À Marrakech, le parc industriel de Tamansourt en est au stade de finalisation

Le parc industriel est l’un des grands projets initiés par le Conseil régional. Samir Goudar, le président de la région Marrakech-Safi, explique à Médias24 qu’après plusieurs reports, le projet qui s’étend sur 40 hectares est enfin prêt à être commercialisé au secteur privé après près de deux années de travaux.

D’un coût de 250 MDH entièrement financés par le Conseil régional, cette nouvelle zone qui longe la ville de Tamansourt propose une centaine de lots pour accueillir des usines non polluantes de dernière génération spécialisées dans des domaines variés comme l’agroalimentaire, la chimie, le cuir, la mécanique, le textile, ainsi que des artisans spécialisés dans la fabrication de mobilier, de produits cosmétiques …

Des milliers d’emplois pour l’industrie automobile et l’artisanat

« Nombre d’entre elles proviendront du parc de Sidi Ghanem qui est devenu totalement saturé, notamment pour la production des produits d’artisanat qui commencent à manquer à Marrakech », précise Samir Goudar en ajoutant que plusieurs patrons marocains et étrangers propriétaires d’unités de câblage pour l’industrie automobile se sont déjà montrés intéressés par ce nouveau parc.

Et de conclure que ce projet structurant qui devrait employer des milliers de personnes issues de la ville et de la ruralité permettra, dès 2026, de booster l’économie de toute la région de Marrakech.

Quand la cocaïne se « banalise » dans certaines soirées au Maroc : un phénomène en expansion décrypté par des consommateurs et des experts

À l’inverse de l’Europe où l’image « glamour » de la cocaïne tend à se dégrader, son usage au Maroc a augmenté au cours des dix dernières années, indiquant que cette drogue est probablement perçue comme inoffensive.

Médias24 a donné la parole à plusieurs consommateurs réguliers, mais aussi à un commissaire de police, un criminologue, un ancien trafiquant et à un spécialiste des comportements addictifs pour décrypter ce phénomène « à la mode » auprès d’un nombre croissant de jeunes adultes.

« Sniffer un rail de coke est aussi normal que boire un verre dans certaines soirées »

Les témoignages recueillis anonymement, en raison de la nature du sujet, montrent une banalisation de l’usage de la cocaïne au Maroc, avec une consommation croissante dans les milieux aisés.

Bien que les risques sanitaires liés à la consommation de cocaïne soient sérieux, plusieurs usagers justifient leur addiction par une forme de « normalité » qui les incite à suivre le mouvement au travail ou lors de soirées privées.

« La première fois que j’ai sniffé, c’était à l’occasion d’une fête où des amis m’en ont offert en me rassurant sur l’absence de conséquences négatives sur ma vie », nous confie un homme d’affaires casablancais qui consomme près de 2 grammes par jour.

Selon notre interlocuteur, le sentiment de toute puissance des premières prises, « souvent offertes dans un cadre récréatif en soirée ou en boîte de nuit par des amis ‘bien intentionnés’ qui comptent sur un service rendu », a rapidement cédé la place à la nécessité de financer une consommation dès le réveil pour retrouver l’effet initial de désinhibition.

Une cadre supérieure d’une multinationale, qui consomme également cette drogue « festive », explique la tendance actuelle par une nouvelle approche de séduction qui consiste à proposer « un trait de coke » plutôt qu’un verre pour faire connaissance.

« Le culte de la performance professionnelle explique la banalisation »

Et de souligner que si cette drogue est populaire auprès des jeunes, c’est pour ses « vertus quasi magiques » qui les rendent euphoriques en quelques secondes, atténuant temporairement les souffrances liées à des pathologies physiques ou mentales.

Son principe actif dopant, qui fait en effet oublier la fatigue ou les besoins essentiels comme le sommeil ou l’appétit, donne aussi l’impression d’être plus productif au travail.

Un ancien donneur d’ordre sur les marchés de capitaux, qui en consomme depuis des années, affirme pour sa part n’avoir jamais rencontré un consommateur qui n’ait pas fini ruiné ou affecté par des complications cardiovasculaires, respiratoires ou psychologiques.

« C’est un piège où de nombreuses personnes habituées au culte de la performance, comme les traders, sont tombées à cause de l’image erronée véhiculée par le cinéma américain », résume notre interlocuteur pour qui la cocaïne n’a aucun effet positif en regard des conséquences financières désastreuses et du taux de morbidité élevé.

Contrairement aux idées reçues, l’addiction à la coke ne peut pas être « gérée » sans aide médicale, explique-t-il.

Il a d’ailleurs lui-même réalisé que c’était une illusion le jour où il a dû remplacer sa voiture de luxe pour pouvoir financer une consommation devenue frénétique au bout de quelques mois seulement.

Actuellement, les profils des consommateurs proviennent de milieux sociaux aisés, mais nos sources n’excluent pas une augmentation de la demande, notamment dans des discothèques où des serveurs sont parfois à la fois des usagers et des intermédiaires au service des dealers.

Un produit de plus en plus accessible

Un officier supérieur des services de lutte contre le trafic de stupéfiants estime que l’usage de la cocaïne pose des problèmes sécuritaires croissants, après les psychotropes qui sont en tête des affaires pénales.

« Si la consommation de cocaïne s’élargit de plus en plus, les grandes villes comme Marrakech, Casablanca, Rabat et Tanger restent le principal marché intérieur depuis que le Maroc est devenu un point de transit pour inonder l’Europe », révèle notre interlocuteur.

Ce dernier craint, à terme, que l’accès à cette drogue de synthèse ne soit plus limité aux grands centres urbains, mais qu’il s’étende dans tout le tissu social des jeunes y compris dans la ruralité.

A ce propos, les saisies croissantes opérées par la DGSN depuis 2010 montrent en effet une pénétration constante de l’usage récréatif de cette drogue. En 2024, 1,95 tonne de cocaïne a été saisie.

En ce début d’année 2025, la plus importante saisie a eu lieu au poste frontalier de Guergarat, le 22 janvier. Il s’agit d’une quantité de 37,6 kg en provenance d’un pays de l’Afrique subsaharienne.

L’image festive de la cocaïne rassure les nouveaux consommateurs

Notre interlocuteur insiste sur l’image festive de ce stupéfiant, contrairement à l’héroïne, associée aux junkies et au SIDA.

Le fait que la cocaïne soit consommée le plus souvent par voie nasale — ce qui est présenté comme moins risqué qu’une injection — a contribué à ignorer les conséquences pour la santé, avec l’idée erronée que cette drogue est moins nocive et que sa consommation serait « gérable ».

Malgré l’absence de statistiques publiques du ministère de la Santé sur le profil des usagers marocains, l’officier interrogé estime que la sur-représentation des cadres et des professions intellectuelles est progressivement remplacée par toutes les catégories socioprofessionnelles.

Si la cocaïne reste « pour l’instant » un produit de niche réservé aux clients fortunés, sa disponibilité croissante et son prix moins prohibitif ont entraîné la plus importante hausse de consommation parmi toutes les drogues recensées au Maroc.

Un prix de plus en plus abordable qui stimule fortement la demande

Selon l’éminent criminologue Xavier Raufer, la banalisation de sa consommation au Maroc s’explique par son prix de plus  en  plus abordable (600 dirhams le gramme aujourd’hui contre 1.000 dirhams en 2010).

« Au Maroc, des familles de trafiquants de haschich connaissent bien leurs homologues colombiens depuis des décennies, sachant que la DEA (Drug Enforcement Administration) estime que le défunt Pablo Escobar en personne s’est rendu à plusieurs reprises dans la région nord du Maroc pour établir un nouveau circuit de distribution passant par le nord du Maroc vers les marchés européens », révèle le criminologue.

Il précise que si les narcotrafiquants sud-américains ont commencé par payer en cash leurs homologues marocains pour utiliser leur logistique de transport, la phase suivante a consisté à les rémunérer en commission de coke sur la cargaison totale.

De cette manière, le nombre croissant de logisticiens marocains désireux d’écouler leurs commissions en nature a abouti à une concurrence effrénée qui a automatiquement entraîné une baisse significative du prix de la cocaïne sur le marché émergent du Maroc.

Une menace sanitaire majeure

Ce phénomène a contribué à créer un nouveau marché de la consommation, constitué d’une clientèle aisée.

Mais avec l’installation du trafic dans le point de transit, notre interlocuteur craint, à l’instar de ce qui se passe en Europe, que l’effondrement progressif des prix finisse à terme par contaminer de plus en plus de jeunes issus de la classe moyenne, voire des milieux populaires.

Une menace d’autant plus sérieuse que plus la cocaïne arrive en grande quantité, plus son degré de pureté augmente et devient préoccupant, atteignant un taux de 80% contre 40% au début du trafic.

Cette montée en puissance de la pureté du produit n’est pas sans provoquer de graves problèmes sanitaires, avec un nombre croissant de consommateurs victimes d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou d’arrêts cardiaques très souvent mortels.

De nombreux trafiquants se sont reconvertis dans le commerce de cocaïne, nettement plus rentable que le haschich

Tout aussi pessimiste, un ancien acteur du trafic international de cannabis souligne que la nouvelle place occupée par le Maroc a encouragé de nombreux trafiquants marocains installés en Espagne et aux Pays-Bas à se reconvertir dans le trafic de cocaïne, bien plus lucratif que celui du haschich.

« Sachant que le prix du kilogramme de cocaïne quasi pure a chuté à 17.000 euros contre 30.000 en 2010, les narcotrafiquants marocains ont préféré abandonner l’exportation du cannabis vers l’Espagne, de plus en plus concurrencé par la culture croissante de l’herbe en Europe, pour envoyer des cargaisons de cocaïne vers le Maroc qui devient un marché de plus en plus rentable », déclare notre source, en insistant sur le développement croissant du phénomène de reconversion des réseaux traditionnels de distribution.

