Sa stabilité politique, la solidité de son tissu industriel et la qualité de sa connectivité en font un point d’ancrage clé pour les entreprises désireuses de se déployer sur les deux continents.
Cette dynamique, conjuguée à une demande croissante des entreprises chinoises, d’Asie du Sud-Est et du Golfe, explique notamment l’expansion de Standard Chartered au Maroc avec l’ouverture d’un bureau l’an dernier. Nous constatons un intérêt grandissant de la part de clients asiatiques qui utilisent le Maroc non seulement comme plateforme de production, mais aussi comme porte d’entrée vers les marchés africains et européens. Le pays ne se contente plus de renforcer ses fondamentaux : il redéfinit son rôle dans l’économie mondiale.
Le Maroc : un marché clé aujourd’hui
Les perspectives macroéconomiques du Maroc continuent de s’améliorer. Selon les analyses de notre équipe Global Research, le Royaume aborde l’année 2026 dans une position relativement favorable.
La croissance nationale devrait atteindre 4,5%, après une performance supérieure aux attentes en 2025 (4,8%), portée par des investissements industriels soutenus, de vastes programmes d’infrastructures et les préparatifs liés à la Coupe du monde de la FIFA 2030. Les flux d’investissements directs étrangers ont progressé de plus de 10% l’an dernier, principalement dans les secteurs des énergies renouvelables, de l’automobile et de l’industrie manufacturière avancée.
Les investissements asiatiques ont largement contribué à cette dynamique. Le Maroc accueille aujourd’hui plus de 2,3 milliards de dollars d’investissements chinois, incluant des plateformes industrielles et des projets structurants portés par des groupes tels que CNGR, Shandong Group, Haitian Plastics ainsi que des fournisseurs liés à BYD, couvrant les chaînes de valeur des véhicules électriques, des matériaux pour batteries et de l’électronique. Des entreprises japonaises et coréennes ont également renforcé leur présence, notamment dans les systèmes de câblage automobile et les composants électroniques, souvent destinés aux constructeurs européens depuis des sites de production marocains.
La logistique et la connectivité commerciale constituent un pilier central de ce positionnement. Tanger Med est aujourd’hui le premier port d’Afrique et classé parmi les 25 plus grands ports mondiaux. Le port a traité près de 9,2 millions d’EVP (équivalents vingt pieds) en 2023. Grâce à des connexions directes vers plus de 180 ports à travers le monde, il est devenu un hub de transbordement stratégique reliant l’Asie, l’Europe et l’Afrique de l’Ouest, réduisant significativement les délais de transport et les coûts logistiques pour les exportateurs.
Parallèlement, le réseau de plus de 50 accords commerciaux du Maroc, offrant un accès préférentiel à l’Union européenne, aux États-Unis et à de nombreux marchés africains, confère aux entreprises opérant depuis le Royaume une portée commerciale inégalée.
Les mutations des chaînes d’approvisionnement Asie-Afrique : une opportunité stratégique pour le Maroc
Les grandes entreprises internationales accélèrent leurs stratégies de diversification et de nearshoring en réponse aux tensions géopolitiques, aux perturbations logistiques et au durcissement des exigences ESG. Dans ce contexte, le Maroc s’impose comme une destination privilégiée pour les industriels asiatiques cherchant à rééquilibrer leurs chaînes d’approvisionnement.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution : une main-d’œuvre compétitive et de plus en plus qualifiée, des plateformes industrielles intégrées telles que Tanger Tech, Kénitra Atlantic Free Zone ou Midparc, l’accès à des énergies renouvelables à grande échelle, ainsi qu’une proximité stratégique avec les marchés européens. Pour de nombreux groupes asiatiques, produire au Maroc permet de servir l’Europe et l’Afrique avec des délais plus courts, une empreinte carbone réduite et une meilleure résilience des chaînes logistiques.
Alors que les volumes d’échanges commerciaux entre l’Asie et l’Afrique continuent de croître, dépassant désormais les 300 milliards de dollars, les chaînes d’approvisionnement deviennent de plus en plus multipôles. Le Maroc s’affirme progressivement comme une base opérationnelle pour les entreprises asiatiques produisant localement et exportant à la fois vers l’Europe et l’Afrique de l’Ouest.
À moyen terme, trois chaînes de valeur apparaissent particulièrement bien positionnées pour renforcer leur présence au Maroc. La première concerne les matériaux et composants pour batteries de véhicules électriques, portée par le durcissement de la réglementation européenne, la demande pour des productions à faible empreinte carbone et l’émergence d’un écosystème marocain autour des cathodes, des précurseurs et du recyclage.
