Sachant qu’en 2024, plus de 240 millions de tonnes de marchandises ont transité par les 14 ports du Royaume et que 5,3 millions de passagers ont emprunté les frontières maritimes, le transport maritime est un pilier stratégique de l’économie nationale qui nécessite d’en faire un levier de souveraineté, de compétitivité et d’influence pour le Maroc à travers une nouvelle feuille de route dont Medias24 révèle le contenu rédigé par le ministère de tutelle.
Vers une flotte nationale forte en Afrique
S’appuyant sur des infrastructures portuaires de premier plan comme Tanger Med, premier hub méditerranéen de transbordement connecté à plus de 180 ports mondiaux, cette dynamique sera renforcée par les projets structurants de Nador West Med et Dakhla Atlantique qui ouvriront de nouvelles perspectives vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.
Face à ces enjeux, le ministère du Transport et de la logistique plaide pour la constitution d’une marine marchande nationale qui soit capable de sécuriser les flux stratégiques du pays et de renforcer sa souveraineté logistique.
Pour cela, l’étude stratégique menée par le ministère de tutelle, conformément aux instructions royales a identifié plusieurs filières à fort potentiel, à l’issue d’un processus de concertation associant administrations, armateurs, opérateurs logistiques, institutions financières et experts internationaux.
Tout en soutenant l’investissement, l’emploi et l’intégration régionale, l’objectif à terme, en filigrane, est de positionner le Maroc comme un acteur maritime qui deviendra incontournable en Afrique.
Créer un cadre compétitif avec des réformes fiscales
Selon la feuille de route, cette ambition devra nécessairement passer par un environnement plus compétitif pour les armateurs marocains grâce au lancement des réformes structurantes suivantes :
- modernisation de la fiscalité maritime,
- introduction de la taxe au tonnage,
- suppression de la retenue à la source sur certaines opérations internationales,
- recours aux assurances maritimes internationales,
- création de mécanismes de financement et de garanties publiques.
Le premier résultat espéré est que la suppression de la retenue à la source sur les droits d’affrètement, intégrée à la loi de finances 2026 permettra d’alléger considérablement les charges des armateurs et par conséquent de renforcer la compétitivité de la flotte nationale.
Renforcer la formation des futurs marins
Hormis la flotte et la réforme fiscale, l’autre pilier de la feuille de route passera par le capital humain. Le ministère prévoit en effet une profonde réforme du système de formation afin de l’aligner sur les standards internationaux et les besoins futurs de la flotte nationale et des grands projets portuaires.
En outre, la promotion de l’employabilité des gens de la mer marocains devra être renforcée à travers le développement constant de plusieurs accords bilatéraux de reconnaissance des certificats à l’image des trois signés en 2025 avec l’Arabie saoudite, le Royaume-Uni et les Pays-Bas qui ont ouvert plusieurs nouveaux débouchés aux marins marocains souhaitant exercer à l’international.
Sécurité maritime et protection de l’environnement au cœur des priorités
Sachant que la sécurité et la sûreté maritimes sont des priorités de la feuille de route, les inspections des navires devront être renforcées dans tous les ports, tandis que le Centre de surveillance du trafic maritime de Tanger devra jouer un rôle clé au détroit de Gibraltar, en coordination avec l’Espagne.
Afin d’accompagner l’essor attendu du trafic maritime avec les ports de Dakhla Atlantique et de Tan-Tan, mais aussi de prévenir les risques éventuels de pollution et d’accidents en mer, un nouveau centre de surveillance devra être construit dans les provinces du Sud.
Améliorer les services pour les citoyens et les opérateurs
Concernant le volet des passagers, notamment lors de l’opération annuelle Marhaba, le ministère estime qu’il deviendra nécessaire de veiller à l’avenir à adapter les capacités et à fluidifier les flux.
En 2025, 29 navires sur 13 lignes ont assuré une capacité hebdomadaire de 500.000 passagers et 130.000 véhicules, pour un trafic total de 3,2 millions de passagers, en hausse de 7 %.
Côté fret, la priorité sera donnée à la digitalisation des processus, à la simplification administrative et au dialogue avec les opérateurs économiques pour renforcer la compétitivité des chaînes logistiques.
Un rayonnement maritime renforcé à l’international
En dernier lieu, le Maroc compte consolider son positionnement sur la scène mondiale après sa réélection au Conseil de l’Organisation maritime internationale (OMI) pour la période 2025-2026, où il occupe également des fonctions inédites de vice-présidence au sein de cette instance onusienne.
C’est pour cette raison qu’une task force interministérielle a été récemment mise en place pour accompagner la transition énergétique du secteur maritime, en anticipation des exigences de décarbonation.
A travers la formation maritime, le Maroc va renforcer sa coopération Sud–Sud en positionnant l’Institut supérieur des études maritimes (ISEM) comme un hub régional sur le continent africain.
Et de conclure qu’à l’heure où la logistique maritime devient un enjeu stratégique mondial, la feuille de route veut en faire un levier de souveraineté, de compétitivité et d’influence pour le Maroc.