Après plusieurs campagnes marquées par un stress hydrique sévère, la saison agricole en cours pourrait marquer un changement pour la céréaliculture marocaine. Les pluies abondantes et bien réparties, enregistrées depuis le début de l’hiver, ravivent l’optimisme des professionnels du secteur, malgré un démarrage tardif des semis.

C’est ce que nous affirme un acteur bien informé du secteur, joint par nos soins. Il estime que « les conditions sont aujourd’hui réunies pour espérer une production exceptionnelle », à condition de bien anticiper les prochaines étapes, notamment la commercialisation et le stockage.

Un démarrage tardif, mais des superficies emblavées conséquentes

La campagne n’avait pourtant pas bien démarré. L’absence de précipitations durant les mois d’octobre et novembre avait retardé les semis et l’enblavement. « Il y a eu un peu de retard au niveau des semis en raison de l’absence de pluies durant l’automne, mais malgré cela, on a quand même pu emblaver environ 3 millions d’hectares, voire plus », précise notre interlocuteur.

Ces superficies sont largement dominées par le blé tendre, qui constitue le cœur de la production nationale. « Les précipitations ont été abondantes, bien réparties dans le temps et dans l’espace. Si tout se passe bien, on pourrait enregistrer une production exceptionnelle par rapport aux années de sécheresse que nous avons vécues ».

Selon les estimations avancées par notre interlocuteur, « la production cumulée des trois principales céréales, à savoir le blé tendre, le blé dur et l’orge, pourrait dépasser les 10 millions de tonnes cette saison ». Un niveau rarement atteint ces dernières années.

« Je suis très optimiste. L’engorgement des sols et le bon remplissage des nappes phréatiques laissent présager une très bonne année agricole« , insiste le professionnel. « Après le Ramadan, vers début avril, on sera davantage fixé sur l’avenir de cette production, mais les signaux sont déjà très positifs ».

« Les effets des excès de pluies restent marginaux face aux bénéfices hydriques »

Dans certaines régions, l’abondance des pluies a pu provoquer un jaunissement ponctuel des cultures. « Il y a eu, en effet, des zones où les céréales ont jauni à cause de l’excès d’eau, mais les trois à quatre derniers jours de soleil ont permis de corriger la situation », relativise notre interlocuteur.

« L’eau reste l’élément le plus important. Ce qui est positif dépasse donc largement ce qui est négatif« , d’autant que ces fortes pluies permettront d’améliorer la qualité des céréales par rapport aux années passées.

« Au-delà des superficies emblavées, c’est surtout la productivité qui retient l’attention cette année. Les conditions climatiques favorables ont encouragé l’utilisation des engrais azotés et des traitements phytosanitaires, améliorant significativement les perspectives de rendement », souligne-t-il.

Ainsi, « même si les superficies sont inférieures à celles d’une année normale, le rendement pourrait être record ». Pour le blé tendre, une moyenne de 40 quintaux par hectare est avancée. « Si l’on considère environ 2 millions d’hectares réservés au blé tendre, on pourrait atteindre 80 millions de quintaux, ce qui est très important. Il faut raisonner en termes de productivité ».

L’amélioration de la production nationale permettra de constituer un stock stratégique

Avec ces perspectives, la récolte pose maintenant la question de sa gestion.

« Il faut se préparer dès maintenant, réfléchir aux moyens de stockage à mettre en place et aux encouragements à accorder aux organismes stockeurs pour les inciter à constituer un stock stratégique« , indique notre interlocuteur.

« Un tel dispositif permettrait non seulement de sécuriser l’approvisionnement du pays, mais aussi de soutenir les producteurs. La collecte devra donc être particulièrement agressive et dynamique dans les grands bassins céréaliers, notamment la Chaouia, les Doukkala, le Gharb et le Saïss ».

Concernant les importations, tout reste à définir. « De toute manière, nous avons jusqu’au 30 avril. Cela laissera le temps aux opérateurs d’évaluer la situation et de donner la priorité à la production nationale », conclut notre interlocuteur.

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