Long est le chemin que le Maroc devrait parcourir avant le coup d’envoi du Mondial 2030 afin d’y arriver à temps et en bonne forme. Cela passe également, et inévitablement, par l’atteinte des Objectifs de développement durable, la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’investissement et la réaction sage face aux mutations géopolitiques en cours.
Le pays fait face alors à une équation cubique dont les trois solutions réelles sont l’empowerment territorial, l’investissement productif créateur d’emplois et la confiance à l’international. Face à ses multiples défis, le Royaume est amené à faire appel à toutes ses compétences, d’ici et d’ailleurs.
Aujourd’hui, et dans le contexte actuel, prétendre que la diaspora marocaine représente un simple atout dans la croissance socio-économique nationale serait un signe d’ingratitude, sinon, et si de bonne foi, d’ignorance. En réalité, les MRE s’imposent aujourd’hui comme de véritables « As stratégiques et décisifs », capables de faire basculer la dynamique nationale vers un modèle plus agile, plus connecté et plus innovant. En termes de football, dans le schéma tactique marocain pour 2030, la diaspora est notre N° 10 !
En parallèle, il convient de souligner que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a, à maintes reprises, appelé au renforcement de l’intégration des Marocains du monde dans la vie politique et économique du pays. Dans son discours du 20 août 2015, à l’occasion de la Fête du Trône, le Souverain a insisté sur le fait que « les Marocains du monde doivent bénéficier d’un encadrement politique et institutionnel à la hauteur de leurs attentes« . Il a également rappelé leur rôle fondamental dans le rayonnement international du Maroc et a exhorté les institutions nationales à leur accorder une attention particulière, notamment à travers l’instauration d’une nouvelle relation avec nos compatriotes à l’étranger qui soit fondée sur la confiance, la valorisation des compétences, la simplification des procédures et l’ancrage de leur contribution dans le processus de développement du pays.
Outre cela, et dans son discours du 20 août 2022, Sa Majesté a réaffirmé que « les membres de notre communauté à l’étranger doivent bénéficier d’une plus grande implication dans les affaires publiques et d’un accompagnement efficace pour surmonter les défis auxquels ils sont confrontés« .
Par ailleurs, les chiffres montrent que :
- 5,4 millions de Marocains vivent à l’étranger, l’équivalent d’une grande région du Royaume.
- Leurs transferts de fonds ont atteint 117,7 MMDH en 2024, soit 7,7 % du PIB national (+2,1 % vs 2023). Ces transferts sont la première source de devises du Maroc, devant le tourisme, les IDE et les exportations de phosphates.
- Les MRE ont représenté 49 % des 17,4 millions d’arrivées touristiques (8,5 millions de visiteurs) en 2024.
- Les MRE contribuent à environ 15% des investissements privés au Maroc.
« À l’heure des grands choix pour 2030, la diaspora marocaine pourrait bien être le joker économique que le Royaume n’a pas encore pleinement joué ».
Opération Marhaba : les retrouvailles d’abord, mais l’investissement après !
Même à des milliers de kilomètres, le Maroc ne quitte jamais le cœur de ses enfants. La distance est cette soif persistante qui ne s’étanche qu’en se jetant dans les bras d’un proche ou d’un ami, sous un ciel marocain souvent ensoleillé et chaleureux.
Cependant, au-delà de cet accueil enthousiaste et tant émotionnel, cet unique lien, qui est censé constituer un atout économique qui accélère le rythme de croissance du Maroc, demeure souvent mal exploité, faute d’interlocuteurs, d’informations ciblées ou de fenêtres administratives adaptées.
En effet, et selon les données disponibles de Bank Al-Maghrib, du CCME et du HCP, les transferts de fonds des MRE orientés vers des investissements productifs ne dépassent pas 10%, soit environ 10 MMDH. Concernant le reste, il est principalement destiné à la consommation, l’immobilier résidentiel ou encore l’épargne de précaution (dwayer zman). N’est-ce pas du gâchis ? À l’approche d’événements d’envergure et afin de relever certains défis de taille, aujourd’hui semble être le moment opportun pour convertir ce lien affectif entre les MRE et leur Patrie en un partenariat stratégique qui bénéficie à tous.
Le point de départ : Repenser « Marhaba » comme une chaîne de valeur économique transnationale à fort impact.
Il s’agit de transformer l’opération « Marhaba » en une passerelle stratégique entre les MRE et les opportunités du territoire, bien avant leur arrivée sur le sol marocain. À l’instar des pratiques observées dans plusieurs pays d’accueil de leur diaspora, comme les programmes “India Development Foundation for Overseas Indians” ou les initiatives digitales de la Corée du Sud pour ses expatriés, le Maroc gagnerait à installer, en coordination avec les consulats, l’AMDIE, les banques partenaires et les représentations économiques, des bornes numériques interactives ou stands physiques dans les ports européens, aéroports, gares, et aires d’autoroute, dès les pays de résidence.
