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10ᵉ congrès de l'OEC

10ᵉ congrès de l'OEC
16 novembre 2025
16:58 Face aux impératifs ESG, les experts-comptables devront assumer un nouveau rôle
Alors que la durabilité devient un passage obligé pour les entreprises, la profession comptable se retrouve en première ligne. Sophia Guessous, présidente du comité scientifique du 10ᵉ Congrès de l’Ordre, revient sur les chantiers urgents : cadre réglementaire, rôle élargi et montée en compétences.

Au moment où les entreprises sont sommées d’intégrer l’ESG dans leur modèle, la profession comptable se trouve propulsée dans un rôle élargi, entre pédagogie, accompagnement et future certification des données extra-financières. Sophia Guessous revient sur ce tournant, largement discuté lors de la dernière plénière du congrès.

Médias24. Vous avez modéré la dernière plénière consacrée à la durabilité. Que retenez-vous de ce débat qui vient de se terminer ?

Sophia Guessous : la plénière s’intéressait à la durabilité comme vecteur de performance. Les échanges ont été très fructueux, avec la participation de représentants de la CGEM, de l’Autorité marocaine du marché des capitaux, et du Conseil de l’ordre de France, représenté par M. Tonner, responsable de la commission durabilité.

Ce qu’il en ressort, d’abord, c’est que la durabilité n’est pas uniquement une exigence réglementaire : c’est une opportunité pour accompagner les entreprises, notamment celles qui souhaitent accéder au financement, faire appel public à l’épargne ou se développer à l’international. Les parties prenantes sont de plus en plus exigeantes en matière d’ESG : environnement, social et gouvernance.

Investir dans la durabilité n’est donc pas un coût supplémentaire, mais un investissement — technologique, matériel et surtout humain. C’est un investissement de long terme, dont les dirigeants doivent tenir compte.

Le deuxième point concerne le cadre réglementaire et les standards. Rien n’est figé aujourd’hui, même au niveau européen, où les législations évoluent très rapidement. Tous les participants s’accordent sur la nécessité d’un cadre réglementaire uniforme, mais flexible, évolutif et tenant compte des spécificités sectorielles. On ne peut pas exiger les mêmes informations d’une entreprise industrielle, d’une entreprise de services ou d’un établissement financier.

Troisième point : les rapports extra-financiers. Ils sont nouveaux pour nous, experts-comptables habitués à travailler sur le financier. Nous sommes désormais interpellés pour produire des travaux sur des éléments non financiers, ce qui nécessite formation, normalisation et adaptation.

– Vous avez parlé de la durabilité comme investissement plutôt qu’un coût. Sur le terrain, les entreprises ont-elles réellement conscience de cette opportunité ?

– En toute franchise, pas encore. Elles cherchent d’abord à comprendre. L’expert-comptable doit donc jouer un rôle pédagogique : accompagner, expliquer, établir une feuille de route claire. Une fois qu’elles franchissent le pas, elles prennent conscience de l’intérêt. Par exemple, lorsque leur banque leur demande des indicateurs ESG qu’elles ne sont pas en mesure de produire, alors qu’elles doivent lever des fonds.

C’est aussi un moyen de rechercher de la performance interne : mesurer, structurer, mettre en place des indicateurs pertinents en matière d’environnement, de social et de gouvernance.

– Et pour les experts-comptables eux-mêmes, qu’est-ce que la durabilité change ?

-La durabilité redéfinit les rôles de l’expert-comptable. C’est un enjeu essentiel pour la profession et pour son avenir. Le triptyque du congrès n’a pas été choisi par hasard : la durabilité va façonner notre métier et le profil de l’expert-comptable de demain.

Les économies du monde entier, y compris le Maroc, vivent une transition écologique. Nous devons accompagner ces évolutions et être capables de prodiguer conseil, accompagnement et diligences nécessaires pour la mise en conformité.

L’expert-comptable a toujours été un partenaire historique de l’entreprise. Comme pour d’autres réformes — par exemple la loi sur les délais de paiement — il est appelé à accompagner, structurer, organiser et, par la suite, certifier les éléments extra-financiers, sans être en situation d’incompatibilité.

– Vous l’avez évoqué : plusieurs référentiels coexistent. Le Maroc développe-t-il son propre cadre réglementaire ?

– Absolument. L’AMMC a pris les devants sur ce sujet. Des projets sont en cours et seront soumis à consultation. Nous, experts-comptables, serons sollicités pour donner nos avis et recommandations. L’objectif est d’obtenir un cadre conforme aux attentes de toutes les parties concernées.

Nous devrons ensuite maîtriser ces nouvelles règles, nous former et former nos collaborateurs. L’Ordre devra aussi adapter les normes et directives afin d’uniformiser les pratiques et les rapports, en cohérence avec les standards internationaux.

Je souligne que les actions de formation ont déjà commencé. Des formations certifiantes sur la durabilité ont été proposées, et d’autres suivront dans le cadre de cette transition écologique.

– En tant que présidente du comité scientifique, vous avez travaillé sur toutes les thématiques du congrès. Un mot de conclusion ?