« Admettre son addiction est essentiel pour entamer le processus de désintoxication »

Invité à livrer sa lecture de la banalisation de l’usage de la cocaïne au sein des classes aisées, le psychiatre et psychanalyste Hachem Tyal, qui prend en charge les addictions depuis 2011 dans son établissement spécialisé, tient d’abord à préciser que ces milieux n’ont pas l’exclusivité de cette pratique et qu’en réalité tout le monde peut être concerné.

« S’il est évident que la baisse du prix a contribué à faciliter l’accès à la consommation, le facteur qui encourage le plus les usagers, c’est l’équilibre qu’ils ont mis en place (homéostasie) avec le produit de leur addiction.

« Celle-ci s’est elle-même installée en eux à travers la rencontre entre un terrain psychologique vulnérable et donc fertile pour pousser à la consommation, un produit addictif et enfin un environnement porteur donné à un moment particulier de leur itinéraire de vie », explique le spécialiste.

Le docteur Hachem Tyal précise que l’effet des drogues comme la cocaïne donne l’illusion à ces personnes qu’elles sont en parfait équilibre psychique, grâce à cette aide qui devient au fil du temps indispensable, sinon vitale pour eux.

Et de conclure que la première étape pour s’en sortir est de faire en sorte que l’usager prenne conscience de son addiction avant d’envisager une prise en charge adaptée.

Cela passe le plus souvent par une hospitalisation en milieu spécialisé d’une durée d’environ quatre semaines, pour permettre un sevrage total et pouvoir ensuite adhérer à un projet de soins personnalisé.

Mohamed Dkhissi : Tout savoir sur le fonctionnement de la BNPJ et d’Interpol Maroc

Chaleureux, le préfet de Police Mohamed Dkhissi a accueilli deux journalistes de notre rédaction pour revenir sur le travail de ses équipes qui n’arrêtent pas de faire la Une de la presse marocaine et des journaux étrangers. L’entretien s’est déroulé au siège historique de la DGSN à Rabat.

Humble et loin de vouloir s’adjuger les succès de ses services, le Directeur Central de la Police Judiciaire, chef d’Interpol et du Bureau de Liaison Arabe à Rabat, estime que sans la collaboration des différents départements sécuritaires du Royaume, le Maroc n’occuperait pas la place privilégiée qui est la sienne au sein de la sphère mondiale des instances de sécurité.

« Depuis 2015, la DGSN a subi une transformation de fond en comble »

Médias24 : Comment peut-on expliquer la transformation récente de la DGSN qui a désormais un nouveau visage, communique, organise des portes ouvertes, a un bilan d’efficacité et une image nouvelle très positive auprès de l’opinion ?

Mohamed Dkhissi : Tout d’abord, l’accession au Trône en 1999 de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a engendré une nouvelle vision stratégique dans tous les domaines, y compris celui de la sécurité qui a connu des transformations majeures.

Depuis la nomination du Directeur Général de la Sûreté Nationale (DGSN) et de la Surveillance du Territoire (DGST) en 2015 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, il y a eu un indéniable changement radical dans les structures sécuritaires.

A ce titre, la DGSN n’a pas lésiné sur les moyens pour renforcer les capacités opérationnelles et logistiques de ses services centraux et déconcentrés, que ce soit en infrastructures ou en moyens humains et  matériels.

Les réalisations ont été à la hauteur des ambitions  de modernisation affichées : bâtiments de police offrant les meilleurs conditions d’accueil aux citoyens ; projets structurants colossaux en matière de systèmes d’information, de télécommunications et d’identification; dotations en moyens matériels importants, etc.

De même, la DGSN s’est attachée à renforcer ses capacités de manière à doter les services enquêteurs des procédés les plus avancés en matière de preuve technique et scientifique afin de renforcer les enquêtes pénales.

C’est le cas du Laboratoire national de la police scientifique et technique adossé à l’Institut des Sciences Forensiques de la Sûreté Nationale, qui pour la première fois de l’histoire de l’administration publique marocaine a obtenu, pour la sixième année consécutive, le certificat international de qualité ISO17025.

Concernant les enquêtes de la police judiciaire (PJ) qui nécessitent justement le concours de la police scientifique et technique, l’accent est désormais mis sur les technologies de dernière génération, comme celles présentées aux Portes Ouvertes de la DGSN en 2024 qui portaient sur l’ADN que l’on peut retrouver sur des armes ou des explosifs.

Pour répondre à votre question, il est évident qu’il y a un changement radical avec la mise en place d’une stratégie précise à court, moyen et long termes qui a obtenu des résultats très importants.

En effet, la DGSN a mis en place, au titre de la période 2022-2026, une stratégie de lutte contre la criminalité sous toutes ses formes, axée sur 21 objectifs stratégiques et basée sur une approche intégrée et multidisciplinaire.

Une stratégie qui implique toutes les composantes de la sûreté nationale en vue de répondre de façon coordonnée et efficace aux défis et mieux prévenir et réprimer toutes les typologies de la criminalité.

Elle s’appuie également, sur une série de mesures d’accompagnement et de principes directeurs, axée sur l’adoption d’une approche anticipative, visant l’éradication en amont des phénomènes de la criminalité et de délinquance, le rehaussement de la qualité des enquêtes de police judiciaire.

Tout cela a été rendu possible grâce au renforcement des moyens d’appui technique et scientifique aux enquêtes, mais aussi du potentiel humain, matériel et logistique de la police judiciaire et à la mise en place de programmes de renforcement de capacités adaptés aux objectifs visés.

De 96% actuellement, nous comptons atteindre un taux de résolution criminelle de 98% d’ici 2026

Pour vous donner un exemple concret, dans le cadre de la lutte contre la criminalité, nous avons atteint un taux de résolution cette année de 96% et notre objectif d’ici 2026 est de parvenir à un taux de 98%.

C’est une preuve du succès des services de sécurité car quand on parle d’un taux de résolution de 96%, cela concerne aussi des cas de citoyens dont les plaintes avaient été classées.

Les délais de traitement des dossiers ne dépassent plus trois mois

De plus, grâce au renforcement de la coordination avec les parquets compétents et sur la base des discussions que nous avons eues avec la Présidence du Ministère Public, les délais de traitement judiciaire se sont beaucoup raccourcis.

Ainsi, actuellement, les derniers dossiers que nous avons traités n’ont pas dépassé trois mois.

Nous avons également renforcé la formation dans le domaine des droits de l’Homme et des libertés qui sont une constante des discours royaux, de la constitution et des conventions internationales pertinentes ratifiées par le Royaume.

Le nouveau concept de l’autorité se concentre en effet sur la garantie des droits et des libertés collectives et individuelles et la redéfinition de manière radicale de l’action des services de sécurité, en mettant le service du citoyen au cœur de ses objectifs.

En tant qu’agence d’application de la loi, nous appliquons la Constitution, des conventions Internationales pertinente, de la législation et réglementation en vigueur, les Directives de Sa Majesté le Roi, que Dieu le Glorifie et les dispositions de la les orientations  du Directeur Général de la Sûreté Nationale pour assurer les missions régaliennes de la DGSN visant le maintien de l’ordre et la protection des citoyens et de leurs biens.

Les bons résultats engendrés sont le fruit de la coordination étroite entre la DGSN et la DGST, basée sur la prévention des risques sécuritaires avec un travail proactif de collecte de renseignements qui nous permet d’être dans l’anticipation et pas dans la réaction.

La collaboration permanente avec la DGST a renforcé notre efficacité

– La collaboration avec les éléments de la DGST est permanente ?

– Absolument, la coordination entre les deux directions de la sûreté nationale et de la surveillance du territoire se fait 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Cette collaboration se fait au niveau horizontal, vertical, local et régional, car en réalité son objectif est de coordonner les informations stratégiques, tactiques et opérationnelles.

Cela a renforcé l’efficacité de nos services, car dans le passé, l’administration de la Direction Générale de la Sûreté Nationale devait écrire à celle de la surveillance du territoire, attendre une réponse, et vice versa.

Aujourd’hui, il y a une communication directe entre les responsables. Dès que cela est nécessaire, nous nous réunissons tous les jours s’il le faut et il n’y a aucune différence entre nous.

Chacun fait son travail dans un esprit de respect mutuel des institutions et ses services spécialisés.

Le but étant de privilégier l’intérêt supérieur du pays et les résultats qui doivent être atteints.

« La BNPJ compte 5 offices à compétence territoriale »

– Combien de personnes compte la police judiciaire ?

– (Sourire) nous avons largement ce qu’il faut.

Au niveau central, la Direction de la Police Judiciaire est chargée du suivi, du contrôle et de l’encadrement des actions des différents services déconcentrés de la police judiciaire dans le domaine de la répression et la lutte contre la criminalité, ainsi que la coordination des efforts nationaux et internationaux pour faire face à la criminalité transnationale.

Sur le plan opérationnel, la Brigade nationale de la Police Judiciaire, qui a une compétence nationale, se compose de 5 offices nationaux chargés de lutte le terrorisme, la criminalité économique et financière, la migration irrégulière, le trafic illicite de stupéfiants, et le renseignement criminel.

Au niveau déconcentré, les services de police judiciaire sont implantés, au niveau de chaque préfecture de police, sûreté régionale, sûreté provinciale, District et Commissariat de circonscription.

– Sur le modèle français du fameux 36 quai des Orfèvres qui rassemblait au même endroit les brigades criminelle, financière, des stupéfiants, du proxénétisme, de répression du banditisme …

– Absolument pas, les structures de police judiciaire sont adaptées aux besoins et au contexte national.

