti communiste interdit en 1952) avec ses 21 sièges, est une autre voix de l’opposition, sous la direction de son leader de longue date, Mohamed Nabil Benabdallah. Ce dernier qui est arrivé à donner au PPS un poids quantitatif et qualitatif plus important, a été élu en 2010. Seize ans plus tard, il est à son quatrième mandat.

En 2022, aucune candidature à ce poste n’a été déposée, y compris par le SG sortant, Mohamed Nabil Benabdallah a été proposé comme candidat par une liste arrêtée, une fois le deadline expiré. Logiquement, le PPS devra tenir un congrès électif en 2026. Benabdellah ajoutera-t-il un cinquième mandat à son palmarès ?

Le PJD : de la domination à l’opposition modeste

Le bouleversement le plus spectaculaire issu des élections de 2021 reste la chute du Parti de la justice et du développement (PJD). Après une décennie à la tête du gouvernement, le parti a probablement subi la chute politique la plus vertigineuse de l’histoire du Maroc moderne, passant de 125 sièges en 2016 à seulement 13 en 2021.

Relégué dans les rangs de l’opposition, le PJD a rappelé à sa tête sa figure historique, Abdelilah Benkirane. Son leadership s’est exercé en plusieurs phases : un premier mandat de neuf ans (2008-2017) durant lequel il a mené le parti au pouvoir, un retour de quatre ans (2021-2025) pour reconstruire après la défaite, et une réélection en avril 2025 pour un nouveau mandat courant jusqu’en 2029.