– Je dirais que nous sommes prêts à accompagner ces développements. Nous avons nos missions classiques, mais nous devons évoluer avec notre environnement : révolution numérique, révolution écologique, révolution humaine liée aux talents.

Ce congrès a montré beaucoup d’optimisme et de solidarité entre toutes les parties prenantes : autorités de contrôle, établissements de formation comme l’ISCAE, experts-comptables, étudiants.

Les échanges, notamment sur les talents, ont montré un engagement clair pour former les experts-comptables de demain. Le profil de l’expert-comptable 2030, 2035 ou 2040 sera différent : capable d’intégrer de nouveaux outils, en phase avec les innovations technologiques et réglementaires.

Au 10ᵉ congrès de l’Ordre des experts-comptables à Rabat, Ahmed Chahbi, vice-président du Conseil national, défend une idée simple : la technicité restera indispensable, mais elle ne suffira plus. L’expert-comptable devra devenir un stratège, un analyseur d’informations produites par l’IA, et non plus un exécutant de tâches répétitives.

Sorti de la première plénière consacrée aux talents et à l’avenir du métier dans le cadre du congrès de l’Ordre des experts-comptables, Ahmed Chahbi revient pour Médias24 sur un débat qui traverse toute la profession : que reste-t-il de la technicité à l’heure où l’intelligence artificielle automatise une large partie du traitement comptable ? Le vice-président du Conseil national estime que l’IA redistribue les rôles, impose une montée en compétences et oblige cabinets et écoles à revoir leurs modèles. Entretien.

Médias24 : M. Chahbi, vous sortez à l’instant de la plénière qui était consacrée au débat autour des talents. Vous avez posé une question que l’on peut considérer comme un peu provocatrice : « Est-ce que la technicité a encore un avenir ? ». Qu’est-ce qui est ressorti après près d’une heure de débat ?

Ahmed Chahbi : En effet, aujourd’hui, on avait une plénière qui traitait la question de la technicité et de savoir si elle est toujours d’actualité avec l’avènement de l’intelligence artificielle. Par conséquent, nous avons souhaité parler de la notion de talent dans ce nouveau contexte.

Ce qu’il faut préciser, c’est qu’on ne pouvait pas parler de l’intelligence artificielle et de la durabilité sans parler de talent. Avec cette évolution, comme vous le savez, le changement est l’élément le plus important pour qu’on puisse s’adapter à notre nouvel environnement.

La première des choses à changer, ce sont les compétences. C’est pour cela que nous avons prévu ce panel, pour se poser la question : est-ce que la technicité sera toujours un atout, sera toujours une compétence importante pour un professionnel, notamment pour un expert-comptable ?

Nous avons invité des intervenants éminents du monde académique et du monde de la gestion des ressources humaines, qui ont partagé avec nous leur vision par rapport à cette notion de talent.

Nous avons notamment parlé des talents hybrides. C’est quoi, les talents hybrides ? Ce sont des personnes qui doivent maîtriser la technicité, mais également maîtriser tous les aspects de l’intelligence artificielle.

La technicité existera toujours, mais c’est le traitement nécessaire pour exercer une activité – notamment l’expertise comptable – avec l’ensemble des tâches qu’on faisait avant. L’IA va pouvoir nous aider à faire ces tâches-là et à exercer un certain nombre de fonctions, mais cela ne va pas enlever le savoir-faire de l’expert-comptable en termes techniques.

C’est très simple : pour que je puisse analyser, pour que je puisse savoir et évaluer une information, je dois la maîtriser en amont. Donc je dois maîtriser la technicité, mais je dois également maîtriser d’autres compétences qui vont me permettre d’avoir une capacité supérieure à exercer ma profession et ma mission.

– Justement, comme vous venez de le dire, l’IA va remplacer certaines tâches. Pour le métier d’expert-comptable, on peut imaginer que des tâches de traitement de données, de contrôle ou un certain nombre de tâches administratives ou répétitives vont être confiées à l’IA. Par conséquent, quelles vont être les compétences techniques que l’on doit maintenir au niveau de la compétence humaine ?

– Lorsqu’on parle des tâches qui sont faites par un professionnel de la comptabilité en général, et par un expert-comptable en particulier, j’attire l’attention sur une chose que disent les experts en IA : tout ce qui est lié à des documents ou à des informations peut être fait par l’intelligence artificielle. Et c’est déjà ce qu’on vit actuellement.

Quand on parle, par exemple, de traitement d’information, qu’on récupère des documents, il y a déjà l’OCR que nous utilisons aujourd’hui, c’est-à-dire la reconnaissance de l’information sur un document. Je donne un document scanné, ou que je scanne pour une intelligence artificielle, elle va reconnaître l’information, elle va même la traiter et faire une proposition de traitement, et, si on parle de comptabilité, une proposition d’écriture comptable. Cela va donner la possibilité à l’expert-comptable de valider ou de ne pas valider ce traitement qui a été fait.

