Longtemps invisible et peu reconnue, l’économie du soin a été au centre d’une rencontre organisée par le CESE.
Intervenant lors de cette rencontre, Abdelkader Amara, président du Conseil, a souligné que les services disponibles, publics ou privés, restent insuffisants, mal répartis sur le territoire et incapables de répondre aux besoins croissants.
Les programmes existants pour les enfants, les personnes âgées, les femmes ou les personnes en situation de handicap restent fragmentés et centrés sur des réponses institutionnelles ou sanitaires, laissant les familles assumer l’essentiel, malgré la fragilité de ces solidarités.
Majoritairement assuré par les femmes, ce travail de soin a des conséquences économiques et sociales importantes. Il accentue les inégalités de genre, fragilise les parcours professionnels et limite la participation des femmes à la vie économique et sociale.
Selon le Haut-Commissariat au Plan, intégrer ce travail non rémunéré dans les comptes économiques pourrait faire croître le PIB national de 19%, dont 16% seraient imputables aux femmes.
Pour Zahra Zaoui, membre du CESE et rapporteure de l’avis sur l’économie du soin, ce secteur représente un levier majeur pour le développement humain et social du Maroc. Elle plaide pour une stratégie nationale structurée et intégrée, capable de reconnaître la valeur du soin, de professionnaliser ses métiers, d’améliorer la qualité des services et de répartir équitablement les responsabilités entre familles, État, collectivités, professionnels et société civile.
Quatre axes
Le CESE propose ainsi la mise en place d’une Stratégie nationale du soin inclusive et durable, structurée autour de quatre axes principaux :
– Faire de l’économie du soin un enjeu national stratégique :
Il s’agit de structurer l’économie du soin à autrui en en faisant un enjeu national stratégique. Le CESE propose la création d’un mécanisme de gouvernance impliquant l’État, les collectivités, le secteur privé et la société civile, l’établissement d’un cadre juridique unique, l’intégration de l’économie du soin dans toutes les stratégies sectorielles, ainsi que la déclinaison territoriale de la stratégie pour un accès équitable aux services.
Le CESE insiste aussi sur la co-construction avec le secteur privé et la société civile, et sur la mise en place d’un système de suivi et de valorisation pour reconnaître économiquement le travail de soin, rémunéré ou non.
– Valoriser les métiers du soin et reconnaître les professionnels :
Le Conseil recommande la structuration et la professionnalisation du secteur à travers une nomenclature nationale des métiers, un cadre de formation et de certification, ainsi que la garantie de conditions de travail décentes et d’une protection sociale universelle, y compris pour les travailleurs informels.
Le CESE insiste également sur la reconnaissance des aidants familiaux, via des congés spécifiques, des formations certifiantes, des dispositifs de répit et des compensations financières intégrées aux systèmes de protection sociale, tout en appelant à la régulation des services d’intermédiation afin d’en assurer la qualité et la transparence.
– Assurer une répartition équitable du soin à autrui :
Il préconise des investissements accrus dans les infrastructures sociales de base, notamment les crèches, les établissements médico-sociaux et les services à domicile, afin de réduire la charge du soin non rémunéré pesant principalement sur les femmes.
Le CESE recommande également l’élargissement des critères d’éligibilité des programmes sociaux dans le cadre du Régime de solidarité universelle, en intégrant systématiquement les besoins en soin des ménages. Il appelle par ailleurs à l’adoption de dispositifs favorisant la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, à l’instauration d’un cadre fiscal incitatif pour l’économie du soin et à l’octroi de subventions durables aux initiatives de soin de proximité.
– Développer une économie du soin adaptée aux réalités marocaines :
Le Conseil encourage la mise en place de solutions innovantes et culturellement appropriées, favorisant notamment le maintien à domicile, les dispositifs d’accueil partagé et les modèles intergénérationnels.
Il recommande aussi l’encadrement des mécanismes de prise en charge solidaire, le lancement de programmes de recherche et d’innovation dédiés, la mobilisation de financements ciblés à fort impact social, ainsi que le développement d’innovations technologiques et sociales, notamment numériques, afin d’améliorer l’accès, la qualité et l’efficacité des services de soin.