Le code électoral sous le feu des critiques des universitaires et de l’opposition

La conférence a rassemblé une belle brochette d’universitaires et de leaders politiques. L’essentiel des critiques a concerné l’incohérence du découpage électoral actuel, la limitation du droit de candidature apportée par la révision en cours du code électoral, ainsi que l’instabilité de ce dernier.

« Un découpage électoral obsolète et aux critères ambigus »

C’est une critique qui revient à chacune des élections. Le découpage électoral est souvent pointé du doigt par les partis politiques et les observateurs, entre ceux qui critiquent son incohérence ou son obsolescence et ceux qui le considèrent comme un outil d’orientation des résultats.

Le découpage électoral consiste en la distribution du nombre total des sièges de l’hémicycle sur les différentes circonscriptions électorales, ainsi que la délimitation géographique de celles-ci. Au Maroc, cette répartition n’est pas clairement définie par la constitution.

Cette dernière renvoie à la loi organique qui définit des règles générales mais pas strictes, renvoyant elle-même à un décret qui vient en complément. Il s’agit du décret 2.11.603, qui peut être considéré aujourd’hui comme obsolète, au vu des derniers résultats du recensement. Médias24 en avait fait la démonstration dans cet article : Le Maroc face au casse-tête des sièges par circonscription après le RGPH 2024 

Intervenant lors de cette conférence, le chef du groupe de l’USFP à la première chambre, Abderrahim Chahid, estime que le découpage électoral joue un grand rôle dans l’orientation des résultats des élections. « Étant donné la domination des partis de la majorité sur les collectivités territoriales, il estime que près de 90 sièges leur sont acquis ». Chahid parle ici des circonscriptions avec deux ou trois sièges, invitant à élargir le nombre de sièges par circonscription pour permettre aux autres partis d’avoir une meilleure représentation au Parlement.

Il pointe du doigt également l’incohérence dans le découpage. « Alors que la province de Béni Mellal compte 6 sièges, celle d’Azilal qui est juste à côté compte deux circonscriptions avec trois sièges chacune. Marrakech, qui compte neuf sièges au total, est divisée en trois circonscriptions, avec trois sièges chacune ! »

Quant à Abdallah Bouanou du PJD, il estime que le découpage n’étant pas clairement fixé dans une loi, il échappe au contrôle de la Cour constitutionnelle.

La limitation du droit à la candidature se confronte aux fondements du droit

L’autre sujet qui a cristallisé le débat entre les participants est ce qu’ils considèrent comme une « limitation au droit politique de se présenter comme candidat aux élections ». Il s’agit ici de la loi 53.25 qui modifie et complète la loi organique 27.11 portant sur la Chambre des représentants, qui a été votée par le Parlement et validée par la cour constitutionnelle.

Cette réforme a été présentée par le gouvernement comme une tentative de moralisation de la vie politique. Une réponse à la longue série de condamnations et de poursuites dont ont fait l’objet un grand nombre d’élus, dont 47 parlementaires. Elle prévoit, entre autres, l’inéligibilité à la candidature aux élections législatives des personnes condamnées en appel ou en première instance pour crime.

Cette mesure a été décriée par plusieurs universitaires lors de cette conférence, estimant qu’elle va à l’encontre des fondamentaux qu’ils enseignent dans le droit. Ils rappellent notamment que la présomption d’innocence doit prévaloir tant que la condamnation n’est pas définitive.

Le politologue Abdallah Saaf estime notamment que la candidature aux élections est un droit politique sacré, et il regrette qu’il ait été « traité avec une certaine légèreté ». En effet, la majorité des interventions sur ce sujet ont pointé la responsabilité de la Cour constitutionnelle, estimant qu’il aurait été plus judicieux « d’annuler cette mesure ».

La Cour constitutionnelle a également été critiquée pour « avoir laissé passer des mesures jugées contraignantes à la liberté d’expression et des médias, y compris celle qui incrimine la remise en cause de l’intégrité des élections ».

Des règles du jeu qui changent à chaque fois, l’instabilité du code électoral remise en cause

« Les élections sont des étapes importantes dans la vie politique, on parle des années électorales comme des jalons qui définissent les époques politiques », a déclaré Abdellah Saaf. Le problème est qu’à chaque rendez-vous électoral, une nouvelle législation est apportée. Le code électoral marocain n’est pas fixe et connu de tous avant les élections. Il est constitué d’un millefeuille de lois et de décrets qui se superposent. « Il est difficile pour un chercheur de s’y retrouver », avoue Mohammed Ibrahimi, professeur en droit intervenant lors de cette rencontre.

Même si, à chaque fois, elle est précédée de consultations avec les partis politiques, les intervenants considèrent cette instabilité comme un outil qui permet de garder « un contrôle sur le paysage politique et d’influer sur le sort des élections selon le contexte politique de chaque époque et les rapports de force du moment ».

« Cette ingénierie électorale a fait que la démocratisation n’est pas accomplie et a servi ce qu’on peut appeler un nouvel autoritarisme », déplore Abdellah Saaf.

Les disparités en termes d’accès aux médias, la participation et la représentation des MRE, la difficulté de création de nouveaux partis sont aussi des problématiques importantes qui ont été soulevées par les participants.

 

Ahmed Faouzi : « Pourquoi l’opération américaine au Venezuela affaiblit Alger »

Après la chute d’Assad en Syrie et l’affaiblissement de l’Iran suite aux attaques israéliennes, c’est une autre mauvaise nouvelle pour Alger qui se retrouve de plus en plus isolée sur la scène internationale. Ces régimes autoritaires qui lui étaient alliés tombent l’un après l’autre. C’est l’avis d’Ahmed Faouzi, ancien ambassadeur et chercheur en relations internationales.

‘Il ne lui reste comme principaux alliés que l’Iran et l’Afrique du Sud. Cette dernière, d’ailleurs, est également en position de faiblesse puisqu’elle a des relations très tendues avec Trump. Les États-Unis ont boycotté le dernier sommet du G20 à Johannesburg et refusent la participation de l’Afrique du Sud au prochain sommet prévu à Miami en fin 2026″, déclare-t-il.

Dérouté, Alger abandonne son allié et choisit le silence

Aux Nations Unies comme sur le plan bilatéral, l’Algérie et le Venezuela avaient construit une alliance sur les plans économique comme diplomatique, au point de parler de l’axe Alger-Caracas, rappelle notre expert. Le président Tebboune s’enorgueillissait de cette relation avec son homologue Maduro, qui lui permettait notamment de relayer la position et le récit algériens sur la question du Sahara.

Malgré cette alliance solide d’apparence, l’Algérie n’a pas condamné l’opération américaine, à la différence de beaucoup d’autres capitales dans le monde qui l’ont fait soit par proximité idéologique ou par défense du droit international.

La presse algérienne, elle, était plutôt neutre, évitant de condamner les États-Unis et préférant traiter le sujet sous l’angle des effets sur le cours du pétrole, qui risque de s’effondrer encore plus en anticipation aux investissements américains attendus pour relancer la production dans ce pays qui en détient les réserves les plus importantes au monde.

L’’exception est le journal « Le Quotidien d’Oran » qui a estimé que cette opération marquait un « changement de langage du pouvoir mondial » tant l’usage de la force américaine était pleinement assumé et soulignant que « ce qui arrive aujourd’hui à Caracas peut arriver demain ailleurs ».

Un changement qui profite à la dynamique actuelle pour le règlement du conflit du Sahara

D’après Ahmed Faouzi, ce changement ne peut que servir la position marocaine sur le plan international, rappelant toutefois que pour le moment, le gouvernement vénézuélien reste en place et qu’il est encore tôt pour parler de chute du régime.

« On n’oubliera jamais ce que le Venezuela avait fait quand elle a présidé le Conseil de sécurité, il y a quelques années, car elle avait pris ouvertement position contre les intérêts du Maroc. On n’oublie pas non plus la réception il y a quelques mois du prétendu président du polisario », rappelle-t-il.

Dans la dynamique actuelle que connaît la question du Sahara, ces changements ne peuvent que conforter la position marocaine. « L’affaiblissement de la position algérienne va se faire ressentir au niveau du Conseil de sécurité, qui maintenant avec les nouveaux membres est plus favorable au Maroc que durant le mandat du conseil précédent qui comprenait l’Algérie ».

Cet isolement croissant devra amener Alger à revoir ses positions

« Est-ce que les Algériens vont tirer les conclusions nécessaires pour repositionner leur diplomatie ? Ils le font certainement timidement. Avec le temps, ils arriveront à la conclusion finale qu’ils sont seuls sur la scène internationale sur la question de notre intégrité territoriale, qu’ils ont perdu de nombreux atouts dans le monde. Ils ont perdu énormément de terrain, il faut qu’ils se remettent en question parce que le monde a changé », ajoute-t-il.

Toutefois le chercheur en relations internationales ne voit pas de changement de position sur le court terme, s’attendant à ce que la diplomatie algérienne reste cloîtrée sur ses positions par fierté et non par intérêt national. Il estime que dans la mentalité du régime actuel, faire des concessions, même si elles sont raisonnables, reviendrait à une forme de trahison.

Contrairement aux idées reçues, l’opération américaine n’est pas une première

Sur un autre registre, Ahmed Faouzi rappelle que ce type d’intervention américaine qui vise un changement de régime est loin d’être une première, et s’inscrit dans une tradition américaine surtout en Amérique latine. Comme au Guatemala en 1954, à Cuba en 1961, au Chili en 1973, etc. Dans une opération semblable à celle de Caracas, les Américains étaient intervenus au Panama en 1989 pour capturer le général Manuel Noriega qui était à la tête du pays, avec le même alibi, le trafic de drogue.

Pour les experts, cette intervention américaine au Venezuela n’est pas si surprenante. Elle intervient dans un contexte de retour de la doctrine Monroe adoptée dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine. Cette doctrine du 19ᵉ siècle considère le continent américain comme l’arrière-cour des États-Unis, sa chasse gardée où les autres puissances sont interdites de s’aventurer, rappelle Ahmed Faouzi.

Cette stratégie est censée faire barrage à la montée en puissance de la Chine, qui est devenue le premier partenaire commercial de l’Amérique du Sud et un investisseur majeur (avec plus de 518 milliards de dollars d’échanges en 2024). En intervenant au Venezuela, les États-Unis empêchent la Chine d’accéder à ses matières premières et notamment le pétrole. C’est aussi un message aux autres pays qu’elle considère dans sa sphère d’influence naturelle et qui ne s’alignent pas encore sur ses intérêts.