Ces dispositifs offriraient une information actualisée et géolocalisée sur les opportunités d’investissement dont les métiers mondiaux du Maroc, les filières prioritaires soutenues par l’État ou les régions, et finalement les offres d’accompagnement et d’incitations proposées par Tamwilcom, les CRI, ou les fonds régionaux…
Des dépliants thématiques imprimés ou numériques pourraient également être distribués, mettant en lumière le potentiel économique des 12 régions du Maroc, leurs spécificités sectorielles, leurs success stories, et les contacts directs des CRI ou guichets dédiés aux MRE.
Une fois au Maroc, des points d’information dans les stations d’autoroute, les gares ONCF et les halls d’accueil des grands aéroports permettraient de prolonger cette dynamique. Des agents multilingues, ou des bornes connectées au portail national des investissements, pourraient orienter les MRE selon leur région d’origine, leur profil, ou leurs projets envisagés.
Enfin, durant leur séjour estival, il serait pertinent de mettre en œuvre des caravanes économiques régionales ou des “Diaspora Investment Tours” : visites d’entreprises locales, rencontres avec des jeunes porteurs de projets, pitchs d’opportunités à co-financer, immersion dans des incubateurs régionaux… Le tout, dans un esprit de reconnexion utile, intergénérationnelle et territorialisée.
Une dynamique encore fragmentée
À quelques jours du 10 août, Journée nationale du migrant, cette date qui nous rappelle chaque année le rôle crucial de nos compatriotes établis à l’étranger, l’enjeu est d’accroitre la part destinée vers l’investissement productif dans les transferts des MRE.
La situation semble paradoxale : le fort attachement affectif et le potentiel de financement et d’expertise considérable demeurent disproportionnés aux initiatives d’investissement, surtout productives. En cause, trois défis majeurs à relever immédiatement :
- Le manque de confiance, nourri par l’absence de suivi, de retours d’expérience concrets ou de mécanismes rassurants pour sécuriser l’investissement.
- Une communication insuffisamment ciblée, qui ne parle ni le langage ni les codes des jeunes générations issues de la diaspora, pourtant prêtes à s’engager autrement.
- La contrainte du temps, trop souvent ignorée : avec quelques semaines seulement pour agir chaque année, il devient indispensable de proposer des parcours simplifiés, des démarches digitalisées et des services accessibles rapidement, notamment durant les périodes de retour massif ; et qui commencent depuis les pays de résidence grâce à une forte mobilisation de notre réseau de consulats.
Certes il existe plusieurs signaux positifs, mais le véritable tournant viendra d’un changement de posture : passer de la promesse à la preuve, du symbolique à l’opérationnel, et de l’émotion à l’efficacité.
Diaspora : transfert de fonds… et de compétences
La diaspora marocaine constitue un vivier d’innovateurs et un puits inépuisable de compétences. On estime aujourd’hui à plus de 700.000 le nombre de MRE hautement qualifiés (ingénieurs, médecins, chercheurs, chefs d’entreprise, créateurs de contenu, etc.).
Ces talents sont capables d’injecter une dose d’innovation dans les territoires marocains, à condition d’élaborer des programmes de transfert de compétences, de mentorat ciblé, et surtout une passerelle vers les marchés publics, où la commande nationale doit jouer un rôle de levier. Pour ce faire, et de manière concrète, le Maroc peut :
- Lancer un fonds de co-investissement diaspora (Tamwilcom x Régions)
- Créer une plateforme nationale de projets territoriaux co-finançables par les MRE (crowdfunding institutionnel)
- Développer un programme “Diaspora Business Angels & Mentors”, orienté innovation inclusive impliquant le secteur privé
- Flécher 3 à 5% des marchés publics innovants vers les solutions issues ou portées par des MRE
- Organiser des roadshows AMDIE, CRI & CGEM ciblés 2e/3e générations (Europe, Amérique du Nord).
De nos jours, il ne s’agit plus de convaincre, ou plutôt de persuader les MRE de revenir, mais le réel enjeu est de leur permettre d’investir, de transmettre et de transformer à distance. Cela n’est point possible avec des procédures d’investissement où le manque d’information fait encore défaut.
En 2022, Marocains d’ici et d’ailleurs ont vibré comme un seul cœur pour un seul maillot. En 2030, c’est cette même équipe unie qui peut transformer l’élan sportif en victoire économique. Une seule équipe, une seule ambition, un seul gagnant : le Maroc.
Nos MRE sont tellement qualifiés qu’ils peuvent protéger nos « bois » contre toute éventuelle décroissance, défendre les intérêts économiques du pays, animer nos milieux urbains et ruraux avec des investissements productifs et tirer dans la lucarne du développement pour un Maroc sans faille en 2030. Condition sine qua non : leur offrir les conditions appropriées !