Le Sénat français a engagé l’examen d’une loi-cadre destinée à faciliter la restitution des biens culturels acquis de manière illicite durant la période coloniale (1815-1972), sans devoir recourir à une loi spécifique pour chaque objet. Sachant que le principe d’inaliénabilité des collections publiques françaises constituait jusqu’ici un verrou empêchant la remise de ces œuvres aux pays spoliés, cette évolution juridique majeure devrait pleinement bénéficier au Maroc.

Une large typologie de biens concernés

« Le vote en cours d’une loi en France qui permettra de restituer les biens patrimoniaux aux anciennes colonies françaises et aux pays sous protectorat concerne aussi le Maroc », nous confirme le directeur du département du patrimoine au ministère de la Culture avant de détailler leur nature.

Selon Mustapha Jlok, la liste des biens susceptibles d’être restitués est vaste et couvre plusieurs strates de l’histoire du Royaume à l’instar d’anciennes cartes, d’œuvres d’art, d’objets préhistoriques, de manuscrits en langue arabe, d’objets proto-historiques, de pièces de la période islamique, d’habits traditionnels ou d’apparat, d’armes, ainsi que d’un fonds iconographique comprenant des photographies de la période du protectorat (1912-1956).

S’y ajoutent également des fossiles, des cartographies historiques du Royaume et divers objets scientifiques ayant quitté illégalement le territoire marocain durant la période coloniale.

Une avancée saluée par la Fondation nationale des musées

Tout en se réjouissant de cette évolution législative qui va permettre de rapatrier de nombreux biens culturels, le président de la Fondation nationale des musées du Maroc estime cependant nécessaire d’adopter une approche équilibrée, fondée sur le dialogue culturel et le rayonnement international.

« S’il est normal de pouvoir récupérer les biens pris illégalement, il faut aussi être prudent car la culture est faite pour être partagée », souligne Mehdi Qotbi pour qui conserver une petite partie des œuvres patrimoniales marocaines dans des institutions muséales d’autres pays peut également servir les intérêts du Royaume en faisant rayonner des éléments de sa culture à l’international.

Des restitutions encore limitées

Il faut cependant rappeler qu’à ce jour, les restitutions françaises au Maroc sont restées plutôt limitées et ont surtout concerné des archives historiques et des restes humains archéologiques.

Ainsi si un précédent avait été enregistré en 2019 avec le rapatriement au Maroc de restes humains néolithiques provenant de la nécropole de Rouazi-Skhirat, conservés à l’université de Bordeaux, il aura fallu attendre octobre 2024 avant que le président français Emmanuel Macron ne s’engage, au moment de sa visite d’Etat à Rabat, à restituer environ 2,5 millions de documents issus des archives coloniales françaises, dont de nombreux dossiers administratifs et cartographiques sensibles.

Une fois adopté, le nouveau cadre juridique français pourrait donc permettre au Maroc de bénéficier de restitutions massives d’objets d’art comparables à celles accordées à d’autres pays africains à condition qu’il soit en mesure de documenter l’origine et la propriété des biens concernés.

Des musées appelés à s’enrichir

Se voulant optimiste sur son impact, Mehdi Qotbi estime que l’entrée en vigueur de cette loi ne manquera pas d’avoir un effet structurant sur le paysage muséal marocain en alimentant ses réserves avec de nouvelles collections inédites pour les musées existants ou en cours de construction.

Confirmant les propos du président, Mustapha Jlok précise que les biens restitués seront conservés dans des réserves spécialisées ou exposés dans des musées nationaux, notamment au sein du futur Musée national de l’archéologie et des sciences de la Terre, plus grand espace muséal d’Afrique.