18e congrès de l’Istiqlal : quels enjeux pour l’avenir du parti et du gouvernement ?

Confronté à plusieurs crises internes par le passé, le parti de l’Istiqlal va organiser son 18e congrès, dont le premier résultat sera de reconduire Nizar Baraka en tant que secrétaire général. Ce deuxième et dernier mandat lui permettra de procéder à des ajustements idéologiques et d’ancrer davantage son parti dans la coalition gouvernementale jusqu’à l’horizon 2026.

 « De grands changements idéologiques pour s’adapter au monde actuel »

Sollicité par Médias24, un dirigeant istiqlalien indique que, malgré un retard de deux ans, les travaux du congrès ont déjà commencé avec des commissions qui œuvrent à actualiser l’idéologie du parti.

Une actualisation rendue nécessaire par les changements liés à la crise pandémique qui a fait évoluer le monde, mais aussi le Maroc et ses cellules familiales.

Et de préciser sa pensée en affirmant que le monde a totalement changé depuis le 17e congrès de l’Istiqlal, et qu’il fallait par conséquent interroger la vision et le projet du parti à proposer aux Marocains.

« Sachant que le contexte mondial a rendu nécessaire le fait de reformuler et de repenser certains concepts comme l’égalitarisme, les membres des commissions du congrès ont travaillé sur plusieurs questions difficiles d’actualité portant sur la famille, la classe moyenne, le pouvoir d’achat… », déclare notre interlocuteur.

Ainsi, le passage de l’Istiqlal de l’opposition à la majorité l’oblige aujourd’hui à trouver des solutions concrètes aux problèmes posés par l’explosion de la mondialisation, de l’inflation, de la sécheresse et de la guerre qui est revenue en Europe et au Moyen-Orient.

À l’issue du congrès, les rapports des commissions socio-politiques et économiques vont donc aboutir à de grands changements idéologiques et à la concrétisation de nouvelles idées pour s’adapter au monde actuel.

« Conservateur mais ouvert sur les questions de société »

Sachant que l’Istiqlal est jugé comme un parti conservateur, la question s’est posée de savoir si ces changements idéologiques, sous la houlette d’un leader jeune et qui semble moderne, pouvaient ouvrir la voie à des évolutions sur certaines questions sociétales d’actualité.

« Si notre parti ne fait que refléter les valeurs partagées au niveau sociétal par nos concitoyens qui sont conservateurs, cela ne l’empêche pas de vouloir tirer la société vers le haut quand cela est nécessaire et possible, mais bien évidemment pas au-delà de certaines limites morales liées à notre religion, sans quoi nos électeurs se tourneraient vers d’autres partis », estime notre source.

À titre d’exemple, le dirigeant cite le chantier royal de la réforme de la Moudawana que le parti suivra sans aucun complexe, en se référant à la doctrine du fondateur de l’Istiqlal, Allal El Fassi, fondée sur « un mouvement agile et soutenable en permanence ».

 « La reconduction de Nizar Baraka est essentielle pour sauvegarder l’unité du parti »

Hormis la reconduction assurée du secrétaire général sortant pour un ultime mandat, notre interlocuteur tient à préciser que le renouvellement des instances dirigeantes du comité exécutif (Comex) et du bureau politique qui va émaner du congrès sera d’au moins 30%.

« Après l’ère Chabat qui avait marginalisé le parti de l’Istiqlal  sur la scène politique, la grande majorité de nos militants pensent que Nizar Baraka est actuellement le seul dirigeant qui soit capable de fédérer tous les courants, car il représente la stabilité », avance notre source pour qui le leader sortant aurait pu suivre la voie de son prédécesseur en provoquant des départs, voire une scission au sein du parti.

Et d’ajouter que si son premier mandat a permis d’éviter l’éclatement d’un parti déjà très divisé à son arrivée, en excluant toute éventuelle chasse aux sorcières, la plus grande réalisation du secrétaire général est d’avoir été capable de préparer un deuxième congrès qui se passera sans heurts.

Cette démarche de réconciliation pour fédérer les rangs, qui a pris beaucoup de temps, expliquerait le retard de deux ans pour organiser le 18e congrès sans affrontements des courants, à l’image du précédent congrès qui avait été marqué par des assiettes qui avaient volé et des violences physiques.