Donc, l’intelligence artificielle va nous permettre essentiellement de gagner en productivité. Cela a été dit lors des plénières, l’intelligence artificielle va nous permettre de gagner en productivité entre 25% et 50%, ce qui est énorme. Par conséquent, on aura plus de temps pour faire un travail avec plus de valeur ajoutée. C’est-à-dire qu’on ne va pas rester dans le détail, on ne va pas rester dans le traitement que l’on considère actuellement comme un traitement basique.

Il y a quelques années, il fallait être un vrai comptable, maîtrisant le plan comptable, la partie double, le débit-crédit, beaucoup de choses, pour pouvoir tenir une comptabilité. Maintenant, non : il suffit, dans un premier temps, de savoir scanner un document pour pouvoir traiter une comptabilité.

Par la suite, l’apport de l’expert-comptable va se situer au niveau de l’analyse, au niveau de l’utilisation de l’information qui sera traitée par l’IA. Et surtout, l’expert-comptable a toujours été considéré comme un tiers de confiance. Cette confiance fait qu’on aura toujours besoin de lui pour vérifier et valider une information qui est produite par une intelligence artificielle.

Donc l’expert-comptable de demain aura un apport sur des activités à plus forte valeur ajoutée.

– Justement, vous avez déjà affirmé, avant la tenue du congrès, dans une sortie médiatique, que l’IA ne remplacera pas l’expert-comptable, mais qu’elle en fera un stratège, ce qui résume plus ou moins ce que vous venez de dire à l’instant. On est donc sur plus de valeur ajoutée… Ma question est plutôt d’ordre interne pour les cabinets : comment peut-on mesurer cette valeur stratégique, cet apport stratégique, pour les talents que l’on recrute ?

– Comme vous l’avez bien précisé, l’apport de l’expert-comptable sera avec une plus forte valeur ajoutée au niveau de son travail. On ne parle pas uniquement de comptabilité : on fait également de l’audit, du conseil, du conseil financier. Établir un business plan, aujourd’hui, vous pouvez le faire avec l’IA. Mais comment compiler toutes ces informations pour pouvoir dire : c’est ce qu’on veut comme résultat, c’est le résultat souhaité, et c’est un résultat qui respecte un certain nombre de normes et de critères ? C’est là où l’on a besoin d’un expert-comptable.

Par contre, par rapport aux collaborateurs, tous ceux qui faisaient le travail de comptabilité, par exemple, si je reste sur ce secteur, bien sûr, ils ne le feront plus de la même manière, mais ils doivent monter en compétences, d’où la nécessité de la formation. C’est ce que nous avons traité tout à l’heure avec nos panélistes, et ils ont beaucoup insisté sur ce point.

Il faut revoir la formation de ces personnes-là, de ces profils-là, parce qu’ils n’ont plus besoin uniquement d’aspects techniques. Peut-être qu’on va faire des rappels, des mises à niveau pour qu’ils sachent de quoi il s’agit, mais ils ont besoin d’autres compétences pour pouvoir utiliser l’intelligence artificielle correctement et, par la suite, s’assurer que l’information a été bien traitée.

Je pense que la notion de formation est très importante, qu’il s’agisse de la formation de base, de la formation initiale, ou de la formation continue. Si nous avons sur le marché des personnes déjà formées en comptabilité, demain, elles devront compléter cette formation. Elles ne vont plus travailler uniquement avec ce qu’elles savaient auparavant, elles doivent compléter, d’où l’importance de la formation continue.

Le deuxième point, toujours par rapport aux compétences dans les cabinets, c’est que les écoles, notamment les écoles de commerce, doivent également revoir leurs programmes. On ne doit pas continuer à former les mêmes profils et les mêmes compétences, sachant que nous avons désormais un autre contexte économique et un autre business model que celui que nous avions auparavant.

– Dans ce cadre-là, l’Ordre des experts-comptables a-t-il des contacts avec les établissements de formation pour les inciter, les orienter par rapport aux besoins quotidiens et futurs ?

– D’abord, pour la formation d’expert-comptable, comme vous le savez, actuellement, pour le diplôme marocain, il y a l’ISCAE qui forme les experts-comptables. Nous avons eu la chance d’avoir, au niveau de notre panel, M. Malki, directeur général du groupe ISCAE, et nous l’avons interpellé par rapport à cela.

L’objectif est de revoir déjà la formation des experts-comptables, pour qu’ils puissent intégrer, au niveau des programmes, des modules qui répondent à ce besoin spécifique, et qui est d’actualité.
Je pense que ce sont des choses qui vont prendre un peu de temps, malheureusement, parce que ce sont des programmes à mettre en place, des validations à obtenir, parce que c’est une école publique. Par conséquent, il y a des procédures à suivre. Mais nous sommes très conscients de l’importance de la formation et de la nécessité de revoir cette formation.

Ce qu’il faut noter aussi, et cela a été dit par un de nos panélistes, notamment M. Jamal Bharj, c’est la question de l’accessibilité de l’information au niveau international. Nous avons des écoles qui forment un certain nombre de technicités et de compétences. Actuellement, vous allez trouver des universités internationales qui offrent des formations certifiantes gratuites sur internet, et qui vont vous permettre d’améliorer et de monter en compétence en tant que professionnel de la comptabilité.

