Forafric est un groupe du secteur de la minoterie, actif au Maroc et à l’international, coté au Nasdaq à New York depuis 2022. L’activité du groupe est largement tirée par le marché marocain (via les marques Tria et Maymouna), avec une présence en Afrique subsaharienne, notamment au Burkina Faso, au Mali et en Angola.
Le groupe traverse depuis 2023 des difficultés financières marquées par une forte pression sur la liquidité, des pertes récurrentes et un recours massif à l’endettement.
À fin juin 2025, Forafric affichait une dette financière totale d’environ 179 millions de dollars, pour un total de bilan proche de 266 millions de dollars, tandis que les capitaux propres restaient très limités, selon ses états financiers semestriels consultés par Médias24.
Cette dette s’est construite dans le temps et pèse désormais lourdement sur la trajectoire du groupe, au point de poser une question centrale : comment réduire l’endettement, créer de la valeur et poursuivre l’activité dans ces conditions ? Et, pour aller plus loin, comment Forafric en est-il arrivé à cette situation financière ?
La solution semble se profiler par une ouverture de son capital. « L’homme d’affaires influent Chakib Alj vient à la rescousse de Forafric », titre Africa Intelligence. Ce dernier révèle que « le groupe agroalimentaire marocain est sur le point d’être racheté par l’un de ses principaux concurrents, Cap Holding ».
Une source sûre jointe par Médias24 confirme cette information. Les discussions entre Chakib Alj et Forafric ne sont pas achevées et l’opération n’est pas encore actée. Chakib Alj, par ailleurs président de la CGEM, est en négociation avec Forafric via Cap Holding en vue d’une prise de contrôle majoritaire du groupe. Il est probable que cette prise de contrôle se fasse, selon nos sources, par une augmentation de capital, de sorte que les capitaux ainsi mobilisés contribueront au désendettement.
Cap Holding est un groupe industriel marocain fondé par Chakib Alj, actif notamment dans la minoterie, le négoce de céréales, le stockage, la logistique et l’agro-industrie, avec plusieurs filiales opérant sur l’ensemble de la chaîne céréalière.
Chakib Alj est en négociation avec Forafric via Cap Holding, en vue d’une prise de contrôle majoritaire du groupe
Une croissance externe au cœur d’un secteur en recomposition
La stratégie de Forafric s’inscrit dès l’origine dans une logique de croissance externe, dans un secteur de la minoterie marocaine marqué par une forte atomisation, des surcapacités et une pression durable sur les marges.
En effet, dès le milieu des années 2010, ce contexte a poussé plusieurs opérateurs historiques à céder leurs actifs, souvent confrontés à des difficultés de transmission familiale, de gouvernance ou de rentabilité.
Avant d’engager cette phase de consolidation, Forafric s’est appuyé sur une base industrielle et commerciale construite autour de sa marque historique Maymouna, qui s’est imposée progressivement dans la grande distribution. Cette assise a permis au groupe de se positionner comme un repreneur crédible d’actifs existants, dans un secteur où les investissements se faisaient davantage par rachats que par création de nouvelles capacités.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’opération la plus structurante du groupe : le rachat de Tria en 2016. Très commentée à l’époque, cette transaction a marqué un tournant pour le secteur. Tria, acteur de référence, faisait face à des enjeux de succession et de repositionnement stratégique.
Du changement de dimension… au recours massif à la dette
Comme indiqué précédemment, Forafric est aujourd’hui présent au Maroc, mais aussi dans plusieurs pays africains. Cette expansion s’est faite à travers une stratégie d’acquisitions externes et de consolidation, qui a permis au groupe d’atteindre une taille critique.
Mais cette montée en puissance a eu un coût. Qui dit acquisitions, extensions industrielles et développement international dit besoins de financement importants.
C’est à ce stade que le recours à la dette devient central dans le modèle de Forafric. Pour accompagner sa croissance, le groupe s’est appuyé sur un endettement croissant, notamment pour financer le besoin en fonds de roulement et les investissements liés à l’expansion.
Selon une source proche du dossier, Forafric avait engagé la recherche de partenaires en vue d’une entrée au capital. « L’objectif recherché était une augmentation de capital significative, destinée à alléger l’endettement du groupe et à lui donner les moyens de poursuivre son développement international ».
Le début des cessions : un recentrage acté et chiffré
Le changement de cap de Forafric est formalisé dès novembre 2024. Dans ses documents financiers, le groupe indique avoir engagé une nouvelle stratégie recentrée sur le Maroc et le blé tendre, accompagnée d’un plan de cession de plusieurs actifs afin d’alléger la structure financière.
Deux éléments sont alors identifiés comme actifs « held for sale ». Le premier concerne les actifs long terme d’un moulin de blé dur (durum) d’une capacité de 240 tonnes par jour, situé à Casablanca.
Le second porte sur une filiale détenue à 100% opérant des activités logistiques. Ces deux actifs sont classés comme destinés à être cédés dans les états financiers du groupe.
Forafric indique avoir conclu un accord de vente portant sur ces deux éléments pour une contrepartie globale de 29 millions de dollars. Le groupe précise que les produits attendus de la transaction s’élèvent à 10 millions de dollars pour l’activité logistique et 19 millions de dollars pour le moulin de blé dur, avec une finalisation prévue à court terme.
Au 30 juin 2025, Forafric relie explicitement ces cessions à sa situation de liquidité et à ses enjeux de continuité d’exploitation sur les douze mois suivants. Le reporting semestriel confirme l’avancement du processus, avec la cession de la filiale logistique intervenue au cours de l’été 2025 et la finalisation attendue de la vente du moulin de blé dur.
Un chiffre d’affaires en baisse de 45,3% à fin juin 2025
Au premier semestre 2025, Forafric Global PLC a enregistré un chiffre d’affaires consolidé de 87,35 millions de dollars, contre 159,66 millions de dollars sur la même période de 2024. Cela correspond à une baisse de 45,3% en glissement annuel, reflétant un recul généralisé des volumes sur l’ensemble des segments du groupe.
Dans le même temps, le coût des ventes est passé de 142,58 millions de dollars à 78,84 millions de dollars, soit une diminution de 44,7%. Malgré cette contraction, la marge brute recule également, passant de 17,07 millions de dollars à 8,52 millions de dollars, ce qui représente une baisse de 50,1% sur un an.
Les charges opérationnelles (frais commerciaux, généraux et administratifs) s’établissent à 11,54 millions de dollars, contre 21,06 millions de dollars un an plus tôt, soit une réduction de 45,2%.
Cette baisse des charges n’a toutefois pas permis de compenser entièrement le recul de l’activité, l’EBIT opérationnel ressortant en perte de 3,02 millions de dollars, contre une perte de 3,98 millions au premier semestre 2024, soit une amélioration de 24,1% en valeur absolue, tout en restant négatif.
Après prise en compte des charges financières et du résultat de change, la perte nette consolidée s’établit à 10,35 millions de dollars, contre 12,05 millions de dollars un an auparavant, traduisant une réduction de la perte nette de 14,1%.
Quant à la perte nette attribuable au groupe, elle ressort à 10,88 millions de dollars, en amélioration de 14,7% par rapport aux 12,76 millions de dollars enregistrés au premier semestre 2024.