« L’Istiqlal n’est pas demandeur d’un remaniement ministériel »

Sur un éventuel remaniement ministériel que certains observateurs prévoient après la rentrée parlementaire du printemps, la déclaration à mi-mandat du chef du gouvernement et le congrès de l’Istiqlal, notre interlocuteur affirme que son parti n’est pas demandeur au sens politique du terme.

« En règle générale, on ne demande un remaniement ministériel que lorsqu’on est confronté à un problème d’ordre politique à l’intérieur d’une coalition gouvernementale, mais ce n’est pas le cas », souligne notre interlocuteur.

Seule nuance « comme le précise la Constitution, le chef du gouvernement peut cependant, pour des motifs objectifs, solliciter le souverain pour demander un ajustement ou un remaniement technique, mais il me semble qu’un remaniement politique n’est pas d’actualité ».

En l’absence de différends ou d’incidents dans la majorité actuelle nécessitant un changement de portefeuilles ministériels, il ne pourrait y avoir, selon lui, qu’un simple ajustement technique avec l’arrivée de certains profils comme des secrétaires d’État pour alléger le travail des ministres.

« La coalition gouvernementale restera soudée jusqu’en 2026 »

En réponse à « certaines spéculations infondées », notre interlocuteur estime que l’actualité politique n’a aucune raison de modifier la composition du gouvernement ou les rapports de force à l’intérieur de la majorité, mais que c’est au chef du gouvernement de juger de cette éventualité en fonction du rythme et de l’efficacité du travail de ses ministres.

Quant au secrétaire général de l’Istiqlal, rien n’indique qu’il soit demandeur d’un remaniement, car il n’y a aucune urgence à moins que le Conseil national du parti ne se réunisse pour demander de quitter le gouvernement, un scénario exclu au regard de l’absence de problème politique au sein de la majorité où « l’Istiqlal est confortablement et tranquillement installé ».

« Si la coalition continue d’exécuter le programme commun basé sur un Etat social, l’Istiqlal continuera à œuvrer lors de la deuxième partie du mandat, et la reconduction assurée de Nizar Baraka à la tête du parti ne fera que confirmer sa présence dans la coalition gouvernementale », conclut notre source en rappelant toutefois qu’il s’agit du dernier mandat du secrétaire général sortant.

Abroun vs Istiqlal : le juge des référés se déclare incompétent

Ce mercredi 27 mars, le juge des référés du tribunal de première instance de Rabat s’est déclaré incompétent dans l’affaire opposant Achraf Abroun à l’Istiqlal.

L’homme d’affaires et militant du parti de la Balance a déposé une plainte contre le Parti de l’Istiqlal pour « dénoncer l’élection illégale et hors procédure du président de la commission préparatoire du 18e congrès du parti ».

Il conteste en effet la présidence de la commission préparatoire du prochain congrès, qui commence le 26 avril.

L’urgence de la procédure tient au caractère même de l’affaire, puisque le congrès est en cours de préparation et que cette préparation elle-même est contestée.

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Abroun vs Istiqlal : le jugement sera rendu dans les prochains jours

La décision sera rendue le 27 mars. C’est ce qu’a décidé le tribunal de première instance de Rabat lors de l’audience du 20 mars, dans l’affaire opposant Achraf Abroun au Parti de l’Istiqlal.

L’homme d’affaires et militant du parti de la Balance a déposé une plainte contre le Parti de l’Istiqlal pour « dénoncer l’élection illégale et hors procédure du président de la commission préparatoire du 18e congrès du parti ». Il conteste la présidence de la commission préparatoire du prochain congrès.

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18e congrès de l’Istiqlal : les jeux sont faits, Baraka unique candidat

« Malgré un retard de plus de deux ans dû à des facteurs conjoncturels et internes, le 18e congrès se tiendra bien du vendredi 26 au dimanche 28 avril », nous déclare un proche de Nizar Baraka, qui précise que ce dernier a obtenu la bénédiction de la majorité des militants et des cadres du parti pour rempiler à un deuxième mandat.

Actualiser le projet de société de l’Istiqlal qui sera présenté aux congressistes

Elu le 2 mars dernier à la tête du comité préparatoire du 18e congrès national du Parti de l’Istiqlal, Abdeljabbar Rachidi revient pour Médias24 sur les préparatifs de cet événement attendu depuis septembre 2021.