La deuxième concerne l’agro-industrie et la transformation alimentaire, dans un contexte où l’Asie et l’Afrique cherchent à sécuriser et diversifier leurs sources d’approvisionnement en produits essentiels. La troisième concerne l’aéronautique et l’ingénierie de haute précision, soutenues par la maturité de la base industrielle marocaine et la fiabilité croissante de ses exportations.
Les secteurs où le Maroc se distingue déjà
Plusieurs secteurs attirent d’ores et déjà des investissements asiatiques durables et devraient jouer un rôle moteur dans la prochaine phase de croissance.
Dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert, le Maroc produit déjà plus de 20% de son électricité à partir de sources renouvelables et bénéficie de ressources solaires et éoliennes parmi les plus compétitives au monde. De nombreux projets d’envergure et initiatives pilotes sont en cours de développement, suscitant l’intérêt d’acteurs énergétiques japonais, chinois et coréens, notamment dans le financement de projets, la décarbonation industrielle et les dérivés de l’hydrogène.
Dans l’automobile et la mobilité électrique, le Maroc est devenu le premier exportateur de véhicules en Afrique, avec plus de 500 000 unités produites en 2023. Les fournisseurs asiatiques renforcent leur présence dans les composants, les faisceaux électriques, les matériaux pour batteries et les plateformes de véhicules électriques, consolidant ainsi le rôle du Maroc comme maillon clé de la chaîne de valeur européenne des véhicules électriques.
Dans l’agro-industrie, une production agricole solide combinée à des infrastructures modernes de chaînes du froid et portuaires permet au Maroc d’accroître ses exportations d’agrumes, de fruits rouges et de produits transformés. Les distributeurs et maisons de négoce asiatiques y établissent de plus en plus leurs activités d’approvisionnement et de transformation.
Dans l’aéronautique, le cluster marocain compte désormais plus de 140 entreprises. Des fournisseurs asiatiques rejoignent les acteurs européens et nord-américains déjà implantés, notamment dans les systèmes de câblage, les matériaux composites et les activités de maintenance, réparation et révision (MRO), attirés par la compétitivité des coûts, la disponibilité des compétences et la fiabilité des exportations.
Le financement, catalyseur de la croissance transfrontalière
Le financement transfrontalier joue un rôle croissant dans la capacité des entreprises à développer leurs opérations au Maroc et à s’intégrer aux chaînes de valeur Asie-Afrique. Un exemple récent est celui de Cobco S.A., coentreprise entre le groupe chinois CNGR et le groupe marocain Al Mada, qui développe des capacités de production de précurseurs pour batteries de véhicules électriques dans le Royaume.
Cobco a récemment finalisé une syndication de crédit acheteur couverte par Sinosure afin d’étendre sa production de précurseurs ternaires au Maroc. Cette opération marque la première implantation à l’étranger de CNGR dans ce segment et l’établissement d’une chaîne industrielle complète de batteries pour les nouvelles énergies en Afrique. La transaction a mobilisé sept banques issues de Chine continentale, de Hong Kong, d’Europe et d’Afrique, témoignant de la forte confiance accordée au Maroc en tant que plateforme industrielle et financière.
Standard Chartered est intervenu en tant que “Joint Mandated Lead Arranger”, “Joint Bookrunner”, “Joint Green Loan Coordinator”, “Joint Structuring Bank”, prêteur et banque correspondante. Cette opération illustre la manière dont des structures financières coordonnées et multi-juridictionnelles peuvent permettre un passage à l’échelle industrielle, renforcer des chaînes d’approvisionnement stratégiques et approfondir les liens commerciaux entre l’Asie et l’Afrique avec le Maroc en position centrale.
Le Maroc à un tournant stratégique mondial
La trajectoire actuelle du Maroc est avant tout définie par sa capacité à concrétiser ses projets, plus que par la seule hauteur de ses ambitions : des infrastructures portuaires de rang mondial aux clusters industriels performants, en passant par la montée en puissance des investissements asiatiques et des financements transfrontaliers de plus en plus sophistiqués, le Royaume consolide son rôle de plateforme stratégique à la croisée de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe.
Pour les entreprises en quête de résilience à long terme, de chaînes d’approvisionnement diversifiées et d’accès à des marchés à forte croissance, le Maroc offre une proposition de valeur particulièrement attractive.
Chez Standard Chartered, nous sommes convaincus que la prochaine décennie ouvrira d’importantes opportunités le long du corridor Asie-Afrique et que le Maroc jouera un rôle central dans la structuration de cette nouvelle phase du commerce et de l’investissement mondiaux.