En effet tous les services déconcentrés de police judiciaire, que  je viens de citer, sont dotés de brigades spécialisées telles que les brigades criminelles, les brigades antigangs, les brigades de renseignement criminel et d’appui technique aux enquêtes, les brigades de cybercriminalité, les brigades économiques et financières, les brigades des mineurs, les brigades de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, les brigades de lutte contre la migration irrégulière, les brigades des mœurs, etc.

Les offices nationaux qui relèvent de la BNPJ, dont dotés d’experts qui traitent des dossiers majeurs et complexes.

Même s’ils ont leur siège dans une ville comme Casablanca, ils ont une compétence nationale et peuvent exercer à Saïdia, Figuig, Zagora, Smara … et sur tout le territoire du Royaume du Maroc.

Les différentes procédures pour résoudre une affaire criminelle

– Comment démarre une affaire ?

– Le traitement des affaires se déroule, selon les cas, dans le strict respect des dispositions du code de procédure pénale marocain.

Dans le cadre des enquêtes préliminaires, déclenchées par les parquets compétents, les OPJ appliquent les instructions du ministère public.

S’agissant du flagrant délit, c’est l’OPJ qui déclenche l’affaire partant de ses missions de constatation des infractions, d’en recueillir les preuves et d’arrêter les auteurs, sous la supervision du parquet compétent dans tout le processus.

En ce qui concerne l’instruction préparatoire (ordonnée par les juges d’instruction), les OPJ  n’interviennent que pour exécuter les commissions rogatoires.

Pour les autres cas, lorsque nos services disposent d’informations précises, ils démarrent une enquête en informant par écrit le parquet qui est compétent territorialement et qualitativement.

En effet, toute action que nous entreprenons doit être effectuée avec la supervision du ministère public, même dans le cas où elle est initiée par nos services ou par le biais d’un dépôt de plainte.

En tant qu’officiers de police judiciaire, nous ne pouvons mener aucune enquête ou perquisition à moins d’avoir un ordre du procureur ou du substitut du procureur compétent.

– Et dans le cas où une personne vous révèle des faits illégaux ?

– Nous prenons nos précautions car s’il y a tentative de diffamation ou de dénonciation calomnieuse, une plainte est déposée contre lui.

Mais si les faits sont avérés, nous préservons l’identité de la personne qui nous a informés.

S’il ne veut pas révéler son nom, il en a le droit car la loi prévoit de protéger son anonymat.

« L’infiltration criminelle est une technique utile mais pas nécessaire »

– Est-ce que la loi permettant à vos services d’infiltrer un réseau criminel a été adoptée ?

– Le parlement n’a pas encore adopté la loi mais cela sera probablement bientôt le cas.

– Cela devrait faciliter votre travail ?

– Ce n’est pas essentiel et nécessaire car nous avons en effet d’autres moyens tout aussi efficaces grâce à la compétence de nos officiers et agents mais aussi grâce à l’importance de nos moyens techniques.

Sachant que plusieurs cellules terroristes et des gangs ont été démantelés sans aucune infiltration, il existe de nombreuses façons de travailler et d’arriver à nos objectifs en termes d’arrestations.

– Les Marocains sont vos précieux alliés car ils collaborent beaucoup plus que dans d’autres pays ?

– C’est vrai et cela s’explique par le fait que nos concitoyens respectent et aiment leurs institutions.

Je me dois de préciser que cette particularité n’existe dans aucun autre pays.

Cela s’explique certainement par notre religion, nos traditions et la morale qu’on nous a inculquée dès notre enfance.

Lorsqu’un Marocain note quelque chose qui nuit à son pays, il ne reste pas silencieux car malgré notre tolérance, on ne touche pas à la patrie et aux institutions qui sont aussi sacrées que la religion.

Notre stratégie de lutte contre la trafic de stupéfiants explique la multiplication des saisies actuelles

– Comment expliquer la multiplication des saisies de drogues depuis le début de 2024 ?

– Le Maroc a adopté, depuis plusieurs années, une stratégie globale et pluridimensionnelle de lutte contre le trafic illicite de drogues et des substances psychotropes, articulée autour de trois axes fondamentaux, à savoir; la réduction de l’offre, la réduction de la demande et  le renforcement de la coopération internationale.

Depuis plusieurs années, l’usage et le trafic illicites des substances psychotropes  constituent l’une des menaces les plus pernicieuses auxquelles sont confrontés les services de la Sûreté nationale.

En effet, à partir du moment où ces substances qui ont des incidences sur le système nerveux central, sont disponibles et écoulées sur les marchés illicites, puis consommées fréquemment et de manière anarchique, un problème d’une grande ampleur se pose pour atteindre, même, une tournure particulièrement alarmante, en prenant notamment l’allure d’un fléau qui engendre des répercussions complexes et très néfastes sur les plans sanitaire, social et sécuritaire.

Les efforts déployés par les services de police durant la période allant du 01er janvier 2015 au 01.06.2024, dans le cadre de la prévention et la lutte contre le trafic illicite des comprimés psychotropes, ont été couronnés par des saisies records de 11.637.104 unités de comprimés psychotropes, dont des millions de comprimés de captagon

Ce genre d’opérations sont menées quotidiennement au niveau des différents commandements relevant de la Sûreté National.

La BNPJ n’intervient que sur les grosses affaires avec des réseaux qui ont des ramifications internationales et qui nécessitent une coopération internationale.

Cette collaboration peut être bilatérale, multilatérale ou par l’intermédiaire de l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol) dont je dirige le bureau central national marocain.

« Les drogues comme le captagon et le fentanyl qui terrorisent les services occidentaux n’ont pas atteint le Maroc »

– Vous avez parlé de saisie d’amphétamine nommée captagon, une drogue qui dope les combattants de Daesh, c’est une première au Maroc ?

– En effet, cette opération qui était une grande première a permis de saisir plus de 2 millions de comprimés de cette drogue.

– Le captagon était destiné au marché marocain ?

-Non, il ne faisait que transiter.

– Pour quel pays ?

– Un pays du Sahel.

– Qu’en est-il de la drogue fentanyl qui fait des ravages aux USA et qui terrorise les pays européens au regard de ses effets 100 fois plus destructeurs que l’héroïne ?

– Nous avons saisi tous les types de drogues mais heureusement pas de fentanyl.

L’héroïne est rare au Maroc mais nos saisies portent surtout sur l’ecstasy et les psychotropes qui viennent d’autres pays.

– Les psychotropes viennent de notre voisin de l’est ?

– Certains viennent d’Europe et d’autres en effet du côté oriental.

– Dans la ville frontalière algérienne de Maghnia, il y a une usine de médicaments dont des psychotropes qui seraient exportés illégalement vers le Maroc ?

– Je préfère ne pas répondre, vous m’avez demandé quels types de drogues et je vous ai répondu.

Ainsi, nous avons saisi de grandes quantités de cocaïne au Maroc que les narcos sud-américains veulent utiliser comme un point de transit.

Quant aux comprimés hallucinogènes, nous avons également saisi des quantités très importantes qui proviennent de pays européens bien connus qu’il n’est pas nécessaire de mentionner.

– Certains pensent que la BNPJ est le FBI marocain ?

– Nous sommes avant toute chose une institution nationale qui est dotée d’experts de très haut niveau qui coopèrent chaque jour avec leurs homologues internationaux.

Dans le cadre de cette coopération, nos fonctionnaires sont  reconnus pour leur compétence, leur professionnalisme et leur honnêteté.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Maroc et la Direction Générale de la Sûreté Nationale ont une réputation mondiale car leurs informations sont toujours exactes et sa coopération de haute qualité.

– Combien d’équipes régionales compte la BNPJ ?

– Nous avons 04 Brigades Régionales de Police Judiciaire, spécialisées dans la criminalité économiques et financières, implantés au niveau de Casablanca, Rabat, Fès et Marrakech

– D’autres vont être créées ?

– Bien sûr. Mais pour cela, il faudra d’abord former des gens sur place puis construire des tribunaux financiers pour pouvoir par exemple juger les détournements de fonds publics, les affaires de contrebande…

 

« La féminisation croissante de la BNPJ s’explique par leurs grandes compétences qui n’ont rien à envier à celles des hommes »

– Comment la BNPJ qui est une brigade d’élite recrute ses officiers ?

– Par un concours ouvert à tous et qui dépend des niveaux de recrutement souhaité à savoir pour le grade de gardien de paix, d’inspecteur de police, d’officier de police, de commissaire de police ou de commissaire de police principal.

C’est la Direction générale de la sûreté nationale qui est chargée du recrutement.

– Le recrutement se fait en fonction du profil du candidat ?

– En effet, nous faisons en sorte de prendre les meilleurs candidats avant de les former en fonction du secteur retenu.

Ceux qui rejoindront le renseignement criminel suivront une formation spécialisée en matière de renseignement criminel.

Idem pour ceux qui seront affectés aux crimes financiers et ceux qui s’engageront dans la lutte contre le terrorisme.

– Les femmes représentent combien de votre effectif ?

– A la Direction de la Police Judiciaire (PJ) , nous avons de nombreuses femmes à la tête de départements importants comme celle qui dirige le Laboratoire national de la police scientifique et technique.

– Vous comptez augmenter leur nombre ?

– La réponse est bien évidemment positive car en matière de sécurité, le travail des femmes n’est pas destiné à meubler ou à donner une image de parité ou de quotas.

Ces femmes méritent leur travail grâce à leurs compétences et à rien d’autre.

– Aussi bien sur le terrain que dans l’administration ?

-Bien évidemment. Nous avons des femmes expertes en droits de l’Homme, des spécialistes de l’ADN, de la lutte contre la grande criminalité, de la cybercriminalité…qui sont sollicitées à l’étranger pour donner des conférences et séminaires aux niveaux africain, régional et international.