« Le conflit est à nos portes » : l’Europe face au retour du spectre de la guerre

« Nous devons nous tenir prêts car, à la fin de ce premier quart du XXIᵉ siècle, les conflits ne se déroulent plus à distance. Le conflit est à nos portes. La Russie a ramené la guerre en Europe, et nous devons nous préparer à une guerre d’une ampleur comparable à celle qu’ont connue nos grands-parents et arrière-grands-parents ». Ces mots ont été prononcés par Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, le 11 décembre à Berlin.

L’allusion à la menace d’une guerre mondiale est on ne peut plus manifeste. C’était suffisant pour faire monter l’angoisse et déclencher une nouvelle polémique en Europe. Qu’est-ce qui se cache derrière ces déclarations qui se suivent et se ressemblent de la part de responsables de la défense en Europe ?

Au lendemain de ces déclarations, Médias24 a sondé l’avis de plusieurs personnalités et anciens responsables européens de haut rang, présents lors des Atlantic Dialogues 2025. S’ils sont d’accord sur l’importance de prendre la menace russe au sérieux, ils expliquent que ces déclarations sont suscitées en premier lieu par les difficultés qu’il y a dans les pays européens à mettre leur système de défense à niveau, dans un contexte de désengagement des États-Unis.

Les sonnettes d’alarme se multiplient chez les responsables de défense européens

« Ce sont des déclarations très fortes ! En substance, le secrétaire général de l’OTAN  fait allusion aux guerres mondiales qui se sont déclenchées en Europe au 20ᵉ siècle », commente Ana Palacio, ancienne ministre des Affaires étrangères de l’Espagne, au micro de Médias24. « Je pense que l’Europe a vécu un peu dans une bulle. La sécurité européenne était assurée par les États-Unis à travers l’OTAN. L’Europe a cru que cette situation n’allait jamais changer, ils ont désinvesti dans la défense », ajoute-t-elle.

Un mois auparavant, le ministre de la Défense allemand Boris Pistorius avait déclaré que « les experts militaires et les services de renseignement peuvent approximativement estimer à quelle date la Russie aura reconstitué ses forces armées au point d’être capable de lancer une attaque contre un État membre de l’OTAN à l’Est. Nous avons toujours affirmé que cela pourrait se produire à partir de 2029. Cependant, certains estiment désormais que cela est envisageable dès 2028, et certains historiens militaires pensent même que nous avons déjà connu notre dernier été de paix« .

Au même moment, Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises, déclarait : « Aujourd’hui, la Russie produit plus d’équipements de défense qu’elle n’en consomme sur le front. Elle est clairement en phase de préparation de quelque chose d’autre« . « Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, (…) de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production défense, alors on est en risque », poursuit-il.

Relever les dépenses de défense à 5% du PIB sera difficile à faire accepter

Cette fois-ci, ces mots viennent du secrétaire général de l’OTAN. Lui qui a soutenu Trump pour embarquer les capitales européennes dans le projet d’augmentation des dépenses liées à la défense à 5% du PIB pour chacun des pays de l’Alliance.

Lors de ce même discours qui a fait polémique, Mark Rutte a montré en exemple l’Allemagne qui a amorcé une modernisation de son armée avec des investissements très importants. L’Allemagne porte ses projets d’armement à 83 milliards de dollars en 2025 selon l’AFP, un niveau jamais atteint historique selon son ministère de la Défense.

Dans ses déclarations à Médias24, Hubert Védrine a estimé que ce discours alarmiste des responsables militaires européens a pour objectif de « faire passer » ces augmentations importantes dans les budgets de défense. L’opinion publique européenne est encore imprégnée par le discours des « dividendes de la paix ». L’idée est que la fin de la guerre froide a permis de réduire sensiblement les budgets alloués à la défense pour les réaffecter à des secteurs qui améliorent le niveau de vie des citoyens et la qualité des services sociaux.

Ana Palacio est du même avis : « Si vous lisez la déclaration en entier et qu’on ne s’arrête pas à ces quelques phrases qui ont fait polémique, le message principal est qu’on ne peut pas continuer ainsi, qu’il faut investir dans la défense et que l’Europe ait des capacités industrielles en défense dignes des risques auxquels elle fait face et qui découlent principalement du désengagement des États-Unis. »

« Ce discours de Mark Rutte est à mettre dans ce contexte et je pense qu’il est davantage destiné aux pays européens dont les opinions publiques ne sont pas encore convaincues, notamment ceux du sud de l’Europe qui ne perçoivent pas la menace russe de la même façon que ceux d’autres parties de l’Europe », estime-t-elle.

Un discours qui peut difficilement être porté par les hommes politiques

Les hommes politiques dans les pays européens vivent et agissent au rythme des rendez-vous électoraux. Proposer des programmes qui coupent dans les budgets destinés à renforcer l’emploi et les services sociaux pour les réallouer au budget de la défense risque de leur être fatal. C’est probablement la raison pour laquelle ce sont les responsables militaires qui montent au créneau pour « faire passer la pilule », au risque d’exacerber l’angoisse d’une guerre qui n’est pas si probable qu’ils le font croire.

S’il n’y a pas un consensus sur l’importance de la menace russe sur l’Europe, les personnalités que nous avons interrogées aux Atlantic Dialogues s’accordent sur l’urgence de reconstruire une dissuasion européenne face à une Russie. D’autant plus que celle-ci revendique les parties russophones de l’ancienne URSS, ce qui met les pays baltes naturellement en danger et place l’ensemble de l’OTAN face au dilemme de l’activation de son article 5.

Ce chiffre de 5% peut être trompeur car il est rapporté au PIB. En réalité, il correspond à au moins 20% du budget de pays comme la France ou la Pologne. C’est énorme, mais c’est là que l’expression des « dividendes de la paix » trouve tout son sens. Dans une Europe rattrapée par la contrainte budgétaire et le spectre d’une « crise de la dette », ces hausses ne pourront être financées qu’au prix d’arbitrages douloureux : réduire ou différer d’autres dépenses publiques, souvent jugées prioritaires par les électeurs européens.

D’autre part, l’Europe réalise que la supériorité technologique ne remplace pas l’effet de masse dans les équipements et le nombre de soldats sur le terrain dans une guerre d’usure comme celle-ci. C’est l’un des enseignements de ce conflit qui en est à sa quatrième année depuis l’invasion russe de l’Ukraine. Il ne s’agit donc pas simplement de se préparer à des sacrifices budgétaires, mais aussi humains.

Plusieurs pays ont déjà rétabli une forme de service militaire obligatoire : la Lituanie (2015), la Suède (réactivation en 2017) et la Lettonie (service obligatoire depuis 2024). En Allemagne, en France et au Royaume-Uni, le sujet revient aussi dans le débat : Berlin a adopté le 5 décembre 2025 un nouveau dispositif qui renforce l’appel sous les drapeaux sans rétablir la conscription à ce stade, Paris écarte un retour au service obligatoire au profit d’un format volontaire à partir de l’été 2026, et Londres répète ne pas prévoir de conscription malgré des appels récurrents à une mobilisation de la société.

L’imaginaire européen reste fortement imprégné par le spectre de la Deuxième Guerre mondiale

Pour Alessandro Minuto-Rizzo, ancien secrétaire général adjoint de l’OTAN et actuellement président du NATO Defense College Foundation, ce discours sert surtout à montrer le soutien de l’OTAN aux pays de l’Europe de l’Est qui en sont membres et qui se sentent menacés par la Russie. « Les pays qui sont le plus concernés par la menace russe et par le conflit en Ukraine, sont les pays baltes », déclare-t-il à Médias24.

Intervenant lors des Atlantic Dialogues 2025, Paulo Portas, ancien ministre des Affaires étrangères du Portugal, s’est montré également alarmiste: « c’est peut-être la menace la plus importante depuis 1945. En résumé, si la Russie l’emporte en Ukraine, la Russie ne s’arrêtera pas à l’Ukraine. L’étape suivante concernera le territoire de l’Europe et de l’OTAN », a-t-il dit.

« N’oublions pas que durant les 25 dernières années, la Russie a envoyé des troupes dans 8 pays étrangers qui étaient d’anciens membres de l’Union [URSS]. S’ils l’emportent en Ukraine et ils peuvent le faire en cas d’abandon américain, pourquoi n’iraient-ils pas aux pays baltes et tester l’article 5 de l’OTAN ? Donc il y a une raison pour que l’Europe soit inquiète », a-t-il ajouté.

Ainsi les déclarations des responsables sécuritaires européens sont à lire aussi sous cet angle, où on veut apprendre de l’histoire et éviter les erreurs du passé. En réalité, en filigrane de cette idée que Poutine ne s’arrêtera pas à l’Ukraine, il y a le spectre de la Deuxième Guerre mondiale, où les pays de l’Alliance essayaient de convaincre Hitler de ne pas aller au-delà de l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Le leader de l’Allemagne nazie ne s’était toutefois pas arrêté là et avait envahi la Pologne, ce qui avait déclenché le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité.

L’illustration la plus nette de ce parallèle, c’est lors de la dernière conférence de Munich sur la sécurité (février 2025), alors que des rumeurs de négociations directes entre Washington et Moscou circulaient, que de nombreux historiens et dirigeants européens ont mis en garde contre un « Munich 2.0 » qui sacrifierait la souveraineté ukrainienne au nom d’une stabilité illusoire. Il s’agit ici d’une allusion aux accords de Munich de 1938, où Paris et Londres acceptaient l’annexion des Sudètes (en Tchécoslovaquie) contre la paix en Europe et l’absence de nouvelle guerre mondiale.

Dans un papier du PCNS intitulé « L’histoire se répète-t-elle ? Évolution des dynamiques de sécurité entre la Russie et l’OTAN », l’auteur Helmut Sorge montre l’inquiétude européenne vis-à-vis de ce qui est décrit comme une escalade significative des provocations russes envers les membres de l’OTAN. En septembre dernier, des exercices militaires conjoints entre la Russie et la Biélorussie ont simulé des frappes nucléaires et ont impliqué l’enclave de Kaliningrad. Quelque temps après, il y a eu des violations des espaces aériens polonais et roumain par des drones depuis la Biélorussie, ainsi que le survol de Tallinn (Estonie) par des jets russes. Cela a été suivi par des avions de chasse russes qui ont simulé une attaque contre une plateforme pétrolière polonaise en mer Baltique, ce qui a été qualifié de provocation « sans précédent » par l’OTAN.

