Si Brahim Diaz avait transformé son penalty dans les dernières minutes de la finale de la CAN 2025, le débat autour du maintien ou du renvoi de Walid Regragui n’existerait probablement pas.

Le Maroc serait champion d’Afrique, le sélectionneur célébré et cette génération érigée en référence. Mais l’histoire a basculé du mauvais côté, ouvrant la voie à une remise en question qui semble tenir plus de l’émotion que de la raison.

Dès la conférence d’après-match, certains journalistes n’ont pas hésité à demander au sélectionneur non pas si, mais quand il envisageait de démissionner.

Walid Regragui, dont le contrat court jusqu’à la Coupe du monde 2026, a botté en touche. Dans ses réponses, il a préféré se concentrer sur son groupe et l’avenir de la sélection. « Les joueurs connaissent le chemin pour aller en finale. Ils vont apprendre et je suis persuadé qu’ils vont revenir plus forts et qu’ils vont la ramener dans le futur ».

L’utilisation de l’expression « ce groupe » plutôt que « nous » ou « on » révèle sa dissociation partielle de la défaite.

Des éléments de langage qui traduisent la volonté de Walid Regragui de mettre l’accent sur la progression et le développement des joueurs tout en assumant son rôle de leader. Il prend la responsabilité de l’échec, mais ne ferme pas la porte à la suite.

Son discours ne contient aucune déclaration explicite sur son intention de rester ou de partir, mais il mise sur la continuité, l’apprentissage et la préparation des prochaines échéances.

Brahim El Yamani, entraîneur diplômé UEFA A de la Fédération française de football (FFF), ne dit pas autre chose. « Il faut le laisser préparer le Mondial avec les certitudes que nous avons et améliorer certains points. La stabilité est essentielle », estime-t-il dans une déclaration à Médias24.

Des techniciens à contre-courant du climat ambiant

À contre-courant du climat ambiant, les experts consultés par nos soins soutiennent majoritairement Walid Regragui.

Patrick Cordoba, formateur, entraîneur et ex-directeur du centre de formation du Raja de Casablanca, met en avant son calme et sa capacité à gérer la pression, notamment lors des événements qui ont émaillé la finale.

« Walid a une très bonne analyse, une très bonne attitude. Il est resté fidèle à son image. Il ne pouvait pas tout maîtriser, mais à aucun moment il n’a essayé d’attiser ou de mettre le feu. Au contraire, il est resté calme et a été très bien, à l’image du Maroc, du public et du peuple ».

Patrick Cordoba souligne également que les reproches qui lui sont adressés ne sont pas toujours fondés. « Je respecte ses choix, car au-delà du sportif, il y a beaucoup d’autres paramètres importants : l’ambiance, la cohésion, les leaders… Surtout dans une compétition qui dure plus d’un mois ».

De son côté, Brahim El Yamani rappelle que certaines décisions du sélectionneur, parfois critiquées, comme la convocation de joueurs blessés ou en méforme, reflètent une logique de confiance et de continuité. « Ces convocations ont été faites avec le feu vert médical des clubs et du staff médical de la FRMF. Des joueurs comme Hakimi et Igamane sont des éléments clés de la sélection et leur présence était importante. Concernant les joueurs en méforme, le sélectionneur a fait le choix de la stabilité et de la confiance accordée à des valeurs sûres. »

La FRMF face à un dilemme

En outre, selon nos interlocuteurs, Walid Regragui s’appuie sur une vision tactique claire qui se décline à travers un bloc équilibré, des transitions rapides et une discipline collective. Sur le plan humain, son management est également un point fort. « Il est respecté par les joueurs, soutenu par une large partie du public et il a su créer une véritable famille, pas simplement une sélection nationale. Walid assume la pression, protège ses joueurs, prend les critiques sur lui et défend publiquement son groupe. C’est un leadership fort, rare à ce niveau ».

En résumé, malgré les critiques et la pression médiatique, les techniciens que nous avons sondés sont unanimes sur la nécessité que Walid Regragui poursuive sa mission.

Le discours du sélectionneur, centré sur la progression du groupe et l’apprentissage de cette génération, vient conforter ce point de vue. Plutôt que de céder à l’émotion, il mise sur la continuité et le travail de long terme, conscient que le football n’est pas une science exacte.

Cela dit, le dilemme de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) reste entier en vue de la Coupe du monde 2026. Faut-il poursuivre avec un staff dont les qualités et les limites sont connues, même si les objectifs n’ont pas été atteints, ou miser sur l’inconnu avec un nouveau staff, sans aucune garantie de réussite ?

Dans le contexte actuel, tant le discours du sélectionneur que l’analyse des experts suggèrent une reconduction de Walid Regragui jusqu’au Mondial 2026. L’avenir nous le dira.