Sur le marché marocain, les prix des bijoux en or n’ont pas bougé pendant ces quatre dernières années. Selon des bijoutiers à Rabat, ils se situent dans une fourchette allant de 300 à 430 dirhams le gramme, en fonction de la complexité du modèle et du design.

Cette stagnation reflète plus ou moins l’évolution des cours de l’or à l'international. En effet, les bijoutiers suivent au jour le jour les marchés mondiaux et adaptent leurs prix pour éviter qu'il y ait des fuite d'or du Maroc (quand les prix y sont moins élevés) ou des entrées illégales (quand les prix y sont plus élevés).

Néanmoins, il faut noter la faible corrélation des prix avec l'international pour certains articles en or, notamment ceux dont le poids est faible.

Evolution du prix de l'once d'or à l'international pendant les 5 dernières années

Source: Gold Broker

Notons que le site français "achat-or-et-argent.fr" estime que le regain de tensions dans le climat de guerre commerciale (les Etats-Unis menacent une fois de plus la Chine de droits de douane supplémentaires) pèse actuellement sur l’or et l’argent.

Selon le portail, la posture américaine avantage le dollar, ce qui fait inévitablement pression sur l’or.

«Tant que les tensions commerciales perdureront, le dollar continuera à se renforcer, ce qui nuira à l’or», explique le site français.

Rappelons qu’après avoir atteint des niveaux bas en 2000 en raison du contexte géopolitique des pays du Golfe, le prix de l’or avait suivi une trajectoire haussière pour atteindre son pic en 2011 (1.920 dollars) à cause de la crise internationale pendant laquelle les placements en or avaient connu un fort engouement. Le métal jaune était considéré comme une valeur refuge après la chute des marchés financiers et l’instabilité de certains pays.

Cette situation s’était vite répercutée sur le marché marocain où le gramme de l’or neuf pouvait atteindre 550 dirhams à l’achat. Toutefois, depuis ce temps-là, les prix ont amorcé une tendance baissière avant de se stabiliser durant ces dernières années.

Les bijoutiers réduisent leurs marges face à une demande faible sur l'or

Pour sa part, le prix du gramme à « la casse » ou à la revente va jusqu’à 290 dirhams actuellement. Dans ce sens, il convient de souligner qu’au moment de la revente d’un bijou, celui-ci risque de voir sa valeur baisser considérablement s’il contient des pierres ou encore d’autres métaux puisque ces derniers doivent être éliminés, et donc le poids de l'objet sera réduit. 

Notons que la structure du prix d’une pièce en or contient le prix de l’or pur majoré de la main d’œuvre (entre 80 et 120 dirhams/g), du coût du poinçonnage (autorisation de vente délivrée par l’Administration des douanes qui coûte 6 dirhams/g) et de la marge du joaillier qui ne dépasse pas 10 à 15 dirhams/g actuellement, selon les informations recueillies sur le terrain. Pour rappel, la marge des bijoutiers oscillait aux alentours de 50 dirhams auparavant.

Les bijoutiers sondés affirment réduire leurs marges volontairement pour relancer leur activité. En effet, dans la conjoncture actuelle (ralentissement du pouvoir d'achat) et après la baisse des prix de l'or depuis 2011, les Marocains sont de moins en moins séduits par l'achat de bijoux en or. La demande sur le marché national a marqué le pas au cours de ces dernières années, selon nos interlocuteurs.

L’un de ces professionnels nous explique que depuis que la période estivale a commencé à coïncider avec le mois de Ramadan et avec les fêtes religieuses (Aid Al-Adha…), les Marocains peinent à s’en sortir. A cela s’ajoutent les vacances, la rentrée scolaire…ce qui pousse, au contraire, ces personnes à vendre leurs bijoux au lieu d’en acheter.

Aussi, nos sources précisent que, durant ces dernières années, la demande, quoi qu’elle soit très faible, s'étale sur toute l’année et non plus seulement sur les trois mois de l’été étant donné que les occasions de mariage et autres ne se concentrent plus pendant cette période.

Même les Marocains résidents à l’étranger (MRE), qui donnaient un souffle au marché auparavant, n'achètent plus autant des bijoux en or.

En gros, à l’exception d’une minorité, les marocains ne considèrent plus l'achat de bijoux en or comme étant un placement. Leurs habitudes ont changé au fil du temps.

Un contrôle douanier plus sévère

En outre, interrogés sur les mauvaises pratiques qui nuisent au marché de l’or au Maroc, les professionnels affirment ne pas être affectés par l'informel. D’autre part, ils ajoutent que les problèmes concernant la vente des bijoux avec de faux poinçons ou encore le mélange de l’or avec d’autres métaux tel que le cuivre ont été minimisés considérablement, et ce, en raison des contrôles permanents de l’Administration des douanes.

Néanmoins, l’une de nos sources précise: "la notion du mélange de l’or avec d’autres métaux n’est pas très bien comprise […] quand il s’agit, à titre d’exemple, d’une pièce en or importée de l’Arabie Saoudite, où les bijoux sont classés 21 carats, elle doit être mélangée avec un autre métal pour réduire le titrage à 18 carats afin de se conformer au référentiel du Maroc".