Le dimanche 18 janvier 2026 devait être une journée de rêve. Elle restera à jamais gravée dans nos mémoires, rangée dans la case cauchemar.

Il faut dire que nous n’avons pas été pris au dépourvu sur le plan émotionnel. Depuis 2004, on connaît la différence entre les perdants et les vainqueurs d’une finale. L’écart entre des joueurs et des héros. Entre une profonde fierté collective, difficile à arracher à la défaite, et la décision d’être heureux pour tout le reste.

Le plus haut sommet continental atteint par l’équipe nationale depuis plus de vingt ans s’est ainsi mêlé à la plus grande des déceptions. 

C’est la deuxième finale perdue par les Lions de l’Atlas, après celle de la CAN 2004. Un nouveau revers qui nous fait entrer dans une ère de nuance. 

C’est le meilleur résultat d’une sélection marocaine dans une phase finale de CAN à domicile, après l’élimination en demi-finale face au Cameroun en 1988. Et c’est très beau d’aller en finale. Mais c’est un peu moche de la perdre de cette manière.

En réalité, les joueurs de l’équipe nationale ont peu de choses à regretter. Leur entraîneur, Walid Regragui, en a sans doute davantage à se reprocher.

L’équipe nationale laisse de beaux souvenirs

Il est vrai que le parcours de l’équipe nationale marque une progression nette par rapport à la dernière édition, et à celle de 1988.

Elle a dépassé le stade des huitièmes de finale et assumé jusqu’au bout la pression liée au statut de pays organisateur, alors qu’elle s’en était fait délester par le Cameroun en 1988.

Elle est sortie indemne du match piège face à la Tanzanie en huitième de finale. Elle a terrassé un Cameroun revanchard. Elle a éliminé le Nigeria, l’un des favoris de la compétition. En somme, elle a laissé de beaux souvenirs.

Mais il lui a manqué un peu de fraîcheur, un peu de chance, et surtout davantage de sérénité dans les dernières minutes de la finale.

En particulier ce moment où Brahim Diaz a davantage pensé à l’effet que cela ferait de remporter une CAN sur une panenka, plutôt que de penser à la gagner, tout simplement.

Inutile de vous mentir, dans ce genre de situation, où l’égoïsme prend le pas sur l’intérêt collectif, l’optimisme ne sert pas à grand-chose. Mais il est évident que le football de sélection marocain possède un avenir aussi radieux que le passé récent de ses différentes catégories.

Et ce, même si la valeur de ce parcours reste inférieure à celle de 2004, où la quantité de talent et le soutien populaire étaient nettement moins importants.

Durant cette CAN, l’équipe nationale n’a que très rarement été à la hauteur dans le jeu. Pourtant, elle occupe une place très élevée dans l’histoire du football marocain.

Walid Regragui ne sort pas renforcé de cette CAN

Arriver en finale avec autant d’imperfections relève d’un mérite profond et d’une véritable construction collective.

Reste à savoir si ce résultat suffira à conforter Walid Regragui sur le banc. Si, historiquement, gagner une finale vaut l’impunité, la perdre autorise-t-il les reproches ?

Le sélectionneur a traversé de violentes intempéries à l’approche de la compétition, moins pendant son déroulement. Mais il ne sort certainement pas renforcé de cette CAN.

En cas de victoire, il était assuré de poursuivre son mandat dans la sérénité, au moins jusqu’au Mondial 2026 en Amérique du Nord (États-Unis, Canada, Mexique). Mais de victoire, il n’y en a pas eu.

Le succès face au Cameroun, et surtout celui contre le Nigeria, avait pourtant renforcé l’idée que Walid Regragui savait où il allait, et comment y aller.

Une impression sans doute exagérée, au regard de ses sempiternelles contradictions et de l’instabilité dans la gestion de son plan de jeu. Comment expliquer, par exemple, qu’à l’exception d’Ayoub El Kaabi, aucun avant-centre n’ait marqué durant la compétition ? Cette force venue du banc est ce qui a certainement le plus manqué dans cette CAN, autant que la cohérence.

Se pose justement la question de savoir pourquoi le technicien marocain a tout fait, depuis l’élimination en huitième lors de la précédente édition, pour construire une équipe de possession, avant de décider subitement de ne plus en vouloir à partir des quarts de finale de la CAN 2025.

En effet, depuis le match face à la Tanzanie, le Maroc a systématiquement eu moins le ballon que ses adversaires.

Un groupe de 26 loin d’être au top de sa forme

Difficile, dans ces conditions, d’exploiter l’incroyable talent offensif dont jouit cette équipe, plus que toute autre version précédente.

Et surtout, comment donner du sens à la satisfaction affichée par le sélectionneur quant à la performance de son banc, tout en alignant le même Onze de départ du huitième jusqu’à la finale, soit quatre rencontres disputées en moins de deux semaines ?

La finale a ravivé un regret que nous avions exprimé avant même le début de la compétition. Celui d’avoir convoqué plusieurs joueurs blessés ou en méforme, au détriment d’autres, peut-être moins brillants, mais bien plus compétitifs.

Il serait toutefois injuste de nier à Walid Regragui sa capacité à construire une équipe, partout où il est passé, en club comme en sélection. Mais, trop souvent, cette force collective se construit sur l’autel des qualités individuelles, plus que sur l’alchimie entre tous les talents qui la composent.

Quoi qu’il en soit, la génération d’Achraf Hakimi et de Brahim Diaz jouera dans six mois face au Brésil, en match d’ouverture du groupe C de la Coupe du monde 2026, et tentera de ne pas transformer l’exploit du Mondial 2022 en simple souvenir sans lendemain.

Et on peut vous assurer que, dès les matchs amicaux du mois de mars, les Lions de l’Atlas seront heureux de se retrouver. Ils se rappelleront que l’aventure de cette CAN n’était finalement pas si catastrophique. Notamment par leur capacité à fédérer et à créer une atmosphère emplie d’espoir et d’ambition. Une atmosphère où l’idée que tout était possible s’est installée durablement.

Une organisation où il y avait peu de place à l’improvisation

L’organisation et l’engouement populaire ont, eux aussi, marqué les esprits. Si les 51 rencontres ne se sont pas toutes disputées dans des stades pleins à craquer, une large majorité d’entre elles l’ont été.

Les fan-zones ont souvent affiché complet. Malgré quelques couacs, la qualité des camps de base et celle des pelouses ont largement contribué à l’esprit festif de la compétition.

Il n’y a quasiment pas eu d’improvisation. Excepté lors d’une finale plus proche d’un saut en parachute que de l’ascenseur émotionnel.

Les événements ayant émaillé la rencontre la plus importante de la plus grande compétition africaine laisseront des traces dans la mémoire collective. Ils nourriront le discours de ceux qui assurent que ce n’était pas la plus grande édition de l’histoire.

Mais les investissements financiers et humains, tout comme l’accueil chaleureux du peuple marocain, ont au contraire confirmé que le Royaume est un pays de football, doté de l’expertise et des atouts nécessaires pour organiser, dans quatre ans, la Coupe du monde 2030.

En attendant, on aurait aimé faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Mais vivre le dernier jour d’une telle compétition comme un très grand jour restera, malgré tout, un privilège.