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SIEL 2025

SIEL 2025
27 avril 2025
10:33 Le SIEL de Abderrahim Bourkia : quand le sport devient un vecteur de pensée sociologique et d’engagement
En multipliant les interventions académiques et les rencontres éditoriales, le sociologue Abderrahim Bourkia a donné à sa participation au SIEL 2025 une portée singulière. Entre hommage à la pensée critique, plaidoyer pour une politique du livre plus juste et valorisation de la sociologie du sport, son passage à Rabat résonne comme un appel à la reconnaissance du savoir.

Sociologue et chercheur reconnu pour ses travaux sur les cultures urbaines, Abderrahim Bourkia a marqué sa participation au Salon international de l’édition et du livre par une triple présence académique et éditoriale. Contrairement aux trois éditions précédentes, sa contribution cette année s’est distinguée par l’ancrage universitaire de ses interventions, en lien avec l’Université Hassan 1er de Settat et son Institut des sciences du sport (I2S).

« Cette année, ma participation s’est faite dans un cadre plus structuré, en lien avec mon nouvel ancrage académique », explique-t-il dans un entretien accordé à Médias24. Deux des trois événements auxquels il a pris part ont été organisés en partenariat avec l’Association marocaine de sociologie du sport (MASS).

Le vendredi 18 avril, le sociologue a d’abord présenté la deuxième édition de son ouvrage Des ultras dans la ville, une enquête approfondie sur les groupes de supporters et leur rôle dans l’espace public urbain. « Ce travail reste d’actualité, car il interroge la place du jeune supporter dans la ville, entre passion, revendication identitaire et, parfois, confrontation avec les normes sociales », souligne-t-il.

Dans la foulée, il a participé à une table ronde nationale intitulée « Sport, enjeux sociétaux, problèmes et solutions », aux côtés d’autres chercheurs spécialisés dans le champ sportif tels que Moncef El Yazghi, Abdelaziz Qarouach, Zakaria Lahrach, Brahim Ezzahi et Mohamed El Hadef. « Cette rencontre s’inscrivait dans le cycle de conférences ‘Sport, société et sciences sociales (4S)’ que nous avons lancé il y a deux ans avec plusieurs collègues issus de diverses disciplines », rappelle-t-il.

Cette initiative vise à positionner le sport comme un objet de recherche transversal et fédérateur. « Le sport est souvent relégué à l’actualité ou au divertissement, alors qu’il constitue un puissant révélateur des tensions sociales, des dynamiques de genre, de territoire et de classe », insiste Abderrahim Bourkia.

Sa participation s’est conclue par une séance de dédicace de son ouvrage, à laquelle a assisté le président de l’Université Hassan 1er, le professeur Abdellatif Moukrim. Un moment qu’il qualifie de « hautement symbolique », marquant la reconnaissance de la recherche sociologique appliquée à des sujets contemporains, au croisement du sport et des sciences sociales.

« Le SIEL, une fête des retrouvailles pour la pensée et le livre »

Au-delà de ses interventions académiques et de ses engagements intellectuels, Abderrahim Bourkia voit dans le Salon international de l’édition et du livre bien plus qu’un simple événement culturel. « Le SIEL est un événement majeur dans l’écosystème du livre et de l’édition au Maroc. Je le considère comme la grande fête du sacrifice, ‘l’Aïd lkbir’, pour les retrouvailles », confie-t-il avec émotion.

Le sociologue y retrouve des visages familiers, des collègues de recherche, des amis de longue date, mais aussi des figures de la vie intellectuelle marocaine qu’il ne croise que rarement le reste de l’année. « Par exemple, j’ai pu revoir mon professeur Hassan Rachik, avec qui je n’avais échangé que par téléphone depuis un an, depuis l’édition 2024″.