Comme je l’ai dit lors d’un précédent entretien, la problématique que nous avons actuellement, c’est la question du temps. Et c’est très important, parce qu’avant, lorsqu’on parlait de digitalisation et de technologie, tout cela venait doucement. Lorsqu’on voulait développer un logiciel, pour rester dans cet exemple, cela prenait quelques années. Le mettre en place prenait également une année ou deux. On avait le temps d’implémenter le logiciel avant d’avoir une nouvelle version.

Maintenant, avec l’intelligence artificielle, on n’a plus ce temps-là. Vous demandez à quelqu’un de vous préparer quelque chose en intelligence artificielle, il va le faire en une ou deux semaines. Et même si vous faites ce travail, trois ou quatre semaines après, il va revenir vous dire : la technologie que j’ai utilisée est obsolète.

Nous sommes donc sur une vitesse très élevée de changement technologique, qui va forcément nous influencer. Mais, comme disait l’autre, lorsqu’on a un changement extérieur supérieur au changement intérieur, il faut s’attendre à la fin. Et c’est justement ce que nous voulons éviter pour nos confrères et consœurs experts-comptables.

– Du coup, si vous deviez donner un conseil aux professionnels en exercice ou aux jeunes talents qui veulent exercer ce métier à l’avenir, quel serait ce conseil ?

– Premièrement, il faut s’y mettre le plus tôt possible. Il ne faut pas attendre que les choses changent et évoluent en restant dans une position d’observateur, à surveiller ce qui se passe autour de nous.

Il faut s’y mettre tout de suite. Tout ce qui est technologie est devenu accessible, même en termes de coût, pas comme avant. Par conséquent, tous les cabinets peuvent s’y mettre. Il faut absolument mettre en place les dispositifs nécessaires pour qu’il y ait un changement technologique au niveau de nos cabinets. Ça, c’est très important.

Deuxième chose : il faut investir dans les talents et les profils hybrides, c’est-à-dire ceux qui ont une double formation. Je peux partager avec vous une petite expérience personnelle au niveau de mon cabinet : j’ai déjà eu recours à un profil en intelligence artificielle que j’ai recruté. Lorsque je lui ai demandé de me développer des agents d’intelligence artificielle pour réaliser des petites tâches rapides, nous avons été agréablement surpris par les résultats, ne serait-ce que pour des petites choses : rédiger un rapport, une lettre, un mail spécifique à notre métier.

Il fallait le faire, parce qu’on ne peut pas travailler avec des solutions grand public ; ce sont des agents spécifiques. Cela nous permet de gagner énormément en productivité, au niveau des collaborateurs et du cabinet en général.

Donc, les talents et les profils hybrides, c’est quelque chose qu’on doit chercher. Si on ne les trouve pas, il faut essayer de les développer en interne. Formez vos collaborateurs à l’intelligence artificielle : ils en auront besoin et ils vont vous aider à améliorer votre productivité.

Pour Hicham Zouanat, l’expertise technique garde sa place, mais ne garantit plus l’évolution de carrière. Soft skills, maîtrise de l’IA et capacité d’apprentissage permanent deviennent incontournables. Il plaide pour une réforme profonde de la formation continue, qu’il juge en déphasage avec les besoins réels des entreprises.

Intervenant au congrès de l’Ordre des experts comptables lors d’un panel consacré aux talents et à l’impact de l’intelligence artificielle sur les métiers, Hicham Zouanat décrit un marché du travail en bascule : l’expertise technique se déplace vers les services partagés, les compétences comportementales prennent le dessus dans le recrutement, et la formation continue devient un impératif stratégique. Entre upskilling, reskilling et réforme du système de la formation professionnelle, il dresse un état des lieux sans détour.

Médias24 : Vous étiez l’un des intervenants dans le cadre du panel dédié aux talents où vous avez parlé de la technicité et de l’avenir de l’IA. Je vais élargir la question à toutes les entreprises. De votre point de vue, et du point de vue de l’entreprise, est-ce que la technicité a toujours un avenir, sachant que l’IA peut remplacer plusieurs aspects techniques ?

Hicham Zouanat : C’est une question très intéressante. Je vais essayer de la disséquer en deux temps. Est-ce que la technicité et l’expertise, en général, ont de l’avenir ? Oui, elles ont toujours leur place, mais ça dépend de ce qu’on appelle « l’avenir ». Dans les entreprises, on aura toujours besoin d’expertise et de technicité. Sauf que, de plus en plus, et avant même l’avènement de l’IA, tout ce qui est transactionnel, qui n’a pas besoin de trop d’analyse de l’humain dans l’entreprise, devient sujet à externalisation dans le cadre de ce qu’on appelle les shared services.

Tout ce qui est transaction, que ce soit la paie, la tenue de la comptabilité, tout ce qui est vraiment transactionnel parce que c’est lié à un référentiel normatif : tout le monde peut le faire, et maintenant on le fait en services partagés, avec une meilleure efficacité.