« Aujourd’hui, le comité ad hoc s’occupe des travaux préparatoires et de la préparation morale, intellectuelle et matérielle du congrès », nous explique le président. Ce rendez-vous sera l’occasion de formuler le projet de société renouvelé de l’Istiqlal, ajoute-t-il.

Une mouture censée apporter des réponses aux questions d’actualité brûlantes soulevées dans la société, sur la base de l’idéologie du parti et avec pour référence l’égalité économique et sociale.

« Nous aspirons à créer un débat public sur les idées du parti et sur sa vision concernant diverses problématiques pour trouver des solutions appropriées. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons décidé d’organiser de grands séminaires nationaux, pour débattre de questions d’actualité qui impliqueront les militants et les citoyens dans plusieurs régions du Royaume », souligne Abdeljabbar Rachidi.

« Sept sous-comités à pied d’œuvre pour préparer le congrès »

Pour cela, sept sous-comités travaillent à rédiger des rapports qui seront présentés au comité préparatoire national pour approbation avant d’être soumis aux participants du congrès :

– la Commission de l’unité territoriale, des affaires politiques et régionales et de la gouvernance territoriale ;

– la Commission des lois et règlements ;

– la Commission des questions économiques et du développement durable ;

– la Commission sociale, de la jeunesse et des sports ;

– la Commission de la famille, de la femme, du développement durable et de l’équité ;

– la Commission des Marocains du monde et des questions d’immigration ;

– la Commission des références partisanes, de l’identité et des valeurs.

3.000 à 5.000 congressistes pour élire les nouveaux membres du Conseil national

« Dès la semaine prochaine, les délégations régionales du parti vont organiser 80 conférences dans les douze régions du Royaume et dans ses différentes provinces afin de désigner les congressistes qui devront choisir, par voie électorale, les 1.200 futurs membres du Conseil national », explique Abdeljabbar Rachidi. Leur nombre sera déterminé et connu avant le début des travaux du 18e congrès, précise-t-il.

Selon l’article 92 des statuts du parti, le comité préparatoire est en effet chargé de déterminer le nombre de congressistes et les critères sur la base desquels ils sont répartis entre les régions.

N’ayant pas été en mesure d’établir « leur nombre toujours en discussion », Médias24 a par conséquent sollicité une autre source qui l’a estimé entre 3.000 et 5.000 congressistes.

Précisons que ces derniers seront appelés à voter pour les 1.200 membres du futur Conseil national, dont la vocation est d’établir la ligne politique du parti pour la durée du mandat du 18e congrès.

« Une première journée pour faire le bilan et envisager l’avenir du parti »

Lors de ce 18e congrès qui se tiendra les 26, 27 et 28 avril, la première journée sera consacrée à la présentation du rapport moral et financier ainsi qu’à des discussions sur les performances et les acquis réalisés depuis le 17e congrès, qui a eu lieu en juillet 2017.

Tout en se félicitant des avancées du parti, qui s’est classé troisième aux dernières élections générales, le président de la commission déclare que cette première journée sera aussi l’occasion de faire son autocritique.

Cette démarche nécessaire permettra de moderniser et de développer les mécanismes de travail du parti, de continuer à renforcer les rôles constitutionnels du parti, de remplir son rôle d’encadrement et d’intermédiation des citoyens et d’œuvrer à rétablir la confiance dans l’action politique afin de revitaliser la vie publique pour minimiser l’abstentionnisme.

« L’élection de Nizar Baraka se fera sans suspens »

Après avoir fait le bilan politique, moral et financier du 17e congrès, les nouveaux élus du Conseil national (Parlement du parti) désignés lors des conférences régionales voteront lors de la deuxième journée du congrès pour élire les 29 membres du nouveau comité exécutif (bureau politique).

Au cours de la troisième et dernière journée, les membres du Conseil national devraient désigner sans aucun suspens Nizar Baraka comme nouveau secrétaire général du parti pour un deuxième mandat.

Un scénario confirmé par le président du comité préparatoire, qui rappelle que les 28 membres du comité exécutif du Parti de l’Istiqlal avaient soutenu à l’unanimité, et sans aucune réserve, la candidature unique du secrétariat général sortant lors d’une réunion le 25 février dernier.

