La visite que vient d’effectuer à Alger le conseiller du président américain Massad Boulos la ramène, malgré elle, à la table des négociations. L’Américain lui a signifié qu’elle est bel et bien partie du problème et devrait faire partie de la solution.
La négociation entre les nations en paix est un acte subsidiaire à celui de représenter l’Etat. C’est une affaire de chaque instant dans les relations internationales, comme elle l’est aussi à l’échelle des individus. Elle est encore plus utile en cas de conflit ou de guerre pour ramener la paix et la stabilité. Quand on est bien intentionné et qu’on veut favoriser l’entente et la concorde, on ne fuit jamais une négociation. Dans le domaine de la diplomatie, la négociation est le mécanisme premier pour résoudre les conflits et promouvoir la coexistence pacifique entre nations.
Tout au long de l’histoire humaine c’est par la négociation entre nations qu’on a pu préserver la paix et relancer leur coopération. En 1648 la paix de Westphalie était un jalon dans l’histoire des négociations diplomatiques. Ce traité a mis fin à la guerre de trente ans, et introduit le concept de souveraineté des Etats, et de la non- ingérence dans les affaires intérieures, favorisant ainsi l’éclosion du système des Etats-Nations. Ces rencontres ont également établi le principe de l’immunité diplomatique, et formalisé la pratique des négociations par l’intermédiaire d’envoyés et des ambassadeurs.
On pourrait aussi évoquer le Congrès de Vienne entre 1814 et 1815 qui fut une étape cruciale dans les négociations entre les puissances européennes qui cherchaient à rétablir la stabilité sur le continent après les guerres napoléoniennes. Ce congrès a utilisé la diplomatie multilatérale pour résoudre les problèmes géopolitiques complexes, mettant l’accent sur le rôle des grandes puissances de l’époque dans la formation de l’ordre international. C’est aussi à travers la négociation qu’au début du 20e siècle on a scellé le traité de Versailles, après la première guerre mondiale, puis installé la Société des Nations, devenue l’Organisation des Nations-Unis suite au second conflit international.
Plus proche de nous, on pourrait évoquer également l’accord de paix historique entre l’Egypte et Israël en 1979 avec la médiation américaine, et par lequel le Caire a récupéré tout le Sinaï. A cette époque, les deux protagonistes étaient loin de pouvoir s’assoir autour d’une table et négocier des alternatives de paix, tellement les positions étaient incompatibles et opposées. Bien plus complexes encore, les accords d’Oslo de 1993 entre la Palestine et Israël qui illustrent cette nécessité de négocier pour arriver à la paix. Plusieurs cycles de pourparlers ont eu lieu pour aborder des questions litigieuses comme les tracées des frontières la sécurité et les réfugiés entre autres.
C’est en comparant les différentes négociations qui ont eu lieu par le passé, dans des conflits aussi inextricables que sanglants, qu’on se demande pourquoi le Maroc et l’Algérie ne sont-ils pas arrivés à une entente cordiale. Pourtant plusieurs pourparlers ont eu lieu par le passé, parfois par la médiation d’autres pays, mais sans résultat concret. C’est que les objectifs d’Alger n’ont jamais été la recherche d’une paix des braves et des compromis, mais d’imposer une vision hégémonique pour affaiblir le royaume et s’imposer comme la puissance incontournable au Maghreb.
Le Maroc se trouve en bien meilleure position que par le passé sur le dossier saharien. Il contrôle la grande partie de son territoire maintenant intégré dans le tissus social et politique national, et qui connait un développement économique remarquable. Dans toute la région saharienne en Afrique, c’est dans les provinces-du-sud que le taux d’intégration et de développement est le plus soutenu et le plus prometteur. Quant à l’Algérie, elle n’a jamais été aussi isolée sur ce dossier qu’elle l’est actuellement sur le plan international qu’elle continue désespérément à soutenir.
