ÉDITO. Combattre la manipulation, préserver l’essentiel

L’après-CAN laisse un goût amer. En l’espace de vingt-quatre heures dans la nuit du dimanche au lundi, les réseaux sociaux ont vu déferler autant d’insultes, de propos haineux et de discours négatifs à l’encontre du Maroc que durant toute la compétition. Ce constat a été fait par les meilleurs outils de monitoring des réseaux sociaux. Cette brusque dégradation du climat numérique n’est pas anodine ni spontanée. Elle est inquiétante.

Cette atmosphère est malsaine. Nous voyons en réaction, sur les réseaux sociaux, des appels à arrêter l’immigration subsaharienne et à expulser tous les irréguliers. Voire des posts haineux. Ces appels ne représentent que leurs auteurs, souvent anonymes.

Une méfiance artificielle est en train de s’installer entre des peuples frères ou amis. Sénégalais, Marocains et Africains de tous pays sont aujourd’hui pris en otage par des récits toxiques et manipulateurs qui n’ont rien à voir avec la réalité des relations entre les peuples.

Il faut rappeler une évidence trop souvent oubliée à l’ère numérique : un compte anonyme ne représente pas un pays. Un message haineux, une insulte ou une provocation ne traduisent ni l’opinion d’un peuple, ni celle d’une nation entière. Un Sénégalais ne parle pas au nom de tous les Sénégalais. Un Marocain ne représente pas tous les Marocains. Croire le contraire, c’est tomber dans le piège le plus grossier de la manipulation en ligne. Ajoutons que parfois ce supposé Sénégalais ou Marocain est d’une autre nationalité ou d’une ferme de bots. Donc, ce n’est pas parce qu’on lit 10 ou 50 commentaires haineux de faux comptes que l’on peut en conclure que LES Sénégalais nous haïssent.

Car la manipulation est omniprésente. Les réseaux sociaux sont devenus un champ de bataille. Cette guerre souterraine mais permanente use de la provocation, de la polarisation et de la division. Attiser les tensions, encourager le racisme, multiplier les insultes et fabriquer de faux clivages entre peuples africains ne servent jamais l’intérêt des citoyens. Ces stratégies profitent uniquement à ceux qui sèment la discorde depuis des décennies, craignent l’intégration africaine, le développement régional et l’émergence d’États forts et influents.

Le Maroc a mené un travail de fond en Afrique subsaharienne, visible à travers la coopération économique, les investissements, les partenariats humains, les échanges culturels et diplomatiques. Il est aujourd’hui regardé comme un exemple par beaucoup. Cette position suscite naturellement des attentes, mais aussi des jalousies et des résistances. Elle expose le Royaume à des campagnes de dénigrement et à des tentatives de sabotage.

Il serait naïf d’ignorer que certains acteurs régionaux, hostiles à l’ancrage africain du Maroc et à sa cause nationale, investissent massivement le terrain numérique pour semer la discorde, amplifier les tensions et diviser. Isoler le Maroc de l’Afrique est une stratégie évidente qui vise à affaiblir l’un pour affaiblir l’autre. Cela passe par la désinformation, la manipulation émotionnelle et l’instrumentalisation des passions sportives.

Or, le Maroc a besoin de l’Afrique, et l’Afrique a besoin du Maroc. Ce lien est stratégique, historique et vital – y compris pour la défense de l’intégrité territoriale du Royaume. Les immenses efforts consentis pour renouer avec l’Union africaine, regagner la confiance, bâtir des alliances durables et gagner les cœurs ne doivent pas être compromis par des dérives numériques incontrôlées.

La responsabilité des citoyens marocains est donc immense. À l’ère des réseaux sociaux, partager, commenter, insulter ou provoquer n’est jamais un acte neutre. Le patriotisme ne s’exprime pas par l’humiliation de l’autre, mais par une défense intelligente, digne et stratégique des intérêts du pays.

Ne répondez pas à la haine par la haine, ignorez les provocations, car ce serait travailler – consciemment ou non – pour ceux qui souhaitent voir le Maroc isolé, affaibli et en conflit permanent avec son environnement africain.

Why AFCON 2025’s success provoked tensions

Algeria, Egypt, South Africa, Senegal (*) — four of the tournament’s heavyweights — have, each in their own way, questioned the quality of Morocco’s organization of the 2025 Africa Cup of Nations.

In the case of the neighboring country, accusations went so far as to allege referee manipulation to eliminate Algeria.

These fallacious, often aggressive and insulting accusations are more than a passing sports controversy. It is a phenomenon — political, symbolic and magnified by the media on a broad scale.

Morocco is more than a host nation. It sets the example, takes the initiative, becomes a model, wins, sets standards and establishes the norm — in infrastructure, organization, image, strategy and in the Africa Cup of Nations itself.

Morocco is becoming a sporting power. Its World Cup semi-final run in Qatar was no coincidence. The country is U20 world champion and Arab champion, and in 2025 it added new international football titles to its record.

In African football, leadership is still uncommon. When it becomes visible after continuous work since 2008, it is sometimes seen as a threat rather than a collective driving force. Morocco’s success, after all, goes beyond the sporting realm.

In football competitions, refereeing is often the scapegoat for failures. Blaming the referee is a classic. But here, it is Morocco that is being questioned. Morocco as a political and sporting actor, both regionally and internationally.

This mechanism allows a country (Algeria) as well as the Egyptian and Senegalese coaches to avoid criticism and self-criticism. It is a form of sports populism. Elimination fosters a victim mentality. The Senegal coach rode this wave to spoil the celebration and preemptively justify a possible defeat.

Morocco’s success shatters an old myth and creates cognitive dissonance.

For two generations, Algeria’s ruling system has told Algerians that their country is the leader of the Third World and of Africa. That it is an international power. That Morocco is merely a small country, resorting to Photoshop and AI to showcase fake stadiums and achievements.

Similarly, until Qatar 2022, African football was regarded as lagging behind, despite occasional sparks.

According to this narrative, it was portrayed as having average infrastructure, fragile organization, and successes driven only by individual talent.

This AFCON highlights world-class stadiums, seamless logistics, premium broadcasting, economic and touristic influx, and a joyful, festive, secure atmosphere.

When reality contradicts imagination, it creates what is called cognitive dissonance. The reaction is not always rational. It becomes emotional.

The success of this historic AFCON, the prospect of a Moroccan triumph in the final, confirms Moroccan leadership in sports and soft power. Triumph and glory disturb. What is truly targeted is Morocco’s recognition.

The African hierarchy continues to reshape itself, in football and beyond. The game is transitioning towards a culture of anticipation, long-term strategies, world-class infrastructure, and a genuine culture of performance. It is happening in Morocco.

This is why the sporting and organizational success of the AFCON — and of Morocco — generates so much tension. There are those who embrace the celebration and draw lessons to improve, and those who want to spoil the party.

Football today is changing the world in a positive way. It is the epitome of soft power. Morocco’s successes enhance its image, attract tourists, increase foreign investors’ confidence, and boost institutional credibility.

Morocco’s organizational and operational capacity — delivered in record time without sacrificing quality — the kingdom’s strong endorsement for the 2030 World Cup; these are two undeniable conclusions of this AFCON 2025. The Moroccan brand has never shone so brightly on the global stage. As part of the 2030 World Cup, Morocco is first and foremost the leader of the entire continent and as such, is entitled to host the final at the future Hassan II Stadium.

This is why criticism should be regarded as mere noise, the collateral effect of success. Controversies will fade. The images, the stadiums, the organization, and the shared joy will remain.

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Note: This article was written and published before the AFCON final. The regrettable events that marred the final only serve to confirm our analysis.

 

Pourquoi la réussite de la CAN 2025 a suscité des crispations

Algérie, Egypte, Afrique du sud, Sénégal (*) : quatre pays participant à la CAN ont mis en cause, à des degrés divers, la qualité de l’organisation de la CAN 2025 qui se déroule au Maroc.

Les accusations, dans le cas du pays voisin, sont allées très loin, évoquant la manipulation d’arbitres pour faire éliminer l’Algérie.

Ces accusations fallacieuses et parfois très agressives et insultantes, ne sont pas un simple épisode de polémiques sportives. Il s’agit d’un phénomène politique, symbolique et médiatique très large.

Le Maroc n’est pas un simple pays hôte. Il donne l’exemple ; prend l’initiative ; devient un modèle ; gagne ; impose des standards, crée la norme en matière d’infrastructure, d’organisation, d’image, de stratégie et de CAN.