« La lutte contre la cybercriminalité est une menace croissante qui mobilise nos services 7 jours sur 7 »

– Comment évolue votre travail, y-a-t-il des changements au niveau des méthodes du crime organisé ?

– Avec le développement des technologies de la communication et notamment d’internet, la cybercriminalité est en plein développement.

C’est la raison pour laquelle nous avons 35 équipes régionales pour lutter contre ce phénomène croissant de la cybercriminalité

Nous avons d’ailleurs créé un département spécial au niveau central, qui est encore une fois dirigé par une femme avec un suivi permanent 24 heures sur 24.

– Un exemple de cybercriminalité qui se développe au Maroc ?

– Actuellement, le plus courant concerne les tentatives d’extorsion par le chantage pour des fins de diffamation.

– Qu’en est-il des tentatives de phishing (hameçonnage) pour détourner le contenu d’un compte bancaire ?

– Elles sont très peu nombreuses car toutes les opérations que nous avons traitées ont abouti à l’interpellation des personnes impliquées comme il y a quelques temps à Fès.

– Vos équipes de lutte contre la cybercriminalité travaillent comment ?

– Les brigades de cybercriminalité font de la veille 24h/24 et 7/7.

« Jeux olympiques à Paris ou mondial de 2030 au Maroc, nos équipes sont prêtes »

– Est-ce que la BNPJ a des officiers de liaison détachés à l’étranger ?

– Au niveau international, il existe une coopération qui peut être bilatérale grâce à un lien constant de communication qui passe par les canaux de coopération officiel, dont les officiers de liaison.

Pour ce qui est de la coopération multilatérale, elle passe par des organisations internationales comme l’Organisation internationale de police criminelle « Interpol » via le Bureau Central National à Rabat.

Idem pour le Conseil des ministres arabes de l’Intérieur qui dispose des Bureaux de Liaison Arabes.

La BNPJ fait un excellent travail au niveau national mais ses enquêteurs n’ont aucune relation avec les officiers de liaison sauf en cas de ramifications des crimes qui se situent au niveau international.

A ce titre, les OPJ traitent ces affaires dans le stricte cadre des dispositions pertinentes du code de procédure pénale et des conventions internationales pertinentes (commissions rogatoires, livraisons surveillées, etc.)

– Les policiers marocains vont-ils aider les français aux J.O. ?

– C’est exact. Dans le cadre de l’accord de coopération sécuritaire qui nous lie avec les autorités françaises, nous allons procéder à un échange d’informations et d’expertises pour prévenir les éventuelles menaces durant les J.O.

Ainsi, en mars dernier, la BNPJ et le bureau central d’Interpol à Rabat ont interpelé à Casablanca avec le concours de leurs collègues français, le chef du clan mafieux Yoda (Félix Bingui) et un de ses lieutenants.

La BNPJ a d’ailleurs reçu une lettre de félicitations du ministre français de l’Intérieur.

La PJ a aussi arrêté 3 membres d’un gang criminel d’origine algérienne et malgré la rupture des relations diplomatiques, nous avons remis à l’Algérie 14 de leurs ressortissants à la frontière.

Ces personnes étaient sous le coup de mandats d’arrêt internationaux émis par Interpol.

– Qu’est-ce qui a été convenu en termes de collaboration sécuritaire sur le terrain avec la France ?

– Je ne suis pas habilité à répondre à cette question.

– Et pour le Mondial de football qui sera coorganisé par le Maroc en 2030 ?

– Tout ce que je peux vous dire est que ce n’est pas la première fois qu’un événement majeur soit organisé dans notre pays qui a une grande expérience de toutes les grandes manifestations comme par exemple le Championnat du monde des clubs de la FIFA qui avait eu lieu en 2014 et 2023.

D’ici 2030, toutes les mesures de sécurité seront mises en place avant, pendant et après car notre institution sécuritaire possède l’expérience requise en termes de gestion des foules pour organiser cette grand-messe du football.

« L’efficacité de notre bureau d’Interpol est reconnue à l’échelle mondiale »

– Passons à vos fonctions de DG d’Interpol Maroc, est-il encore possible de rentrer au Maroc avec des faux papiers ?

– C’est de plus en plus difficile car même ceux qui présentent un vrai faux passeport sont démasqués.

– Pourquoi les appareils de reconnaissance biométrique dont sont équipés tous les aéroports marocains ne sont pas systématiquement utilisés ?

– (Sourire) vous ne remarquez peut-être pas l’œil de la caméra qui permet de vérifier l’identité de chaque voyageur mais elle vous voit et s’il y a un problème, l’agent sera immédiatement avisé.

– Les arrestations d’Interpol se font aux frontières ou sur le territoire national ?

– De 2016 à aujourd’hui, nous avons interpellé 370 cas recherchés avec une notice rouge d’Interpol.

Certains ont été arrêtés au niveau de la frontière et les autres après leur entrée au Maroc.

– Pourquoi après leur entrée ?

– Parce que les autorités étrangères ne connaissaient pas encore la nouvelle identité du fugitif au moment où il est entré.

Ce n’est qu’après avoir actualisé leurs informations sur son état-civil et envoyé une notice rouge que nos systèmes nous ont signalé que cet individu est entré au Maroc et qu’il doit être arrêté.

– Quel est le profil-type des criminels recherchés par Interpol ?

– Tous sont impliqués dans des affaires criminelles ou délictuelles majeures.

– Des mafieux ?

– Parfois comme les deux ressortissants français arrêtés en mars dernier. L’un deux était le chef d’un réseau criminel opérant à Marseille dans le trafic international de stupéfiants.

– Quid des Marocains réfugiés dans d’autres pays qui sont recherchés par le Maroc ?

– De 2016 à aujourd’hui, 445 auteurs de crimes ou de délits majeurs dans leur pays qui s’étaient échappés à l’étranger ont été extradés grâce aux accords d’extraditions.

– Et ceux qui commettent des crimes à l’étranger et viennent se cacher au Maroc ?

– Si cette personne est marocaine et sous le coup d’une notice rouge, elle sera jugée au Maroc, conformément à la législation en vigueur et au principe de la double incrimination, car notre pays n’extrade pas ses ressortissants.

– L’assemblée générale d’Interpol se tiendra bientôt au Maroc…

– En 2023, nous avons soumis notre candidature pour l’accueillir et il a été convenu à l’unanimité que la conférence se tiendrait entre septembre et décembre 2025 dans la ville de Marrakech.

– Sur les 196 pays que compte Interpol, quelle place occupe notre pays ?

– Pour connaître le niveau qualitatif du bureau d’Interpol Maroc au niveau international, je vais vous donner un exemple édifiant qui montre la qualité de ses services.

De 2016 à aujourd’hui, nous avons participé à 24 grandes opérations stratégiques au Maroc avec la participation des autres membres.

Interpol Maroc a aussi organisé 30 conférences internationales et régionales ainsi que le troisième congrès sur la sécurité et les menaces chimiques qui s’est tenu à Marrakech sans compter celui de la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient) qui a accueilli plusieurs pays tiers comme Djibouti ou les Comores.

Que ce soit en termes d’échange d’informations, d’expériences, d’organisation de conférences, ou alors de participation active à des opérations stratégiques comme celle nommée « Neptune » dans le port de Gênes qui avait permis de mettre hors de nuire des grands mafieux italiens.

Tout cela pour dire que le bureau d’Interpol du Maroc est un vrai modèle au niveau international et que sa position est au sommet de la pyramide de cette organisation internationale de police criminelle.

« Le Maroc a tous les atouts pour présider Interpol »

– Est-ce que le Maroc pourrait présider un jour Interpol ?

– Je peux vous dire que rien n’est hors portée, en effet, le Maroc dispose de tous les atouts nécessaires pour réussir.

– A l’occasion de l’Assemblée générale d’Interpol en 2025, qui aura lieu à Marrakech, le Maroc aura certainement des aspirations, des objectifs, au-delà de service la communauté internationale de la sécurité. A quel poste va-t-il postuler?

– Le Maroc postulera pour le poste de la vice-présidence africaine d’Interpol, lors de la prochaine session de l’Assemblée générale d’Interpol qui se tiendra en 2024 à Glasgow en Ecosse.

S’agissant des aspirations et des objectifs fixés à l’occasion de l’Assemblée générale d’Interpol prévue à Marrakech en 2025, permettez de vous dire qu’il serait prématuré de s’exprimer sur ce sujet à ce stade.

Le tracé de la ligne de chemin de fer Agadir-Laâyoune a été identifié

Selon une source autorisée contactée par Médias24, l’ONCF a finalisé les études préliminaires pour identifier le tracé de la future ligne ferroviaire reliant Agadir à Laâyoune.

S’inscrivant dans le cadre du plan ferroviaire national qui vise à couvrir tout le territoire marocain, ce projet, en attente de financement, ne devrait cependant pas aboutir avant l’extension de la LGV vers Marrakech, puis Agadir.

Ce que va apporter le renforcement du partenariat entre Safran et RAM à l’écosystème aéronautique

A l’occasion des 25 ans de sa création, Safran Aircraft Engine Services Morocco (SAESM), société commune entre Safran Aircraft Engines et RAM, a inauguré ce jeudi 18 avril l’extension de son site de Nouaceur. A la même occasion, un mémorandum d’entente (MoU) qui acte la poursuite de sa croissance a été signé, visant une augmentation de sa capacité de 2.000 m² supplémentaires et qui permettra d’accroître le nombre d’opérations de maintenance de 70 à 100 shop visits par an d’ici 2026.

Pour accompagner ce développement, l’entreprise prévoit de recruter une centaine de personnes d’ici à 2026, portant l’effectif global à 350 personnes.

