« La reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara n’était pas un geste diplomatique passager » (Elisabeth Myers)
Avocate connue avec une grande connaissance de la région du Maghreb et de l’Afrique du Nord, Elisabeth Myers revient sur la reconnaissance par l’Administration Trump de la marocanité du Sahara. Une reconnaissance renouvelée avec le deuxième mandat de M. Trump. Notre invitée revient aussi sur le rôle de l’Algérie dans le conflit et explique comment la dynamique internationale autour du Sahara marocain isole de plus en plus Alger. Il à noter qu’Elisabeth Myers est chargée du lobbying pour le MAK aux États-Unis.
Médias24 : les ennemis du Maroc comptaient sur un changement de position de l’administration Trump. Comment interpréter la confirmation par les États-Unis de leur reconnaissance de la marocanité du Sahara ?
Elisabeth Myers : Ceux qui pariaient sur un revirement politique d’une seconde administration Trump se sont lourdement trompés. La reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara en 2020 n’était pas un geste diplomatique passager : il s’agissait d’un réajustement stratégique de la politique américaine, ancré dans le réalisme, le partenariat et la stabilité régionale.
Cette décision a non seulement mis fin à 30 ans d’hésitation américaine, mais a également confirmé une voie à suivre fondée sur l’initiative d’autonomie crédible et pragmatique du Maroc. Une fois que le Maroc a adhéré aux accords d’Abraham, s’alignant ainsi de manière historique sur les intérêts américains et régionaux, ce soutien est devenu irréversible. Aucun décideur politique sérieux à Washington, que ce soit sous la présidence Trump ou sous toute autre administration, ne pouvait l’ignorer.
La question du Sahara n’est plus une question bilatérale : elle s’inscrit désormais dans le contexte plus large de la sécurité, de l’intégration économique et de la diplomatie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Un changement de cap saperait la crédibilité des États-Unis, porterait atteinte aux alliances régionales et irait à l’encontre des principes mêmes qui ont guidé la reconnaissance initiale en 2020. Les ennemis du Maroc peuvent continuer d’espérer des retournements de situation, mais ils parient contre la réalité.
La question du Sahara n’est plus une question bilatérale : elle s’inscrit désormais dans le contexte plus large de la sécurité, de l’intégration économique et de la diplomatie au Moyen-Orient et en Afrique du Nord
– Lors d’une visite à Alger la semaine dernière, Massad Boulos a appelé l’Algérie à revenir à la table des négociations. Pensez-vous qu’une reprise du dialogue soit possible dans le contexte actuel ?
– Les perspectives d’un réajustement de la position algérienne sont minces. Le soutien continu de l’Algérie au polisario, qui s’oppose fondamentalement à l’initiative d’autonomie crédible du Maroc, demeure un obstacle majeur à toute avancée. Si l’on ajoute à cela le pivot stratégique de l’Algérie vers la Russie et la Chine, sa récente adhésion aux BRICS et la détérioration de ses relations avec la France, son allié de longue date, il devient clair qu’Alger s’oriente vers une position qui privilégie les postures géopolitiques à une réconciliation régionale significative.
— En fin de compte, la solution au conflit se trouve en Algérie. Qu’en pensez-vous ?
– Si le rôle de l’Algérie est indéniablement influent, il n’est pas nécessairement la clé. Le cœur du conflit réside dans l’incohérence entre d’un côté, la proposition d’autonomie du Maroc – largement considérée comme pragmatique par la communauté internationale – et la revendication irréaliste d’indépendance totale du polisario. Le consensus international s’oriente de plus en plus vers la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, comme en témoignent la reconnaissance par les États-Unis et un nombre croissant de pays ouvrant des consulats à Dakhla et Laâyoune.
La clé réside dans un alignement international plus large, notamment par un soutien accru au plan d’autonomie du Maroc par les pays européens et africains, et dans un processus onusien soutenu qui s’appuie sur le réalisme politique plutôt que sur des cadres obsolètes datant de la guerre froide.
Si la communauté internationale se rallie au plan marocain comme seule solution viable, le rôle récalcitrant de l’Algérie pourrait être marginalisé, à moins qu’elle ne choisisse de s’engager de manière constructive.
Une réorientation de la diplomatie internationale vers la reconnaissance et la mise en œuvre de l’initiative d’autonomie du Maroc est, à mon avis, la clé de la paix et du développement dans la région.
– Dans quelle mesure les États-Unis pourraient-ils influencer la recherche d’une solution ?
– Les États-Unis ont déjà joué un rôle décisif dans l’évolution de la question du Sahara occidental, notamment en reconnaissant en 2020 la souveraineté du Maroc sur le territoire – un changement sans précédent qui a rompu avec des décennies d’ambiguïté diplomatique. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis disposent d’un pouvoir d’influence considérable pour orienter le consensus international, notamment en élaborant des résolutions et en veillant à ce que les futurs cadres de négociation soient fondés sur le réalisme et le pragmatisme.
En tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis disposent d’un pouvoir d’influence considérable pour orienter le consensus international
Au-delà de l’ONU, Washington peut exercer une influence par le biais de la diplomatie bilatérale avec les pays qui n’ont pas encore approuvé le Plan d’autonomie du Maroc, ainsi qu’en encourageant la coopération régionale par l’intermédiaire de ses partenaires en Afrique, en Europe et dans le Golfe. Un soutien continu des États-Unis, surtout s’il est maintenu par les différentes administrations, peut contribuer à normaliser la reconnaissance internationale du plan marocain comme seule voie viable vers une paix et une stabilité durables dans la région.
— À votre avis, à quoi faut-il s’attendre lors de la prochaine réunion du Conseil de sécurité consacrée à la question du Sahara ?
– Lors de la prochaine réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la question du Sahara, en octobre, les discussions devraient porter sur le renouvellement du mandat de la MINURSO et l’évaluation des efforts récents de l’envoyé spécial de l’ONU, Staffan de Mistura, pour relancer le dialogue politique entre les principales parties.
Bien qu’aucune avancée ne soit attendue, le soutien international croissant à la proposition marocaine – notamment de la part des États-Unis, de l’Espagne et de plusieurs États africains et arabes – pourrait conduire à un texte de résolution plus ferme, exhortant l’Algérie et le Front polisario à revenir à la table des négociations.
– Une proposition de loi parlementaire américaine cherche à classer le polisario sur la liste des organisations terroristes. Quelles sont les chances de succès d’une telle initiative ?
– Le projet de loi bipartisan présenté par le député Joe Wilson, visant à classer le Front polisario comme organisation terroriste, marque un changement significatif dans la perception du groupe à Washington.
Le bipartisme est un atout majeur : il augmente les chances d’adoption du projet de loi par la Chambre des représentants. Le soutien d’autres législateurs influents, notamment ceux des commissions des affaires étrangères et des forces armées de la Chambre, sera crucial pour que le projet de loi soit voté.
Le projet de loi bipartisan présenté par le député Joe Wilson, visant à classer le Front polisario comme organisation terroriste, marque un changement significatif dans la perception du groupe à Washington
Cependant, pour que le projet de loi soit pleinement adopté, une dynamique parallèle devra se développer au Sénat, où aucun projet de loi complémentaire n’a encore été présenté. Si l’instabilité régionale plus large ou des incidents liés au Front polisario attirent l’attention des médias ou des services de renseignement, cela pourrait galvaniser un soutien législatif et diplomatique supplémentaire. Sans le soutien du Sénat, cependant, la voie à suivre reste difficile, mais pas impossible.