Le Maroc devient une puissance sportive. La demi-finale du Qatar n’est pas un hasard. Le Maroc est par exemple champion du monde des U20 et champion du monde arabe. En 2025, il a collectionné les titres dans le football international.

Dans le football africain, le leadership n’est pas encore banalisé. Lorsqu’il devient visible à l’issue d’un travail permanent depuis 2008, il est parfois perçu comme une menace plutôt qu’un moteur collectif. Car le succès marocain dépasse le cadre sportif.

Dans les compétitions footballistiques, l’arbitrage est souvent le refuge des échecs. Accuser l’arbitre est un classique. Mais ici, c’est le Maroc qui est mis en cause. Le Maroc comme acteur politique et sportif, régional et international.

C’est cette mécanique qui permet à un pays (l’Algérie) ainsi qu’aux coachs égyptien et sénégalais d’éviter la critique et l’autocritique. C’est une sorte de populisme sportif. L’élimination crée une posture victimaire. L’entraîneur du Sénégal a surfé sur cette vague pour parasiter la fête et se donner à l’avance des arguments en cas de défaite.

La réussite marocaine brise un imaginaire ancien et crée une dissonance cognitive.

Le système qui dirige l’Algérie raconte aux Algériens depuis deux générations, que leur pays est le leader du tiers monde et de l’Afrique. Qu’il constitue une puissance internationale. Que le Maroc est un petit pays qui utilise Photoshop et l’IA pour montrer de faux stades et de fausses réalisations.

De même, jusqu’au Qatar 2022, le football africain était considéré à la traîne malgré quelques étincelles de temps en temps.

L’Afrique footballistique, selon ce narratif, était racontée ainsi : des infrastructures moyennes, une organisation fragile, un football qui ne doit ses résultats qu’à des individualités.

Cette CAN montre des stades de classe mondiale, une logistique fluide, une retransmission télévisée premium, un afflux économique et touristique, une CAN qui se déroule dans la joie, la fête et la sécurité.

Quand la réalité contredit un imaginaire, il y a ce qu’on appelle une dissonance cognitive. La réaction n’est pas toujours rationnelle. Elle devient émotionnelle.

La réussite de cette CAN historique, la perspective d’un triomphe marocain en finale, confirment un leadership marocain dans le domaine sportif et du soft power. Triomphe et gloire dérangent. C’est la consécration du Maroc qui est ciblée.

La hiérarchie africaine continue à se recomposer, dans le football et ailleurs. Le football africain est en transition vers une culture d’anticipation, de stratégies à long terme, d’infrastructures de haut niveau, de culture de la vraie performance. Ça se passe au Maroc.

Voici pourquoi la réussite sportive et organisationnelle de la CAN (et du Maroc) crée autant de crispations. Il y a ceux qui participent à la fête et qui en tirent les leçons pour s’améliorer. Il y a ceux qui veulent gâcher la fête.

Le football aujourd’hui change le monde d’une manière positive. Il est l’exemple même du soft power. Les réussites du Maroc renforcent son image, attirent des touristes, augmentent la confiance des investisseurs étrangers, et accroissent la crédibilité des institutions.

La capacité d’organisation et d’exécution qu’a montrée le Maroc, dans des délais records et sans sacrifier la qualité; la forte crédibilisation du royaume pour le Mondial 2030 ; ce sont deux conclusions indiscutables de cette CAN 2025. La marque Maroc n’a jamais autant brillé dans le monde. Dans le cadre du Mondial 2030, le Maroc est d’abord le leader de tout le continent et à ce titre, il est en droit d’accueillir la finale dans le futur stade Hassan II.

C’est pour cela qu’il faut considérer les critiques comme du bruit et un effet collatéral du succès.
Les polémiques passeront. Les images, les stades, l’organisation et la joie partagée resteront.

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Nota: Cet article a été rédigé et publié avant la finale de la CAN. Les événements déplorables qui ont entaché cette finale confirment notre analyse.

Les prévisions météo pour le dimanche 18 janvier 2026

Voici les prévisions météorologiques établies par la Direction générale de la météorologie pour le dimanche 18 janvier 2026 :

Temps pluvieux avec averses parfois orageuses sur les plaines nord et centre, le Souss, le Rif, le Saiss, les plateaux de Phosphates et d’Oulmès, la rive méditerranéenne, l’Atlas et ses plaines ouest.

Chutes de neige localement abondante sur l’Atlas, le Rif et les Hauts Plateaux orientaux.

– Ciel nuageux avec pluies sur l’Oriental, les provinces sahariennes et le Sud-Est.

– Temps froid sur l’Atlas, le Rif, le Sud-Est et les Hauts plateaux.

– Rafales de vent assez fortes à localement fortes sur les régions centre, l’Atlas, les provinces sud et les plaines nord.

– Température minimale de l’ordre de -08/-02°C sur l’Atlas, de -02/03°C sur le Rif, le Sud-Est et les Hauts plateaux Orientaux, de 07/12°C près des côtes et de 03/07°C ailleurs.

– Températures diurnes en baisse.

– Mer belle à peu agitée en Méditerranée, peu agitée à agitée sur le Détroit, forte à très forte entre El Jorf et Tarfaya et agitée à forte ailleurs.

Zaghnoun: l’agence des participations de l’Etat n’a pas été créée pour privatiser 2/2

Dans la première partie de cet entretien, Abdellatif Zaghnoun, directeur général de l’ANGSPE, a exposé la philosophie de la réforme de l’État actionnaire : une doctrine désormais formalisée, une gouvernance professionnalisée et un pilotage de la performance appelé à devenir la norme pour les établissements et entreprises publics.

Cette deuxième partie entre dans le “comment”. Comment l’Agence s’organise-t-elle, en interne, pour suivre un portefeuille vaste et hétérogène ? Sur quelles réformes sectorielles s’appuie la clarification des missions — à l’image du nouveau schéma de l’électricité ? Et surtout, comment préparer l’étape décisive du transfert progressif de la propriété des participations vers l’ANGSPE, prélude à la future holding publique ?

Audiovisuel, logistique, finance, partenariat avec le secteur privé, financements innovants, consolidation IFRS… Le DG de l’Agence revient aussi sur un point sensible : l’ANGSPE n’a pas été créée pour privatiser, mais pour optimiser un portefeuille public dont certains modèles économiques atteignent leurs limites, dans le respect des impératifs de souveraineté et de neutralité concurrentielle.

Médias24: Est-ce qu’à l’intérieur de l’agence, des cadres se spécialisent dans telle ou telle entreprise ? Comment vous organisez-vous ?

Abdellatif Zaghnoun: Par secteur d’activité. Nous avons structuré le périmètre en cinq pôles métiers. Nous avons également créé des pôles transverses.

L’organigramme de l’ANGSPE

– Cette démarche de réforme est donc claire. Mais c’est très délicat à manier, quand même.

-Oui, c’est exactement ça. C’est une nouvelle culture à instaurer, et on avance pas à pas. Prenons l’exemple de l’électricité pour illustrer le changement entre hier et aujourd’hui.

Avant, l’ONEE était sur toutes les missions à la fois : production d’énergie, planification, transport et distribution. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La production est largement confiée au privé, avec des acteurs comme Taqa ou Nareva, qui assurent plus de 80% de l’énergie produite. La distribution est désormais gérée par les SRM – les Sociétés Régionales Multiservices. L’ONEE conserve la planification et le transport, tandis que le régulateur contrôle les tarifs.

C’est un modèle totalement différent. Les missions sont désormais claires, et chaque acteur sait exactement ce qu’il doit faire.

– La prochaine étape majeure sera le transfert de la propriété de ces entités vers l’Agence. Comment cela va-t-il se passer ?

-Nous sommes en train de travailler sur les différents schémas de transfert. Plusieurs questions se posent : comment transférer, quelle valorisation appliquer, par où commencer… Tous ces éléments doivent être étudiés avec précision pour garantir un transfert clair, sécurisé et conforme à la loi.

-Il y aura également les réformes sectorielles. Dans chaque secteur, étudier la situation, identifier les objectifs, la vision ; puis corriger les chevauchements et concevoir le schéma idéal…

-C’est pour cela que nous avons lancé différentes études, par exemple sur le pôle financier, sur la logistique ou sur l’audiovisuel.

Dans le secteur de l’audiovisuel, nous travaillons à la mise en place d’une holding audiovisuelle. Ce projet repose sur le regroupement progressif des principales sociétés audiovisuelles nationales – MEDI1 TV, Radio Méditerranée Internationale (RMI) et SOREAD-2M – autour de la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT), dans la perspective de constituer un pôle audiovisuel cohérent, viable et pérenne.