Un centre d’excellence de la gamme de moteurs CFM56

Pour les deux partenaires, SAESM renforce ainsi sa position de centre d’excellence de la gamme de moteurs CFM56 au sein du réseau mondial de maintenance et de réparation (MRO) de Safran, proposant aux compagnies aériennes une gamme complète de services couvrant la totalité du processus de maintenance, du diagnostic jusqu’à la garantie de performance au banc d’essai.

Les moteurs CFM56 équipent la majorité des avions des familles Airbus A320 et Boeing 737 avec plus de 33.000 exemplaires livrés.

« Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle phase de notre partenariat de longue date avec le constructeur Safran. Au-delà de l’extension du site de Casablanca, cet accord permettra de renforcer notre expertise dans l’industrie aéronautique. Royal Air Maroc est fière de contribuer, aux côtés de Safran, au développement de l’industrie aéronautique au Maroc et à positionner davantage le Maroc dans l’industrie aéronautique mondiale », a déclaré Hamid Addou, PDG de RAM.

Sollicité par Médias24 pour savoir ce qu’apportera à l’écosystème aéronautique le renforcement de la collaboration entre la compagnie nationale et le groupe français, le ministre du Transport et de la logistique Mohammed Abdeljalil a rappelé que le partenariat RAM-Safran, qui date de 1999, a permis à l’industrie aéronautique naissante de naître puis de prendre son envol au Maroc.

« Aujourd’hui, c’est un des grands métiers mondiaux de notre pays que le ministère de l’Industrie et tout le gouvernement soutiennent de différentes manières, en particulier par la formation d’une ressource humaine qualifiée qui est absolument indispensable à ce secteur dans lequel la sécurité est un élément fondamental », a déclaré le ministre. Et d’ajouter que l’extension de l’usine de SAESM et la signature du mémorandum constituent la suite logique d’une success-story qui dure depuis 25 ans.

Invité à commenter la déclaration du PDG de la RAM prédisant que le secteur aéronautique finirait par dépasser celui de l’automobile, le ministre n’a pas écarté cette éventualité. Cet écosystème, qui connaît une très forte croissance annuelle avec une valeur ajoutée très élevée, intéresse un nombre croissant d’investisseurs étrangers dans le secteur de la maintenance, a-t-il souligné.

En phase avec son ministre de tutelle, le président-directeur général de Royal Air Maroc, Hamid Addou, nous a déclaré que la montée en régime annuelle du nombre de shop visits (opération de maintenance et de réparation des moteurs d’avions), qui sont un des éléments cruciaux de l’aviation, montre que le Maroc est devenu une destination incontournable pour ce métier de pointe qui nécessite une expertise de très haut niveau.

« Le développement de l’activité de l’usine de Nouaceur est en effet un moyen de placer notre pays sur la carte mondiale de l’industrie aéronautique, notamment pour tout ce qui concerne des éléments stratégiques comme l’entretien des moteurs, la fabrication de câblage, de sièges, de nacelles d’avion. »

Interrogé sur son discours affirmant que l’écosystème aéronautique pourrait à terme dépasser celui de l’automobile, le président s’est dit très optimiste. Au regard de l’offre mondiale limitée et des problèmes mondiaux de supply chain, le Maroc a un potentiel de développement extrêmement élevé dans l’aéronautique, selon lui.

A la question de savoir ce qu’allait apporter à l’industrie aéronautique marocaine le renforcement de sa collaboration avec la RAM, le directeur général de Safran Aircraft Engines Services Morocco, Jean-Hugues Cousins, a déclaré que le doublement prévu de son activité durant les trois prochaines années était significatif du potentiel de croissance de ce secteur au Maroc.

« De plus, la volonté de nos actionnaires de développer notre site casablancais de maintenance de moteurs d’avions va aboutir au recrutement de 100 personnes d’ici 2025, soit 350 employés au lieu de 250 actuellement », a révélé le directeur général. Sa société est dans une logique d’investissement pour accompagner la croissance permanente de la flotte mondiale.

Le Maroc a la particularité d’avoir beaucoup d’atouts, en particulier une jeunesse qui a envie de s’investir et de se former dans les métiers de l’industrie aéronautique, a-t-il conclu.

Mondial au Qatar : RAM mettra en place un pont aérien si le Maroc se qualifie

La forte probabilité de qualification du Maroc pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde crée l’euphorie générale mais, dans le même temps, chamboule le programme de la compagnie nationale et des supporters présents sur place.

Nombre d’entre eux, qui avaient prévu de rentrer à partir du 1er décembre, souhaitent prolonger leur séjour. Ils pourraient être rejoints par d’autres supporters qui envisagent de se déplacer pour suivre le deuxième tour.

Selon nos sources, la RAM va mobiliser de nouveaux avions car, au lendemain de la victoire du Maroc contre la Belgique, les agences de la compagnie nationale ont été sollicitées par des centaines de clients désireux de se rendre au Qatar.

Nos sources assurent que la RAM a les capacités de mettre en place très rapidement un nouveau programme de vols spécifiques à l’image du pont aérien qu’elle avait établi pour la côte d’Ivoire lors du match de qualification au Mondial.

https://medias24.com/2017/12/06/ram-comment-a-ete-organise-le-pont-aerien-lors-du-match-dabidjan/

Gaz : l’exploration dans les permis Tendrara et Anoual est toujours à l’arrêt

Les explorations dans les permis Tendrara et Anoual, dans l’Oriental, sont toujours à l’arrêt, apprend Médias24 de source sûre.

Selon nos sources, cet arrêt prolongé est provoqué par l’accumulation de crises conjoncturelles, à savoir le risque sanitaire, suivi d’une déstabilisation des chaînes logistiques due à la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

“Avec tous ces bouleversements successifs, une opération d’exploration, qui pouvait coûter auparavant 10 millions de dollars, peut désormais atteindre les 30 millions de dollars. En attendant que les prix reviennent à un niveau acceptable, il n’y a aucune exploration en cours sur ces sites, où Sound Energy se contente d’effectuer des études”, révèle notre interlocuteur. Malgré tout, notre source se montre très optimiste sur l’avenir des activités de la société au Maroc, dont la croissance économique liée à la décarbonation de son industrie dépendra de l’utilisation du gaz.

Par ailleurs, nos sources annoncent le raccordement au gazoduc Maghreb-Europe (une bretelle de 120 km) d’ici… 2025, sans autre précision. Les études d’impact environnemental avaient été validées en janvier 2020.

(S. E. O.)

Hachem Tyal : « Des assises de la psychiatrie s’imposent »

343 psychiatres, 214 psychologues, 64 addictologues, 16 pédopsychiatres et 1.335 infirmiers spécialisés. Les chiffres révélés par le ministre de la Santé au Parlement interpellent la profession, notamment le président de la Fédération nationale de la santé mentale, le Dr Hachem Tyal, qui nous livre sa réaction et ses recommandations.

Médias24 : Que faut-il penser de la faiblesse des chiffres révélés par le ministre de la Santé, à savoir à peine 343 psychiatres et 214 psychologues ?

Dr Hachem Tyal : Ces chiffres m’interpellent à bien des titres, notamment en ma qualité de président de la Fédération nationale de la santé mentale (FNSM), qui regroupe plusieurs associations de familles de malades souffrant de troubles psychiques et d’usagers de la psychiatrie.

Ces chiffrent témoignent, à mes yeux, des drames quotidiens que vivent les personnes souffrant de troubles mentaux et leurs familles dans notre pays. Comment pouvez-vous répondre à la demande de ces personnes avec des chiffres pareils ?

Le résultat, c’est que le patient et sa famille sont, bon nombre de fois, livrés à eux-mêmes dans la gestion de leur problématique et de leur douleur, ce qui est insupportable pour eux et pour quiconque s’intéresse à ce problème. La maladie mentale est pourtant celle qui entraîne la souffrance la plus importante parmi toutes les maladies. La maladie dépressive est en train de devenir la première cause de morbidité dans le monde. Parmi les maladies chroniques, elle est celle qui entraîne la plus grande perte fonctionnelle. Comment donc ne pas la considérer à sa juste place parmi les maladies existantes ?

– Comment en est-on arrivé là ?

– La maladie mentale a ceci de particulier qu’on ne veut rien en savoir tellement elle nous est insupportable. On la dénie, on ne la voit pas, on s’occupe de tout sauf d’elle, même quand elle est une priorité d’un gouvernement.

Donc psychologiquement, on ne lui donne pas sa juste place dans les actions menées sur la santé de façon générale. Ceci sans oublier le fait que nous n’avons ni les ressources humaines indispensables, ni l’argent nécessaire en la matière.

– Ce phénomène ne date pas d’hier. Peut-on en déduire que rien n’a été fait par les gouvernements précédents ?

– Au contraire, on a fait beaucoup de choses depuis l’indépendance en matière de santé mentale dans notre pays. A l’époque, il n’y avait aucun psychiatre marocain dans tout le pays. Depuis, beaucoup d’efforts ont été consentis par le ministère de la Santé pour aboutir à une offre de santé certainement bien en-deçà des normes et des attentes des citoyens, mais qui a le grand mérite d’exister.

– Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes…

– Les chiffres relatifs aux ressources humaines qui travaillent dans le secteur de la santé sont évidemment dérisoires eu égard aux besoins du citoyen. En plus, la répartition territoriale, aussi bien des lits psychiatriques que des psychiatres, reste inéquitable dans le royaume. Quelques régions ne disposent d’aucune structure hospitalière psychiatrique ni d’aucun psychiatre dans le secteur privé. 60% des ressources sont localisées au niveau de l’axe Casablanca-Kénitra.

Des charlatans empêchent l’accès aux soins de santé mentale et sévissent en toute impunité. Le dahir légiférant en matière de santé mentale date de 1959, mais la psychiatrie existe tout de même avec ses quelques réussites et ses nombreux échecs.

