Le prix du zinc continue d’augmenter depuis avril, aux côtés de celui du cuivre, lequel n’est pas loin de ses sommets historiques en raison des perturbations d’approvisionnement dans les grandes mines.
Selon une analyse récente de Bloomberg, la Chine, qui cumule les plus grandes capacités des fonderies, devra accroître davantage ses parts de marché.
Grâce à ses propriétés physiques, le zinc intègre plusieurs segments de l’industrie verte et se positionne comme un métal stratégique de plus en plus demandé par plusieurs industries (transport, énergie, chimie, alliages…). Dans les énergies renouvelables, sa dimension stratégique se manifeste avec force :
- Pour l’éolien, la protection thermique de zinc forme un bouclier vital contre les corrosions, en particulier dans les environnements marins, préservant les structures pour des décennies. En chiffres, une seule éolienne de 10 MW nécessite jusqu’à 4 tonnes de ce métal protecteur.
- Dans le solaire, l’empreinte du zinc est tout aussi importante. Un parc photovoltaïque de 100 MW consomme environ 240 tonnes pour assurer sa longévité.
Ces chiffres illustrent l’évolution de la demande future et la criticité potentielle du zinc. Dans cette course, le Maroc, avec ses importantes réserves de zinc, dispose d’un atout minier stratégique. Ce potentiel demeure paradoxalement dans l’ombre, nécessitant d’être hissé au rang de pilier de sa souveraineté industrielle et énergétique.
Précédemment, nous avons exploré le potentiel de plusieurs minerais critiques pour renforcer la souveraineté industrielle du Maroc, parmi lesquels le lithium, le manganèse, le cobalt, le cuivre, le nickel et l’antimoine. Nous nous intéressons désormais au zinc, un minerai qui, malgré son abondance, est classé comme critique par les États-Unis et le Royaume-Uni.
Le zinc marocain : une production minière qui ne reflète pas sa vraie valeur
Le Maroc abrite d’importants gisements de zinc et se classe au 4ᵉ rang des producteurs africains. Le groupe Managem est le principal producteur de zinc au Maroc, avec une production qui a totalisé 37.376 tonnes de zinc provenant de ses mines de Draa Sfar, de Koudiat Aicha et de Hajar.
De son côté, la Compagnie minière de Touissit (CMT) assure une production annuelle d’environ 3.110 tonnes de concentré de zinc à partir de sa mine de Tighza, située près de la ville de Mrirt.
La production marocaine de zinc ne se limite pas à ces grandes mines ; elle est également assurée par d’autres petites exploitations et par une activité minière artisanale dans les régions du Tafilalet et d’Errachidia. Cette activité est gérée par la Centrale d’Achat et de Développement de la Région minière du Tafilalet et de Figuig (CADETAF). Cependant, pour ces types d’exploitation, y compris dans le cas de la CADETAF, le problème de la commercialisation se pose en l’absence d’une valorisation chimique du produit.
Au-delà des exploitations ouvertes, le Maroc recèle un potentiel important non encore découvert, qui se manifeste par une centaine d’indices miniers dans le Centre et le Nord, et principalement dans le Sud-Est marocain.

Situé aux environs de Tinejdad, le projet polymétallique de Boumadine, en cours de développement par Aya Gold & Silver, recèle, outre des ressources argentifères, une minéralisation plombo-zincifère estimée à 615.000 tonnes de zinc, associées à un potentiel de 76,8 millions d’onces d’argent.
Enfin, dans le cadre de sa stratégie de promotion minière, l’ONHYM promeut cinq projets miniers abritant des minéralisations zincifères, dont le gîte de Tiouli dans la région de l’Oriental, qui abrite des ressources estimées à 2.950.000 tonnes à une teneur de 2,4 % d’équivalent zinc.
La valorisation, le puzzle manquant de la chaine de valeur du Zinc
Le zinc est au cœur de plusieurs segments de l’industrie, allant de la construction à l’automobile, en passant par les engrais, l’électronique et les énergies renouvelables…
La recherche scientifique estime également que ce métal, souvent dans l’ombre, pourrait être la clé d’une nouvelle technologie de batteries à base de manganèse et de zinc aussi efficiente que celles au lithium-ion.
Si ces utilisations multiples et la production nationale importante offrent de nombreuses opportunités de développement pour l’industrie nationale, l’absence d’une fonderie dédiée à ce métal empêche de saisir ces débouchés. En effet, l’industrie, notamment celle de haute technologie, nécessite des formes purifiées plutôt que des concentrés pouvant contenir des impuretés et dont la teneur est faible, obligeant ainsi à orienter l’ensemble de la production vers l’exportation.
De plus, la valorisation ouvre la voie à la récupération d’autres sous-produits mieux monétisés et très prisés mondialement, comme l’indium, le gallium, le germanium et d’autres sous-produits tels que le cuivre, l’argent et l’acide sulfurique…
Actuellement, le prix du concentré est aux alentours de 450 dollars par tonne à la bourse de Shanghai. À l’image de plusieurs métaux, la valorisation du métal permet d’augmenter les marges de bénéfices, d’autant que le prix du produit raffiné stagne actuellement autour de 3. 150 dollars par tonne selon la Bourse des métaux de Londres (London Metal Exchange), soit sept fois le prix du concentré.

En mars 2022, son prix a soudainement dépassé le seuil de 4.000 dollars la tonne en raison de perturbations dans la production. La suspension de la production des grandes mines et les réductions de production dans les fonderies, combinées à l’augmentation des coûts de traitement, ont créé des tensions sur le marché.
Un autre aspect de la valorisation réside dans le recyclage des déchets électroniques, qui s’avère avantageux dans le cas du zinc, car ce métal peut être recyclé à l’infini sans perdre ses propriétés chimiques ou physiques.
Dans le cadre de la mise en œuvre du 1ᵉʳ corridor africain OTC (Opérer, Transformer, Certifier), le ministère de la Transition énergétique a récemment annoncé la mise en place imminente d’une plateforme numérique qui permettra de rendre le secteur minier national plus intégré, en créant un espace pour relier les infrastructures, les institutions financières et les unités industrielles et de transformation.
Si le prix actuel du zinc ne permet pas de pleinement visualiser les opportunités offertes à l’industrie, la prochaine réforme de la loi minière permettra de créer un cadre plus propice à l’investissement dans les unités de valorisation, en exemptant ces projets de la nécessité d’avoir une licence minière.
De plus, la création d’une commission qui fixera périodiquement la liste des minerais critiques et stratégiques donnera droit à l’administration des mines d’imposer aux entreprises minières de consacrer tout ou partie de leur production de minéraux stratégiques et critiques à la satisfaction des besoins de l’industrie nationale.