L’agence n’a pas été créée pour privatiser

– Il y a une question sur le périmètre. Garder, céder, privatiser. Est-ce qu’il y a des critères ? Quel est le rôle de l’Agence en matière de privatisation ?

-Il faut que ce soit clair :  l’Agence n’a pas été créée pour privatiser. La politique actionnariale de l’État apporte une clarification essentielle à ce niveau. La privatisation n’est ni une finalité, ni une fatalité.

L’objectif de la réforme, c’est de prendre en main le portefeuille, de le structurer, de l’analyser, de le caractériser, de mettre en exergue les points forts qu’il faut consolider et les points qui nécessitent des plans d’action d’amélioration.

L’idée est d’optimiser l’efficacité de ce portefeuille qui a toujours joué un rôle capital dans le développement économique et social de notre pays depuis l’Indépendance, et qui a contribué de manière fondamentale avec des investissements massifs à la modernisation du pays, au développement des infrastructures… Le chemin de fer, les autoroutes, les ports, les aéroports sont des réalisations de l’État. Sans oublier l’énergie, l’électrification rurale, l’adduction en eau potable. Tout ceci, c’est le secteur public qui l’a concrétisé. Et il s’agit bien sûr d’investissements lourds.

Le modèle économique de certaines entités publiques a atteint ses limites

Aujourd’hui, le modèle économique de certaines entités publiques a atteint ses limites. Elles sont dans des situations financières difficiles, et malgré cela, elles continuent à porter ces missions d’intérêt général pour le développement socio-économique du pays.

Donc, parmi les objectifs de la réforme, il y a le questionnement de ce modèle économique afin d’opérer des choix, de nouveaux choix stratégiques, alignés sur les grands enjeux économiques et sociaux de notre pays : transition énergétique, transition numérique, amélioration de la croissance, développement territorial, etc. Et c’est à ce moment-là, et uniquement à ce moment-là, que l’on pourra savoir si l’on garde, ou si éventuellement l’on privatise, totalement ou partiellement, telle ou telle autre entité…

Dans cette caractérisation du portefeuille public, il faut que la réforme soit en ligne avec d’autres objectifs de l’État. Il ne faut pas oublier la Charte de l’Investissement qui a été votée par le Parlement. Et qui prévoit qu’à l’horizon 2035, le secteur privé contribue aux deux tiers de l’investissement global ; alors qu’il ne contribue qu’à un tiers ou un peu plus actuellement.

Les nouveaux choix stratégiques seront alignés sur les grands enjeux: transition énergétique, transition numérique, amélioration de la croissance, développement territorial …

La réforme devra encourager le secteur privé à être impliqué davantage dans l’investissement et dans le financement de ces grands projets. L’État ne peut pas et ne doit pas continuer seul à porter ces grands projets.  Et donc, pour cela, il faut créer un cadre qui va favoriser ce partenariat public-privé. Un cadre qui permette d’observer la neutralité concurrentielle, pour donner confiance, pour rassurer.

– En parlant de ce cadre, à quoi pensez-vous ?

-D’abord, à la stratégie de sortie de l’État des activités qui ne sont plus additionnelles, qui n’apportent pas un plus.

On doit identifier les domaines d’activité dans lesquels l’État a accompli sa mission. Et pour lesquelles il serait donc temps de passer le relais au secteur privé, qui dispose des moyens.

Mais point important : dans le cadre de la politique actionnariale de l’État, il ne faut pas oublier que la première orientation stratégique, c’est la souveraineté dans un certain nombre de domaines : l’énergie, l’eau, l’alimentation, etc. L’État ne peut pas se désengager de ces domaines, donc la question de la privatisation ne se pose pas à ce niveau.

Le privé peut prendre le relais de l’État dans la logistique, l’immobilier, le tourisme

Dans d’autres cas, l’État a accompli sa mission et le privé est prêt à prendre le relais, comme la logistique, l’immobilier, le tourisme. C’est peut-être là que nous aurons des actions de privatisation totale ou partielle. Mais je tiens à souligner qu’aucune décision n’est prise à ce stade.

J’aimerais aussi préciser que pour chaque création de filiale ou prise de participation par l’État ou éventuelle fusion, nous saisirons le Conseil de la concurrence.

-Vous avez signé un accord avec l’AMMC pour encourager les EEP à aller vers le marché de capitaux. Y a-t-il des candidats potentiels à une entrée en bourse ?

-Nous n’en sommes pas là.

L’accord n’était pas un signal en faveur d’un recours plus prononcé au marché de capitaux. C’est l’un des moyens de la mise en œuvre de la politique actionnariale de l’État, en encourageant, par exemple, les financements innovants. Cela peut se faire à travers la titrisation, la mise en place des OPCI, l’introduction en bourse, les PPP, etc.

En d’autres termes, il y a un marché important où il y a beaucoup de marge, il ne faut pas hésiter à aller le prospecter. D’ailleurs, nous avons accompagné un certain nombre d’entreprises publiques et d’établissements publics, pour mettre en place des mécanismes de financement innovants, soit à travers la titrisation des redevances, soit à travers la mise en place des OPCI, ce qui a permis de mobiliser des montants importants pour lancer des projets structurants. C’est le cas de l’ONDA avec la titrisation des redevances d’occupation temporaire du domaine public. Nous avons également élaboré des solutions dans le même registre avec l’ONCF et ADM.

– Est-ce qu’on s’achemine durablement vers un bilan consolidé du portefeuille ?

-La consolidation est dans la loi. On a lancé le chantier structurant de la consolidation des comptes de l’État en normes IFRS en janvier 2024. Nous avons consolidé l’exercice 2022 en premier lieu. Puis 2023 et 2024. Dans ces bilans consolidés, nous avons agi en toute transparence. Leur certification aboutira d’ici quelques mois.

– Si vous deviez résumer la promesse de l’Agence en 20 secondes pour les Marocain(e)s, ce serait laquelle ?

-La promesse de l’Agence, c’est qu’absolument tous les leviers de la réforme seront activés, pour que chaque dirham d’investissement public ait pour conséquence d’améliorer concrètement la vie des citoyens.

Et d’ailleurs, l’ANGSPE a mis en exergue dans le Rapport sur l’État actionnaire, l’impact sur les investissements, sur les résultats, sur la création d’emplois, etc. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que la finalité de cette réforme c’est avant tout l’amélioration des services aux citoyens et la création d’opportunités économiques dans toutes les régions du pays. Sur ce dernier point, n’oublions pas que l’une des orientations stratégiques de la politique actionnariale de l’État, c’est de faire du secteur des EEP un acteur important dans le développement régional et territorial, aux côtés d’autres acteurs, les régions dont la contribution est un point essentiel. Le tout, avec et à travers un portefeuille composé d’EEP mieux gouvernés, plus performants, plus transparents et plus durables.

https://medias24.com/2025/12/18/langspe-sera-transformee-en-societe-anonyme-dici-juin-2026-m-zaghnoun-1598565/

L’ANGSPE sera transformée en société anonyme d’ici juin 2026 (A. Zaghnoun) 1/2

Créée par la loi n° 82-20, l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État (ANGSPE) incarne l’un des piliers institutionnels de la réforme du secteur public engagée au Maroc. Sa mission : refonder en profondeur le rôle de l’État actionnaire, en passant d’une logique administrative fragmentée à un pilotage stratégique unifié, orienté vers la performance et la création de valeur.

Après une phase de mise en place rapide entre 2022 et 2023, l’Agence a posé les fondations d’une nouvelle gouvernance des établissements et entreprises publics (EEP), s’appuyant sur une politique actionnariale de l’État désormais formalisée, une professionnalisation des conseils d’administration et un dispositif exigeant de pilotage de la performance.

Une étape clé se profile à l’horizon : la transformation de l’ANGSPE en société anonyme, prévue probablement avant juin 2026, prélude à la constitution d’une véritable holding publique appelée à détenir, à terme, les participations de l’État dans son périmètre.

Médias24: Commençons par le contexte général. Rappelez-nous la philosophie de la réforme de l’État actionnaire incarnée par l’ANGSPE ?

Abdellatif Zaghnoun: Le chantier de l’État actionnaire, incarné par l’Agence, a été impulsé par Sa Majesté le Roi que Dieu L’assiste. Il constitue en soi un véritable changement de paradigme.

Ce changement de paradigme se traduit d’abord par le passage d’une approche de gestion administrative, à une approche de gestion stratégique, responsable, axée sur la performance et la création de valeur.