Certes, tous ces problèmes et bien d’autres encore sont palpables, mais la psychiatrie est bien là et répond quand même, même si c’est a minima, à ces besoins.

De gros efforts ont été consentis, ne l’oublions pas, par le ministère de la Santé, qui a fait de la santé mentale l’une de ses priorités stratégiques à travers plusieurs plans d’action de santé mentale, des plans dédiés à la prise en charge des addictions et des plans spécifiques aux adolescents et aux enfants, et ce depuis 2013, le dernier courant jusqu’en 2025.

Des CHU ont été créés – actuellement au nombre de cinq. L’intégration de la santé mentale dans les structures de soins de santé primaires a été renforcée, les budgets alloués à la santé mentale ont été considérablement augmentés, des universités privées dédiées aux études médicales ont été accréditées…

De gros efforts ont donc été réalisés, mais beaucoup doit encore être fait pour nous rapprocher des standards au moins régionaux en la matière. Ces efforts sont à faire sur les ressources humaines, les infrastructures, la législation, la protection des soignants et des médecins, l’amélioration des conditions de travail de ces derniers, sans jamais oublier la qualité des soins prodigués, dont l’importance est majeure, sans omettre non plus l’humanisation de ces soins, le respect de la dignité des patients, l’importance aussi bien de l’intégration des familles dans toute action thérapeutique que du travail avec les associations de familles et d’usagers.

– Y a-t-il un exil des médecins spécialisés à cause de leurs conditions de travail dans le secteur public ?

– Bien sûr. Beaucoup de jeunes confrères s’installent, aussitôt formés, sous d’autres cieux qui fournissent un environnement et des conditions de travail de meilleure qualité. C’est un désastre pour notre pays. Ceux formés en Europe restent là-bas et ceux formés au Maroc émigrent, notre pays n’ayant pas su les garder en répondant un minimum à leurs aspirations professionnelles. Un gros effort doit être mobilisé pour stopper cette hémorragie, sinon tous les efforts réalisés jusqu’à présent pour faire aboutir les projets actuels risqueront de tomber à l’eau.

– La psychiatrie est-elle une activité lucrative dans le secteur privé ?

– La médecine psychiatrique privée est certainement la médecine privée spécialisée la moins lucrative vu qu’elle est très chronophage et qu’elle ne comporte pas d’actes d’exploration ou de soins à faire valoir en plus du diagnostic et du traitement standard, afin d’augmenter légèrement les revenus de ceux qui la pratiquent.

C’est d’ailleurs le cas aussi bien dans un cabinet privé que dans une clinique privée, où le problème est le même car il n’y a pas, là non plus, d’actes d’exploration ou chirurgicaux pouvant donner droit à une majoration des coûts, souvent salutaire pour la survie d’une clinique.

– Est-ce une médecine de riches ?

– Pas du tout, car la maladie mentale touche toute la population, indépendamment du niveau social des individus.

C’est l’accessibilité aux soins qui pose problème, car tout le monde ne peut se permettre de payer une consultation tous les mois ou tous les deux mois chez son psychiatre, et de s’acheter des médicaments dont le prix peut être particulièrement élevé. Ceci sans parler de l’hospitalisation parfois indispensable, et même vitale dans certains cas, mais inaccessible pour beaucoup de patients vu son coût trop élevé pour une frange importante de la population.

Espérons que la couverture sanitaire universelle qui est en train d’être mise en place par le gouvernement règlera cette dramatique situation pour le citoyen, à travers un niveau de remboursement décent des soins par les assurances maladies.

Une révision de la tarification nationale de référence (TNR) s’impose, en la rendant conforme aux exigences de la consultation (chronophagie, hyperspécialisation…) concernant la consultation privée ou la visite en clinique privée, et en la calculant à partir du coût réel de l’hospitalisation pour ce qui concerne l’hospitalisation privée.

– Qu’est-ce qui doit être fait urgemment dans la situation actuelle ?

– 1. Etablir ce que nous appelons dans notre jargon une « ligne de base », c’est-à-dire disposer d’un véritable état des lieux de la psychiatrie privée et publique dans notre pays actuellement. C’est un préalable indispensable à toute réponse.

– 2. A partir du moment où cet état des lieux aura été fait, il faudra réfléchir à la situation et aux réponses à apporter. Ceci pourrait prendre la forme d’assises de la psychiatrie qui associeraient tous les professionnels de la santé mentale, les représentants des instances gouvernementales concernées par la santé mentale, les associations de parents et proches de personnes souffrant de troubles mentaux, et les premiers concernés, à savoir les associations de patients. Des recommandations pourraient conclure ces assises et une stratégie pourrait être décidée en collaboration avec toutes les instances, convenue et mise en place avec tous les acteurs du changement. Au sein de notre fédération d’associations de familles et d’usagers, la FNSM, une réflexion a déjà été menée et des recommandations arrêtées dans un mémorandum qui a été transmis au ministère de tutelle l’année dernière. Nous souhaitons de tous nos vœux ces assises et comptons engager des discussions avec les associations de psychiatres pour les organiser à brève échéance.

– 3. Mettre en place des mesures réelles et intéressantes pour retenir les jeunes psychiatres dans leur pays avec des plans de carrière et des conditions de travail dignes pour eux et leurs patients.

– 4. Mettre en place une collaboration étroite entre les associations, les syndicats et le ministère de tutelle pour avancer ensemble dans la mise en place d’une psychiatrie qui soit au niveau des aspirations du peuple marocain. Des réunions régulières entre eux pourraient être instituées.

– 5. Revoir le projet de loi sur la santé mentale, qui se doit d’être intégralement repris pour en faire une loi adaptée aux exigences de la modernité, qui défende aussi bien les patients que ceux qui les soignent et qui soit applicable dans notre contexte marocain.

– Quelles seraient les conséquences de la non prise en compte de ce problème ?

– Si on continue à n’en rien voir et à n’en rien savoir, on laisse le patient marocain et sa famille dans une souffrance inégalable, qui se poursuit sur le très long terme et détruit des familles entières.

Nous ne pouvons pas, dans le Maroc qui est le nôtre, continuer ainsi. Nous n’en avons pas éthiquement et humainement le droit. Sachant qu’un pays ne peut progresser dans son développement sans une bonne santé mentale de ses citoyens, il va sans dire que la prise en compte de cet aspect est prioritaire, surtout par les temps qui courent.

– Peut-il y avoir un problème de sécurité dans l’espace public, à terme, lié à la maladie mentale insuffisamment prise en compte ?

– A ce sujet, beaucoup de choses ont été dites dans les médias, qui mettent en avant des faits divers qui défraient la chronique, évoquant des passages à l’acte dangereux commis par desdo malades mentaux. Mais quid de la réalité scientifique de cette dangerosité supposée ?

En réalité, il est établi, sur la base de l’analyse des données concernant ce problème de par le monde, que les statistiques officielles ne font pas état d’une dangerosité particulière de la part des malades mentaux par rapport à la population générale. En effet, la criminalité liée à des troubles mentaux ne dépasse pas le taux de 5% à 15% de la population globale, même dans les pays qui hospitalisent très peu.

On note également dans ces études une surreprésentation fréquente de la schizophrénie et de certains troubles de la personnalité, alors que les passages à l’acte dangereux sont souvent le fait de facteurs aggravants tels que des conduites addictives (alcool, drogues), qui sont à elles seules responsables de plus de violences que celles retrouvées dans l’ensemble des troubles psychiques réunis.

On comprend ainsi que la dangerosité de l’individu non malade mental est sans commune mesure avec celle d’une personne souffrant de troubles mentaux.

– Comment combler le déficit en infirmiers ? Faut-il les importer ?

– Le déficit en infirmiers ne pourra se résoudre que, d’une part, en améliorant leurs conditions de travail, dont leurs salaires, et d’autre part, en multipliant les centres de formation pour les métiers de la santé.

Beaucoup se posent des questions quant au bien-fondé de la décision de réduire d’une année la formation des médecins.

– Former des médecins, des soignants en nombre, c’est bien, mais quid de la qualité de ces soignants et des soins ?

– Vous avez raison de soulever cette remarque. Il serait dommage de se focaliser sur le nombre de professionnels mis sur le marché au détriment de la qualité des soins qu’ils prodiguent. Il faut, me semble-t-il, être très vigilant sur cet aspect.

Beaucoup de gens se posent des questions quant au bien-fondé de la décision de réduire d’une année la formation des médecins. Cela s’accompagnera-t-il d’une refonte des études universitaires médicales adaptée à cette décision ? Auquel cas cette décision pourrait alors avoir du sens.

Sinon, cela n’impacterait-il pas négativement le niveau de formation de nos médecins ? Et cette réforme résoudrait-elle vraiment le problème de sous-effectif chronique en médecins, quand on voit le nombre d’entre eux qui émigrent tous les ans ?

 La qualité des études délivrées dans les universités de médecine privées, surtout au niveau des stages pratiques, est une source d’inquiétude.

Autre sujet d’inquiétude : celui des universités privées et de la qualité des enseignements qui y sont délivrés, surtout au niveau des stages pratiques. Avant d’attribuer des accréditations à ces facultés privées, veille-t-on à trouver des solutions à ces problèmes ? Cela ne semble pas être le cas actuellement.

Par ailleurs, qu’en est-il de la place de la recherche dans ces établissements ? Nos universités intègrent-elles ce problème à leurs priorités ? Peut-on vraiment penser un enseignement universitaire sans recherche ?

Autre sujet d’inquiétude également : celui des écoles d’enseignement privé dans les métiers de la santé qui mettent sur le marché des soignants dont beaucoup sont insuffisamment formés, comme ne manquent jamais de le rappeler les responsables du recrutement dans les institutions de soins privées. Ne faudrait-il pas hisser le niveau des exigences en termes de qualité de l’enseignement dans ces institutions, à travers la mise en place de systèmes de contrôles réguliers ?