Cette ambiance unique du salon favorise aussi les rencontres intergénérationnelles et transfrontalières. « On croise des Marocains d’ici et d’ailleurs, comme Najat Vallaud-Belkacem à qui j’ai eu le plaisir de dédicacer mon livre, Fouad Laroui, Maâti Kabbal ou encore Slimane Touhami, cet anthropologue qui a mené une magnifique enquête sur les ouvriers maghrébins d’une usine en France », poursuit Bourkia.

Pour lui, le SIEL n’est pas qu’un salon du livre : c’est un lieu vivant de mémoire, d’échange et de transmission. Un rendez-vous où les idées circulent autant que les ouvrages, et où le lien entre auteurs, chercheurs et grand public se tisse dans une ambiance chaleureuse.

Des choix parfois fatidiques à faire

« La programmation dense et diversifiée du SIEL permet de répondre à tous les goûts », affirme-t-il. Un constat positif, mais non sans conséquences pratiques : « Il faut parfois faire des choix difficiles, se déplacer constamment entre les différents espaces, courir d’un stand à l’autre ».

Une abondance d’activités qui, cette année, a obligé l’auteur à faire l’impasse sur certains moments importants. « Je voulais assister à la rencontre littéraire en hommage à Ssi Edmond Amrane El Maleh, ainsi qu’à la projection du film Les mille et un jours d’El Haj Edmond de Simone Bitton, mais hélas, je n’ai pas pu », regrette-t-il.

« Le SIEL incarne l’image d’un Maroc des Lumières, mais des efforts restent à fournir »

Abderrahim Bourkia souligne une affluence notablement en hausse par rapport à l’année précédente. Pour lui, cette dynamique s’accompagne d’une vitalité éditoriale certaine. « Il y a une production importante des auteur-e-s d’ici et d’ailleurs, ce qui témoigne de l’intérêt porté à cet univers, vitrine de notre Maroc des Lumières« .

Côté logistique, Abderrahim Bourkia constate là aussi « une légère amélioration dans l’organisation » du salon. Un progrès qu’il juge « encourageant. Toutefois, il pointe également des aspects à parfaire, notamment « la gestion de la restauration sur place », qui reste selon lui perfectible.

De l’ombre à la lumière : le SIEL, lieu de socialisation pour les écrivains en devenir

Selon Abderrahim Bourkia, la participation au SIEL revêt une signification particulière pour de nombreux auteurs. « Elle constitue une marque de reconnaissance pour des auteurs qui peinent à s’identifier comme écrivains ». Si cette présence ne remplace pas « la consécration littéraire que représenterait une publication par une prestigieuse maison d’édition », elle reste, selon lui, « une étape importante de la professionnalisation de l’auteur-e ». Le salon devient ainsi un espace de socialisation professionnelle où les écrivains découvrent les rouages d’un « métier qui n’est pas du tout facile, vu la chaîne intervenant dans l’édition avec ses contraintes, et surtout la rareté au niveau des consommateurs ».

Car le constat est là : « On sait parfaitement que les Marocains lisent peu », déplore-t-il. Dans cette perspective, il insiste sur l’importance des premiers leviers de socialisation. « Le rôle de l’école est primordial dans sa mission éducative et l’apprentissage de la lecture ». Une responsabilité qu’il élargit à l’ensemble des acteurs sociaux. « La mission de l’école est centrale, comme celle de la famille, de la communauté et de ceux qui gèrent les politiques publiques ; elle est de susciter le plaisir de lire durant l’enfance et à toutes les étapes de la vie ».

« L’initiation et la perpétuité de cet acte relèvent des tâches citoyennes de tous les agents de socialisation – à commencer par la famille, l’école, le ministère de l’Éducation nationale et celui de la Culture ». Une vision intégrée, à l’image de ce que le SIEL devrait incarner : un espace de transmission, d’échange et d’engagement.

