Le Maroc a attendu un demi-siècle pour remporter une nouvelle fois la Coupe d’Afrique des nations et il attendra encore quelques années après avoir été battu par le Sénégal (0-1), lors de la finale de la 35e édition, ce dimanche 18 janvier au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat.

On nous avait promis monts et merveilles, mais les merveilles se sont envolées. Il ne restait plus qu’une montagne sénégalaise difficile à grimper, sur laquelle se sont fracassés les espoirs de tout un peuple.

Le Maroc a poussé dans une fin de match qu’il a terminée à dix, en raison de la sortie sur blessure de Hamza Igamane. Yassine Bounou s’est démultiplié pour les maintenir dans le match. Mais cela n’a pas suffi.

Brahim Diaz aurait pu changer le sens de l’histoire s’il n’avait pas complètement manqué cette opportunité en envoyant le ballon dans les mains d’Édouard Mendy, sur une Panenka totalement ratée.

Mais auparavant, cette finale aurait pu virer au drame. Les supporters sénégalais ont très peu goûté à la décision de l’arbitre de siffler un penalty en faveur du Maroc, et l’ont exprimé en tentant d’envahir la pelouse avant que les services d’ordre n’interviennent.

Un supporter a même été évacué de toute urgence. Les joueurs étaient également dans l’incompréhension alors que, quelques minutes auparavant, l’arbitre leur avait annulé un but sur corner à cause d’une faute légère sur Achraf Hakimi.

La fin de match était complètement folle. Et les Lions de la Teranga avaient même entrepris de quitter la pelouse. Avant de revenir, de stopper le penalty de Diaz et d’inscrire un sublime but par l’intermédiaire de Pape Gueye.

C’était une finale avec peu d’occasions où l’enjeu a clairement pris le pas sur le jeu. Mais il y avait une forme de logique dans le succès des Sénégalais, qui ont été bien meilleurs que les Lions de l’Atlas, lesquels ont poussé jusqu’au bout sans réussir à revenir au score.

 

Une atmosphère de folie avec 65.000 supporters

Walid Regragui a une nouvelle fois pris le parti de lancer le même onze que celui aligné depuis le début de la phase à élimination directe.

Une équipe type qui applique les mêmes principes, à savoir un bloc bas/médian et compact en 4-1-4-1 pour fermer les espaces et les lignes de passe.

Et, une fois le ballon récupéré, la première intention est d’attaquer la profondeur avant que la défense adverse ne se mette en place.

Le tout, bien évidemment, dans une atmosphère de folie où les 65.000 supporters marocains ont autant poussé les Lions de l’Atlas qu’ils ont perturbé les Sénégalais.

Même si ces derniers approchaient bien plus les cages de Yassine Bounou que l’inverse en début de rencontre.

Au point que le portier de l’EN a dû sauver son équipe en repoussant une tête sénégalaise au second poteau à la suite d’un corner parfaitement botté par Sadio Mané (5’).

Inutile de vous mentir, les Sénégalais n’auraient pas démérité d’ouvrir le score tant ils ont été les plus entreprenants lors du premier quart d’heure et tout au long du premier acte.

Principalement en raison de l’incapacité des coéquipiers de Neil El Aynaoui à contrôler les déplacements de Sadio Mané entre les lignes et dans les demi-espaces, mais aussi à cause de certaines pertes de balle largement évitables.

Sauf qu’à un moment donné, nous avions eu l’impression que les protégés de Pap Thiaw avaient laissé passer leur chance et donné l’occasion aux Marocains de reprendre leurs esprits.

Ismaïl Saibari a brillé par son abattage défensif

C’est Abdessamad Ezzalzouli qui a été le premier à sonner la charge par un débordement puis un centre très dangereux qui n’a malheureusement pas trouvé preneur (8’).

Cela a donné des idées à Ismaïl Saibari, qui a tenté sa chance après une course plein axe. Mais son tir est passé largement à côté des cages d’Édouard Mendy (13’).

Le milieu offensif du PSV Eindhoven a davantage brillé par son travail défensif que par ses actions avec le ballon.

Son abattage a été énorme et il a souvent été à l’origine des transitions rapides du Maroc grâce à des récupérations au niveau de la ligne médiane.

Mais, à l’image de ses coéquipiers, il n’a pas toujours pris la bonne décision dans les moments les plus importants.