Encore une fois, produire davantage de ressources humaines en santé mentale, c’est très bien, mais cela ne doit pas nous faire oublier que la qualité doit être une priorité des intervenants dans ce domaine, car il s’agit là de la santé du concitoyen qui, même si elle a un coût lorsqu’elle bénéficie de soins, n’a évidemment pas de prix et mérite, à cet égard, le meilleur de nous tous.

– Au final, quels sont les points essentiels en termes de santé mentale ?

– Oui, j’aimerais pour conclure mon propos nommer ce que j’appelle les quatre points cardinaux de la santé mentale, que l’on doit toujours avoir en tête – telle est ma conviction – dès lors que l’on réfléchit sur et autour de la santé mentale :

– 1. Posséder le meilleur état de santé mental est un droit constitutionnel fondamental du citoyen.

– 2. La maladie mentale est à l’origine de véritables désastres sociaux, familiaux et économiques.

– 3. La non prise en compte suffisante de la santé mentale du citoyen dès son plus jeune âge et de la nécessité de lui prodiguer de bons soins quand il souffre de maladies mentales, relève du non-sens dans tout modèle de développement qui se veut adapté aux exigences de la modernité.

– 4. La non prise en compte suffisante des familles dans la prise en charge des troubles mentaux et le non recours aux associations de proches des malades mentaux et aux associations d’usagers, est un frein à toute politique de santé mentale.

Ron Tomer : voici pourquoi le Maroc nous intéresse

Une délégation du patronat israélien conduite par Ron Tomer, président de Israeli Employers and Business Organizations (IEBO) et Manufacturers Association of Israel (MAI), a été reçue ce mardi 29 mars à la CGEM pour une session de travail entre la délégation et les présidents des fédérations sectorielles marocaines.

La réunion tenue à huit clos avait pour objectif d’identifier les moyens d’accélérer la dynamique de coopération économique et commerciale entre les secteurs privés marocain et israélien.

Le président de la CGEM, Chakib Alj, a souligné que les discussions avaient porté sur les perspectives de partenariat dans des secteurs comme l’agriculture, la technologie, l’eau et l’industrie pharmaceutique, le tourisme, mais aussi dans de nouveaux secteurs comme l’industrie du cuir, l’électronique et les services financiers.

Au-delà du développement des échanges commerciaux, « le but est vraiment de construire des projets industriels ou des services innovants capables de créer de l’emploi pour nos populations et de générer de la valeur ajoutée, dans un esprit win-win », a-t-il expliqué.

Dans le cadre d’une interview réalisée en marge de la séance de travail à la CGEM, Ron Tomer explique au micro de Médias24 que ce déplacement, qui intervient une semaine après celui d’une importante délégation marocaine de plus 80 patrons en Israël, est une sorte de « visite retour pour approfondir et développer la coopération ».

« Car ce n’est pas en une seule visite qu’on forge des relations solides. D’ailleurs, cette visite ce n’est que le début. Les échanges vont continuer, et il y aura surement d’autres visites et rencontres de part et d’autre pour élargir les relations », avance-t-il.

Accompagné du directeur des relations internationales de Israeli Business and Employers Association, Dan Catarivas, le patron des patrons israéliens nous explique que le sommet du Neguev, qui s’est tenu le week-end dernier, « a été un moment historique sur le plan politique ; mais les gens dans la rue demandent quels sont les bénéfices concrets et réels du rétablissement des relations entre nos pays. Le rôle des organisations patronales, du business et de l’économie est de traduire, sur le terrain, les déclarations politiques. Nous sommes là pour accompagner cette nouvelle coopération économique entre Israël et le Maroc ».

A la question de savoir ce qui les intéresse au Maroc, Ron Tomer cite trois volets. « Il y a d’abord le commerce. Les opérateurs veulent vendre leur produits et importer des matières premières… Il y a donc le volet commercial qui amène les patrons israéliens à vouloir faire des affaires avec le Maroc. »

Ensuite, il évoque les partenariats. « Des joint-ventures de part et d’autre, investir et avoir des projets communs avec des technologies complémentaires. »

Et enfin l’Afrique. « Il y a aussi le potentiel d’ouverture vers l’Afrique, puisque le Maroc a la vocation d’être une porte vers le continent. Nous avons été impressionnés par notre visite à CFC, et nous sommes intéressés par la possibilité qu’offre le Maroc d’être un tremplin vers le reste du continent. »

Il nous confirme que nombre d’affaires sont en discussion. « Nous sommes sur la bonne voie, il y a déjà des affaires qui se font dans des domaines comme les énergies, la cybersécurité… »

Forum économique Maroc-Israël : bilan et attentes

A la veille du forum qui s’est ouvert ce mardi 15 mars, le président de la CGEM, accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires marocains, a visité plusieurs entreprises israéliennes opérant dans des secteurs d’activité qui intéressent le Maroc, comme l’agroalimentaire, l’eau, la santé ou les nouvelles technologies.

Des centaines d’investisseurs israéliens ont fait le déplacement au forum

Au terme de ce forum qui a vu la signature d’un accord de partenariat stratégique entre la CGEM et son homologue, Israeli Employers and Business Organizations (IEBO), Médias24 a sollicité Chakib Alj pour commenter les premiers résultats de cette rencontre qui, au regard du nombre de participants, était incontestablement une réussite.

« Ce forum est une grande première, dans la mesure où 80 femmes et hommes d’affaires marocains issus de secteurs différents ont fait le déplacement pour rencontrer leurs homologues israéliens. » Du côté israélien, pas moins de 300 hommes d’affaires sont venus à la rencontre de la délégation marocaine.

« Cela montre l’incroyable engouement des entreprises israéliennes qui veulent connaître notre pays, mais surtout ses opportunités d’investissement et de commerce pour s’y installer éventuellement », s’est réjoui le patron des patrons marocains.

« L’expertise israélienne sur le stress hydrique serait très utile au Maroc »

Plusieurs secteurs sont prisés de part et d’autre. Celui de l’eau revêt un intérêt particulier en raison de la situation de stress hydrique et du risque de pénurie que vit le Maroc. Selon le président de la CGEM, les entreprises israéliennes, qui connaissent bien le sujet de la rareté de l’eau, ont beaucoup à apporter au Royaume en matière de savoir-faire, dans le cadre du transfert d’expertise.

« A titre d’exemple, 87% des eaux usées sont retraitées avant d’être réutilisées en Israël. C’est une technologie intéressante dont nous avons grandement besoin », estime Chakib Alj, qui avait pris rendez-vous avec une société israélienne spécialisée en stress hydrique.

« Un potentiel d’investissement de 500 M$ qui pourrait être dépassé rapidement »

Sur le potentiel chiffré des investissements israéliens, Alj a préféré temporiser en indiquant que les parties étaient encore en phase d’identification des potentialités économiques des deux pays.

« Ces potentialités sont très importantes, mais elles peuvent être enrichies grâce aux nombreuses complémentarités économiques qui existent déjà dans les secteurs de l’agriculture et des start-up », explique-t-il.

« Nous avons senti un grand désir chez les entreprises israéliennes d’investir directement au Maroc, et de s’installer sur place pour commercer à partir du Maroc », a conclu le président de la CGEM, en concédant qu’à court terme, 500 millions de dollars d’investissement sont possibles, mais avec un potentiel réalisable bien plus élevé.

« Un deuxième forum économique se tiendra en mai prochain à Casablanca »

Avec un enthousiasme méditerranéen certainement dû à ses origines marocaines, le ministre israélien de la Coopération régionale, Issawi Frej s’est félicité de la tenue de ce forum économique, une première étape qui permettra aux deux pays d’aller de l’avant pour atteindre la prospérité.

« Le forum économique Maroc-Israël est d’ores et déjà une véritable réussite, sachant qu’en mai prochain, il sera suivi par l’organisation d’un autre rendez-vous du même type consacré aux produits d’innovation », a conclu le ministre. Il se réjouit à l’avance de se rendre au Maroc avec une large délégation d’hommes d’affaires, et de pouvoir renouer avec le pays d’origine de ses parents.

Ci-après, les réponses filmées du président de la CGEM et du ministre israélien de la Coopération régionale :

 

 

Vol Casablanca-Tel-Aviv : un nouveau marché émetteur conséquent dès 2027

Dans la carrière d’un journaliste, il est rare de vivre l’histoire en direct, comme ce dimanche 13 mars 2022, à bord du vol Casablanca-Tel-Aviv. Une nouvelle ligne directe qui va permettre aux nombreux juifs marocains ayant quitté leur pays natal, comme à leurs descendants, de revenir visiter la terre de leurs ancêtres.

Les coulisses d’une nouvelle route très convoitée

Après une longue série de contrôles, plus d’une centaine d’hommes d’affaires, de représentants de la presse et de la culture ont été accueillis dans l’énorme Boeing 787-9 Dreamliner qui a décollé à 10 heures du matin, de l’aéroport international Mohammed V de Casablanca.

Le président-directeur général de la RAM, Abdelhamid Addou, en bras de chemise mais masqué pour donner l’exemple, s’est adressé avec décontraction à chacun des passagers, qu’il soit connu ou anonyme.

Enthousiasmés à l’idée de rejoindre une destination « interdite avant décembre 2020 », les passagers de première classe et ceux de la classe économique se sont réunis, bloquant les couloirs. Plusieurs Marocains de confession juive ont entonné, tout au long du voyage, des chants patriotiques pour manifester leur attachement à leur pays natal.

Soulagés de ne plus devoir effectuer d’escale pour rallier Israël, certains d’entre eux nous ont confié que des membres de leur famille particulièrement âgés avaient prévu de visiter le pays après plus de vingt ans, voire trente-cinq ans d’absence.