L’Agence incarne le rôle de l’État actionnaire dans le périmètre qui lui a été confié

En d’autres termes, l’Agence incarne le rôle de l’État actionnaire pour gérer les participations de l’État dans les établissements et entreprises publics du périmètre, avec l’objectif de faire de ce secteur un véritable levier de croissance et de développement économique et social.

Nous allons donc promouvoir la culture de la performance au sein du périmètre de l’Agence.

Ici, il y a une spécificité essentielle : beaucoup d’entreprises publiques sont dotées d’une mission d’intérêt général et exercent en même temps des activités marchandes. C’est l’exemple du Crédit Agricole du Maroc, de l’ONCF et de bien d’autres.

Dans ce cadre, l’Agence invite avant tout à clarifier les missions des établissements et entreprises publics, avec une distinction entre mission d’intérêt général, d’une part, et exercice d’activités marchandes, d’autre part. L’idée, c’est de séparer les deux périmètres.

Chacune des deux missions a ses propres indicateurs. Quand il s’agit de la mission d’intérêt général, l’indicateur doit concerner davantage la qualité de la prestation prodiguée aux citoyens.

Quant à l’activité marchande, il faut que la gestion et la gouvernance respectent les standards internationaux, notamment à travers la neutralité concurrentielle. L’État ne doit pas concurrencer le secteur privé.

De plus, la clarification des missions permet de renforcer la cohérence du portefeuille et de réduire les chevauchements. Il y a en effet beaucoup d’entreprises qui exercent les mêmes activités ou des activités proches, ce qui se traduit par une concurrence inutile. Or, nous devons être dans l’additionnalité et dans la complémentarité.

Une étude sur la logistique

A titre d’exemple, nous avons lancé une étude sur la logistique dans le périmètre de l’Agence. L’intervention de l’État actionnaire dans ce domaine, comme dans d’autres, doit éviter les chevauchements… Or, plusieurs entreprises interviennent dans le domaine logistique. L’étude va nous aider à y voir plus clair et à prendre des décisions au besoin.

Par ailleurs, la réforme est un cheminement structuré vers plus de performance, avec comme prérequis la modernisation et la professionnalisation des organes délibérants, notamment les conseils d’administration. Ceci se concrétise également à travers la généralisation des comités spécialisés, c’est-à-dire le comité stratégie et investissement, le comité audit et risque, le comité nominations, rémunération et gouvernance…

– Comités qui sont spécifiques à chaque entreprise…

-Oui, c’est une émanation du conseil d’administration de chaque entreprise.

Si aujourd’hui, c’est le même schéma pour tous les EEP, avant, ce n’était pas le cas. Nous avons généralisé les comités spécialisés à tous les conseils d’administration.

Une nouvelle approche de l’évaluation de la performance

La réforme permet également d’introduire une nouvelle approche de l’évaluation de la performance. C’est-à-dire que l’État ne se limite plus à l’analyse du budget, des prévisions, réalisations et écarts…. Un intérêt particulier est porté à la valeur créée par chaque EEP. Et dans toutes ses dimensions : financières, économiques, sociales, ESG, etc.

Dans cette réforme, bien sûr, l’Agence joue un rôle central. La loi n° 82-20 portant création de l’ANGSPE lui a conféré des prérogatives importantes, qui vont lui permettre de jouer un rôle fondamental pour porter cette réforme et la déployer.

Les prérogatives de l’ANGSPE

Parmi ces prérogatives, l’élaboration de la politique actionnariale de l’État, l’amélioration de la gouvernance et la professionnalisation, la modernisation des organes délibérants, la promotion de la culture de la performance, la restructuration des EEP en difficulté financière, et également la mise en place d’une stratégie de collaboration avec le secteur privé dans le cadre des PPP [partenariats public-privé].

Autrement dit, cette réforme nécessaire du portefeuille s’est dotée d’un outil. Et cet outil, c’est l’ANGSPE, qui porte cette réforme et qui fixe une stratégie unifiée et la déploie.

Pour résumer, la philosophie de la réforme de l’État actionnaire, incarnée par l’Agence, constitue un levier pour mettre en place une gouvernance optimisée, un pilotage exigeant, pour plus de performance, et une évaluation complète de l’impact.

Nous devons parvenir à mettre en exergue à chaque fois l’impact de la réforme sur le citoyen : en termes d’emplois, de création de valeur, de réduction des émissions de gaz à effet de serre, d’évolution des dividendes remontés à l’État, d’investissements, de subventions allouées par l’État à ces entreprises, d’infrastructures réalisées et de leur impact sur le citoyen… Nous nous sommes fixé comme objectifs d’améliorer les dividendes, d’atténuer la dépendance au budget de l’État. En somme, inverser la tendance actuelle dans certains cas.

Politique actionnariale de l’État, une première au Maroc

– Tout ceci nous ramène à la politique actionnariale de l’Etat. Celle-ci a été adoptée, et publiée au BO en décembre 2024.  Donc le 1er janvier 2025, vous aviez tous les instruments entre les mains.

-Effectivement, tout ceci est transcrit dans un document inédit qui constitue un référentiel unique : la Politique actionnariale de l’État est une première au Maroc.

L’État dispose, autrement dit, d’une doctrine d’intervention à moyen et long termes sur ses EEP. Concrètement, ce document définit le nouveau rôle, le nouveau positionnement de l’État et la manière dont il veut gérer ses participations.

– J’aimerais qu’on revienne au démarrage de l’Agence. En 2022, il n’y avait rien. Comment vous avez commencé?

-L’Agence a tenu son premier conseil au mois de décembre 2022. Ma nomination a eu lieu en juillet de la même année. Pendant cette période, nous avons préparé l’organisation, l’organigramme, le règlement des marchés, le statut du personnel, la feuille de route… Tout ceci a été validé par le premier conseil qui a permis d’opérationnaliser l’Agence.

– Elle a été opérationnelle début 2023.

-Oui, nous avons alors commencé à recruter, à préparer la Politique actionnariale de l’État, etc.

« J’ai été frappé par l’ampleur du secteur public du périmètre et sa diversité »

– Alors, qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans l’état des lieux des EEP [établissements et entreprises publics] au démarrage de l’Agence ?

-Ce qui frappe immédiatement, c’est l’ampleur du secteur. Sa taille, sa diversité… et surtout l’écart entre son poids réel et l’image qu’on en avait. On parle d’un secteur beaucoup plus important qu’on ne l’imaginait, avec une présence massive dans l’économie nationale et des leviers structurants pour le développement du pays.

Un total bilan proche de 1.600 milliards de DH

– Ceci nous amène au premier état de total bilan arrêté pour les EEP.

-Oui, et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le total bilan des EEP se situe autour de 1.600 milliards de dirhams, soit un niveau équivalent au PIB national. C’est un signal très fort sur le poids économique réel de ce portefeuille.

– Concrètement, qu’est-ce que cela représente pour l’économie ?

-Cela représente des actifs considérables, des investissements soutenus, de l’ordre de 132 milliards de dirhams en 2025, plus de 85.000 emplois, et une contribution directe à la croissance.

Autrement dit, les EEP ne sont pas un sujet périphérique : ce sont des acteurs centraux de l’économie marocaine. Et c’est précisément pour cela que la question de leur gouvernance et de leur performance est stratégique.

« Beaucoup d’actifs, beaucoup d’enjeux, mais sans boussole commune »

– Revenons à l’état des lieux… Comment était piloté le portefeuille public avant la réforme ?

-Avant la réforme, il faut le dire clairement, il n’y avait pas de vision consolidée de l’État actionnaire. Pas de pilotage unifié du portefeuille. Chaque établissement et entreprise public était essentiellement rattaché à sa tutelle, sans logique d’ensemble.

L’État était actionnaire partout, mais de manière fragmentée. Il n’y avait ni lecture globale, ni politique actionnariale clairement définie, ni dispositif de pilotage centralisé. Autrement dit, beaucoup d’actifs, beaucoup d’enjeux… mais sans boussole commune.

– Comment avez-vous abordé cette situation ?

-Nous avons commencé par un diagnostic approfondi. La Cour des comptes avait produit le sien auparavant, la Commission spéciale sur le nouveau modèle de développement également. Nous nous sommes appuyés sur ces travaux pour bâtir une lecture globale et structurée du portefeuille public.

Et c’est cette lecture consolidée qui nous a ensuite permis de structurer un plan d’action clair et de déployer une feuille de route cohérente, étape par étape, pour refonder le rôle et le pilotage de l’État actionnaire.

– Avant le plan d’action, il y eu donc un diagnostic…

-Vous savez, ce portefeuille n’est pas né d’hier. Certains établissements datent du lendemain de l’Indépendance, d’autres sont venus après, sans parler des filiales.