Et le Maroc?

Le conflit a placé le Maroc devant des choix difficiles, l’incitant à adopter une posture de non-alignement actif aux Nations Unies. Dans un policy brief publié en avril par le PCNS, le chercheur Nizar Messari explique comment le Maroc a choisi de ne pas voter contre l’Ukraine. Ce faisant, le royaume a évité de provoquer ses partenaires commerciaux et politiques majeurs, l’Union européenne (en particulier la France et l’Espagne). Simultanément, il s’est abstenu de voter contre la Russie pour ménager Moscou, avec qui il entretient des relations commerciales.

Cette posture illustre une tendance observée dans le « Sud global », où des pays comme le Maroc refusent de choisir un camp, insistant plutôt sur la diplomatie et la négociation.

Nizar Messari suggère que face aux perturbations de l’ordre international causées par la guerre et les changements de politique américaine, le Maroc doit abandonner les structures idéalistes considérables pour adopter une approche tactique et transactionnelle. Il est conseillé ainsi au Royaume de négocier au cas par cas pour défendre ses intérêts nationaux, notamment son intégrité territoriale et ses ambitions africaines.

La guerre en Ukraine complique la gestion des multiples partenariats du Maroc (Europe, USA, Chine et Russie) et le met face à des « options délicates ». Cette approche prudente s’est montrée pertinente quand on voit l’attitude des membres permanents du Conseil de sécurité envers le Maroc aux Nations Unies. Une prouesse diplomatique saluée par Paulo Portas, qui a déclaré « avoir été impressionné par le talent qui a conduit à l’abstention russe ».

Pourquoi le corridor Atlantique deviendra un levier de développement et d’influence pour l’Afrique. L’argumentaire de Youssef Amrani

Intervenant dans le cadre des Atlantic Dialogues 2025, qui se tiennent du 11 au 13 décembre à Rabat, Youssef Amrani, ambassadeur du Royaume à Washington, a cité comme principaux projets :

L’infrastructure est insuffisante sans mécanismes de gouvernance et de coopération

En commerce international, le concept de corridor économique renvoie à l’idée qu’un axe géographique (route terrestre ou maritime) peut devenir un levier d’intégration commerciale et de développement. Il connecte des centres de production et des marchés afin de réduire les coûts de transaction (temps, coût, fiabilité) et de “débloquer” des gains d’efficacité.

L’approche corridor insiste sur les réformes “soft” (douanes, procédures, normes, coordination public-privé) pour accompagner les investissements en infrastructures (hard). Cela fait que la gouvernance est une composante importante d’une stratégie de développement d’un corridor. Youssef Amrani l’a exprimé ainsi : « La gouvernance c’est la différence entre le littoral et la communauté. Nous visons à construire une vraie communauté, impactante dans l’Atlantique ».

Cela passe par plusieurs initiatives où le Maroc se positionne comme leader. Youssef Amrani a cité celle du processus ministériel atlantique réunissant pour la première fois 23 pays africains qui parlent d’une seule voix. Le Maroc s’engage aussi dans l’harmonisation des procédures douanières, de la logistique digitale et des normes transfrontalières.

Le développement de ce corridor se concrétisera enfin par la construction de plateformes public-privé capables d’attirer les investisseurs et d’assurer un accès partagé aux opportunités, a précisé l’ambassadeur du Maroc aux États-Unis.

Le corridor atlantique pourra devenir à terme un vecteur de développement et d’influence pour l’Afrique

L’ambition du Maroc est que « l’intégration transforme l’Atlantique en une région stratégique cohérente où les politiques convergent et où la planification à long terme devient possible ». Il argumente par le fait que la fragmentation actuelle se traduit par : un commerce intra-africain faible (en dessous de 18%), des coûts logistiques élevés (3 fois plus qu’en Asie), un gaspillage agricole (45%) à cause du manque de stockage. Une situation qui fait que « des millions d’africains restent exclus des chaînes de valeur mondiales ».

L’autre objectif est de donner à l’Afrique un levier d’autonomie et d’influence dans le monde. Au lieu de rester une arène de compétition entre les grandes puissances, on espère d’une telle approche d’intégration qu’elle permette à terme à l’Afrique de devenir un acteur géopolitique.

« D’ici 2050, l’Afrique abritera la plus grande population active au monde, et d’ici 2060, l’Afrique atlantique comptera un milliard d’habitants. Toute architecture atlantique qui ne tient pas compte de l’autonomie africaine est incomplète et non viable. Le but est de positionner l’Afrique dans l’équilibre de pouvoir mondial. Ceci passe par un espace géopolitique unifié, une identité stratégique et une voix collective », a-t-il expliqué.

Le constat terrain de Hamza Bennani Naciri (Glovo) sur un e-commerce encore peu fluide

« Une seule mauvaise expérience en paiement en ligne a un impact négatif durable et peut faire revenir le client au cash ». C’est par ce constat que Hamza Bennani Naciri, directeur général de Glovo Maroc, a démarré son plaidoyer, ce mercredi 26 novembre, lors de sa participation à une conférence sur le futur de l’économie digitale au Maroc, organisée par le Policy Center for the New South.

Aujourd’hui, 57% des transactions effectuées sur la plateforme de livraison se font par carte de paiement, un chiffre largement supérieur à la moyenne du secteur e-commerce. Si la volonté de payer par carte existe, l’infrastructure et l’expérience utilisateur comportent encore quelques frictions.

Pour Glovo, qui utilise la même technologie de paiement dans 70 marchés différents, le Maroc offre un terrain de comparaison idéal. Il en ressort trois recommandations stratégiques formulées par Hamza Bennani Naciri pour fluidifier les transactions et renforcer la confiance du consommateur.

La gestion des chargebacks : sortir du parcours du combattant

Le premier frein identifié concerne le « chargeback », ou la procédure de contestation d’une transaction. Au Maroc, lorsqu’un client souhaite contester un débit frauduleux ou erroné, il se heurte à une bureaucratie dissuasive. Le processus implique de se déplacer physiquement à l’agence bancaire, de déposer une plainte à la police, et d’attendre parfois jusqu’à trois mois pour un remboursement.

Pour le patron de Glovo, cette lourdeur est anachronique. Il cite en exemple les néobanques européennes (comme Revolut) où la contestation se fait d’un simple clic sur l’application. Cette agilité ne sert pas uniquement le confort du client ; elle est cruciale pour la sécurité. « Cela permet à notre système d’identifier immédiatement que cette carte est à risque », explique-t-il.

En accélérant la remontée d’information, les algorithmes de machine learning apprennent plus vite à détecter les modèles de fraude. L’intervenant appelle donc les régulateurs marocains à simplifier drastiquement ce processus pour rassurer le consommateur.

L’authentification 3D Secure : faciliter le processus de vérification

Le deuxième levier est purement technique, mais son impact commercial est colossal : il s’agit du protocole 3D Secure (la vérification par SMS lors d’un achat). L’intervenant pointe du doigt un taux de vérification faible au Maroc par rapport aux standards internationaux, dû à une expérience utilisateur défaillante.

Deux problèmes majeurs sont soulevés. D’abord, l’interface visuelle : sur mobile, les pages de validation des banques ne sont souvent pas adaptées (mobile native), obligeant l’utilisateur à zoomer pour entrer son code. « Rien que l’interface, lorsqu’elle n’est pas fluide, provoque une chute de 10 points de conversion », note le dirigeant.

Ensuite, la délivrabilité des SMS : entre les problèmes de réseau et la portabilité des numéros, le code n’arrive pas toujours.

Il recommande de moderniser les interfaces bancaires et de diversifier les canaux d’authentification, en autorisant par exemple la validation via WhatsApp ou directement dans l’application bancaire, pour éviter la dépendance au SMS classique.

Plus de transparence sur les pré-autorisations peut rassurer le client

Le dernier point abordé est sans doute le plus subtil, à savoir que la gestion des montants variables génère une grande méfiance chez les consommateurs.

C’est le cas typique de la commande de produits frais au poids. « Si je commande 5 kilos de tomates et qu’à la pesée finale, il y a 5,2 kilos, le prix change », illustre l’intervenant.

Techniquement, cela se traduit par une pré-autorisation (une caution) qui est annulée, suivie du débit réel ajusté. Le problème ? Le client marocain voit souvent deux mouvements sur son compte : la caution (non encore libérée visuellement) et le paiement final. Il a l’impression d’avoir été débité deux fois.

Face à ce quiproquo qui nourrit la suspicion, la solution réside dans la communication bancaire. Glovo appelle les banques à notifier les clients en temps réel lorsque la première transaction est annulée, ou à clarifier l’affichage sur les relevés en ligne.

Certaines banques commencent à le faire, mais la pratique doit se généraliser pour éviter que les clients, par peur d’être surfacturés, ne retournent au paiement à la livraison.

Améliorer l’interopérabilité des moyens de paiement

Pour sa part, Taoufik Daidai, CEO de MT Cash, intervenant lors du même panel, a plaidé pour une accélération de la convergence technique entre les différentes infrastructures de paiement au Maroc. Le cœur de sa recommandation repose sur une interopérabilité sans faille entre le Switch Mobile (l’univers des m-wallets) et le Switch Carte (la monétique traditionnelle), soutenue par le déploiement de l’écosystème national de paiement.

Pour l’intervenant, l’objectif est de supprimer la friction actuelle : le consommateur marocain ne devrait plus avoir à se demander si son application de paiement est compatible avec le terminal du commerçant. Qu’il s’agisse d’un paiement par QR Code, par carte ou par virement, l’expérience doit devenir transparente et universelle.

En somme, il appelle à unifier ces canaux technologiques pour que le paiement numérique atteigne la même simplicité et la même évidence d’usage que l’argent liquide, indépendamment de l’opérateur ou de la banque utilisée.

Paiement électronique : le futur dispositif de Bank Al-Maghrib en soutien aux petits commerces se précise

Bank Al-Maghrib avait annoncé son intention de créer un fonds d’acquisition, lors du GITEX Africa. Ce fonds viendra en soutien aux commerçants afin de les encourager à adopter le paiement électronique. Aujourd’hui, la conception du projet est dans ses phases finales avant un déploiement progressif dans les prochains mois.