On aura toujours besoin d’une expertise et d’une technicité qui traitent également des données, avec de l’analyse derrière, et ça, ça a toujours sa place. Elle est très critique dans l’entreprise. Certaines entreprises demandent à avoir 20% d’expertise technique dans leurs effectifs. D’autres, dans le luxe ou les parfums par exemple, ont besoin de plus de 40%. Tout ce qui est R&D est beaucoup plus énergivore en la matière.

Sauf que si vous me dites : « Est-ce que la technicité a de l’avenir pour faire une carrière de general management, est-ce qu’elle est destinée à vous propulser vers des postes de DG ? ». Je vous dis : définitivement non, parce qu’elle est largement supplantée par la dimension leadership et par les aspects managériaux.

– Justement, aujourd’hui, vous êtes aussi recruteur. Si vous avez deux profils techniques, qu’est-ce qui va faire la différence pour trancher en faveur de l’un ou de l’autre ?

– Pour moi, la question est très facile, même si ce n’est pas le cas dans d’autres entreprises, et je vais vous dire pourquoi. Entre deux profils techniciens, je choisirai celui qui a le plus de soft skills, c’est-à-dire celui qui va s’insérer et s’intégrer le plus facilement chez moi : avec de l’esprit d’équipe, de l’agilité, de la pensée critique et de l’ouverture.

Dans d’autres entreprises, quand la fonction RH est faible, quand vous avez un DRH qui ne s’impose pas, un recruteur qui n’a pas la capacité de donner son point de vue, le métier exige davantage quelqu’un qui est très technicien plutôt que quelqu’un qui est moyen.

Moi, je vais vous choquer : entre quelqu’un qui est excellent sur le plan expertise et quelqu’un qui est moyen, je prendrai toujours celui qui est moyen avec de meilleures soft skills, parce que la technicité, ça s’apprend. En six mois, un an, il deviendra excellent. Par contre, les soft skills, c’est du long terme en matière de développement.

– Tout à l’heure, sur le plateau, on parlait de talents hybrides. Je voudrais mettre cette notion en lien avec l’opposition faite entre le profil spécialisé et le profil polyvalent. Est-ce qu’on peut considérer que ce que vous appelez aujourd’hui « profil moyen » correspond à cette polyvalence, celle de quelqu’un qui a la capacité d’être placé dans plusieurs métiers ou plusieurs services dans l’entreprise ?

– Ce sont deux choses différentes. La polyvalence est une tendance : les gens ont besoin de plus de polyvalence, mais pour moi, c’est plutôt de l’ »agilité augmentée », c’est-à-dire une polyvalence augmentée, c’est de l’agilité. C’est ce qui vous donne des chemins de carrière vers des postes de management. L’expertise, elle, est beaucoup plus confinée à la technicité. Pour moi, ce sont deux choses différentes.

– On parle d’IA, de data, de maîtrise de nouvelles technologies, qui sont une expertise. Mais aujourd’hui, on demande justement aux talents, même s’ils ne sont pas spécialistes, d’avoir ces compétences-là, d’être à l’aise avec la gestion des outils d’IA. Concrètement, dans les entreprises, dans les process de recrutement, la maîtrise de l’IA et de la data sont-elles aujourd’hui des demandes explicites dans les fiches de poste ?

– Il y a peu de temps, la réponse était non : on ne l’exigeait pas. Et, pour être plus précis, ça dépendait des postes. Il y avait des postes où l’on exigeait une maîtrise ou au moins une facilité à utiliser l’IA et, dans d’autres, lorsque quelqu’un était franchement loin de tout ça, on ne l’exigeait pas. Mais ça, c’est révolu. Maintenant, la maîtrise de l’IA ou les digital skills en général passent de compétences spécifiques à des compétences génériques, à demander à tout le monde.

– Quand l’entreprise a un effectif déjà en place mais qui n’a pas ces capacités, on est obligé de passer par la formation plutôt que par le renouvellement des effectifs. Cela me ramène à un sujet sur lequel la CGEM a toujours milité : la réforme du système de formation continue et l’adaptation des formations aux besoins des entreprises. Sur ces deux thèmes, quelles sont les évolutions ? Est-ce qu’il y a du nouveau ?

– Vous avez posé deux questions. La première est importante : on doit cesser de produire des gens qui ne s’insèrent pas dans le marché. Et ça, c’est la question que vous avez posée sur l’adéquation. Pour cela, il faut qu’on se batte pour plus de proximité entreprise-université. Ça ne passera pas autrement que par ça.

Deuxième question : si vous avez déjà un stock de ressources chez vous, comment va-t-on les développer, les former ? Pour être honnête avec vous, tout le monde n’est pas « développable ». D’accord ? Il y a deux chemins maintenant pour le développement : ce qu’on appelle l’upskilling et le reskilling.