Conscients de vivre un grand moment, les passagers, d’humeur festive, étaient tous debout en dépit des zones de turbulence.

A l’arrivée, un homme d’affaires de confession juive a tenu à partager son sentiment. Il est persuadé que l’ouverture de cette ligne aérienne va non seulement permettre de drainer au Maroc une partie importante de juifs marocains séfarades, mais aussi et surtout d’encourager de nombreux ashkénazes.

Des perspectives encourageantes avec 500.000 arrivées israéliennes dans cinq ans

Relier les Israéliens originaires du Maroc à leur pays natal est manifestement l’objectif de la compagnie Royal Air Maroc, dont le P-DG, sollicité par Médias24, a jugé possible de parvenir à transporter 500.000 passagers à l’horizon 2027.

Un scénario plausible lorsque l’on sait que la machine du tourisme redémarre en trombe dans le monde comme en Israël, où l’obligation d’effectuer sur place, puis de présenter un test PCR négatif à l’arrivée et au départ, est toujours nécessaire sous peine d’autoconfinement imposé.

Sachant qu’il existe des concurrents de taille – les compagnies aériennes israéliennes El Al Israel Airlines et Arkia, qui desservent Casablanca et Marrakech, à partir de l’aéroport international de Tel Aviv-David Ben Gourion -, la compagnie aérienne nationale, éprouvée par deux années de crise sanitaire, ne s’est pas lancée dans une telle aventure sans de sérieuses garanties de l’Etat. Car, de l’aveu de Abdelhamid Addou, il s’agit d’une ligne qui nécessite plusieurs années pour être amortie, puis rentabilisée.

Ci-après, une séance de questions-réponses avec le P-DG de la RAM.

Aicha Zaimi Sakhri: Horrates, une émission féministe pour les hommes et les femmes

A la fin des années 90 et au début des années 2000, les luttes féminines au Maroc s’étaient intensifiées pour demander davantage d’égalité entre les sexes et également pour l’autonomie, l’éducation, le travail des femmes et des filles; pour que la femme soit considérée comme majeure dans tous les domaines de la vie. En 2004, ce fut à l’initiative du Roi Mohammed VI et contre la volonté d’un parti politique bien connu, qu’il y a eu cette réforme inédite de la Moudawana, le code juridique fixant le statut personnel des femmes et des familles.

Un magazine avait accompagné et parfois anticipé ces années de lutte: Femmes du Maroc, créé au sein du groupe Caractères et dont l’équipe était à l’époque dirigée par Aicha Zaimi Sakhri. Ce magazine a, en partie, incarné ce combat féminin. Il avait même, en 1997, créé l’événement international de mode « Caftan » dont l’objectif était d’encourager la créativité car sans créativité le Maroc restait un pays de sous-traitance.

Après avoir quitté le monde de la presse, Aicha Zaimi Sakhri revient, à travers une émission dans le cadre de la chaîne M24 de l’agence MAP. Entretien.

Médias24 : C’est quoi l’émission télévisée Horrates et pourquoi aujourd’hui ?

Aicha Zaimi Sakhri : Elle est liée à mon combat dans les médias pour l’émancipation des femmes.

Sachant que les médias ont changé et se sont transformés, j’ai proposé cette émission télévisée intitulée délibérément « Horrates » soit « Libres » qui est le but ultime de tout être humain, homme ou femme.

Si le but est de donner des recettes pour savoir comment se libérer davantage, c’est parce que depuis 10 ans, il n’y a pas eu beaucoup d’avancées sur les questions qui touchent à la condition des femmes et qu’il est par conséquent temps de remettre ce mouvement en marche en particulier de la société civile.

Après la réforme du code de la famille pour laquelle la société civile a été très active, le mouvement s’est un peu endormi notamment après l’arrivée aux affaires du PJD pendant 10 ans où chacun s’est affairé à conserver ses acquis plutôt qu’à élargir les horizons de liberté.

-Dans une société patriarcale voire misogyne parfois, ne pensez-vous pas prêcher dans le désert ?

-Je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas laisser la place libre mais dire ce que l’on pense et essayer de convaincre en particulier quand on est convaincu soi-même du bien-fondé de ses positions.

Quand nous avions démarré le magazine Femmes du Maroc en 1995, nous partions de zéro et pourtant nous nous sommes bien débrouillés en termes de persuasion.

S’il est vrai que nous ne représentons pas un pourcentage important de notre société, je pense sincèrement que le changement vient souvent du haut à savoir des gens qui ont la connaissance et qui peuvent convaincre.

-L’émission est en langue française. Certains risquent de vous qualifier de bourgeoise décalée par rapport au Maroc profond…

-Je n’ai rien à répondre à ce genre d’attaques d’autant plus que j’y suis habitué depuis au moins 1995.

S’il est sûr que je n’ai pas le profil de la victime qui milite pour le changement de la condition de la femme mais cela ne doit pas m’empêcher de me mobiliser et de participer à un changement dans une société où l’on puisse tous vivre ensemble malgré nos différences.

-Qu’espérez-vous ramener de concret pour faire bouger les lignes ?

-Parler, débattre, faire entendre des voix même minoritaires est très important pour notre société car la vraie démocratie est également la défense des minorités qui ont le droit de penser différemment.

-Etes-vous soumise par la chaîne M24 à des limites dans votre discours ?

-Absolument pas, nous avons une liberté totale d’inviter qui l’on veut et de traiter n’importe quel thème.

Selon moi, le combat féministe concerne l’ensemble de la société et pas seulement les femmes car les hommes ont aussi beaucoup à gagner.

-C’est du bon sens ?

-Tout à fait, car l’égalité donne des droits mais aussi des obligations.

-Pensez-vous que la société marocaine soit vraiment prête à accepter une émission où on parle de la liberté de disposer de son corps et de gérer les éventuelles conséquences de cette liberté ?

-Sachant que chacun de nous a une famille et des responsabilités, il est difficile dans une société comme la nôtre, de prendre des risques en venant défendre sur un plateau des valeurs comme « mon corps est à moi, j’en fais ce que je veux » mais il y a des manières plus soft d’en parler

Dans le même temps, il faut avoir un peu de courage et de finesse pour sortir de la victimisation actuelle et avancer après la dernière décennie qui a été marquée par une atonie du combat féministe.

-Au terme de votre contrat, qu’espérez-vous avoir apporté au débat sur les questions de genre ?

-Que le féminisme n’est pas un gros mot car je suis fatiguée de ces gens dont plusieurs femmes qui rejettent l’appellation féministe qui consiste, pourtant, à avoir les mêmes droits que les hommes.

En effet, il faut mettre des mots sur des maux pour avancer en termes de liberté car il y a beaucoup à dire sur le sujet.

-Lorsque vous dirigiez le magazine Femmes du Maroc, le combat féministe était très dynamique mais depuis une dizaine d’année, il s’est essoufflé, est-ce la faute de l’intermède PJD ?

-Si cette donnée a dû jouer dans l’essoufflement du combat, la réforme du code de la famille n’a pas complètement touché à plusieurs dossiers importants d’ordre patriarcal comme ceux de la polygamie, de l’héritage.

Il y a eu quelques avancées dans le contrat de mariage qui énonce que les conjoints se doivent respect mutuel alors qu’auparavant la femme devait obéissance à son mari et déférence à ses beaux-parents et, bien sûr, le droit au divorce pour les femmes même en y laissant des plumes.

-Dès l’adoption du code de la famille en 2004, on a l’impression que le combat s’est arrêté ?

-C’est vrai car la véritable priorité des femmes est devenue l’application des nouvelles mesures qui était très difficile sur le terrain, notamment pour le mariage des mineures qui peut toujours être contourné.

-Que faites-vous concrètement pour remédier à ce genre de scandale ?

-Étant une journaliste sensibilisée aux questions d’égalité, de genre et de parité, je milite à travers un média et pas dans les associations pour garder ma neutralité et ma liberté de questionner.

Dans FDM, nous avions réussi à devenir une espèce d’arbitre neutre pour faire avancer la cause féminine. Ce n’est plus la même priorité de la presse aujourd’hui mais des militantes 2.0 sur les réseaux sociaux.

-Cet activisme 2.0 vous rend optimiste ?

-Ce qui me rendrait vraiment optimiste serait plutôt une sorte d’association entre les anciennes militantes et les nouvelles générations connectées qui ont beaucoup à s’apporter, aussi bien, en termes de repères sur le terrain que de nouvelles méthodes de communication.

-Sachant que la gauche a déserté cette cause, est-ce que le salut ne viendra pas du Roi ?

-Il est en effet regrettable de ne plus rien pouvoir attendre de certains partis politiques comme le PPS ou l’USFP qui étaient très actifs et à la pointe du combat féministe dans leur associations satellites.

Aujourd’hui, le code de la famille est en réalité un code de l’épouse qui possède des droits tant qu’elle est mariée. Les problèmes commencent au moment du divorce avec la garde des enfants ou du décès de l’époux avec la part d’héritage, sans parler des femmes célibataires qui n’ont aucun droit.

Si les progrès viendront en effet du Souverain, il convient cependant continuer le combat avec un mouvement de fond car on ne peut pas vous accorder quelque chose que vous n’avez pas demandé.

-Avez-vous plus de raisons d’y croire avec la coalition gouvernementale actuelle ?

-J’aimerais en être convaincue mais dans leur programme, ils ont évoqué les femmes uniquement par l’aspect économique. C’est important mais je trouve dérisoire leur objectif de faire travailler 30% des femmes alors que leur taux d’activité actuel est de 17%.

Je me dois cependant de rester optimiste car j’aime beaucoup mon pays même s’il donne, souvent, l’impression de ne pas aimer sa population féminine.