À Davos, les pays ne mettent plus en avant seulement une géographie ou des coûts compétitifs. Car les investisseurs cherchent plus que cela et arbitrent désormais dans un environnement instable : volatilité des prix de l’énergie, tensions géopolitiques, perturbations logistiques, pression réglementaire liée au climat et au-delà, exigences de traçabilité des chaînes d’approvisionnement, etc.
Conscient de tous ces enjeux, le Maroc se présente aujourd’hui comme une plateforme “proche de l’Europe, ancrée en Afrique”, en mettant en avant trois critères devenus décisifs : la résilience des chaînes de valeur (capacité à produire et exporter sans rupture, avec un écosystème industriel déjà structuré), l’accès à une électricité plus décarbonée (pour répondre aux exigences des donneurs d’ordre et du marché européen) et la rapidité d’exécution (foncier, procédures, raccordements, montée en cadence).
Autrement dit, une capacité à livrer. Cette promesse, toutefois, se heurte à la réalité d’une intense compétition pour capter le nearshoring. L’arbitrage se joue souvent sur le détail opérationnel (foncier, délais, raccordements, compétences).
La présence du Royaume à Davos s’est faite en plusieurs séquences. D’abord le Chef du gouvernement qui a présenté et défendu le modèle marocain de l’État social et de la résilience économique.
Il a expliqué que le Maroc démontre qu’il n’existe pas d’opposition entre ambition sociale et crédibilité économique. Aziz Akhannouch a indiqué que le Maroc s’affirme aujourd’hui comme une plateforme logistique majeure, tout en se positionnant comme un acteur clé de la décarbonation, avec, à fin 2025, plus de 46% de capacité électrique issue des énergies renouvelables et des projets structurants dans le solaire, l’éolien et l’hydrogène vert. Il a également insisté sur l’importance de la lisibilité politique pour l’investissement de long terme.
La deuxième séquence de la participation marocaine s’est articulée autour d’un rendez-vous “Invest in Morocco” organisé par l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE). Il a été marqué par une discussion entre Ali Seddiki, DG de l’AMDIE, et la journaliste Jane Witherspoon d’Euronews.
« Une plateforme stable, compétitive et prête pour l’avenir »
Dans ses réponses à Jane Witherspoon (propos tenus en anglais, traduits par nos soins), Ali Seddiki donne un corps plus opérationnel au plaidoyer du Chef du gouvernement. Il explique que le Maroc se situe « très clairement dans le paysage actuel des investissements internationaux en tant que plateforme stable, compétitive et tournée vers l’avenir, à un moment où les investisseurs recherchent des pays capables d’offrir prévisibilité, connectivité et visibilité de long terme ». Le Maroc, en somme, promet une “base” plus qu’une simple destination.
Premier argument mobilisé : l’accès aux marchés. Ali Seddiki met en avant le réseau d’accords de libre-échange : « Grâce à son réseau d’accords de libre-échange, le Maroc donne accès à plus de 2,5 milliards de consommateurs, dont l’Europe et les États-Unis. »
Deuxième pilier : la profondeur industrielle. Ali Seddiki rappelle que le Maroc a « construit un écosystème industriel solide » sur deux décennies, citant l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, le textile et le manufacturing avancé, avec une « base croissante de leaders mondiaux » produisant et exportant depuis le pays.
Troisième axe : la décarbonation. Ali Seddiki affirme que le Maroc est « de plus en plus reconnu » pour sa « compétitivité verte » et se positionne comme une « plateforme crédible » pour une production durable, y compris sur des chaînes émergentes comme la mobilité électrique et les batteries.
« Le Maroc est de plus en plus reconnu pour sa compétitivité verte. Avec des ambitions fortes en énergies renouvelables et des projets concrets dans l’énergie propre et la décarbonation industrielle », rappelle-t-il en précisant que le message aux investisseurs à Davos est que « le Maroc n’est pas seulement une destination prometteuse — c’est une plateforme éprouvée ».
La question n’est plus « pourquoi le Maroc ? », mais « à quelle vitesse pouvons-nous construire ensemble ? », assure le DG de l’AMDIE.
CAN 2025 et Mondial 2030 : vitrine et exigence de calendrier
Interrogé sur l’effet des grands événements sportifs, notamment la CAN 2025 et la CDM 2030, Ali Seddiki avance qu’ils sont « bien plus que des compétitions ». Ce sont « de puissants accélérateurs d’investissement et d’attractivité mondiale », et surtout un moyen de « démontrer par les faits » que le Maroc peut « livrer au plus haut niveau, dans les délais et à grande échelle ».
Il ajoute que ces jalons renforcent l’image du pays comme partenaire « stable, efficace et fiable » et conclut : « Pour les investisseurs, cela renforce l’image d’un pays d’exécution, de prévisibilité et de vision à long terme ».
Sur la mécanique d’attractivité, Ali Seddiki présente l’AMDIE comme un « guichet unique » et un « partenaire de confiance », « du premier contact jusqu’à la livraison du projet », avec accompagnement du choix de site, mise en relation avec les acteurs publics et privés, et structuration des projets dans le cadre de la Charte de l’investissement. Il insiste aussi sur l’aftercare (suivi post-investissement), « en assurant un suivi étroit avec les administrations et partenaires pour lever les goulots d’étranglement et sécuriser la mise en œuvre ».
Et à Ali Seddiki de conclure : « Nous ne faisons pas que promouvoir le Maroc : nous aidons les investisseurs à réussir au Maroc. Nous sécurisons les bonnes conditions et livrons des résultats — des plus grandes usines aux initiatives les plus innovantes ».