Et de rappeler enfin que si dans les autres partis politiques, il y a toujours eu plusieurs candidats au leadership, la règle à l’Istiqlal a toujours été d’avoir un seul candidat ; il serait en effet inimaginable qu’un membre du parti veuille se présenter contre des Zaims comme Allal El Fassi ou Mohamed Boucetta.

Le 18e congrès national de l’Istiqlal du 26 au 28 avril prochain à Bouznika

Lors des travaux de la session du Conseil national du parti, Abdeljabbar Rachidi, membre du Comité exécutif, a été élu président du comité préparatoire du 18e congrès national du PI, alors que Mansour Barki a assumé la vice-présidence, Naima Benyahia le poste de rapporteur général du comité et Mustapha Taj celui de rapporteur général adjoint.

Les travaux du Conseil national du parti de l’Istiqlal ont été marqués par la formation des structures du Comité préparatoire, des sous-comités et des structures y afférentes.

18e congrès de l’Istiqlal : Nizar Baraka sera le seul candidat en avril prochain

« Ajourné depuis près de deux ans et demi, le renouvellement de nos instances, qui devait statutairement se tenir au dernier trimestre de 2021, se tiendra après la fin du ramadan ». C’est ce que nous révèle une source fiable, ajoutant que les préparatifs sont désormais en cours, depuis peu.

Les raisons d’un ajournement qui s’allonge depuis 2021

Comment expliquer le retard de la tenue du 18e congrès national ? Premier élément de réponse : la pandémie de Covid-19, qui aura duré plus de deux ans et a par conséquent empêché l’organisation de grands rassemblements en présentiel, explique notre source.

Deuxième élément de réponse : les élections législatives en septembre 2021 ont mobilisé l’ensemble de l’appareil du parti, dont les instances dirigeantes qui ont, par la suite, dû entamer des discussions avec les autres formations politiques pour préparer puis décider de son entrée au sein de la coalition gouvernementale.

À ces deux éléments s’ajoutent plusieurs crises internes avec le clan de Hamdi Ould Rachid auxquelles a été confronté le secrétaire général, qui a préféré prendre son temps pour ramener le calme au sein de l’Istiqlal et éviter que l’expérience traumatisante du 17e congrès, marqué par des violences émanant du candidat Hamid Chabat, ne se reproduise.

« Le congrès aura lieu lors de la troisième semaine d’avril »

Notre source confirme l’annonce de Nizar Baraka à la première chaîne télévisée publique sur la tenue proche du 18e congrès.

Les commissions, précise-t-elle, vont bientôt être désignées pour préparer le rapport moral et financier qui sera présenté au terme du mandat du secrétaire général lors du renouvellement des instances.

« Dans quelques semaines se tiendra une session ordinaire du comité exécutif qui devra désigner le président et les membres de la commission préparatoire qui, à leur tour, constitueront les commissions politique, juridique et organisationnelle en charge de l’organisation du congrès », révèle le membre du Conseil national.

À l’issue de cette réunion sera annoncée la date du congrès, prévu, d’après notre interlocuteur, au cours de la troisième semaine d’avril au plus tard.

« Nizar Baraka, seul candidat »

Concernant la réorganisation du Conseil national souhaitée par Hamdi Ould Rachid, qui l’opposait à Nizar Baraka, les divergences ont été « résolues à 85% », nous dit-on.

Le secrétaire général sortant, qui désire rempiler pour un deuxième mandat, devrait être le seul candidat à se présenter au leadership, ajoute-t-on de même source.

A ce propos, notre interlocuteur tient à démentir certaines rumeurs relatives à un irrémédiable conflit fratricide : « Il y a simplement eu un débat sur des amendements proposant de réformer le profil des futurs membres du Conseil national, qui décide de toutes les grandes orientations du parti ».

« Il n’a jamais été question que le maire de Laâyoune ou que son gendre, Enaam Mayara, qui dirige le syndicat UGTM du parti, veuillent succéder à Nizar Baraka », rectifie encore ce proche du secrétaire général, en rappelant au passage l’expérience désastreuse et traumatisante du syndicaliste Hamid Chabat à la tête du parti.

Si elle refuse de crier victoire trop rapidement, notre source soutient néanmoins que le secrétaire général sortant « ne devrait avoir aucun mal à rassembler suffisamment de votes pour un deuxième mandat ».