Le 21 décembre 2025, au lancement de la Coupe d’Afrique des Nations, le temps politique a été suspendu au Maroc ou presque. Ce qui est sûr, c’est que l’agenda médiatique marocain, lui, a basculé.

Pendant un mois, et plus encore lors des matches à élimination directe, la compétition a pris le dessus, a éclipsé l’actualité générale, politique, économique ou sociale. Elle a monopolisé l’espace médiatique, les réseaux sociaux et l’agenda public.

Et c’est normal. Non que ces sujets ont disparu, mais parce qu’ils ont perdu en visibilité et ont été suspendus un temps. Exemple : les avocats qui, dans le cadre de leur mobilisation contre le projet de loi régissant leur profession, ont limité leurs actions jusqu’à la fin de la CAN.

L’actualité générale a été reléguée au second plan, comme si le bruit du monde était volontairement baissé. C’est parce que le sport de masse de haut niveau captive, mobilise et monopolise l’attention du public. Une grande compétition qui se joue sur son sol donne à un pays un “rythme national” quasi quotidien.

Ces quatre semaines ont fait beaucoup de bien aux Marocains, malgré la déception de la finale.

Au-delà du sport, le football agit comme un vecteur de cohésion nationale. La joie partagée est un ciment social puissant. Les émotions collectives étaient synchronisées autour des mêmes événements heureux ou malheureux. Les Marocains ont ainsi un nouveau récit partagé. Malgré les évènements fâcheux de la finale, il faut retenir surtout les aspects positifs : l’immense succès organisationnel, la qualité logistique, l’excellence des infrastructures, la performance sécuritaire et aussi l’exploit sportif car le Maroc est finaliste.

Le football, plus qu’un sport

La puissance du football est inédite et exceptionnelle. L’importance symbolique du football a rencontré une société qui a fait preuve d’une maturité remarquable à travers le langage commun du sport. Le Maroc est terre de football. Le ballon rond est présent dans tous les coins de rue, dans les terrains vagues, en montagne comme en bord de mer.

Le Roi Mohammed VI a très justement voulu transformer cette passion en un atout stratégique pour le pays. Sa passion personnelle pour ce sport rejoint celle de tout Marocain. Il l’avait déjà démontré quand il était encore prince héritier.

Le Souverain, alors Prince héritier, donnant le coup d’envoi de la CAN 1988.
Le Souverain, alors Prince héritier, remettant le trophée lors de la CAN 1988.

Et cette passion a été transmise de père en fils. Nous en avons eu l’illustration pendant cette CAN. Les princes Moulay El Hassan et Moulay Rachid, malgré les protocoles, n’ont pu retenir leurs émotions pendant les matchs de la sélection nationale.

Et le résultat vu aujourd’hui est tout sauf le fruit du hasard. Le Maroc ne réussit pas par une « grâce soudaine ». Très tôt, le Souverain a tracé la trajectoire d’un développement structurel de ce sport pour en faire un vecteur de développement humain, social et économique. Une politique sportive qui a commencé à prendre une forme claire au début des années 2000, avec deux jalons qui reviennent sans cesse quand on parle de structuration.

D’abord, en 2003, avec les terrains de proximité, qui ont représenté un choix d’aménagement et de société, qui part du quartier et du douar, et qui considère que le sport est un droit d’accès, pas un luxe.

Ces terrains constituent un vivier de talents et un puissant levier d’émancipation et d’épanouissement pour la jeunesse. Ils ont fait l’objet d’une vingtaine d’activités royales, dont la première remonte au 13 novembre 2003 à Oujda.

Ensuite, en 2005, l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) entre en scène avec le déploiement d’un nombre considérable de projets sportifs : 1.340 projets sportifs, près de 1.808 équipements, pour un investissement global d’environ 2,5 milliards de dirhams ; 73% des équipements accessibles gratuitement, les autres appliquent une tarification mixte, à vocation sociale ou modulée.

Dans cette politique de proximité, le football pèse lourd, représentant près de 70% des équipements sportifs de proximité réalisés dans le cadre de l’INDH, soit 1.258 terrains, répartis sur tout le territoire, urbain et rural.

En 2008, avec les Assises du sport, la lettre royale pose un cadrage et une projection. Puis vint l’ossature de la formation, avec notamment l’Académie Mohammed VI, qui a donné au foot marocain et international de grands joueurs.

Nous ne faisons, ici, aucune révélation, mais un rappel important et nécessaire. Certaines séquences de la finale de ce 21 janvier 2026, ainsi que le « morocco bashing » qui a suivi, sont tristes et regrettables.

Que faut-il retenir ? Le souverain l’a résumé dans son message avec des mots justes et précis.

« A travers ce parcours distingué, vous avez démontré que la persévérance, le sérieux et l’esprit d’équipe sont la voie pour l’accomplissement des performances, de même que vous avez présenté au monde un exemple de ce que la jeunesse marocaine et africaine peut réaliser lorsqu’elle a confiance en ses talents et ses capacités », souligne le Souverain.

« Vous avez également prouvé, par la détermination et la performance héroïque et honorable dont vous avez fait montre, l’importance de notre vision stratégique d’investir dans le capital humain et de moderniser les infrastructures du Royaume, qui ont démontré leur résilience et leur niveau mondial de préparation en prévision de l’accueil de la Coupe du monde 2030 », poursuit le Roi Mohammed VI.

« Autant que nous considérons que l’accueil par notre pays de ce prestigieux championnat, avec une qualité d’organisation et une chaleureuse hospitalité, qui tire son origine de la noblesse et des valeurs séculaires de notre Nation marocaine, constitue un brillant exploit sportif, autant que Nous y voyons également un message d’espoir et de confiance du Maroc envers son continent, confirmant que le talent africain est capable d’exceller et d’innover dans tous les domaines », affirme le Roi dans ce message.

Persévérance, sérieux, esprit d’équipe, détermination, performance héroïque et honorable, noblesse, valeurs séculaires… Voilà ce qui caractérise le Maroc. Voilà sa ligne de conduite. Et c’est ce qu’il faut garder comme cap, que ce soit dans le sport ou ailleurs.

Car la CAN est finie, mais les chantiers nombreux et stratégiques du Royaume se poursuivent… La vie reprend son cours et l’actualité politique et économique ses droits.