Surtout que, pendant près d’une demi-heure, Brahim Diaz, qui est censé être le capitaine de l’attaque marocaine, a brillé par sa transparence.

Il était absent des débats et du combat titanesque que menaient les deux équipes. Une bataille de tous les instants qui a failli un temps tourner en faveur des Lions de la Teranga. Mais c’était sans compter sur l’efficacité du portier de l’EN.

Lancé en profondeur par Nicolas Jackson, Iliman Ndiaye a manqué son face-à-face contre Bounou, dont la sortie en croix a permis de dévier le tir de l’attaquant d’Everton en corner (38’).

Le Maroc pouvait se satisfaire de ne pas être mené au score

Au vu des manqués sénégalais, plus le temps passait, plus on se disait qu’ils allaient le payer. Notre prémonition était à deux doigts de se réaliser, mais Nayef Aguerd n’a fait qu’effleurer un centre millimétré d’Abdessamad Ezzalzouli (40’).

Dans l’ensemble, le Maroc pouvait se satisfaire de ne pas être mené au score en rentrant au vestiaire après une mi-temps où il n’a cadré aucun de ses trois tirs.

De son côté, le sélectionneur national Walid Regragui n’a pas caché son courroux à plusieurs reprises sur le bord du terrain. Il n’était vraiment pas content, et on le comprend.

Il l’était encore moins lorsque Ayoub El Kaabi a complètement manqué le cadre à deux mètres des cages d’Édouard Mendy, sur un service au cordeau de Bilal El Khannouss (59’).

Décidément, cette rencontre semblait avoir été programmée pendant la saison des vendanges. Une impression confirmée par Ayoub El Kaabi, encore lui, et Abdessamad Ezzalzouli.

Ils ont tour à tour laissé passer l’opportunité d’ouvrir le score après un contre rondement mené par Brahim Diaz, qui a commencé à sortir la tête de l’eau en seconde mi-temps (64’).

La blessure de Neil El Aynaoui sur un duel aérien a quelque peu coupé les Lions de l’Atlas dans leur élan, alors qu’ils commençaient tout juste à prendre la mesure de leurs adversaires et à se montrer menaçants.

L’entrée d’Ismaïla Sarr sur le côté droit de la défense sénégalaise a été un choix assez osé de Pap Thiaw. Conjuguée à celle d’Abdoulaye Seck, elle a permis aux Lions de la Teranga de passer à une défense à cinq avec trois centraux.*

Pap Thiaw a remporté la bataille tactique face à Regragui

Mais c’est bel et bien l’apparition d’Ibrahim Mbaye qui a fait le plus de mal à la défense de l’EN. Sa série de dribbles dans la surface, conclue par un magnifique ballon enroulé, a fait passer des frissons dans les gradins (90’).

Heureusement pour le peuple marocain que Yassine Bounou a encore une fois sorti un arrêt de classe mondiale.

Dans la continuité, Abdessamad Ezzalzouli a eu l’occasion d’estoquer les Sénégalais, mais il n’a même pas cadré sa tentative.

Sur un fil, la fin de match était tendue comme un arc et l’issue de la rencontre pouvait basculer d’un côté comme de l’autre, comme en témoigne le but refusé au Sénégal en raison d’une poussette très limitée sur Achraf Hakimi (93’).

C’est le moment choisi par Walid Regragui pour apporter un ajustement et adopter le même système de jeu que son adversaire avec l’entrée d’Anas Salah-Eddine afin de former une défense à cinq.

La suite fut incroyable, avec un arbitre aux abois qui a annulé un but aux Sénégalais avant de siffler un penalty aux Marocains. Un tir au but manqué par Brahim Diaz, qui a tenté une Panenka inappropriée.

De l’autre côté, les supporters sénégalais, ressentant une injustice, ont tenté d’envahir la pelouse avant d’échanger quelques coups avec les autorités qui les empêchaient de rentrer sur le terrain.

Le match avait finalement repris. Édouard Mendy a arrêté la Panenka de Brahim Diaz avant que Pape Gueye n’anéantisse les derniers espoirs des Lions de l’Atlas.

Bien aidé, il est vrai, par l’incroyable manqué de Youssef En-Nesyri, au cœur des prolongations.

Edouard Mendy a été héroïque en sortant un but tout fait à la 108’. Car le Maroc poussait très fort mais ils ont buté sur un grand gardien et surtout une grande équipe du Sénégal.