L’après-CAN laisse un goût amer. En l’espace de vingt-quatre heures dans la nuit du dimanche au lundi, les réseaux sociaux ont vu déferler autant d’insultes, de propos haineux et de discours négatifs à l’encontre du Maroc que durant toute la compétition. Ce constat a été fait par les meilleurs outils de monitoring des réseaux sociaux. Cette brusque dégradation du climat numérique n’est pas anodine ni spontanée. Elle est inquiétante.
Cette atmosphère est malsaine. Nous voyons en réaction, sur les réseaux sociaux, des appels à arrêter l’immigration subsaharienne et à expulser tous les irréguliers. Voire des posts haineux. Ces appels ne représentent que leurs auteurs, souvent anonymes.
Une méfiance artificielle est en train de s’installer entre des peuples frères ou amis. Sénégalais, Marocains et Africains de tous pays sont aujourd’hui pris en otage par des récits toxiques et manipulateurs qui n’ont rien à voir avec la réalité des relations entre les peuples.
Il faut rappeler une évidence trop souvent oubliée à l’ère numérique : un compte anonyme ne représente pas un pays. Un message haineux, une insulte ou une provocation ne traduisent ni l’opinion d’un peuple, ni celle d’une nation entière. Un Sénégalais ne parle pas au nom de tous les Sénégalais. Un Marocain ne représente pas tous les Marocains. Croire le contraire, c’est tomber dans le piège le plus grossier de la manipulation en ligne. Ajoutons que parfois ce supposé Sénégalais ou Marocain est d’une autre nationalité ou d’une ferme de bots. Donc, ce n’est pas parce qu’on lit 10 ou 50 commentaires haineux de faux comptes que l’on peut en conclure que LES Sénégalais nous haïssent.
Car la manipulation est omniprésente. Les réseaux sociaux sont devenus un champ de bataille. Cette guerre souterraine mais permanente use de la provocation, de la polarisation et de la division. Attiser les tensions, encourager le racisme, multiplier les insultes et fabriquer de faux clivages entre peuples africains ne servent jamais l’intérêt des citoyens. Ces stratégies profitent uniquement à ceux qui sèment la discorde depuis des décennies, craignent l’intégration africaine, le développement régional et l’émergence d’États forts et influents.
Le Maroc a mené un travail de fond en Afrique subsaharienne, visible à travers la coopération économique, les investissements, les partenariats humains, les échanges culturels et diplomatiques. Il est aujourd’hui regardé comme un exemple par beaucoup. Cette position suscite naturellement des attentes, mais aussi des jalousies et des résistances. Elle expose le Royaume à des campagnes de dénigrement et à des tentatives de sabotage.
Il serait naïf d’ignorer que certains acteurs régionaux, hostiles à l’ancrage africain du Maroc et à sa cause nationale, investissent massivement le terrain numérique pour semer la discorde, amplifier les tensions et diviser. Isoler le Maroc de l’Afrique est une stratégie évidente qui vise à affaiblir l’un pour affaiblir l’autre. Cela passe par la désinformation, la manipulation émotionnelle et l’instrumentalisation des passions sportives.
Or, le Maroc a besoin de l’Afrique, et l’Afrique a besoin du Maroc. Ce lien est stratégique, historique et vital – y compris pour la défense de l’intégrité territoriale du Royaume. Les immenses efforts consentis pour renouer avec l’Union africaine, regagner la confiance, bâtir des alliances durables et gagner les cœurs ne doivent pas être compromis par des dérives numériques incontrôlées.
La responsabilité des citoyens marocains est donc immense. À l’ère des réseaux sociaux, partager, commenter, insulter ou provoquer n’est jamais un acte neutre. Le patriotisme ne s’exprime pas par l’humiliation de l’autre, mais par une défense intelligente, digne et stratégique des intérêts du pays.
Ne répondez pas à la haine par la haine, ignorez les provocations, car ce serait travailler – consciemment ou non – pour ceux qui souhaitent voir le Maroc isolé, affaibli et en conflit permanent avec son environnement africain.