Il y a des gens qui sont « upskillables« , qu’on peut développer rapidement, peut-être parce que l’âge, l’ouverture d’esprit, la facilité à utiliser les outils sont là. D’autres manifestent clairement qu’ils ne peuvent pas franchir ce cap. Ce n’est pas pour autant qu’ils ne servent à rien, au contraire : là intervient la dimension reconversion, qui passe par la formation.

Les deux, upskilling et reskilling, passent par la formation : on les développe, on les reconvertit et on les fait évoluer en termes de compétences par la formation. Ils prendront des chemins différents, jusqu’à l’avènement de la génération Z, qui est à la porte des recrutements, et où il n’y aura plus forcément ce phénomène de reskilling et de résistance au changement, parce que ce sont des digital natives.

Maintenant, le levier pour faire tout ça, c’est la formation, quoi qu’il arrive.

Cela fait vingt ans que j’assiste à des débats intestins, à des querelles entre, en général, l’entreprise et l’administration de la formation. Je ne veux jeter l’anathème ni la pierre à quiconque. J’ai une transversalité en termes de postes au niveau d’un conseil d’administration, celui de l’OIT, où je vois des pays quadrupler ou quintupler leur budget de formation pour faire face à l’upskilling et au reskilling.

Au Maroc, cela fait vingt ans qu’on se bat pour un manuel de procédure des remboursements des contrats spéciaux. C’est grave. À mon avis, il faut plus d’audace, plus de vision, plus de pleine conscience de ce qu’on vit en termes de risques et d’enjeux.

Il faut dépasser ces querelles-là, reposer le FPT sur un autre cadre de gestion, vers une S.A., avec une administration beaucoup plus fluide, laisser l’OFPPT gérer la formation initiale, et laisser cette S.A., avec une gouvernance tripartite (État, privé, FPT), gérer la formation continue, avec des process dédiés, au lieu de la mettre dans ce carcan administratif qui n’a rien donné depuis vingt ans.

– Il n’y a encore aucune évolution à ce niveau ?

– Si, il y a des discussions. Franchement, ces derniers mois, pour la première fois, j’ai vu une forme de prise de conscience et d’évolution.

On ne se bat plus sur du 30%/70% de remboursement, sur des manuels de procédures : on veut relever le niveau. Je l’ai vu à un très haut niveau, au niveau du gouvernement marocain qui prend ces sujets au sérieux, ainsi que le ministère de tutelle.

Je crois que, dans les prochaines semaines, vous allez voir le début de ce projet de réforme de la gouvernance de la formation continue.

Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a été l'un des intervenants de marque du congrès. Il a consacré son Keynote à la durabilité dans l’industrie marocaine : défis, mutations et opportunités.

Homme Vs Machine : Qui fait quoi ? Qui contrôle quoi ?. C'est le thème de la keynote speech de Khong Lô Pham, Expert en IA et professeur à l’Africa Business School/UM6P lors du congrès de l'OEC.

À l’occasion du 10ᵉ congrès de l’Ordre des experts-comptables, Faïçal Mekouar défend un triptyque stratégique – intelligence artificielle, durabilité, talents – et plaide pour une refonte profonde de la formation. Il insiste : l’IA bouleversera le métier mais ne remplacera pas le rôle de tiers de confiance.

Médias24 : Ce congrès se tient sous le thème « IA, durabilité, talents : la stratégie gagnante ». Pour quelles raisons ce triptyque a-t-il été retenu comme fil conducteur du congrès ?

Faïçal Mekouar : Je dirais que c’est un triptyque qui s’est imposé à nous. Il s’est imposé à nous lorsqu’on a ouvert la réflexion pour choisir quelle thématique traiter. Il fallait qu’on identifie notre rôle : être dans l’anticipation, dans la prédiction, dans la prospective, tout en traitant des sujets auxquels nous sommes confrontés au quotidien.

Et le quotidien aujourd’hui, ça va tellement vite en matière d’intelligence artificielle. Nous sommes confrontés à des situations de durabilité, parce que ça touche la transformation et ça touche aussi des besoins qui sont aujourd’hui présents au niveau du management, au niveau du quotidien de l’entreprise, et auxquels l’expert-comptable doit apporter une certaine réponse et doit accompagner l’entreprise.

Et le troisième élément de ce triptyque, à savoir la ressource humaine. Dans la ressource humaine, on vit la même chose que dans tous les autres métiers, que ce soit au Maroc ou à l’international : il y a un problème de ressources. La ressource devient de plus en plus rare alors qu’elle est en fait le moteur, la clé, le point essentiel, l’essence même d’une entreprise, quelle que soit son activité.

Dans nos métiers, c’est quoi ? Nous sommes là pour accompagner l’entreprise dans une réflexion, dans une vision, dans une stratégie, dans le traitement d’un certain nombre de process, etc. Et l’humain est l’élément central. La ressource est stratégique, et en même temps on assiste – on en parlera certainement – à une mutation en termes de comportements, en termes de valeurs, en termes d’attractivité de la profession, de perception de la profession par rapport à la jeunesse d’aujourd’hui.