Le fonds aura pour but d’encourager le paiement par carte bancaire chez les petits commerçants. Ce dernier constitue aujourd’hui le maillon faible de l’acceptation du paiement électronique au Maroc. C’est ce qu’a déclaré Hakima Alami, directrice de la Surveillance des systèmes et moyens de paiement chez Bank Al Maghrib.

Le processus de concertation se poursuit avec les partenaires que sont le département du Commerce et les établissements de paiement concernés afin de cibler les segments prioritaires et démarrer une phase pilote dès le premier semestre de 2026, a-t-elle précisé à Médias24.

Lors de sa participation à une conférence sur « Le futur de l’économie du digital du Maroc », organisée ce 26 novembre par le Policy Center of the New South en partenariat avec Visa, elle a annoncé que ce fonds devrait se déployer en trois axes :

C’est donc un programme ambitieux qui cible une catégorie de commerçants dont l’activité est caractérisée par « des marges réduites, la prééminence de l’informel et la crainte de l’exposition fiscale ». C’est le fruit d’une étude et d’un benchmark de pays qui ont mené des expériences similaires. Il est conçu comme un fonds d’amorçage, qui sera alimenté par la Banque centrale et qui sera limité dans le temps.

Hakima Alami a par ailleurs rappelé le succès relatif du paiement électronique au Maroc qui a pu, en une dizaine d’années, passer de 6% à 34% du total des transactions effectuées.

Dans le même registre, elle a exprimé son scepticisme face aux objectifs de « Cashless » (zéro cash) poursuivis par quelques pays. D’après elle, ces politiques ont montré leurs limites, alors que Bank Al-Maghrib vise à diversifier les moyens de paiement, optant pour un objectif de « less cash » (moins de cash).

Programmes de développement territorial intégrés: voici comment se déroulent les rencontres provinciales de concertation

Depuis près de deux semaines, des rencontres de concertation organisées par les préfectures et provinces, sous la direction des walis et gouverneurs, se multiplient dans les quatre coins du Royaume. Elles s’inscrivent dans le cadre d’une approche de co-construction de la nouvelle génération de programmes de développement territorial intégrés (PDTI) auxquels le Roi Mohammed VI a appelé lors de ses derniers discours du Trône et de l’ouverture de l’année législative.

Médias24 a observé le déroulement de deux rencontres, notamment celles des provinces de Nouaceur et de Médiouna. Dans la forme, ces premières rencontres s’apparentent plus à des séances d’écoute, en donnant la parole aux principales parties prenantes, pour exposer leurs idées et leurs propositions.

Rappelons que ces PDTI ont un objectif précis, celui de lutter contre la précarité et les disparités territoriales, en lançant une nouvelle génération de projets qui traitent les priorités sociales. Cela s’inscrit dans une logique de réorientation de l’investissement public vers des projets à fort impact sur les populations ciblées. C’est ce qui a été expliqué par Jelloul Samsseme, le wali directeur général des collectivités locales au ministère de l’Intérieur, lors de son intervention au MAP Town Hall.

La lutte contre la précarité à travers 5 axes

Concrètement, ces priorités se déclinent en cinq axes. Elles sont exposées et expliquées à chaque début de ces séances d’écoute. Il s’agit d’abord de la création d’emploi. Le Maroc souffre d’un taux de chômage très élevé, notamment chez les jeunes, qui est symptomatique d’un investissement qui n’est pas suffisamment créateur d’emplois. Cela a été relevé par plusieurs rapports, notamment celui du Nouveau Modèle de développement.

Ensuite, il s’agit de traiter les priorités sociales que sont l’éducation et la santé. Le déficit autant qualitatif que quantitatif du service public dans ces secteurs participe à creuser les disparités territoriales et à aggraver la précarité des zones les plus défavorisées.

Enfin et surtout en milieu rural, les infrastructures liées à la mobilité et à l’environnement (notamment aux ressources en eau) gardent une grande importance dans tout effort de développement.

L’impact recherché dans les projets à retenir doit donc toucher un ou plusieurs de ces axes, dans une logique d’intégration et de convergence.

L’exercice d’une démocratie participative à travers la concertation

Ces premières rencontres sont donc destinées à recueillir un premier jet d’idées et de propositions des principales parties prenantes. D’après nos observations, les organisateurs ont donc invité :

De façon générale, ces rencontres étaient ouvertes au public, sans invitation préalable requise. Nous avons constaté que toute personne pouvait intervenir et exprimer ses idées librement tant qu’elles concernaient les objectifs et les axes retenus pour ces séances.

Le wali ou gouverneur participe lui-même activement, en prenant des notes ou en demandant des précisions quand il le faut.

Jelloul Samsseme explique cela par une volonté de promouvoir la démocratie participative, conformément aux orientations stratégiques inscrites dans le message royal adressé aux 2ᵉˢ Assises de la régionalisation avancée.

D’après lui, la démocratie participative est l’essence même de cette nouvelle génération de programmes de développement territoriaux. Ce processus de concertation revendique donc la volonté d’ériger « le citoyen en co-auteur et non pas seulement bénéficiaire », dans une approche de planification ascendante, agile et évolutive.

Fait intéressant, nous avons noté que lors de ces deux rencontres, les interventions des présidents de communes étaient les plus pertinentes, structurées et argumentées. Preuve que, malgré toutes les critiques dont les élus peuvent faire l’objet, la proximité qu’ils développent avec les citoyens et leur connaissance du terrain restent un atout pour ce genre d’exercice.

Cela montre aussi que le manque dans les ressources et les leviers d’exécution les limite dans leur exercice. Ce genre de programme est donc une occasion pour eux de mettre en avant les projets qu’ils n’arrivent pas eux-mêmes à mener.

Un processus qui va continuer lors des prochains mois, mais des réalisations rapides sont requises

Ces rencontres ne sont que des étapes d’un long processus. Elles ont été précédées par des rencontres avec les responsables communaux, les services déconcentrés, et des organisations qui représentent les femmes et les jeunes dans une approche inclusive.

Une monographie et un état des lieux dans les différents secteurs ciblés ont été préparés et présentés en introduction de ces séances, accompagnés d’analyses SWOT afin d’exploiter les potentiels propres à chaque province.

Les propositions recueillies lors de ces rencontres peuvent être alimentées a posteriori sur des formulaires digitaux mis en place à cette occasion. En effet, pour chaque rencontre auxquelles on assistait, un QR code permettait d’y accéder pour demander une intervention ou proposer des idées de projets et de problématiques.

Ces idées vont par la suite être affinées à travers des ateliers thématiques de développement et de concertation. Il s’ensuivra une étape d’étude, de budgétisation et d’évaluation pour ne retenir que les projets au plus fort impact, qui sont réalisables et avec des indicateurs de suivi précis et mesurables.

Ces programmes jouissent déjà d’un budget conséquent de 20 milliards de dirhams au titre de l’année 2026. Un premier lot de projets a déjà été défini, ce qui permettra de commencer l’exécution dès les premiers mois de 2026. La province de Mediouna a ainsi déjà retenu 36 projets sur la base de 49 étudiés.

Les autres projets, fruits de ces consultations élargies, pourront alimenter la banque de projets pour les phases suivantes, car ces programmes ont pour vocation de s’inscrire dans un plan pluriannuel, comme l’a expliqué Jelloul Samsseme.

Enfin, notons que dans une optique de transparence et de bonne gouvernance, Jelloul Samsseme promet une plateforme électronique qui permettra de suivre en temps réel l’exécution des projets retenus, avec tous les indicateurs de performance et d’impact.

CAN 2025. Acheter ses billets pour les matchs du Maroc, le guide complet !

Avec les difficultés rencontrées lors de la première phase de vente, plusieurs supporters de l’équipe nationale se sont découragés à acheter leurs billets, se perdant dans les complications techniques et procédurales.

Inutile de baisser les bras, Médias24 vous explique tout.

Rappelons qu’il s’agit ici des billets ordinaires de catégories 1, 2 et 3. Le programme hospitalité, qui donne accès aux loges ou aux places VIP, promettant une expérience premium, est mis en vente à travers une agence spécialisée, Match Hospitality. Le détail des offres est disponible sur ce lien.

Aujourd’hui, la plateforme d’achat des billets de catégories 1, 2 et 3 est toujours ouverte, mais les matchs de l’équipe nationale affichent déjà complet. Après la journée du 14 octobre réservée aux cartes Visa, un deuxième lot de billets a été mis en vente le 17 octobre, dans le cadre de l’étape de vente ouverte à tous les types de cartes de paiement.

À chaque fois les billets des matchs du Maroc s’envolent en moins d’une demi-journée.

Pour la prochaine phase qui est prévue le 25 octobre, seuls ceux qui feront preuve de rapidité et de bonne préparation pourront acheter leurs billets.

>> Can2025. Voici les dates des prochaines phases de vente des billets

Un seul acheteur peut acheter jusqu’à 4 places par match, à condition qu’il dispose des Fan-ID correspondantes

C’est l’une des mesures qui ont créé le plus de confusion chez les supporters. Pour serrer la vis autour du marché noir, les organisateurs avaient annoncé la formule « 1 ticket = 1 Fan-ID« .

La Fan-ID étant une identité électronique que chaque supporter doit obtenir avant de pouvoir prétendre à un billet de match. Cela a donné l’impression qu’on ne pouvait acheter de ticket que pour soi-même, or, c’est faux.

Évidemment, il est rare qu’on parte seul à un stade. Souvent, on y va entre amis ou en famille. Les organisateurs l’ont bien pris en compte, malgré la mesure citée plus haut.

Il est donc possible pour une personne d’acheter jusqu’à 4 billets par match, pour 4 personnes différentes, à condition que les quatre personnes disposent de leur Fan-ID. Cela inclut les enfants également, qui ont besoin d’un billet pour accéder aux matchs, et donc d’un Fan-ID.

Il se peut même que l’acheteur n’achète pas pour lui-même. Le plus important, comme cela sera expliqué au fur et à mesure de ce guide, est que chaque ticket acheté corresponde à un Fan-ID.

C’est pour cela que tout au long de ce guide, on va faire la distinction entre l’acheteur de billets (qui effectue la commande et le paiement) et les détenteurs de billets (qui vont assister aux matchs).

La Fan-ID avant tout

Le 14 octobre, quand la plateforme de vente a enfin été ouverte, nombre d’acheteurs n’ont pas pu obtenir de billets, non pas parce qu’ils étaient arrivés trop tard, mais parce que leur Fan-ID n’avait pas encore été validée.