Au fil du temps, les missions et les interventions ont évolué par strates successives. C’est cette accumulation qui explique aujourd’hui certains chevauchements et le manque de cohérence.

On retrouve aussi beaucoup de redondance dans les missions : plusieurs entités interviennent sur les mêmes activités ou sur des activités proches, que ce soit dans la logistique, le tourisme, l’entrepreneuriat ou les start-up…

Les modèles économiques sont, eux aussi, très contrastés. Certains établissements sont de véritables champions : solides, performants, qui investissent, créent de la croissance et reversent des dividendes. D’autres ont atteint les limites de leur modèle économique : en permanence déficitaires, dépendants des subventions de l’État pour survivre, alors même qu’ils jouent un rôle crucial.

Sur le plan de la gouvernance, la disparité est également forte. Certaines entités disposent de conseils d’administration structurés, avec des comités spécialisés et un suivi rigoureux. Dans d’autres, l’implication des administrateurs peut être optimisée.

Malgré ces différences et ces fragilités, ces établissements ont toujours rempli leur mission. L’ONEE par exemple, a connu des difficultés, mais a toujours assuré la disponibilité de l’eau et de l’énergie, partout et pour tous, ménages comme industriels.

Ces organismes ont été responsables actifs, et ont largement contribué au développement des infrastructures – ports, aéroports, chemins de fer, centrales électriques, autoroutes – ainsi qu’à tous les grands projets structurants du pays. Et ça, c’est un point essentiel à souligner.

Transformation en S.A. probablement d’ici juin 2026

–  Vous avez évoqué l’instauration d’une gouvernance de type “holding publique“. L’Agence sera transformée en société anonyme à quel horizon ?

Peut-être avant juin 2026.

– Elle détiendra donc directement toutes les participations de l’État de son périmètre…

-Oui, mais pour ce point, il n’y a pas encore de calendrier précis. Il reste des aspects juridiques à régler avant de pouvoir transférer pleinement les participations de l’État à la future société anonyme.

La loi cadre n° 50.21 prévoit que l’État actionnaire prendra les mesures nécessaires pour transférer progressivement, en pleine propriété, ces participations à l’Agence. On s’achemine vers une holding, dont les filiales seront les établissements et entreprises publics — les 57 EEP relevant du périmètre de l’ANGSPE.

– La réforme de gouvernance s’achèvera donc avant ce transfert.

-Exactement. L’idée, c’est de permettre à l’Agence de devenir une véritable holding, chargée de maximiser la valeur et la rentabilité du portefeuille public.

Je rappelle que nous sommes dans une réforme qui vise à corriger nombre de dysfonctionnements structurels, dont pâtissent certains établissements et entreprises publics.

Nous œuvrons à professionnaliser et moderniser les organes de gouvernance, assurer la transparence, supprimer les redondances et chevauchements, créer des synergies là où il n’y en avait pas, installer une véritable culture de la performance et consolider les bilans selon les normes IFRS, tout en mettant en place un dispositif de pilotage de la performance.

Toutes les actions visant à moderniser et professionnaliser les conseils d’administration sont désormais en place

Tout cela dans le cadre de la loi cadre n° 50-21, relative à la réforme du secteur public, et la loi n° 82-20 portant création de l’Agence. En réalité, nous sommes en train de décliner les dispositions de ces lois, en suivant la logique de holding et la politique actionnariale qui fixe la doctrine de l’État : c’est notre feuille de route, notre vision.

Toutes les actions visant à moderniser et professionnaliser les conseils d’administration sont désormais en place : introduction des administrateurs indépendants, revue de la composition au-delà des seuls représentants de l’État, et création de comités spécialisés. Nous avons maintenant des conseils d’administration efficaces et agiles au sein desquels les administrateurs indépendants maîtrisent le secteur et peuvent challenger le management de manière constructive.

Les comités spécialisés ont été généralisés : stratégie et investissement, audit et risque, nominations, rémunération et gouvernance…

-Mettre en place un dispositif de pilotage de la performance, cela veut dire quoi concrètement ?

-Cela signifie qu’on suit rigoureusement la performance des entreprises publiques à travers des indicateurs précis, et qu’on évalue les objectifs assignés au management.

Concrètement, le management propose un business plan avec ses hypothèses, ses critères et les ressources jugées nécessaires pour atteindre ses objectifs. Le conseil d’administration, composé des profils requis, va challenger ce business plan. Une fois validé, et les moyens alloués, le conseil exige du management qu’il décline ce business plan en objectifs pluriannuels, mesurables et suivis régulièrement.

– Et donc, c’est là qu’interviennent les contrats de performance…

-Exactement. L’idée, c’est que le management dispose d’objectifs pluriannuels clairs, assortis d’indicateurs de performance précis. Nous venons de boucler un dispositif ad hoc que nous sommes en train de décliner avec le périmètre, depuis le mois d’août.

Concrètement, il s’agit d’une contractualisation par objectifs entre le conseil d’administration et le management. Les objectifs seront déclinés avec des indicateurs de pilotage et de suivi, le tout formalisé dans des contrats par objectifs, avec une évaluation tous les 6 mois par le comité de suivi. Ce comité rend compte au conseil d’administration de l’état d’avancement, des écarts constatés et, le cas échéant, des actions correctives à engager pour respecter les objectifs fixés.

– Et donc il y a un système d’alerte que vous mettez en place…

-Tout à fait. Notre système de pilotage est un dispositif très sophistiqué et pertinent. Il permet de suivre l’activité en continu, de mesurer la progression dans le temps sur tous les indicateurs clés : chiffre d’affaires, EBITDA, résultats nets, dividendes reversés à l’État, nombre d’emplois créés, etc.

La nouvelle architecture cible de pilotage de la performance, désormais opérationnelle, constitue un outil concret pour encadrer l’activité, évaluer les résultats, et garantir que chaque entité progresse conformément aux objectifs stratégiques fixés par l’État actionnaire.

– Est-ce qu’à l’intérieur de l’agence, des cadres se spécialisent dans telle ou telle entreprise ? Comment vous organisez-vous ?

Par secteur d’activité. Nous avons structuré le périmètre en cinq pôles métiers.

Le portefeuille de l’ANGSPE.

A SUIVRE

Ce que le drame de Fès dit de nous

Le drame s’est produit dans la nuit du mardi au mercredi 9/10 décembre 2025 dans le quartier Al Massira de Fès. A l’origine, les premiers récits incriminent l’auto-construction. Mais qui a construit? Qui a donné l’autorisation ou fermé les yeux? Deux enquêtes ont été ouvertes, l’une administrative et l’autre judiciaire. Une expertise technique est également en cours. Le bilan est connu: 23 morts au moment de la publication de ces lignes et une quinzaine de blessés, tous frappés de plein fouet au moment où se tenait une cérémonie de baptême en fin de soirée.

Ce drame rappelle une réalité que l’on préfère connue : celle de l’habitat menaçant ruine et des défaillances qui l’entourent.

Comme dans tout drame de cette nature, une distinction s’impose. La responsabilité pénale individuelle relève de la justice, seule habilitée à établir d’éventuelles fautes ou négligences. Mais au-delà du judiciaire, se pose une autre question, tout aussi légitime : celle de la responsabilité institutionnelle, administrative et politique.

Cette responsabilité n’est ni automatique ni émotionnelle; il ne s’agit pas de trouver un bouc émissaire. Elle se mesure selon un critère central : le drame était-il évitable? En d’autres termes, le risque était-il connu, signalé, documenté ? Et si oui, quelles décisions ont été prises — ou non prises— pour le traiter ?

Les collectivités locales ont, en principe, la charge de recenser les bâtiments menaçant ruine, de prendre les arrêtés de péril nécessaires, d’ordonner les évacuations et d’en assurer le suivi. Lorsque des immeubles identifiés comme dangereux continuent d’être occupés, la question n’est pas seulement sociale. Elle est administrative.

Les services techniques et de l’urbanisme jouent, eux aussi, un rôle déterminant. Contrôle du bâti, surveillance des travaux, respect des normes : autant de missions dont l’efficacité conditionne directement la sécurité des habitants. L’enquête devra déterminer s’il y a eu travaux non autorisés, contrôles insuffisants ou tolérance d’irrégularités.

À un niveau plus large, l’État porte une responsabilité structurelle. Celle des politiques publiques de lutte contre l’habitat dégradé, de leur financement et de leur mise en œuvre. La lenteur des programmes de relogement, les difficultés de coordination entre administrations et l’écart entre annonces et exécution constituent des failles connues, mais persistantes.

