Au-delà du caractère théocrate du régime iranien, « on ne change pas un régime à coups de bombardements. Les peuples sont souverains de choisir le pouvoir qui leur sied », comme disait Emmanuel Macron, qui fut aussitôt recadré par un certain Donald Trump. Or, ce à quoi nous assistons aujourd’hui est exactement un remake de ce que l’Occident a fait subir à l’Irak il y a un quart de siècle, avec des conditions aggravantes. Car, dans l’épisode irakien, il y avait au moins une résistance honorable de la France, un rejet du Conseil de sécurité, une mise à l’écart d’Israël et, en face, un cavalier seul, ou presque, des États-Unis.

Je vous épargne un flash-back de la guerre d’Amérique en Irak, mais je rappelle juste deux ingrédients importants. Un, l’objectif étant le changement de régime de Saddam hostile au couple américano-israélien. Deux, le prétexte fut monté en toutes pièces au vu et au su du monde entier : des armes chimiques. Le résultat est connu de tous, mais on y reviendra, car des similarités imposent ce come-back dans l’histoire.

Aujourd’hui, que reproche l’Occident à l’Iran ? Voyez bien que je n’ai pas cité Israël. Car cette dernière n’est que le bras armé des États-Unis pour imposer un nouvel ordre mondial, à commencer par le Moyen-Orient. Les autres composantes de l’Occident, notamment la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Canada et l’Italie ne sont que les proxys de l’Amérique et que Trump oriente, et réprimande même, comme bon lui semble.

Le tort de l’Iran selon l’Occident, c’est de vouloir développer une arme nucléaire. Du pain béni pour ce bloc afin de décréter un boycott économique, politique et militaire sur ce pays. En d’autres termes, l’affaiblir et le mettre à genoux avant de l’achever. Sans surprise, les éléments de langage de l’Occident à l’égard de cette guerre sont les mêmes qu’auparavant. Un régime de dictature qui oppresse sa population, des autocrates qui menacent « la seule démocratie au Moyen-Orient, Israël », un pays qui présente un risque imminent sur la sécurité des pays occidentaux.

La réalité, c’est que l’Iran est aujourd’hui un pays incapable d’assurer sa propre protection, comme le monde entier est en train de le constater. Comment osent-ils nous vendre un pays capable d’attaquer les États-Unis, l’Europe et leur représentant régional ? En fait, le plan occidental est de démanteler le régime des mollahs et de le remplacer par un gouvernement docile, aux ordres de l’Occident et mettant à leur disposition l’énorme potentiel de richesses naturelles.

Le rapport de force n’étant même pas un sur dix, et la fin du régime iranien, dans l’état actuel de ce rapport et de ce conflit, ne serait plus qu’une question de temps. Soit. Mais qu’en est-il de l’après-guerre ? Car c’est de cela qu’il s’agit. Or, l’Occident n’y a jamais pensé dans ses précédentes interventions militaires pour des changements de régimes. Et là où il est passé, il y a eu le chaos.

En Irak et en Syrie, le néocolonialisme occidental a émergé le groupe terroriste armé Daech, et en Libye l’éclatement délibéré du pays a mis ce dernier sous l’emprise de groupuscules armés. Elle est où, la démocratie que l’Occident promettait aux populations de ces pays ? L’histoire ne retiendra qu’un million de civils tués en Irak, une civilisation enterrée en Syrie et un pays renvoyé à la préhistoire, une Libye déchirée par le terrorisme et devenue un carrefour déstabilisant tout le Sahel en Afrique. En d’autres termes, l’Occident génère le sang, la souffrance, le chaos.

Aujourd’hui, ce même Occident, mené par un Trump guerrier et aventurier, va dans le même sens sans le moindre brin d’humilité pour tirer les leçons d’histoire. L’Iran c’est trois fois plus grand que l’Irak en superficie et en population, avec une géographie des plus difficiles. Croire que faire tomber le régime ouvrirait le pays, sur un tapis rouge, aux proxys de l’Occident est une utopie. Cela donnerait plutôt lieu à une résistance armée dans plusieurs régions reculées du pays. Prétendre dissoudre et fondre dans la nature une armée composée d’un million de soldats et d’officiers et de centaines de milliers de religieux radicaux, c’est mal connaître la géopolitique et l’histoire de la région.

Le pire est donc à prévoir, avec un lot de conséquences qui n’épargneraient pas l’Occident des débris de ce chaos, avec un chamboulement géopolitique qui ne garantit rien ni pour sa sécurité ni pour la survie d’Israël ni pour la protection des alliés de la région. Un scénario cauchemardesque.

Nous sommes en pleine mutation de ce qu’on appelle l’ordre mondial, devenu une grande jungle où le plus fort pourrait à n’importe quel moment envahir un autre pays sous de farfelus prétextes, en s’asseyant sur le droit international et en déclenchant un chaos généralisé du golfe à l’océan et plus.