Entre annonces tardives, rushs des supporters et complications techniques, faire sa demande de Fan-ID s’est avéré un véritable parcours du combattant. Et même pour les chanceux qui avaient pu en faire la demande, ils n’avaient aucune garantie qu’elle soit traitée à temps. D’après les constats des premiers jours, le traitement est purement aléatoire et peut prendre entre trois heures et trois jours, parfois davantage selon certains témoignages.

C’est la raison pour laquelle nous recommandons d’en faire la demande dès que possible.

Au cas où elle tarde, nous recommandons de contacter le support à l’adresse e-mail suivante : info@yallamorocco.ma

En effet, nous constatons qu’un accompagnement spécial a été mis en place dernièrement pour régler les demandes qui traînent.

La création de compte a aussi été simplifiée en permettant d’y procéder même en l’absence du fameux OTP (le code qui devrait être reçu par e-mail pour valider l’inscription).

Il n’est pas nécessaire de le faire dès maintenant. Cependant, nous recommandons de le faire le plus tôt possible avant l’ouverture de la deuxième phase de vente de tickets prévue le 25 octobre.

Créer votre compte sur la plateforme d’achat et se munir des Fan-ID des personnes qui vont vous accompagner

La personne qui va opérer l’achat du ou des billets doit créer un compte sur la plateforme officielle d’achat de la CAF : https://tickets.cafonline.com/fr

Là aussi, nous recommandons de le faire dès que possible pour éviter un risque de perte de temps et/ou de complications le jour du démarrage des ventes.

Il est aussi essentiel que l’acheteur soit muni des numéros des Fan-ID des personnes qui devront assister aux matchs. Ils doivent donc lui être communiqués à l’avance.

Acheter les billets du groupe (dans la limite de 4) en une seule commande permettrait d’obtenir des places contiguës dans la mesure du possible, promettent les organisateurs.

Si les places ne peuvent pas être regroupées, l’acheteur devra être avisé par e-mail.

Se tenir prêt le jour J

Toutes les personnes devant assister aux matchs doivent, au moment de l’achat, avoir leur smartphone ou leur ordinateur à proximité, pour recevoir le code de vérification et le communiquer aussitôt à l’acheteur.

L’acheteur aussi doit se tenir prêt. De préférence, il doit se connecter à son compte sur la plateforme de vente à l’avance. La deuxième phase de vente est annoncée pour le 25 octobre.

Au moment d’écrire ces lignes, l’horaire exact n’a pas été communiqué. Il est possible qu’il ne le soit pas avant le jour J ou qu’il ne soit déclaré qu’après le début de la vente, comme cela a été le cas le 14 octobre.

À Médias24, nous ferons le suivi et tenterons d’en informer nos lecteurs le plus vite possible.

Pour cette deuxième phase, on peut se réjouir du fait que la vente démarre un samedi et non un jour œuvré, comme ce fut le cas les fois précédentes.

Accéder à la file d’attente au moment opportun

Toute la difficulté est d’accéder à la file d’attente au bon moment.

Selon notre constat et des témoignages d’usagers, ceux qui ont intégré la file d’attente en retard, même de 15 minutes lors de la vente du 17 octobre, ont trouvé les matchs du Maroc affichant complet.

Ce que nous recommandons est d’intégrer la plateforme à l’avance. Puis, de rafraîchir la page d’accueil en continu, jusqu’à accéder à la file d’attente quand elle sera ouverte.

Nous ne pensons pas qu’il y ait d’autres options, car de façon générale, la demande excède largement l’offre et il y aura nécessairement des acheteurs qui en sortiront bredouilles.

Pendant le déroulement de la file d’attente, nous recommandons de ne pas laisser son PC ou smartphone se mettre en veille. Cela peut vous coûter votre place.

Pour ceux qui utilisent le PC, il faudra changer les temporairement paramètres de veille ou lancer une longue vidéo, par exemple.

Pour ceux qui utilisent le smartphone, il suffit de cocher la case « ne pas laisser cet appareil se mettre en veille » qui se trouvera en bas de la page de la file d’attente.

La procédure d’achat étape par étape

Nous recommandons également de vous familiariser avec la plateforme et de choisir les matchs qui vous intéressent dès à présent, afin d’éviter de perdre du temps le jour J.

Une fois que vous aurez accédé à la plateforme d’achat, vous aurez 20 minutes pour achever votre commande, avant de passer à l’étape du paiement.

Dès que vous sélectionnez un match, on vous demandera le nombre de tickets. Il ne faut sélectionner que le nombre dont vous avez les FanID, dans la limite de 4 par match.

Une fois le panier plein, vous passerez à la confirmation de la commande.

À ce moment-là, on vous demandera les numéros de Fan-ID de chacune des personnes pour lesquelles vous voulez acquérir des billets.

Les numéros de Fan-ID sont ceux que vous trouverez en dessous du QR code quand vous cliquez sur l’icône Fan-ID dans l’application Yalla, et non pas les numéros du dossier soumis.

Nous vous recommandons de les inscrire sur un papier, sur un document Word ou sur une autre application de façon à pouvoir les copier facilement.

Pour chaque numéro de Fan-ID que vous allez intégrer dans la commande, un code de vérification sera envoyé à l’adresse e-mail du compte de l’application Yalla de son détenteur.

Pour cette raison, il faut que les personnes détentrices des fan-ID se tiennent prêtes pour envoyer le code de vérification à l’acheteur des billets.

S’il n’est pas possible pour les détenteurs des Fan-ID de se tenir mobilisés au moment de l’achat, mieux vaut s’organiser à l’avance et prévoir des solutions comme donner à l’acheteur l’accès aux boîte e-mail par exemple.

Si jamais le code de vérification n’arrive pas, il faut réessayer et aussi chercher dans les spams. Cette étape de vérification ne se fait qu’une seule fois par Fan-ID.

Pour les autres matchs, il suffira de rentrer le numéro de Fan-ID déjà vérifié pour qu’il soit accepté.

Après cette étape, on passe facilement au paiement. Les cartes marocaines comme les cartes internationales sont admises.

Néanmoins, si vous optez pour une carte internationale, attendez-vous à ce que le montant soit débité de votre dotation e-commerce. Si vous utilisez la carte d’un proche, il faut faire en sorte qu’il soit disponible pour vous envoyer le code envoyé par SMS pour valider la transaction.

Un e-mail de confirmation, avec le détail de la commande, sera envoyé à l’acheteur à la fin de ce processus.

Lors de l’étape de vente ouverte à tous les types de moyens de paiement, il y a aussi la possibilité de payer en espèces à travers CashPlus, dans les deux heures qui suivent la commande.

Les billets digitaux seront disponibles à une date ultérieure

Il n’y aura pas de billets à télécharger. Ces derniers seront générés ultérieurement et seront directement disponibles sur une application sur smartphone qui, pour le moment, n’a pas encore été mise en ligne.

La plateforme annonce qu’il sera possible, à une date ultérieure, de transférer les billets dans un cadre privé à condition d’avoir au préalable les Fan-ID des personnes concernées.

Les modalités de cette fonctionnalité ne sont pas encore connues, étant donné qu’elle pourrait être utilisée à mauvais escient par les acteurs du marché noir.

Une plateforme de revente des billets sera également disponible par la suite.

Les modalités de la revente ne sont pas connues pour le moment.

Transition vers l’innovation : l’enquête nationale de Gen J pointe les freins

Le manque d’innovation dans une économie en voie de développement peut causer l’essoufflement de sa croissance. C’est ce qu’on appelle le piège des pays à revenu intermédiaire. Le Maroc, prisonnier de sa croissance autour des 3% en fait partie, estime Tarik Haddi, président de la fondation Gen J, pour qui l’innovation devient aujourd’hui un impératif économique.

«L’innovation ne peut être efficace et pérenne que si elle repose sur une approche systémique. C’est précisément la mission de Gen J et de son plan d’action : structurer un environnement propice à l’émergence d’une génération marocaine d’entrepreneurs innovants capables de rayonner à l’international », déclare-t-il.

C’est dans cette optique que Gen J a présenté, ce lundi 29 septembre au Technopark de Casablanca, les résultats et les recommandations de « l’Enquête nationale sur l’innovation au Maroc », qu’elle a menée avec ses partenaires.

Cette étude vise à apporter des données fiables sur l’état des lieux de l’innovation au Maroc, à identifier les obstacles et à proposer une feuille de route pour la transformation en économie de l’innovation.

« Les résultats de cette enquête nationale montrent des avancées notables mais confirment des freins structurels persistants et notamment la faiblesse des synergies entre toutes les parties prenantes, ce qui freine l’émergence d’innovations de rupture et leur passage à l’échelle », précise Tarik Haddi.

Les acteurs conscients de l’importance de l’innovation mais peu structurés pour la mener de manière stratégique

L’enquête révèle qu’il existe bel et bien des formes d’innovation chez les entreprises marocaines. Cependant, celles-ci sont souvent opportunistes, c’est-à-dire non structurées et basées sur l’imitation, l’observation ou le hasard.

Près des trois quarts des entreprises interrogées déclarent innover en interne, mais sans structuration formelle pour la majorité, tandis que seules 31% d’entre elles placent l’innovation au cœur de leur stratégie.

Les entreprises marocaines abordent l’innovation différemment selon leur typologie. Le rapport révèle que les startups sont naturellement les plus enclines à innover, mais se trouvent confrontées au manque de moyens. Les PME innovent généralement plus par nécessité que par ambition stratégique, alors que les grandes entreprises sont celles qui arrivent à adopter une innovation plus planifiée. Quant aux dépôts de brevets, ils restent largement dominés par les multinationales.

D’autre part, c’est l’innovation qui concerne les produits ou services, ainsi que la personnalisation des offres clients qui attirent le plus les entreprises marocaines. L’étude montre également que très peu d’entreprises intègrent l’expérimentation systématique ou l’innovation technologique de rupture.

L’innovation dans les entreprises marocaines suit des processus souvent informels, un pilotage peu clair et un recours partiel aux méthodes agiles, à l’open innovation ou à l’intrapreneuriat. Au niveau managérial et des ressources humaines, un progrès limité est enregistré, porté par les enjeux de talent, de flexibilité et de collaboration. Toutefois il reste peu institutionnalisé.