Le drame de Fès ne renvoie donc pas à une faute unique, mais à une chaîne de manquements potentiels. Même en l’absence d’intention ou de responsabilité pénale directe, l’échec de la prévention interroge la capacité à protéger les citoyens face à des risques identifiés.

Il ne s’agit ni de désigner des responsables avant l’heure ni de céder à l’émotion. Il s’agit d’exiger des réponses fondées sur les faits : rapports existants, alertes éventuelles, décisions prises et suivies — ou laissées sans effet. Nous savons que les autorités ont parfois fait preuve de prévention et on su éviter des drames. Dans d’autres cas, il a été très difficile de déloger les habitants. Et enfin, n’y a4-t-il pas des cas où des collectivités ont fermé les yeux?

Sans clarification ni correction durable, l’habitat menaçant ruine restera un sujet traité après coup, au gré des drames; ou anticipé partiellement. Et la question centrale ne sera plus de savoir ce qui s’est passé à Fès, mais pourquoi ce qui était prévisible continue de ne pas être empêché.

Les prévisions météo pour le dimanche 14 décembre 2025

Voici les prévisions météorologiques établies par la Direction générale de la météorologie pour dimanche 14 décembre 2025:

Chutes de neige sur les Haut et Moyen Atlas au-delà de 1.700 m.

– Temps nuageux avec pluies ou averses parfois orageuses sur le Sud-Est, l’Oriental, le Tangérois et par endroits sur la rive méditerranéenne.

– Temps passagèrement nuageux avec quelques pluies ou gouttes éparses sur l’Atlas, le Rif, le Saiss, Oulmes et les côtes Nord et Sud.

– Temps assez froid à froid sur les reliefs, le Sud-Est et les Hauts plateaux.

– Rafales de vent assez fortes sur la région de Tanger.

– Température minimale de l’ordre de -04/02°c sur l’Atlas, de 08/14°c sur les provinces sahariennes et près des côtes et de 03/08°c partout ailleurs.

– Température du jour en baisse sur les régions Nord et l’Est du pays et en légère hausse ailleurs.

– Mer agitée à forte en Méditerranée, sur le Détroit et au nord de Larache, et fort à très forte ailleurs.

Voici les températures minimales et maximales prévues :

Min Max-

-Oujda 09 19

– Bouarfa 05 09

– Al Hoceima 12 17

– Tétouan 13 16

– Sebta 16 18

– Mellilia 15 17

– Tanger 16 18

– Kénitra 09 17

– Rabat 10 18

– Casablanca 10 18

– El Jadida 07 18

– Settat 07 14

– Safi 09 17

– Khouribga 05 10

– Béni Mellal 06 12

– Marrakech 07 16

– Meknès 07 15

– Fès 09 16

– Ifrane 01 07

– Taounate 13 19

– Errachidia 06 10

– Ouarzazate 03 10

– Agadir 08 18

– Essaouira 10 17

– Laâyoune 07 19

– Smara 10 17

-Dakhla 16 23

– Aousserd 09 23

– Lagouira 14 22

– Midelt 03 09

Les accusations de conflit d’intérêts, carte maîtresse de l’opposition et talon d’Achille du RNI

Les attaques répétées pour conflit d’intérêts affaiblissent le RNI à dix mois des législatives 2026. Akhannouch n’est pas le seul ciblé. Le dernier en date est le ministre de l’Éducation, Mohamed Berrada. Une affaire que nous avons suivie et qui a fait l’objet, ce mercredi 26 novembre, d’une conférence de presse du PJD.

Ce dernier parti n’est pas le seul à crier régulièrement au « conflit d’intérêts ». Toute l’opposition le fait, et elle est dans son rôle. L’opposition concentre d’ailleurs l’essentiel de ses attaques, quelles qu’elles soient, sur le chef du gouvernement et son parti. Les deux autres partis de la coalition, Istiqlal et PAM, sont plutôt épargnés.

Dans sa conférence de presse de ce mercredi, le PJD n’a pas fourni les preuves promises concernant l’affaire du KCl. Mais il a soulevé, dans ce dossier, plusieurs questions fondées et qui sont sans réponse. Il a soulevé aussi des questions non fondées. Par exemple, il est trop facile de se demander, d’un air suspicieux, comment une entreprise qui était en difficulté financière se redresse en deux années. Le droit, c’est la preuve, comme disent les juristes. Celle-ci manque.

L’orateur, Abdellah Bouanou, a également élargi le sujet à tous les dysfonctionnements dont souffre la santé. Il a eu raison de le faire. Tout le secteur de la santé mérite des audits, des réformes et une nouvelle gouvernance. Si le PJD avait fait ces réformes de gouvernance pendant ses deux mandats, les problématiques du secteur ne se seraient pas posées aujourd’hui : concentration du marché, passation des commandes, délivrance des AMM, mais aussi absentéisme, accueil des malades, équipements, et beaucoup de suspicions concernant les marchés…

Il faut dire que le PJD a intérêt à faire durer l’attention autour du conflit d’intérêts car c’est un thème porteur. D’une part, il cherche à positionner une partie du gouvernement d’une manière négative par rapport à la morale ; d’autre part, à positionner le PJD comme étant, au contraire, un parangon de vertu. C’est de bonne guerre en période électorale.

Il faut dire aussi que le conflit d’intérêts est la vulnérabilité principale d’une partie du gouvernement, particulièrement au RNI.
Les affinités du parti avec les milieux d’affaires sont connues et assumées. Dès lors, on peut se retrouver sur le terrain glissant de l’alliance entre l’argent et la politique. L’argent sert-il la politique ? Ou bien la politique sert-elle l’argent ?

Le RNI a envoyé sur ce registre plusieurs signaux négatifs. Quelques-uns de ses ministres se trouvent ou se sont trouvés en situation de conflit d’intérêts. Ce qui n’est pas une infraction, faut-il le rappeler. L’infraction, dans un poste de responsabilité, c’est de prendre des décisions pour favoriser son intérêt personnel. Comme si un arbitre officiait dans un match dans lequel son fils joue. S’il accorde un penalty à son fils et que ce penalty, manifestement, est fondé, il y aura néanmoins suspicion. Si le penalty n’est pas fondé, c’est pire, il y aura infraction. Et si c’est ce dernier cas, il faut le prouver.

Le conflit d’intérêts au Maroc n’est toujours pas suffisamment encadré. Il n’existe pas de texte spécifique. Et les fragments qui existent ne sont pas obligatoirement suffisants. Il aurait fallu légiférer dès le début du mandat et adopter des garde-fous spécifiques. La politique, c’est la confiance. Le contraire de la confiance, c’est la méfiance, devenue le talon d’Achille d’une partie du gouvernement.

ENTRETIEN. Latifa Akharbach : « L’inclusion médiatique des jeunes est une urgence démocratique »

Face à une jeunesse connectée, critique et en quête de sens, les médias marocains doivent changer de regard. La présidente de la HACA, Latifa Akharbach, appelle à une véritable inclusion médiatique des jeunes, estimant que leur absence du débat public nourrit la défiance et peut fragiliser la démocratie.

Médias24: En tant que régulateur, vous avez certainement suivi les récents événements ainsi que leur traitement dans les médias. Quels enseignements médiatiques tirer des manifestations de la GenZ?

Latifa Akherbach: Parmi les enseignements les plus importants que nous devons tous tirer des manifestations en cours dans notre pays est qu’il y a une grande demande d’écoute des jeunes par les médias professionnels, notamment audiovisuels et numériques.

L’invisibilisation ou du moins la sous-représentation médiatique de la perspective des jeunes sur différentes questions n’est plus acceptée.

Même si elle n’est pas consciente ni voulue sciemment, cette sous-représentation est porteuse de risques pour la cohésion sociale et l’appropriation par nos jeunes des grands chantiers de développement que connait notre pays sous le leadership de Sa Majesté le Roi. Il nous faut, chacun dans son périmètre d’intervention, accorder une importance particulière à l’inclusion médiatique des jeunes.

Il y a un réel déficit en matière de participation des jeunes aux émissions d’information et aux programmes de débat.

Le suivi des programmes ainsi que les relevés des temps de parole réalisés régulièrement par la HACA montrent qu’au-delà des différentes émissions dédiées au jeune public, il y a un réel déficit en matière de participation des jeunes aux émissions d’information et aux programmes de débat.

Or, contrairement à une idée préconçue et à certains constats hâtifs, les manifestations qui se déroulent dans notre pays ont montré que les jeunes Marocains portent un intérêt certain à la chose publique.

