Tout en se félicitant du nouveau record d’arrivées réalisées par le Maroc, la ministre du Tourisme préfère cependant défendre une stratégie de croissance maîtrisée à l’horizon 2030 en maintenant le cap officiel de la feuille de route qui prévoit 26 millions de visiteurs alors que les professionnels estiment possible d’atteindre les 30 millions de visiteurs.
Au-delà du débat sur les chiffres, Fatim Zahra Ammor préfère s’en tenir aux choix de l’État en matière d’investissement, de capacité d’accueil et de création de valeur pour inscrire le tourisme dans une trajectoire durable.Le chiffre record de 19,8 millions d’arrivées n’est pas un succès conjoncturel
Médias24 : Quelle est votre lecture du chiffre de 19,8 millions d’arrivées réalisé en 2025 ?
Fatim-Zahra Ammor : Accueillir près de 20 millions de touristes est évidemment une source de grande fierté. Mais c’est surtout un tournant stratégique qui vient conforter la trajectoire de développement engagée par notre pays, sous la vision éclairée et le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste.
Ce chiffre reflète une dynamique touristique profonde et durable, portée par un choix politique de notre gouvernement de faire du tourisme un pilier stratégique du développement économique et territorial du Royaume. Il s’agit d’une dynamique construite dans le temps, et non d’un succès conjoncturel.
Cette trajectoire s’est appuyée sur des investissements forts, notamment le plan d’urgence post-Covid mis en place pour accompagner la relance du secteur, puis la feuille de route du tourisme 2023-2026, co-construite avec les professionnels et déployée avec rigueur.
Pour rappel, celle-ci repose sur des piliers clairs : le renforcement de la connectivité aérienne et de la promotion, la stimulation de l’investissement dans l’hébergement et les activités d’animation, ainsi que l’élévation des standards de qualité et de formation.Nous préférons privilégier une croissance maîtrisée
– Sachant que le Maroc a frôlé les 20 millions d’arrivées, pourquoi maintenir l’objectif de 26 millions en 2030 alors que des opérateurs affirment que la dynamique actuelle peut permettre d’atteindre 30 millions ?
– La dynamique actuelle peut légitimement nourrir une ambition encore plus élevée. Mais je voudrais préciser que l’objectif de 26 millions de touristes n’est pas un plafond : c’est un cap maîtrisé, fondé sur nos capacités réelles qu’il s’agisse d’hébergement ou d’aéroports, et sur la volonté de garantir une croissance durable et de qualité.
C’est cette approche responsable qui nous permettra de sécuriser la trajectoire et de continuer à créer les conditions pour dépasser nos objectifs.
– Quels sont les freins qui empêchent d’aligner l’objectif officiel sur les prévisions des professionnels ?
– Les prévisions exprimées par les opérateurs traduisent une confiance retrouvée et un optimisme que nous partageons pleinement.
Notre objectif officiel n’a pas vocation à brider l’ambition, mais à sécuriser la trajectoire : en matière d’infrastructures, de ressources humaines, de connectivité, d’investissement et de soutenabilité territoriale.Investissement, capacité d’accueil, diversification des offres sont les clés de notre stratégie
– Comment accompagner les investissements nécessaires pour élargir la capacité d’hébergement ?
– L’investissement dans la capacité d’hébergement est l’un des piliers de la feuille de route du tourisme. C’est pour cette raison que notre gouvernement a mis en place des mécanismes concrets pour accompagner les investisseurs et accélérer la montée en capacité grâce à la nouvelle Charte de l’investissement, qui prévoit jusqu’à 30% de subvention du capital pour les projets touristiques ; au Fonds Mohammed VI, avec un sous-fonds entièrement dédié au tourisme ; et, enfin, au programme Cap Hospitality qui est un dispositif inédit pour lequel l’État prend en charge l’intégralité des intérêts des crédits destinés à la rénovation des hôtels.
Les résultats sont au rendez-vous avec plus de 43.000 lits additionnels créés depuis 2021 déjà, et nous observons aujourd’hui un véritable appétit des investisseurs étrangers ou marocains pour la destination Maroc.
Enfin, nous travaillons à la mise en œuvre des textes relatifs aux autres formes d’hébergement prévues par la loi 80-14, (bivouacs, hébergements alternatifs, chez l’habitant), afin de diversifier l’offre et mieux répondre aux attentes des visiteurs et des territoires.Garantir une croissance durable et équitable dans toutes les régions
– La majorité des arrivées se concentrent sur des villes comme Marrakech, comment faire en sorte que cette dynamique de croissance touche uniformément l’ensemble des régions ?
– La croissance touristique ne concerne plus seulement quelques grandes villes car elle touche aujourd’hui l’ensemble des régions, avec des croissances à deux chiffres dans plusieurs destinations comme Rabat, Ouarzazate ou Tanger.
C’est une conséquence de la mise en œuvre de la feuille de route du tourisme 2023-2026 qui a été conçue dans cet esprit, en s’appuyant sur des filières où le Maroc a une vraie maturité et qui bénéficient aux 12 régions.
Pour que cette dynamique profite réellement aux territoires, nous avons travaillé sur des écosystèmes complets. Pour vous donner des exemples, nous avons renforcé l’aérien point-à-point vers plusieurs destinations, amélioré la connectivité domestique, et soutenu l’investissement dans l’animation touristique, à travers des programmes comme la Banque de projets, Go Siyaha et les incubateurs qui bénéficient à toutes les régions.Nous comptons augmenter la dépense moyenne par touriste au Maroc
– Comment expliquez-vous la synchronisation inédite des recettes de voyages qui ont suivi une croissance presque parallèle à celle des arrivées ?
– La hausse des recettes de voyages confirme que le tourisme marocain crée aujourd’hui davantage de valeur.
En effet, à fin novembre 2025, elles ont atteint 124 milliards de dirhams, soit une progression de 19% par rapport à 2024, ce qui est exceptionnel et illustre le renforcement du poids du secteur dans l’économie nationale.
Comme vous le savez, la dépense touristique dépend en grande partie de la durée de séjour, elle-même liée au type de tourisme proposé.
– Qu’avez-vous prévu pour capitaliser davantage sur la dépense moyenne par touriste plutôt que sur le volume seul des arrivées ?
– Des progrès concrets sont déjà visibles grâce à la diversification de l’offre et aux efforts en matière d’animation. Pour rappel, entre 2019 et 2024, la dépense moyenne par séjour a progressé de 32%, pour atteindre 7.300 dirhams.
En outre, nous ciblons également des marchés à plus forte valeur ajoutée, notamment les États-Unis et les pays du Golfe, où les durées de séjour et les niveaux de dépenses sont significativement plus élevés, afin de consolider cette dynamique dans la durée.