Nos deux pays sont certainement proches de conclure un jour un accord mais semblent besoin d’une vraie volonté politique d’une part, et d’une médiation solide qui a leur confiance d’autre part. Pour entamer ces pourparlers et régler ne serait-ce qu’une partie de ce long conflit, il faudrait une approche structurée, patiente et stratégique. Le premier objectif est donc de créer un climat favorable à la négociation qu’on sait par avance qu’elle ne serait pas aisée. Les termes réitérés du dernier discours royal, à l’occasion de la fête du trône, sont un pas dans ce sens. Ils traduisent cette volonté politique, au plus haut niveau de l’Etat marocain, de vouloir entamer les négociations. Cette volonté devrait, absolument et ouvertement, être exprimée par l’autre partie pour aller vers l’étape suivante. Celle de la réduction des tensions, de la cessation des hostilités, et de l’apaisement médiatiques entre nos deux pays.
Cependant le Maroc et l’Algérie ont accumulé des tas de crises et de tensions devenues, avec le temps, inextricables que leurs solutions nous semblent difficile et inatteignables. C’est pour dépasser cette réalité tangible qu’il devient nécessaire de mettre entre les deux un bon médiateur neutre, et un fin facilitateur qui aura la confiance des deux parties, et vers lequel on peut se tourner en cas de blocage. C’est généralement ce médiateur qui pourrait établir le cadre des négociations dans un lieu neutre, et où aucun des deux pays ne se sentira désavantagé.
L’agenda des négociations qui sera un jour établi entre les parties au conflit est dans ce cas d’extrême importance. Dès le départ, on doit fixer les sujets à traiter et les priorités, ainsi que l’ordre des discussions. Pour anticiper tout échec, on devrait s’accorder avant tout sur les limites à observer et à ne jamais dépasser. On recommande généralement d’entamer la négociation par les sujets les moins compliqués et de laisser pour plus tard les plus difficiles. Il est toujours bon de se rappeler que Quand on initie une prise de contact après une longue rupture, le plus important reste de reconstruire d’abord la confiance.
Car la méfiance qui s’est instaurée entre le Maroc et l’Algérie depuis les indépendances, nécessite d’avancer en douceur pour d’abord rétablir des relations de bon voisinage, sans pour autant brûler les étapes. On a accumulé, de part et d’autre, des reproches et des frustrations qui se sont accumulés sur plusieurs générations qu’il faudrait du temps et de la patience pour les dépasser. C’est pour cela que le jour où s’ouvriraient entre nous les négociations, il faudrait commencer par le commencement. C’est-à-dire rétablir en priorité la confiance, et traiter les sujets simples et consensuels, en laissant les litiges difficiles quand les conditions seraient réunies.
Il y a lieu également de porter une attention particulière aux premiers moments des rencontres si on veut que le processus aille à son terme. C’est généralement pendant ce temps du début où l’essentiel se décide, où se forgent les premières impressions, et où s’imprègnent les images dans la tête des négociateurs. Il est utile dés lors d’imprimer pendant ces premiers moments un style de relation ouvert et cordial qu’on souhaite voir s’établir tout au long des négociations et même après pour en assurer le suivi.
Il n’y a donc pas une seule recette à recommander pour réussir des négociations, mais plutôt des recettes en fonction des particularités de chaque conflit. Globalement, les négociations devraient, en premier lieu, aboutir à un dégel les premiers mois, pour faciliter un apaisement politique d’abord, et une relance de la coopération économique par la suite. Des gestes de confiance supplémentaires et des mesures concrètes pourraient suivre pour réconforter le déroulement des négociations. Il s’agira par exemple de la reprise des liaisons aériennes, de la réouverture partielle des frontières, des échanges entre patronats et entre les sociétés civiles entre autres.
L’Algérie, avec qui on aura un jour l’occasion de dialoguer, se trouve actuellement dans une situation régionale et internationale délicate, pour ne pas dire peu enviable. Elle se sent assiégée de toutes parts, non par un blocus militaire, mais par une diplomatie figée et un environnement stratégique qui lui est défavorable et qui limite drastiquement ses manœuvres. Elle subit des pressions géopolitiques de ses proches voisins en Libye au Sahel, de la part de la France, et des pressions migratoires accompagnées de menaces terroriste de l’AQMI et de l’Etat Islamique. Il faut ajouter à cela les pressions économiques et sa totale dépendance aux seules hydrocarbures qui sont certes un atout, mais qui constitue aussi une vulnérabilité face à la volatilité des prix et à la transition énergétique mondiale.