S’il s’exprime selon des codes différents de ceux de l’action politique traditionnelle, et s’il est plus ancré dans l’espace public virtuel, leur engagement n’en est pas moins réel.

Leur opinion compte

Digital natives, hyperactifs sur les réseaux sociaux et prolixes sur une multitude de sujets, ces jeunes n’en réclament pas moins davantage d’espaces de libre expression pour faire entendre leurs voix. Ils nous ont fait comprendre que sur des questions d’intérêt général telles que l’amélioration des services publics, la lutte contre la corruption, le droit au travail et autres problématiques liées au progrès social et démocratique de notre pays, leur opinion matters.

Les impératifs du débat public dans les médias audiovisuels

Du point de vue de la HACA, l’inclusion médiatique ne saurait être pleinement réalisée sans un engagement accru de nos médias en faveur de la vitalité du débat public, et ce, sur la base de deux principes majeurs : la diversité intergénérationnelle et l’équité territoriale.

La participation des jeunes des régions reculées aux grands débats publics et leur accès aux médias nationaux constituent une exigence incontournable. Malgré tous les efforts déployés par les radios et télévisions nationales publiques et privées, la réalité du « Maroc à deux vitesse“, contre laquelle Sa Majesté le Roi a mis en garde, demeure tangible.

Le Conseil Supérieur de la Communication Audiovisuelle est conscient de l’importance de l’équité territoriale en matière de couverture radiophonique et télévisuelle. Il veille en permanence à faciliter l’accès des citoyens des zones éloignées en attribuant de nouvelles fréquences hertziennes et en répondant aux requêtes des citoyens en la matière.

Mais la question du renforcement de l’offre de contenus locaux et de proximité reste posée. Les vulnérabilités économiques des radios privées par exemple les ont poussées parfois à réduire leur offre de programmes régionaux entraînant ainsi moins de mise en lumière des réalités territoriales et moins de résonance donnée aux voix locales.

-Vous le dites vous-même: c’est un chantier qui n’est pas simple. Quelles solutions voyez-vous pour améliorer l’ouverture des médias audiovisuels sur les jeunes ?

-C’est un chantier à plusieurs dimensions et qui implique plusieurs acteurs. Cela participe d’une vision et d’une politique publique intégrée.

À titre d’exemple, il faut rappeler que les pouvoirs publics ont la responsabilité d’accompagner plus efficacement et plus diligemment la transition numérique des médias audiovisuels nationaux publics et privés pour qu’ils puissent construire une véritable capacité d’offre programmatique adaptée aux pratiques et aux attentes médiatiques des jeunes en termes de formats, de thématiques, de proximité culturelle, etc.

Il nous faut repenser notre manière d’écouter, d’informer les jeunes et de leur donner la parole

Ce n’est pas seulement une question de moyens, mais avant tout une question de vision. Comme partout dans le monde hyperconnecté d’aujourd’hui, nos jeunes de la génération Z n’ont jamais été des consommateurs passifs. La culture du téléspectateur appartient au passé. Les jeunes sont acteurs et non spectateurs dans l’espace numérique transfrontière où ils baignent en permanence.

Il nous faut repenser notre manière d’écouter, d’informer les jeunes et de leur donner la parole. Les médias publics dont c’est l’une des missions fondamentales, doivent avoir les moyens et la marge d’autonomie nécessaires et suffisants pour être reconnus par les jeunes comme des médias utiles et de confiance.

-Ce que vous dites, c’est qu’il faut un changement profond. Que va y gagner le pays? Quels sont les enjeux de l’inclusion médiatique des jeunes?

-Il est avéré que le débat inclusif dans les médias n’est pas seulement une exigence démocratique, mais aussi un levier essentiel de cohésion sociale.

A travers l’accès à l’information et au débat, les médias professionnels s’érigent en espace d’apprentissage démocratique et de formation de la conscience politique. Régulés dans le respect de leur liberté éditoriale, ils participent à l’édification d’une citoyenneté responsable et créative. Mais cet objectif ne peut être atteint que si ces médias réussissent à construire un lien de confiance avec leurs publics et notamment avec les jeunes. Cela est tributaire bien sûr de leur marge de liberté éditoriale mais aussi de leur professionnalisme et du respect des principes de la responsabilité sociale et déontologique inhérente au métier d’informer.

L’information renforce le sentiment d’appartenance

L’information sur les jeunes et par les jeunes doit être promue dans les offres de nos médias audiovisuels. La socialisation par les médias ne peut se baser majoritairement sur le divertissement. L’information renforce le sentiment d’appartenance. Le débat inclusif dans les médias est une exigence démocratique et un moyen de contribuer au renforcement de la cohésion sociale.

-Lorsque vous parlez d’enjeux et d’information, on pense tout de suite aux prochaines élections législatives de 2026.

-On sait tous que le taux de participation est l’un des enjeux cruciaux des élections de l’année prochaine. Or, l’inclusion médiatique – qui soit dit en passant, ne se réalise pas via des campagnes épisodiques mais se construit dans la durée et par la crédibilité- est un des leviers les plus importants pour le renforcement de la participation citoyenne.

Fort de ses institutions, de sa stabilité, de ses acquis réels, de son développement en marche, le Maroc d’aujourd’hui et celui de demain, a besoin de médias capables de contribuer de manière responsable et experte à nourrir la culture du débat citoyen et à renforcer la vocation d’une citoyenneté active et éclairée.

Le projet de société marocaine forte et moderne ne peut se consolider qu’au prix d’un investissement stratégique : offrir à la jeunesse sa place légitime dans tous les espaces où se forge la confiance sociale et démocratique.

Les prévisions météo pour le lundi 22 septembre 2025

Voici les prévisions météorologiques établies par la Direction générale de la météorologie pour le lundi 22 septembre 2025:

– Temps demeurant assez chaud sur l’extrême Sud.

– Nuages bas près des côtes Centre et sur le Nord-Ouest des provinces du Sud avec brume locale.

– Nuages instables avec averses orageuses sur les Haut et Moyen Atlas, le Sud-Est et l’Oriental.

– Rafales de vent assez fortes sur les côtes Centre et Sud.

– Températures minimales de l’ordre de 21/25°C sur l’intérieur des provinces du Sud et le Sud-Est, de 10/14°C sur les reliefs de l’Atlas, et de 14/19°C partout ailleurs.

– Température du jour en légère baisse sur le Sud.

– Mer peu agitée à agitée en Méditerranée, belle à peu agitée sur le Détroit et peu agitée à agitée le long du littoral atlantique, parfois agitée à forte entre Cap Sim et Cap Ghir.

Voici les températures minimales et maximales prévues:

Min Max

– Oujda 18 30

– Bouarfa 19 30

– Al Hoceima 21 29

– Tétouan 19 30

– Sebta 19 27

– Mellilia 22 27

– Tanger 18 27

– Kénitra 17 28

– Rabat 18 27

– Casablanca 19 25

– El Jadida 18 26

– Settat 17 31

– Safi 16 29

– Khouribga 17 31

– Béni Mellal 20 32

– Marrakech 19 35

– Meknès 17 29

– Fès 18 30

– Ifrane 13 25

– Taounate 19 32

– Errachidia 20 32

– Ouarzazate 18 32

– Agadir 18 24

– Essaouira 18 26

– Laâyoune 20 34

– Smara 20 36

– Dakhla 20 25

– Aousserd 26 42

– Lagouira 22 35

– Midelt 15 28.

Série du Monde sur le Roi Mohammed VI : une lecture critique de Médias24

De nombreux Marocains ont répondu au journal Le Monde suite à la publication de la série intitulée L’énigme Mohammed VI. Ils l’ont fait chacun à sa manière. Cette série ayant pris fin ce week-end avec son 6e épisode, Médias24 livre sa lecture de ces articles.

Nous le faisons au sens scientifique du terme, c’est-à-dire en mettant de côté nos sentiments, nos émotions et tout parti-pris.

Voyons donc dans quelle mesure cette série répond aux critères professionnels du journalisme, à la déontologie et à l’éthique de notre métier. 

∼oOo∼

Le fondateur du Monde s’appelait Hubert Beuve-Méry. Il a été pour l’auteur de ces lignes, la référence constante, un patron de presse que j’ai admiré et que j’admire jusqu’à présent, lui qui est mort en 1989. J’aimais en lui son côté rigoureux et exigeant, quasiment austère, sa manière de mettre le lecteur au centre et non pas lui-même, son exigence morale et éthique très élevée.