Le SIEL, creuset de la pensée critique et boussole pour les jeunes générations

Abderrahim Bourkia insiste sur la dimension intellectuelle et critique du SIEL. À ses yeux, le salon dépasse le simple cadre de l’exposition littéraire pour devenir un « lieu dédié à la pensée critique portée par des chercheurs et auteurs chevronnés ». À travers leurs œuvres – qu’elles soient littéraires, scientifiques, fictionnelles, biographiques ou inspirées de faits réels –, ces voix donnent à voir le monde contemporain sous des angles multiples.

Cette diversité de pensées et de parcours reflète une richesse indispensable à la démocratie culturelle.  » Elle incarne la liberté d’expression, l’échange des idées et la promotion de visions capables d’accompagner une société en quête de sens, d’équité et d’un avenir meilleur pour toutes ses composantes ».

Mais pour que cette effervescence intellectuelle joue pleinement son rôle, elle doit aussi irriguer les jeunes générations. « Notre devoir est de montrer l’exemple et la voie », affirme-t-il. Face à des jeunesses souvent « en proie à de vives inquiétudes et en manque d’idoles », Abderrahim Bourkia alerte sur les dérives contemporaines. « Trop souvent, ces jeunes se tournent vers des figures de l’instantanéité : magnats du vide, starlettes éphémères et influenceur·euse·s aux messages creux qui portent atteinte au savoir, et à l’image même de ceux qui œuvrent à penser et construire notre société ».

Dans cette perspective, le SIEL se révèle plus que jamais comme un rendez-vous incontournable : un espace où le livre et les idées peuvent encore inspirer, transmettre et susciter l’engagement critique face aux mirages de la superficialité.

« La sociologie du sport est un levier pour comprendre et améliorer les politiques sportives »

Interrogé sur la place de sa discipline dans l’élan sportif que connaît le pays avec l’organisation de la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030 Abderrahim Bourkia a souligné que la sociologie du sport mérite une place centrale dans l’analyse et la gestion des politiques publiques. « À l’instar d’autres disciplines fondamentales comme l’économie ou l’histoire, elle apporte un éclairage précieux sur les dynamiques qui façonnent l’univers sportif ».

Sa spécificité réside dans l’étude des groupes et des phénomènes sociaux. « Elle s’intéresse aux spectateurs d’un côté, aux praticiens – joueurs, athlètes, footballeurs –, mais aussi aux professionnels qui assurent la gestion du sport », précise-t-il.

Ce champ d’étude ne se limite pas à une observation théorique : il permet un véritable diagnostic des pratiques sportives. « La sociologie du sport nous donne un diagnostic sur ce qui marche et ce qui ne marche pas, des clés de compréhension, et les bonne méthodes à l’usage des décideurs publics pour améliorer une certaine pratique ou le rendement d’un secteur ».

Enfin, Abderrahim Bourkia rappelle que le sport n’est pas uniquement une affaire de compétitivité. « Le sport est aussi un élément ou un facteur d’intégration pour les jeunes. Il peut leur transmettre des valeurs », conclut-il. Une dimension éducative et citoyenne qu’il juge indispensable à valoriser dans toutes les politiques sportives.

En marge du SIEL 2025, le Secrétariat général du gouvernement a organisé, le jeudi 24 avril, une rencontre d’échange avec les associations de la société civile autour des nouvelles dispositions encadrant les appels à la générosité publique et la distribution d’aides caritatives.

Dans le cadre de sa participation à la 30e édition du Salon international de l’édition et du livre (SIEL), le Secrétariat général du gouvernement (SGG), à travers sa Direction des associations, des professions réglementées et des ordres professionnels, a organisé une rencontre interactive autour des dernières avancées législatives du cadre juridique régissant l’organisation des appels à la générosité publique et la distribution d’aides à des fins caritatives.

À cette occasion, Nezha Hafidi, cadre au sein de la Direction des associations, a présenté les principales dispositions de la loi n° 18.18 relative à l’organisation des appels à la générosité publique et à la distribution d’aides à des fins caritatives, ainsi que de son décret d’application n°2.25.152.

