La supervision bancaire marocaine entre dans une nouvelle phase avec le déploiement progressif du SREP (Supervisory Review and Evaluation Process) par Bank Al-Maghrib.
Le processus est engagé depuis 2024 et se prépare à une phase décisive : entre 2024 et 2026, les évaluations restent informatives, puis à partir de 2027, les exigences supplémentaires de fonds propres issues du dispositif deviennent obligatoires.
Ce changement place le capital au cœur du pilotage bancaire. Les banques marocaines évoluent désormais dans un cadre où l’évaluation du risque, la solidité interne et la capacité à absorber les chocs influencent directement leurs marges de manœuvre financières.
Que faut-il savoir sur le SREP ? Et quelles implications ce nouveau cadre prudentiel porte-t-il pour le secteur bancaire ?
Le SREP est « le cadre à travers lequel la Banque centrale évalue une banque dans sa globalité afin d’apprécier sa solidité et la qualité de sa gestion. Il ne s’agit plus seulement de vérifier des ratios, mais d’avoir une vision complète du profil de risque de l’établissement et de sa capacité à rester stable dans le temps », explique un banquier contacté par Médias24.
Ce processus repose sur une cartographie claire des domaines examinés par les superviseurs. « Le premier axe concerne le business model de la banque : la cohérence de sa stratégie, la façon dont elle génère ses revenus et la durabilité de son positionnement sont analysées pour juger de la viabilité du modèle. Le deuxième axe porte sur les risques pesant sur les fonds propres. L’objectif est de vérifier si le niveau de capital est réellement en ligne avec les risques pris par la banque, et pas seulement conforme à un minimum réglementaire standard », ajoute-t-il.
Le troisième axe concerne les risques liés à la liquidité et au refinancement. « Le superviseur évalue la capacité de la banque à faire face à ses engagements, même en cas de tensions sur ses ressources ou sur les marchés ».
Enfin, un volet central du SREP porte sur la gouvernance et le contrôle interne. « Cela couvre le rôle des organes de direction, l’organisation de la gestion des risques, les dispositifs de conformité, mais aussi des domaines spécifiques comme la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, ainsi que la maîtrise des risques technologiques et des cyber-risques ».
Implications du SREP pour les banques marocaines
L’entrée en vigueur progressive du SREP au Maroc commence déjà à produire des effets visibles sur le secteur bancaire. Selon Fitch, « ce nouveau cadre de supervision renforce les coussins de capital des banques marocaines à mesure que la réglementation se rapproche des standards internationaux. La mise en œuvre complète est prévue pour 2027, et elle s’inscrit comme une étape majeure dans le renforcement de la capitalisation et de la gouvernance des risques ».
L’impact le plus concret concerne les exigences en fonds propres, en particulier pour les banques d’importance systémique. L’introduction de surcharges de capital pour Attijariwafa bank, Bank of Africa et BCP porte leur minimum de capital Tier 1 à 11%, contre 9% auparavant. Ce relèvement rapproche le cadre marocain des normes internationales et améliore la capacité de ces établissements à absorber des chocs.
L’introduction de surcharges de capital pour Attijariwafa bank, Bank of Africa et BCP porte leur minimum de capital Tier 1 à 11%, contre 9% auparavant
Depuis 2021, « les ratios de capital se renforcent régulièrement, soutenus à la fois par un encadrement réglementaire plus strict et par une rentabilité plus solide. Au premier semestre 2025, le résultat net agrégé des sept plus grandes banques a progressé de 20% sur un an, porté par de meilleurs revenus de marché et une baisse des charges de dépréciation ».
« Le ratio CET1 moyen consolidé atteint 10,9% à fin juin 2025, contre 10,8% fin 2024, soit un coussin de 290 points de base au-dessus du minimum réglementaire. Le ratio Tier 1 s’établit à 11,9%, également 290 points de base au-dessus du seuil requis, et les trois banques systémiques dépassent déjà le futur plancher de 11% ».
Les banques marocaines disposent par ailleurs d’un historique favorable en matière de renforcement de leurs fonds propres, que ce soit via des augmentations de capital ou par une modération des dividendes. Leur solvabilité globale est aussi soutenue par des émissions régulières de dettes Tier 1 et Tier 2 sur le marché domestique.
Le renforcement des exigences de capital peut avoir un impact sur les dividendes. Les banques peuvent conserver une part plus importante de leurs bénéfices pour renforcer leurs fonds propres. Cela réduit la marge disponible pour distribuer. « Plus le niveau de capital exigé augmente, plus la distribution peut être modérée, surtout pour les banques systémiques ».
Le renforcement des exigences de capital peut avoir un impact sur les dividendes
Au-delà du capital, le SREP impose un changement de méthode. « Les banques doivent mener des auto-évaluations complètes et corriger les faiblesses éventuelles touchant leur modèle d’activité, leurs contrôles internes, leur capital et leur liquidité.
Fitch estime que ce processus va renforcer les dispositifs internes de gouvernance et de gestion des risques, avec un effet positif sur le pilotage du capital. Le Maroc figure déjà parmi les pays africains les plus avancés dans la mise en œuvre de Bâle III, les banques publiant leurs ratios de liquidité à court terme, de financement stable et de levier.
Le cadre de supervision devient également plus dynamique et plus sensible au risque, avec des inspections sur place et des mesures ciblées. La Banque centrale a ainsi durci le traitement prudentiel des actifs saisis : leur pondération en risque passe de 100% dès la première année à 150% après deux ans, 200% après trois ans et 250% après quatre ans. Cette progression incite les banques à résoudre plus rapidement ces expositions non performantes et contribue à améliorer la qualité des bilans.
Fitch rappelle toutefois que le « renforcement du capital, à lui seul, ne suffira pas à entraîner des relèvements des notes de solidité financière des banques ». Certaines conservent des marges de capital limitées, et d’autres facteurs restent déterminants, notamment l’environnement d’exploitation et la qualité des actifs.
Historiquement, la capitalisation constituait un point de fragilité du système bancaire marocain en raison de la concentration des risques et de l’exposition à des marchés extérieurs plus vulnérables. La mise en œuvre du SREP, conjuguée à l’amélioration de la rentabilité et au développement d’un marché secondaire des créances en souffrance, pourrait cependant conduire à des niveaux de capital durablement plus élevés.
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