L’accès au financement, la culture du risque et la fragmentation de l’écosystème comme principaux freins

Près de la moitié des entreprises interrogées déclarent que l’accès au financement reste le principal frein à l’innovation et ce malgré une offre croissante. Mais le rapport relève aussi d’autres obstacles importants tels que le manque de la culture du risque et de la structuration de l’écosystème.

Cet écosystème souffre également de l’absence d’une gouvernance claire et d’une coordination interacteurs efficace. Tandis que le soutien public demeure parcellaire, et peu lisible pour les acteurs du terrain.

Le rapport pointe un faible lien avec le monde académique. Seulement 33% des entreprises collaborent avec des laboratoires universitaires, tandis que l’initiative de la collaboration vient majoritairement du monde académique (73% des cas), ce qui traduit un manque d’articulation et de réciprocité de la part des entreprises, notamment des PME.

On identifie aussi un écart persistant entre la recherche scientifique et les besoins concrets de l’industrie, ce qui empêche les innovations de rupture de voir le jour.

L’économie de l’innovation ne doit pas être résumée à l’économie numérique

L’économie numérique, telle qu’elle est souvent mise en œuvre, se concentre sur la modernisation des services, le développement des infrastructures digitales et le soutien aux startups technologiques.

Le rapport fait cette distinction pour élargir la vision stratégique du Maroc au-delà d’une simple logique de rattrapage technologique. L’économie de l’innovation est présentée comme une approche systémique qui doit devenir la matrice de toutes les politiques publiques.

Le rapport invite ainsi à passer d’une politique sectorielle du numérique à une vision d’ensemble où l’innovation devient le moteur d’une transformation économique, sociale et culturelle profonde pour le Maroc. Cela passe par une valorisation du capital humain et par un développement cohérent des écosystèmes territoriaux.

Des recommandations synthétisées en 7 axes

Enfin, le rapport propose une feuille de route faite de recommandations, de leviers opérationnels, de modèles d’inspiration internationale et d’initiatives en préparation par Gen J. Ces recommandations peuvent être résumées en 7 axes :

1. Investir massivement dans l’économie du savoir (éducation, R&D, talents).

Le rapport souligne la nécessité de renforcer le capital humain comme pilier d’une économie innovante. Cela commence dès le plus jeune âge par une école publique de qualité, accessible à tous, qui enseigne aux enfants à « apprendre à apprendre » et développe la créativité et l’esprit critique. Au niveau supérieur, il s’agit de faciliter les partenariats entre universités et entreprises à travers un cadre juridique et fiscal incitatif, de valoriser la recherche appliquée via des plateformes de transfert technologique et de mobiliser les talents, y compris ceux de la diaspora. L’objectif est de former suffisamment d’innovateurs pour assurer la transition du Maroc vers une économie du savoir.

2. Déployer un cadre réglementaire agile, propice à l’expérimentation.

Pour libérer le potentiel d’innovation, il est crucial d’adapter la réglementation, souvent conçue pour une économie traditionnelle. Cette recommandation préconise d’identifier et de lever les freins juridiques qui bloquent les nouveaux modèles économiques. Cela passe par la création d’un statut juridique spécifique pour les startups innovantes, la modernisation des instruments financiers (comme les stock-options pour les entreprises non cotées), l’adaptation de la fiscalité pour être plus incitative pour les PME et l’assouplissement des règles des marchés publics pour y inclure les entreprises innovantes.

3. Alignement des politiques industrielles sur les objectifs d’innovation.

Cette recommandation insiste sur le besoin de concentrer les efforts sur des domaines stratégiques pour lesquels le Maroc possède des atouts. Il s’agit de concevoir des politiques publiques industrielles ciblées dans des secteurs clés comme le Big Data, l’intelligence artificielle, la FinTech ou les énergies renouvelables. Cet alignement implique de structurer des dispositifs d’appui dédiés (accès au foncier, à la commande publique, à l’assistance technique) et de mettre en place des partenariats public-privé inspirés de modèles internationaux performants, comme le modèle ARPA, pour piloter des programmes de recherche à fort impact dans des domaines comme la santé ou le climat.

4. Développement multi-niveaux des écosystèmes (micro à méta).

L’innovation naissant de dynamiques collectives, il est recommandé de structurer les écosystèmes à quatre niveaux complémentaires : micro (lieux de proximité comme les fablabs), méso (dynamiques d’innovation interne aux entreprises), macro (plateformes collaboratives autour d’une grande entreprise pivot) et méta (coopération de tous les acteurs à l’échelle d’un territoire). L’objectif est de connecter les initiatives aujourd’hui éclatées en combinant une approche frugale et rapide (lancement de labels, de challenges nationaux) avec une vision de structuration à plus long terme (création de réseaux, de fonds dédiés).

5. Structuration de l’innovation en entreprise (outils, pilotage, culture).

Cette recommandation vise à transformer l’innovation au sein des entreprises d’une pratique souvent opportuniste à un levier stratégique structuré. Elle met l’accent sur la nécessité de développer des compétences en gestion de l’innovation chez les dirigeants et de mettre en place des processus clairs, des outils adaptés et des indicateurs de performance pour mesurer l’impact des initiatives innovantes. La Fondation Gen J contribue à cet axe en proposant des formations, des outils d’évaluation et un accompagnement pour aider notamment les PME à formaliser leur démarche d’innovation.

6. Transformation culturelle pour faire de l’innovation une norme.

Pour que l’innovation devienne systémique, une transformation culturelle est indispensable. Il s’agit de dépasser une approche purement technique pour faire de l’innovation un vecteur de sens partagé, qui répond aux besoins réels des citoyens et des territoires. Cette recommandation appelle à promouvoir une culture de l’expérimentation, du risque et de l’apprentissage par l’échec. Cela se traduit par des actions de sensibilisation à grande échelle et le déploiement d’initiatives comme les « clubs d’innovation » dès l’école primaire pour ancrer cet état d’esprit dès le plus jeune âge.

7. Création d’une gouvernance nationale de l’innovation pour orchestrer l’ensemble.

Face à la fragmentation actuelle des efforts, cette dernière recommandation préconise la mise en place d’une instance centrale de gouvernance de l’innovation, rattachée au plus haut niveau de l’État. Cette entité aurait pour mission d’assurer la cohérence des politiques, de coordonner les acteurs, de piloter la stratégie nationale et d’en évaluer l’impact. L’organisation de deuxièmes Assises nationales de l’innovation serait un moment clé pour co-construire cette gouvernance et établir une vision partagée, transformant l’innovation en matrice de toutes les politiques publiques.

L’enquête nationale : une méthodologie scientifique et une initiative à inscrire sur le long terme

L’enquête a été réalisée auprès de 370 acteurs clés qui comprennent 239 entreprises, 72 institutions académiques et 65 organismes de financement. Selon une méthodologie scientifique, reposant sur un échantillonnage représentatif couvrant les 12 régions du royaume et représentant 14 secteurs économiques. La collecte des données a combiné des questionnaires structurés, des entretiens semi-directifs et une analyse secondaire des données.

Une approche comparative des résultats avec ceux de 2018 a permis d’identifier les tendances et d’apporter une perspective évolutive de l’innovation au Maroc. En effet, cette enquête fait suite à une autre similaire qui avait été conduite en 2018 par l’Observatoire marocain des pratiques de management (OMPM) qui participe également à cette version de 2025.

L’ambition affichée par les auteurs est de le transformer en baromètre d’innovation qui soit publié de façon triennale. C’est dans ce but que Gen J et ses partenaires proposent l’idée d’un Observatoire national de l’innovation doté de ressources et d’un mandat opérationnel qui inscrit cette initiative dans la durée.

La région de l’Oriental se rêve en pôle national de l’IA (Vidéos)

La région de l’Oriental connaît une effervescence dans le secteur de la formation et de la recherche dans le domaine du digital et de l’intelligence artificielle (IA). Après la création de l’Ecole nationale de l’intelligence artificielle et du digital à Berkane, le vice-président du conseil régional de l’Oriental, Alae Berkaoui, annonce la création d’un Centre de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé, dans le cadre d’une convention qui lie la région à celle du Grand-Est en France.

Celle-ci s’ajoute à d’autres projets qui ont été initiés dans le domaine du digital, à l’instar de l’Ecole de codage YouCode qui a ouvert ses portes cette année à Nador dans le cadre d’une convention qui lie la région au ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication, au ministère de la Transition numérique ainsi qu’à l’UM6P, et qui vise à moderniser les Maisons de jeunes.

Considérant le capital humain comme « le principal moteur d’une société numérique, innovante et inclusive », Alae Berkaoui a exprimé la volonté de positionner la région comme un pôle d’excellence numérique au niveau national et international, lors de son intervention au Symposium africo-européen sur la gouvernance responsable de l’IA (SAE’IA 2024), le 28 novembre dernier à Oujda. Cela passe, d’après lui, par la création des conditions nécessaires à cette transition, notamment à travers la signature de plusieurs conventions qui soutiennent la recherche, l’innovation, la formation et l’intégration professionnelle dans les métiers du digital.

L’Université Mohammed Premier renforce son engagement envers l’IA et le digital

Au sein du Campus du savoir, relevant de l’Université Mohammed Premier (UMP) d’Oujda, une école de codage baptisée Zone01 a été inaugurée début 2024. D’après ses responsables, elle est portée par la même équipe qui est à l’origine de la pédagogie « Peer to Peer » adoptée par les écoles 42 (France), 1337 ou encore YouCode.

Zone01 se distingue par le fait d’enchaîner avec un stage professionnel, rémunéré 7.500 DH/mois pendant un an, pour déboucher sur un CDI avec un salaire mensuel de 20.000 DH. La formation est gratuite, et l’insertion professionnelle à ces conditions est garantie grâce à des conventions avec le secteur privé.

Dans ce Campus du savoir, l’école de codage côtoie un fablab équipé de machines et matériels variés qui servent au prototypage et au développement de produits technologiques. À proximité, la Maison de l’IA fait office d’espace de découverte et d’apprentissage des applications et usages divers de l’intelligence artificielle. Elle organise également le Miathon qui incite les étudiants et les jeunes de la région à lancer leur start-up dans les domaines variés de l’IA.

Organisé par l’Université Mohammed Premier (UMP) d’Oujda en partenariat avec l’UNESCO, le SAE’IA 2024 a permis à l’université de renforcer son positionnement dans les domaines de l’IA et du digital, à travers de nouvelles conventions qui visent à enrichir son offre de formation et de recherche.

