Lors d’un échange informel avec des élèves en octobre 2021, il a suffi que la presse rapporte une supposée déclaration du président Macron qu’Alger, qu’on sait susceptible, rappelle illico son ambassadeur et coupe tout contact avec la France. Qu’a-t-il dit de si grave pour que l’Algérie prenne une décision si radicale ? Le président français a péché en disant la vérité aux élèves. L’Algérie s’est construite, leur a-t-il dit, sur une rente mémorielle entretenue par le système politico-militaire, et que l’histoire de ce pays est totalement réécrite, selon les propos recueillis par le quotidien Le Monde.
À peine l’ambassadeur algérien revenu à Paris pour reprendre ses fonctions et défaire ses valises, le voilà encore rappelé au pays pour un autre motif. Ce qui a déclenché la rupture cette fois-ci, c’était la reconnaissance par Paris de la souveraineté du Maroc sur son Sahara en juillet 2024. Alger, qui crie urbi et orbi qu’elle n’est pas concernée par cette question, a démontré aux yeux du monde qu’elle est l’instigatrice de ce différend et que sa politique sur ce dossier se résume à le faire perpétuer. En réalité, la France, qui connait suffisamment bien l’histoire du Maghreb et du Sahara, a depuis le déclenchement de cette affaire en 1975 soutenu le Maroc jusqu’au sein du Conseil de sécurité.
Mais cette séquence d’imbroglio diplomatique avec Paris n’est qu’un bis repetita de la fâcherie qui s’est produite entre Madrid et Alger trois années auparavant pour la même raison. Étant donné que les mêmes causes produisent les mêmes effets, Alger n’a pas apprécié en 2022 la reconnaissance par le gouvernement espagnol de la seule option de l’autonomie pour résoudre ce conflit qui oppose le Royaume à l’Algérie. Comme à son habitude, l’Algérie rompt les relations diplomatiques et commerciales avec Madrid, puis dénonce le traité d’amitié avec l’Espagne signé en 2002.
Il aura fallu attendre la réunion du G20 en Afrique du Sud en février dernier pour que ce pays fasse l’intermédiaire et organise une rencontre entre les chefs des diplomaties de l’Espagne, José Manuel Albares, et de l’Algérie, Ahmed Attaf. Du communiqué issu de cette rencontre, aucune référence n’a été faite à la question du Sahara marocain. Les deux se sont contentés d’aborder l’économie, la Palestine et le Sahel.
Que ce soit avec Madrid ou avec Paris, l’Algérie n’a pas obtenu gain de cause et a été la partie perdante en raison de sa position rigide et incomprise sur une question régionale dont elle en fait la priorité. Mais ce qui intéressait les deux capitales européennes, Madrid et Paris, c’est la réactivation des mécanismes de tous les secteurs d’activités qui les intéressent avec Alger. Barrot a déclaré d’Alger que : « Nous avons mis sur la table, et avec franchise, l’ensemble des sujets qui nous ont préoccupés ces derniers mois, afin de décliner les principes posés par les deux présidents dans leur entretien du 31 mars dernier ».
Les sujets qui seront relancés entre la France et l’Algérie ont trait à la coopération sécuritaire, à l’immigration, à la réadmission des Algériens expulsés OQTF et au commerce. Sur le plan mémoriel qui empoisonne leurs relations, les deux parties se sont mises d’accord pour réunir la commission des historiens pour reprendre du service. Le ministre français a eu également le courage d’évoquer le cas de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, condamné pour ses propos pro-marocains. Devenu une affaire nationale en France, Alger a laissé une lueur d’espoir de le voir rapidement libre de ses mouvements.
Pendant cette journée printanière et ensoleillée du 6 avril, Jean Noel Barrot est revenu à Paris le soir même légèrement satisfait d’avoir cette sensation de réussir à calmer, pour un temps, les esprits en France et en Algérie, et de remettre enfin les relations bilatérales sur les bons rails.
De retour, il aura bientôt en face de lui une grande partie de la classe politique qui ne veut plus trainer encore la question algérienne comme un problème interne alors que l’Algérie est indépendante et souveraine depuis 1962. Plusieurs personnalités françaises de la droite, comme le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, ou Eric Ciotti, entre autres, veulent mettre à plat les relations avec ce pays pour partir sur de nouvelles bases saines et surtout pérennes. Le dilemme algérien continuera à survivre en France pour de longues années encore.
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