– Ce que vous avez dit fait écho à votre allocution d’ouverture où vous avez indiqué que la ressource, les compétences et les talents deviennent stratégiques et rares. On peut comprendre les raisons pour lesquelles le talent est stratégique, mais qu’est-ce qui le rend rare ? Alors que dans notre pays, il y a beaucoup de formations qui permettent que des talents accompagnent la progression et le développement de la profession. 

– Je pense que c’est une question qui est pertinente et la réponse est multiple. On peut d’abord dire que cette rareté est due à la transformation des métiers. Le métier d’expert-comptable tel qu’il était il y a quelques années est complètement dépassé. La formation de l’expert-comptable dont nous avons besoin est une formation qu’il faut vraiment revisiter, revoir.

Parce que les besoins en cabinet, les besoins pour accompagner l’entreprise et pour répondre à ses attentes, nécessitent un expert-comptable, je dirais, augmenté. Un expert-comptable doit posséder une formation qui ne se limite pas aux domaines comptable, financier, fiscal et juridique, comme cela a été le cas dans les formations dispensées dans les universités et les écoles.

Aujourd’hui, il faut qu’on réfléchisse autrement. Un cabinet doit avoir des talents et des formations multiples et diverses. On a besoin aujourd’hui aussi d’ingénieurs, d’ingénieurs en cybersécurité, d’ingénieurs en analyse de la data, et on a aussi besoin de gens qui communiquent.

On a aussi un sujet d’intérêt pour la profession : aujourd’hui, pour venir dans cette profession, il faut expliquer quelles sont ses lettres de noblesse, quels sont ses atouts, ses points positifs. Qu’est-ce qu’elle peut apporter ? Est-ce qu’elle répond aux besoins de carrière et d’ambition ?

On est confrontés aussi à cela. Aujourd’hui, un jeune, quand il vient nous voir, il pose des questions par rapport à la manière de travailler : est-ce qu’on est obligé d’être en présentiel à 100%, tous les jours, et de travailler avec un nombre d’heures important ? Ou bien est-ce qu’il y a une flexibilité, une agilité ? Quelle va être sa rémunération demain ? Comment il va pouvoir évoluer au sein de l’entreprise ? Etc.

Donc, ce sont tous ces éléments-là qui font que le comportement et l’attente du jeune par rapport à cette profession sont différents par rapport à la situation d’avant, et on doit répondre à cela pour pouvoir continuer à attirer de plus en plus de jeunes vers cette profession.

– On retient donc que la compétence et la ressource humaine restent importantes, stratégiques et font partie des enjeux de demain. Ce qui va peut-être à contre-courant de l’idée générale, ou de l’idée ambiante, que l’IA va remplacer la ressource humaine ou la compétence humaine… Pour le domaine de l’expertise comptable ou du commissariat aux comptes, comment l’IA transforme-t-elle aujourd’hui le quotidien des cabinets ?

– Depuis que nous avons ouvert ce congrès, tous les analystes, tous les intervenants s’accordent à dire qu’aujourd’hui, oui, l’IA transforme et va encore plus transformer les métiers, dont notre métier d’expert-comptable, mais elle ne va jamais remplacer l’humain.

On aura toujours besoin de l’humain, parce que l’humain, c’est le discernement, c’est l’éthique, c’est le tiers de confiance, etc. Maintenant, effectivement, l’IA va nous aider à améliorer la productivité au niveau des cabinets, au niveau de notre métier. Elle va nous aider à traiter la masse de data de manière rapide et quasi instantanée.

Demain, l’IA va pouvoir nous éditer des états financiers en instantané, chose qui demandait des jours et des jours de travail

Comme je l’ai dit dans mon discours, demain l’IA va pouvoir nous éditer des états financiers en instantané, chose qui demandait des jours et des jours de travail. Aujourd’hui, avec le traitement de la donnée et les algorithmes, on aura des états financiers rapidement.

Elle va faire des présentations en synthèse, bien structurées, en temps record. Tous ces outils existent déjà aujourd’hui, que ce soit dans le métier du conseil – le métier de conseil de l’expert-comptable, accompagnateur de l’entreprise – ou dans le métier de certification des comptes : analyse des données, identification des anomalies, anticipation des risques, prédiction, etc.

Tout cela se fait maintenant en un temps record, parce que nous avons des outils, nous disposons des outils et nous travaillons avec. Maintenant, qu’est-ce qu’on attend ? On attend que l’humain apporte cette valeur ajoutée : pour analyser, pour expliquer, pour mettre en place des plans d’action, etc. Chose qui, à mon sens, restera toujours, parce que c’est l’humain qui va orienter. Il y a cette sensibilité, et puis ce rôle de tiers de confiance. L’expert-comptable est le trait d’union, le tiers de confiance avec l’État, avec l’entreprise, avec la société de façon générale.

Nous croyons en l’humain, et son intervention sera toujours pertinente, toujours indispensable. Simplement, il va se baser sur l’amélioration des performances grâce aux outils qui vont être développés de plus en plus par l’IA.