Les jeunes de la région innovent et créent des start-up dans l’IA

Le symposium comprenait également un espace d’exposition où des start-up présentaient leurs innovations. Médias24 en a rencontré quelques-unes.

LSTA Technologie est une start-up créée par des étudiants représentant plusieurs établissements de l’UMP d’Oujda. Elle développe des produits et services basés sur l’IA. Après avoir conçu des lunettes intelligentes pour malvoyants, elle a créé une solution qui permet aux entreprises de gérer intelligemment leur stock. Grâce à un système de capteurs RFID, les espaces de stockage sont optimisés, et la gestion des flux de marchandises est facilitée et sécurisée.

Mr Genius est une autre start-up oujdie qui produit localement des robots programmables, dans un objectif éducatif, à l’intention des élèves et des étudiants. Au Maroc, c’est un marché en pleine expansion, tirant parti de la volonté des parents de préparer leurs enfants à cette transition vers les métiers de l’IA. Aujourd’hui, c’est un marché dominé par deux multinationales étrangères. Mohammed Bouziani, fondateur de la start-up, développe une solution purement marocaine, produite actuellement grâce à des imprimantes 3D.

D’autre part, il a conçu un robot avatar prenant la forme d’un homme vêtu d’habits traditionnels locaux, à même d’accueillir les touristes et de leur fournir toutes les informations liées à la région de l’Oriental. Son ambition est de développer davantage ce concept afin que chaque région puisse disposer de son propre avatar pour accueillir et guider les touristes lors de la Coupe du monde 2030 au Maroc.

Des start-up venant d’autres régions du Maroc ont également exposé leurs solutions. Comme DoctorIA de Jad Tounsi, qui a développé une IA qui assiste les radiologues lors de la détection d’anomalies dans les images radiologiques, permettant ainsi de mieux prévenir et soigner les patients.

Zynerator est une autre start-up innovante et fort prometteuse. Son cofondateur Khalid Zouan nous explique comment elle facilite la vie aux développeurs en faisant de la conception d’applications un jeu d’enfant. Zynerator revendique de meilleures performances que celles des leaders internationaux.

Éduquer et communiquer pour garder l’humain au centre du développement de l’IA

L’institut Afriq’IA, fondé par Saïda Belouali, professeur à l’UMP d’Oujda, est un autre établissement qui s’ajoute à cet écosystème. À l’image de son grand frère, l’institut EuropIA, il aura pour mission de fédérer et de communiquer autour de l’IA en mettant l’accent sur l’humain et l’utilisation éthique de ces nouvelles technologies.

Une autre mission de cette nouvelle entité, comme nous l’explique Marco Landi, fondateur d’EuropIA, sera de superviser la création de nouvelles Maisons de l’IA partout en Afrique, avec l’objectif d’éduquer et de stimuler l’apprentissage chez les jeunes autour de l’IA, dans un objectif de développement inclusif.

Il faut dire que le thème principal du SAE’IA 2024 concernait principalement la gouvernance responsable de l’IA, afin de rassurer autour des risques et d’éviter les dérives qui peuvent venir d’une utilisation malsaine de l’IA. Plusieurs sujets ont été abordés comme l’inclusion, la santé, l’éducation et la créativité à l’ère de l’IA.

Dans une discussion avec Hakim Boulouiz, directeur de l’Ecole nationale d’architecture (ENA) d’Oujda, nous abordons quelques-uns de ces enjeux dans les secteurs de l’enseignement et de l’architecture. Des domaines où l’IA prend du terrain et où des questions légitimes se posent sur la créativité et la responsabilité à l’ère de l’IA. La machine va-t-elle remplacer l’architecte ? Où s’arrête l’assistance et où commence le plagiat ?

SAE’IA 2024 a été organisé et soutenu par plusieurs organisations nationales et internationales, dont l’UNESCO, la Commission européenne, la Fondation Anna Lindh et le conseil régional de l’Oriental. Il contribue, selon ses organisateurs, à mettre la ville d’Oujda et la région de l’Oriental dans les radars de la communauté internationale de l’IA et à renforcer ce positionnement.

Chakib Alj et Mehdi Tazi réélus à la tête de la CGEM

C’est une assemblée générale ordinaire élective particulière qui s’est déroulée ce mardi 16 mai. L’élection, jouée d’avance avec une seule candidature en lice, a tout de même fait salle comble. Patrons, officiels des administrations publiques, présidents de fédérations et chefs de partis étaient présents. Nadia Fettah, Ryad Mezzour et Younes Sekkouri y ont également assisté, représentant le gouvernement.

Le binôme a été réélu à 99% des voix. Soit 3.255 sur un total de 3.286 voix.

Les patrons optent pour la continuité

Même si en apparence, il ne semble pas y avoir de réel enjeu, cette réélection marque la volonté des patrons d’opter pour la continuité et de consolider la nouvelle trajectoire de la CGEM, qui s’est stabilisée après une période de turbulences.

Si le discours de Chakib Alj et Mehdi Tazi avait pour objectif d’exposer une nouvelle fois leur programme pour ce nouveau mandat, ce fut surtout l’occasion de diffuser d’importants messages. 

Le premier d’entre eux est sans doute l’importance que la CGEM accorde à la promulgation du nouveau Code du travail et de la loi sur le droit de grève. Chakib Alj n’a pas hésité à affirmer, encore une fois, que l’augmentation du SMIG de 5%, prévue pour septembre prochain, est conditionnée par le respect de ces deux promesses gouvernementales qui faisaient partie de l’accord social.

Il a aussi interpellé Younes Sekkouri sur la réforme de la formation professionnelle, qui tarde à prendre forme. La taxe professionnelle, censée financer la formation continue, ne profite pas aux entreprises. Chakib Alj a déclaré que l’OFPPT ne pouvait pas être en même temps stratège et opérateur, et réclame une réforme des Groupements interprofessionnels d’aide au conseil (GIAC).

Pour sa part, Mehdi Tazi a rappelé l’importance de la mise en place de la nouvelle Charte de l’investissement, insistant toutefois sur la nécessité d’accélérer la promulgation du décret en rapport avec les PME, ainsi que les investissements de moins de 50 MDH. Il a annoncé l’intention de la CGEM de continuer à militer contre la subvention qui arrive après l’investissement, considérant qu’elle ne profite qu’aux entreprises qui ont suffisamment de moyens financiers.

De plus, l’accent a été mis sur l’importance de continuer à améliorer la compétitivité de l’économie marocaine en réduisant le coût de l’énergie, en rendant disponible le foncier à des coûts abordables, en finançant l’export comme le font plusieurs concurrents du Maroc et en réduisant le coût de l’énergie à 12% au lieu de 20% actuellement.

Mehdi Tazi a par ailleurs appelé à accorder autant d’importance aux activités de services, pourvoyeuses d’emplois de qualité et rémunératrices, qu’à l’industrie. D’après lui, les services créateurs de valeur méritent de bénéficier du même plaidoyer que celui dont jouit aujourd’hui l’industrie.

Ayoub El Azami (Marjane) : « L’inflation et le Covid ont accéléré notre politique de sourcing local »

Le groupe Marjane participe à la 15e édition du SIAM, dédiée à l’agriculture et aux enjeux de la sécurité et la souveraineté alimentaire. « Ce thème est à propos et en ligne avec notre vision stratégique et notre action », nous confie le PDG du groupe de grande distribution.

Dans cet entretien, Ayoub El Azami évoque les synergies entre le groupe et les acteurs agricoles, ainsi que sa mobilisation pour une agriculture durable. Il fait également le point, entre autres sujets, sur la stratégie de sourcing local dans laquelle s’est engagé le groupe avec le ministère de l’Industrie, la réponse à l’inflation, la concurrence sur le marché…

Médias24 : Marjane est présent au SIAM car les agriculteurs font partie des fournisseurs. Comment décririez-vous votre relation avec les producteurs agricoles ?

Ayoub El Azami : Depuis plus de trois ans, notre stratégie en matière de produits frais s’exprime au travers de trois considérations. Premièrement, apporter l’assurance à nos clients de produits correspondant à leurs besoins, notamment sur le plan des caractéristiques santé car développés selon nos propres cahiers des charges, portant une assurance santé car contrôlés et entièrement tracés. Secundo, procéder au développement de ces produits au travers d’un accompagnement de nos producteurs partenaires dans un principe d’amélioration continue et d’assistance technique. Tertio, à travers ces mécanismes, contribuer à notre échelle au développement local du tissu associé que constituent nos partenaires agriculteurs, éleveurs et coopératives. C’est la promesse de la marque Filière M que nous proposons.

Le SIAM est justement l’occasion pour le groupe Marjane de présenter sa vision et ses engagements pour une agriculture durable et locale à travers ses initiatives et innovations. Notre participation sera surtout l’occasion de rencontrer l’écosystème dont nous faisons partie et nos partenaires avec lesquels nous sommes si fiers d’écrire cette page de synergie et de collaboration entre distributeurs et producteurs du Maroc. En perspective, nous pensons que le modèle installera de nouveaux mécanismes entre distribution, production et consommateurs au bénéfice de tous. Le groupe Marjane en aura aussi été l’initiateur et le précurseur…

Nous avons augmenté la part de Filière M de 60% entre 2021 et 2022. De 5 produits, nous en sommes à plus de 80 aujourd’hui

– Justement vous avez lancé Filière M avec la promesse de manger sain. Quel bilan faites-vous de cette opération pour le groupe Marjane et pour les producteurs partenaires ?

– Dans un contexte où les consommateurs sont de plus en plus exigeants, le groupe Marjane a lancé sa marque Filière M fédérant l’ensemble des produits des filières fruits et légumes, poissons, viandes rouges et produits du terroir. Notre objectif est d’offrir des produits de qualité respectant un cahier des charges strict, contrôlés, sains, tracés sur toute la chaîne de production de la ferme au rayon.

Grâce à nos partenaires adhérents au programme, éleveurs, agriculteurs et coopératives bénéficient de l’assurance commerciale que peut apporter le groupe et de l’accompagnement technique d’experts tout au long du processus de production. Nous proposons à nos agriculteurs des volumes et des circuits de commercialisation. Nous proposons à nos clients des produits dont nous avons choisi et contrôlé les différentes conditions de production, de conditionnement, de commercialisation, de chaîne de froid… Des produits que nous pouvons certifier.