Il disait par exemple: « le journalisme consiste à décrire fidèlement les faits et à donner au lecteur les moyens de se faire sa propre opinion ». Véracité, clarté, respect du lecteur, rigueur, exigence, déontologie, indépendance étaient quelques-unes des règles qu’il appliquait lorsqu’il dirigeait le « quotidien français de référence ». C’est un homme qui aimait passionnément le journalisme et le pratiquait au service du seul lecteur.

∼oOo∼

Le deuxième élément que nous allons citer est la charte de Munich. Adoptée en 1971, c’est la référence du journalisme européen en matière de déontologie. Elle prévoit un certain nombre de devoirs (et de droits) du journaliste, et notamment:

∼oOo∼

La troisième et dernière référence que nous citons est celle des règles professionnelles, car il y a bien sûr des règles dans notre métier. Le Monde dispose d’une rédaction de 530 journalistes et de beaucoup de moyens. Il peut se permettre d’être exigeant et rigoureux si c’est vraiment ce qu’il veut.

Dans la série en question publiée à partir du 24 aout 2025, il y a de nombreuses erreurs factuelles qui montrent que les auteurs n’ont même pas pris la peine de vérifier par eux-mêmes ce qu’ils rapportent. Par exemple, lors des funérailles du roi Hassan II, les chefs d’État arabes étaient nombreux; alors que les auteurs prétendent que peu de dirigeants arabes ont fait le déplacement. Or il y avait Bouteflika, Ben Ali, Mouaouia Ould Taya, le président du Yemen, le chef d’État du Bahrein, Yasser Arafat etc… Selon la version des auteurs, les chefs d’État arabes étaient censés s’abstenir d’assister aux funérailles car le roi Hassan II les tenait pour « un rassemblement de Bédouins et d’officiers subalternes ». Cette citation n’est pas sourcée. A notre connaissance, il n’a jamais dit une chose pareille. Au contraire, Hassan II avait une ouverture et un réseau panarabes larges et solides.

Autre erreur factuelle: le Roi Mohammed VI est décrit comme immobile pendant la prière de Aid Al Adha, ce qui est complètement faux, il suffisait de regarder la vidéo.

En devenant roi, « les sentiments de Mohammed VI sont mitigés ». Ce n’est pas le journaliste qui parle, mais le narrateur d’un roman. A moins que le Roi lui ait fait des confidences.

En fait, la série se distingue par sa narration captivante pour qui ne connait pas le Maroc. Captivante et avec un parfum orientaliste. Mais pour meubler cette narration, que de clichés ont été ajoutés (« Lalla signifie Princesse », les serveurs du diner étaient noirs…). Les fantasmes orientalistes sont vendeurs.

Le récit est entaché, surtout pour les lecteurs avisés ou connaisseurs du Maroc, par des erreurs, des approximations, et pire que cela, comme on va le voir.

Toute la série est focalisée sur le palais, comme le veut d’ailleurs le titre général. Mais le palais, c’est le pouvoir, nous expliquent les deux auteurs. Où sont les partis, la société civile, les indicateurs économiques, les grands chantiers, les classes populaires, les syndicats?…

Hormis quelques rares exemples, les sources sont anonymes. L’usage des expressions approximatives comme « semble-t-il, croit savoir, il se murmure » affaiblit la série et relègue le journalisme au second plan.

Sans compter un usage excessif du mode passif, la plupart des sources sont anonymes, des « diplomates », des « familiers du sérail », de « fins connaisseurs », une « source bien introduite »…

La référence au récent hacking et aux fuites est discutable au plan éthique, car quand on cite, on légitime. C’est une règle journalistique.

Le ton général glisse de l’ironie vers les phrases méchantes ou assassines. Le côté people et parfois mondain prend le pas sur l’analyse ou les faits. Les statistiques économiques et sociales sont disponibles au Maroc. Elles ne sont pas utilisées. Cela laisse penser que les auteurs ont évité les sources publiques et vérifiables pour donner l’impression de dévoiler des coulisses.

Le récit est romancé et quand il comporte des erreurs factuelles ou des faits invérifiables, il incite le lecteur avisé à penser que plusieurs séquences ont été imaginées. Les dynamiques internes sont absentes, la culture locale également, sauf par le côté fiction orientale. La personnalisation et la focalisation sur le Roi sont journalistiquement excessives. Le récit est parfois tendancieux: par exemple, la scène où le Souverain est décrit immobile sur un tabouret pendant la prière de l’Aid, suivie du passage insidieux à l’interprétation (fatigue donc maladie, donc fin de règne) avant de revenir au jet ski récent qui montre le contraire.

Certaines formulations (« crime de lèse-prince »…) relèvent plus du style littéraire que de l’information brute, ce qui renforce la subjectivité.

Le sujet (santé du chef de l’État, dynastie) est hautement sensible. Les codes déontologiques recommandent de traiter ce type de contenu avec prudence, transparence des sources et distinction nette entre faits et spéculations. Mais ici, l’article prend des libertés interprétatives : il « lit » les images du roi comme des preuves médicales ou politiques, ce qui dépasse la stricte information.

L’atteinte à la vie privée est évidente (aspects médicaux, épisodes de maladie) ; dans la série d’articles, il y a un danger d’effet performatif : suggérer une « fin de règne » peut (veut?) installer cette image dans la perception publique et internationale du pays.

Il y a donc un mélange de faits avérés, d’interprétations et de rumeurs.

On note également une surreprésentation des « petites histoires » dont la véracité est discutable au détriment d’analyses structurées (institutions, économie, politique régionale). Et également un manque de transparence de la hiérarchie des sources (qui parle, avec quel degré de proximité, et pourquoi).

Ces articles présentent donc plusieurs faiblesses au regard des standards journalistiques tels qu’une subjectivité marquée, des sources anonymes non hiérarchisées; l’équilibre est absent car il n’y a pas de contrepoints institutionnels.

Il s’agit davantage d’un récit romancé et interprétatif, mais en aucun cas d’une enquête. Pourtant, la série est présentée comme une enquête.

L’enquête est un genre journalistique bien défini. Toutes les sources professionnelles comme les manuels de journalisme s’accordent sur une grille pour la définir. En voici quelques éléments :

1. Pertinence et angle

• L’article répond-il à une question d’intérêt public clair ?

• L’angle choisi est-il original, précis et bien défini ?

• Le sujet est-il d’actualité, ou bien a-t-il une valeur explicative (contexte, coulisses, enjeux cachés) ?

• La promesse de l’article correspond-elle au contenu réel ?

2. Méthodologie et sources

• Les sources sont-elles multiples et diversifiées (documents, entretiens, terrain, experts, témoins) ?

• La hiérarchie des sources est-elle claire (témoignages directs, documents officiels, sources secondaires) ?

• Les propos sont-ils attribués (nom, fonction) et datés, sauf si l’anonymat est justifié ?

• L’usage de l’anonymat est-il explicité et justifié ?

• Y a-t-il une confrontation des points de vue (équilibre contradictoire) ?

3. Fiabilité et rigueur factuelle

• Les chiffres, données et citations sont-ils vérifiables et sourcés ?

•  Les faits sont-ils contextualisés (comparaisons, précédents, explications claires) ?

•  Y a-t-il des imprécisions, exagérations ou amalgames ?

•  L’auteur distingue-t-il clairement faits établis et hypothèses/analyses ?

4. Éthique et impact

• Le traitement respecte-t-il la dignité des personnes citées (pas de stigmatisation inutile) ?

• L’article respecte-t-il la présomption d’innocence le cas échéant ?

• L’article apporte-t-il une valeur ajoutée (révélation, mise en perspective, explication) ?

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En conclusion, la série n’est pas une enquête et comporte de nombreuses faiblesses journalistiques.

Intrinsèquement, cette série ne justifie pas l’intérêt qui lui a été porté au Maroc, sauf en raison de la sensibilité du sujet, du fait que la majorité écrasante des Marocains s’identifie à la monarchie; et du risque d’effet performatif visant à installer un récit de fragilité et d’incertitude au moment où la cause nationale est à la veille d’une réunion décisive au Conseil de sécurité.

Cela étant, le Maroc compte de nombreux journalistes excellents. Des éditeurs aimeraient avoir une empreinte internationale et ils en sont capables. Le Maroc a besoin de quelques champions nationaux dans ce domaine, dont la crédibilité dépasserait les frontières.

Mais la presse chez nous est handicapée, entre autres, par un marché étroit et un modèle économique imparfait, qui la rendent vulnérable, des GAFAM à l’IA. Si nous avions une presse aussi puissante et crédible que les grands titres internationaux, l’impact des articles du Monde aurait été moindre.