-Pour résumer un peu ces différents points, et puisque ce congrès est placé sous le signe de la réflexion et de la vision d’avenir : en peu de mots, comment voyez-vous l’expert-comptable de demain ?

-D’abord, je reviendrai à la formation. Je pense qu’il est temps de repenser la formation de l’expert-comptable. La formation qui est dispensée aujourd’hui, à mon sens, n’est plus adaptée à notre époque.

L’expert-comptable doit être formé autrement. L’expert-comptable n’est plus un comptable avec le crayon, la gomme et les ciseaux. C’est comme ça que nous avons commencé le métier il y a plus de trente ans.

Aujourd’hui, justement, l’expert-comptable doit être familiarisé et être au fait de tous les outils qui existent au niveau de l’IA, de façon à ce qu’il puisse être en capacité d’analyser, de synthétiser, de donner de la vision, de travailler sur la stratégie. Il doit être en capacité d’emmagasiner toutes les informations qui sont à sa portée et qui sont accessibles, et qui vont l’aider à avancer encore plus loin et à répondre aux exigences qu’imposent l’évolution des entreprises et l’évolution des marchés.

On a parlé – et on en parlera, puisque dans le triptyque il y a l’IA – de sécurité, de souveraineté de la donnée, etc. Tout cela est important. Donc on aura de plus en plus d’ingénieurs-experts-comptables.

Il faudra peut-être orienter de plus en plus la formation de base sur des matières plus scientifiques, mathématiques, etc., qui vont aider l’expert-comptable à avoir à la fois le côté analyse, celui ingénieur et celui scientifique et mathématique.

Et comme, justement, l’IA touche tous les métiers – que ce soit le métier d’expert-comptable, le métier d’avocat… Aujourd’hui, vous faites des recherches sur un plan juridique ; vous pouvez le faire en un temps incroyable : elle va vous donner tous les textes, la jurisprudence, des interprétations.

Ce qui reste ensuite, c’est l’intervention humaine, qui apportera cette valeur, car, comme cela a été dit, la conception et d’autres aspects sont entre les mains des humains, et je pense qu’ils le resteront encore demain et après-demain.

Donc on aura toujours besoin de l’humain, mais d’un humain augmenté, pas d’un humain comme on l’a connu par le passé.

– M. Mekouar, je vais me permettre une petite digression – qui n’en est pas vraiment une – pour avoir votre lecture du débat autour du PLF qui est actuellement en cours d’examen ?

– L’expert-comptable est au cœur de l’action. C’est un des interlocuteurs privilégiés en matière fiscale, et au-delà. Donc, on est au fait de la réglementation, on accompagne, on donne notre avis, on essaie d’aider aussi à l’implémentation et au déploiement des décisions qui sont prises en matière de loi de finances.

On a assisté ces dernières années à un travail colossal accompli par la Direction générale des impôts, qui a donné beaucoup de résultats très positifs.

Lorsque l’on examine les chiffres et les statistiques annoncés par la Direction générale des impôts, on constate qu’ils affichent une croissance à deux chiffres d’année en année, grâce à la réforme en cours et aux nouvelles dispositions, notamment en matière de loi de finances et de retenue à la source, qui est au cœur du PLF de cette année, comme cela a été le cas les années précédentes.

Aujourd’hui, c’est vrai que tout cela améliore les recettes sur un plan national. On ne peut que le saluer. Ça améliore aussi l’élargissement de l’assiette, chose que nous avons toujours défendue et encouragée, car plus on élargit l’assiette, plus il y a de transparence au niveau des entreprises qui produisent les déclarations, et plus l’imposition peut baisser, être moins importante.

Aujourd’hui, toutes ces nouvelles dispositions vont améliorer les recettes, vont élargir l’assiette, vont dans le sens de la transparence et de la fiabilité des informations financières et comptables produites par les entreprises, avec l’accompagnement des cabinets. Mais cela génère aussi, il faut le souligner, un travail important au niveau des cabinets.

– C’est un point qui est discuté au sein de l’Ordre ? Il y a des discussions autour de ce sujet ?

– Bien sûr. On est là, on s’organise en conséquence, et je pense que c’est pour ça qu’on peut faire le lien avec l’IA. L’IA va nous permettre d’absorber ce surcroît de travail, ce surcroît de charge. Aujourd’hui, un cabinet doit se transformer, et c’est important.

Un cabinet qui ne réfléchit pas aujourd’hui à la transformation de ses processus et qui ne recherche pas les outils lui permettant d’absorber et d’améliorer ces processus, ainsi que l’accompagnement au sens large au niveau de l’entreprise, se met en difficulté.

Ainsi, l’IA est indispensable. On ne peut pas faire sans. C’est aussi une réponse à certaines contraintes. Mais l’humain reste toujours le point focal dans l’accompagnement de l’entreprise.

L’Ordre des experts-comptables (OEC) organise son 10ᵉ congrès les 13 et 14 novembre 2025 à Rabat. L’événement réunira 51 intervenants nationaux et internationaux autour du thème : "IA, durabilité, talents : la stratégie gagnante".

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