Ainsi, la marque Filière M veut proposer au consommateur marocain des produits marocains, des produits répondant à ses besoins sur les plans gustatif et santé, des produits à la traçabilité totale, des produits à caractère socialement responsable.

Notre politique d’achat et d’approvisionnement priorise les produits locaux et, avec la crise du Covid-19 et celle de l’inflation, cette politique a été accélérée

Aujourd’hui, le bilan est très satisfaisant et la demande croissante pour ces produits alimentaires. Nous avons augmenté la part de Filière M de 60% entre 2021 et 2022. Nous avions commencé en 2019 avec 5 produits, nous en sommes à plus de 80 aujourd’hui. Pour accompagner ce développement des produits Filière M, nous avons créé une équipe dédiée d’experts agronomes. Ils étaient 2 en 2019, ils sont 10 aujourd’hui. S’occuper des produits Filière M est un gros travail de suivi et d’accompagnement par cette équipe passionnée qui est la majeure partie de son temps sur le terrain. Permettez-moi ici de les remercier et de les féliciter de tout ce qu’ils accomplissent pour nos produits Filière M.

Ces productions sont soumises à plus de 450 analyses par an par des laboratoires indépendants et accrédités. Nous sommes désireux de certifier nos process par des organismes tiers. Ce que nous avons réalisé avec le label « zéro résidu ». Je précise, par ailleurs, que plus de 1.000 ha de superficie sont déployés pour produire tout au long de l’année des produits Filière M. Autant de partenaires qui s’intègrent et font progresser l’écosystème.

 

– Marjane a signé en 2021 un accord avec le ministère de l’Industrie et du commerce pour promouvoir son sourcing local dans les secteurs de l’agroalimentaire et du textile, avec des objectifs respectivement de 80% et 75% à l’horizon 2024. Où en êtes-vous ?

– Nous sommes en phase avec nos engagements en termes de sourcing local. En parallèle de l’accord avec le ministère de l’Industrie et du commerce, dont nous saluons l’initiative et les efforts pour la promotion du made in Morocco, le groupe Marjane s’était engagé dans l’encouragement du tissu productif marocain.

Notre politique d’achat et d’approvisionnement priorise les produits locaux et, avec la crise du Covid-19 et celle de l’inflation, cette politique a été accélérée. En ce qui concerne le sourcing local des produits agroalimentaires, nous étions dans les environs de 40% avant la crise du Covid-19, aujourd’hui nous avons atteint le taux de 75% et nous ambitionnons 80% en 2024. Concernant le textile, notre sourcing local est à 65%, que nous allons faire monter à 75% l’année prochaine. Ce sont de bonnes avancées.

– Justement, comment l’inflation a-t-elle impacté vos ventes ; comment avez-vous géré cette situation et quelle réponse y avez-vous apportée ?

– Nous avons tenu à être en soutien autant que possible du pouvoir d’achat en finançant, sur nos marges, les remises que nous devions faire à nos clients à même d’amortir. Nous avons voulu notre action sur trois dimensions.

D’abord, en octobre 2022, nous avons refondé notre système de « cash back », autrement dit notre programme de fidélité. L’inscription au programme, qui est gratuite puisqu’il suffit de se déclarer en s’identifiant, donne droit à 10% de remise sur tous les produits Filière M, ainsi qu’à une réduction de 10% ou 20% sur 400 produits de consommation quotidienne, sous forme de cagnotte directement réutilisable librement. Cette liste est renouvelée tous les mois. Ce programme de fidélité est une nouveauté, et nous espérons grandement qu’il puisse remplir sa mission.

Ensuite, nous avons défini une liste d’une vingtaine de produits frais importants pour les ménages et nous sommes organisés pour procéder à l’approvisionnement en quantité suffisante, avec une qualité satisfaisante et des prix compétitifs.

Enfin, pour afficher des prix encore plus concurrentiels sur une liste renouvelée hebdomadairement, nous avons justement fait jouer notre approvisionnement Filière M pour définir chaque semaine des produits à des prix encore plus concurrentiels. C’est de cette manière, à titre d’exemple, que nous avons pu afficher une tomate de qualité à la moitié du prix du marché pendant plusieurs jours…

Par ces mécanismes, nous espérons pouvoir répondre à certaines préoccupations actuelles de nos clients, qui peuvent à travers ces mécanismes bénéficier de cash back sur les produits de leur panier en addition à des prix affichés promotionnels étudiés.

– Vous avez adopté le référentiel Food Store Quality Standard. En quoi consiste-t-il et qu’est-ce qu’il implique ?

– Je vous remercie pour cette question. Elle est importante dans l’absolu et nous tient particulièrement à cœur. Car elle est relative à quelque chose de central dans la mission qui est la nôtre : apporter le niveau d’assurance sanitaire nécessaire à nos clients en se dotant des process qui conviennent et de dynamiques d’amélioration continues efficaces.

Je rappelle que le Food Store Quality Standard est un référentiel d’inspection exigeant, utilisé par la grande distribution européenne, et qui permet de mesurer de manière factuelle le niveau de maîtrise qu’un distributeur, comme nous le sommes, possède de ce sujet. Ce référentiel a été initié par la Food Store Quality Association (FSQA), à laquelle a adhéré le groupe Marjane le 25 novembre 2021, devenant ainsi la première enseigne non européenne à adhérer au référentiel FSQS. Ce dernier est l’un des plus exigeants en la matière au niveau international.

Près d’un an après avoir l’adopté, les audits menés dans nos murs par la FSQA évaluent le niveau de Marjane à 89% (représentant la moyenne des 34 hypermarchés inspectés à fin mars 2023). Le groupe Marjane place ainsi ses magasins parmi les mieux notés si l’on se réfère à la note moyenne en Europe qui a été de 82% en 2022. Ces résultats témoignent de notre engagement continu à adopter et répondre aux meilleurs standards nationaux et internationaux en matière de sécurité sanitaire et d’hygiène alimentaire

– La concurrence s’intensifie dans le secteur. Avec 41 hypermarchés, Marjane est le leader national de ce segment. Comment évaluez-vous votre position concurrentielle ?

– C’est une bonne nouvelle pour notre pays où l’offre se professionnalise et se spécialise, en synergie avec la sophistication des besoins de consommation. Historiquement, Marjane est le précurseur. Sur le plan quantitatif, Marjane est la locomotive de par sa distribution alimentaire, sa distribution non alimentaire, son immobilier commercial, avec plus de 150 magasins en propre et plus de 440.000 m2 d’immobilier purement commercial excluant ses hypermarchés et comprenant des complexes d’importance.

Soit… Toutefois, en tant que locomotive, le leadership que nous souhaitons pour le groupe Marjane inclut deux dimensions importantes. D’abord, faire notre métier de manière responsable en prenant en considération la réalité sociale de notre écosystème et les équilibres qu’il s’agit d’y préserver.

Ensuite, continuer à en définir les contours dans notre pays avec le maintien du bon niveau d’investissement, et notamment en termes d’innovation ; que ce soit dans l’expérience client, l’offre, le made in Morocco, le e-commerce, la marketplace, les centres commerciaux, les programmes de fidélité, les magasins solaires, les filières agricoles amont qui sont comme nous l’avons évoqué un des sujets du SIAM… D’autres exemples sont à venir. C’est modestement une responsabilité que nous incombe et nous honore.

– Sur les rayons de Marjane, on remarque que les MDD (marques distributeurs) sont partout. Quelles sont les différentes MDD propres ou importées que vous gérez, quelle est leur part dans vos ventes et quelle importance revêtent-elles dans votre stratégie ?

– Notre gamme de produits MDD a fortement évolué ces dernières années. Nos équipes les ont continuellement développées et je leur en rends hommage. La part de ces produits est d’environ 10% dans leurs catégories, croissante. Et dans l’alimentaire, les deux marques Fayz et Marjane sont les marques les plus vendues dans nos hypermarchés et supermarchés !

Nos deux produits Fayz et Marjane sont des produits que nous veillons à positionner de manière précise en termes de prix et de qualité. Nous mettons alors depuis deux ans certains de nos produits en compétition.

En 2022, notre huile d’olive Marjane ainsi que nos pâtes à tartiner ont obtenu le prix Saveur de l’année. En 2023, ce sont le beurre Marjane et le couscous Marjane que nous avons mis en compétition, et ils ont été également élus Saveur de l’année. C’est une grande satisfaction pour les équipes en charge des produits MDD.

Ce commerce de pure player pénètre naturellement le marché marocain, de manière constante et progressive. C’est le sens de l’histoire. Inéluctable

– Le groupe a lancé dernièrement la marketplace ‘marjanemall’. Êtes-vous satisfait du lancement ? Et est-ce que vous êtes optimiste quant à la réalisation des objectifs ambitieux dessinés pour ce nouveau-né ?

– La marketplace ‘marjanemall’ figure parmi les chantiers et solutions digitales sur lesquelles nous nous sommes attelés ces dernières années. Ce commerce de pure player pénètre naturellement le marché marocain. Il le pénètrera de manière constante et progressive. C’est le sens de l’histoire. Inéluctable. Conformément à l’évolution des modes de consommation.

Il nous a semblé légitime pour le groupe Marjane de se positionner. Cela a représenté une dose d’audace. Le groupe se décale ainsi de son métier habituel de retailer en faisant un pas de côté dans la direction d’un métier d’animation et exploitation d’une plateforme technologique complexe, dont la vocation est l’intermédiation entre acheteurs et vendeurs. Et le groupe le fait avec une position offensive. Nos enseignes propres seront traitées de la même façon que d’autres enseignes externes qui commerceront sur la marketplace. Ces deux points représentent un parti pris double sur le plan culturel.

Le lancement est satisfaisant. Notre intégration de la dimension technologique s’effectue. La montée en régime sera pilotée progressivement, et le succès dépendra de la capacité que nous développerons à agréger, à consolider le flux des vendeurs et des clients finaux. Si l’on devait résumer ce qu’est pour nous cette activité, nous pourrions dire que c’est celle d’un tiers qui se veut de confiance de qualité pour chacune des parties (client final ou vendeur). Dans ce sens, notre positionnement est clair, et le débit est convaincant. A nous de continuer.

Sommes-nous optimistes ? Nous le sommes et nous sommes surtout enthousiastes de mener cette aventure et de nous inscrire dans cette activité qui dessine bien des horizons…