Son intervention a permis d’éclairer les participants sur les obligations légales désormais imposées aux associations, les mécanismes de contrôle prévus, ainsi que les garanties destinées à renforcer la crédibilité et la transparence des actions de solidarité, indique un communiqué du SGG.

La rencontre a également donné lieu à des échanges entre les cadres du SGG et les représentants d’associations, autour des défis concrets rencontrés sur le terrain. L’objectif est de promouvoir des pratiques caritatives responsables, transparentes et conformes au nouveau cadre réglementaire en vigueur.

Ce moment de dialogue a contribué à lever plusieurs ambiguïtés d’ordre juridique et opérationnel, tout en consolidant une compréhension partagée des responsabilités des différents acteurs impliqués, conclut la même source.

En 2023-2024, la production éditoriale marocaine a atteint 3.725 titres, en hausse de 6,98% par rapport à 2022-2023. Les publications numériques représentent 8,97% (334 titres). Les publications en langue amazighe, au nombre de 57, représentent 1,78% de l’ensemble des ouvrages imprimés.

Comme chaque année, la tenue du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) au Maroc est l’occasion pour la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines de présenter son rapport annuel. Ce document suit les tendances de l’édition marocaine dans les domaines de la littérature et des sciences humaines et sociales.

En 2023-2024, la production éditoriale marocaine a atteint 3.725 titres, soit une progression de 6,98% par rapport à 2022-2023. Les publications imprimées représentent 91,03% (3.391 titres), contre 8,97% pour les publications numériques (334 titres).

Seules 1,78% des publications imprimées sont en langue amazighe

La répartition linguistique montre une domination de l’arabe (79,43%), suivi du français (16,86%) et de l’anglais (1,83%). Les publications numériques sont majoritairement en français, notamment dans les domaines de l’économie, des sciences sociales et de la gestion.

Par champs disciplinaires, la création littéraire (roman, nouvelle, poésie, théâtre) arrive en tête avec 721 titres (22,46%), suivie des études juridiques (14,39%), historiques (11,77%), islamiques (9,85%) et sociologiques (8,76%). En revanche, les disciplines comme la philosophie, la linguistique, l’éducation ou la psychologie restent peu représentées.

Concernant la langue amazighe, 57 titres ont été publiés, soit 1,78% des publications imprimées. La région de Souss-Massa, notamment Agadir, concentre près de 30% de cette production, suivie de Rabat-Salé-Kénitra (24,56%).

La création littéraire domine également dans cette langue avec 47 titres (82,45%). On y retrouve des romans, des nouvelles, des recueils de poésie et des pièces de théâtre. Les alphabets utilisés varient : tifinagh (14 titres), latin (14 titres), arabe (1 titre), ainsi que des publications mixtes.

Parmi les traductions en amazighe figurent des œuvres de Gibran Khalil Gibran, John Steinbeck, T.S. Eliot et Miguel de Cervantes.

Moins de traductions, peu d’éditeurs spécialisés

Les traductions représentent 5,82% de la production éditoriale au Maroc, avec 187 titres publiés, en léger recul par rapport à l’année précédente (193 titres, soit 6,46%). La majorité (80,21%) a été traduite vers l’arabe, principalement à partir du français, de l’anglais et de l’espagnol.

L’absence d’éditeurs spécialisés se confirme : de nombreuses traductions sont publiées à compte d’auteur ou par quelques maisons actives comme Afrique Orient, le Centre culturel du livre ou l’IRCAM.

Les œuvres traduites sont majoritairement littéraires (31,55%), suivies par les études historiques, sociales, philosophiques et politiques.

Le Maroc reste le sujet central : plus de 60 titres lui sont consacrés (32,08%), couvrant histoire, mémoires, études anthropologiques ou questions politiques, notamment le Sahara marocain.