La technologie 5G représente-t-elle réellement une menace sur la santé et l’environnement ?
Depuis le lancement de la technologie 5G au Maroc, une dizaine de publications se sont rapidement propagées sur les réseaux sociaux. Celles-ci remettent en cause l’innocuité de cette technologie sur la santé humaine et, plus spécialement encore, sur les populations d’abeilles au Maroc.
Ces discours s’ajoutent à une théorie du complot qui s’est propagée au temps du COVID-19 indiquant que le déploiement de cette cinquième génération a conduit à la propagation rapide de la pandémie dans le monde.
Cette fois, la propagation de ces rumeurs s’appuie sur des études présentées comme scientifiques, sans mentionner leurs auteurs ni vérifier leur crédibilité, la validité de leurs méthodes ou la portée réelle de leurs conclusions.
Nous avons examiné plusieurs études scientifiques afin de déterminer l’existence d’éventuels risques sanitaires ou environnementaux liés à cette nouvelle technologie de télécommunication.
Le débat sur les effets de la cinquième génération (5G) est-il utile ?
Le débat entourant toute nouvelle technologie est sain et essentiel pour remettre en question chaque évolution/révolution technologique avant son intégration. Il est primordial de s’assurer en amont de l’absence de tout risque humain ou environnemental.
Ce débat sur la 5G a bel et bien existé depuis plus de six ans dans d’autres régions du monde, notamment en Europe.
La technologie 5G n’est pas entièrement nouvelle, elle est d’ailleurs déjà utilisée depuis plusieurs années au Maroc dans divers appareils, notamment nos téléphones et nos routeurs, et ce, bien avant le lancement du réseau 5G public. À l’instar de la 3G et de la 4G, cette technologie repose sur des ondes électromagnétiques émises, mais qui utilisent des fréquences plus élevées.
Les réseaux 5G fonctionnent avec plusieurs bandes de fréquences différentes, dont plusieurs de ces fréquences ont été ou sont actuellement utilisées pour les générations précédentes de communications mobiles.
Sur son impact pour la santé humaine, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) note qu’il n’existe à ce jour aucun effet néfaste sur la santé lié à l’exposition aux technologies sans fil.
Cependant, il pourrait exister un risque particulier probable pour les personnes dites électrosensibles aux champs électromagnétiques. Ce point peut à ce stade être négligé, alors que le spectre de fréquences utilisé pour la 5G au Maroc n’est pas très éloigné de celui de la 4G.
Qu’est-ce qui caractérise la technologie 5G ?
Contrairement à la 4G, la technologie 5G utilise la formation de faisceaux. Cette technique permet de concentrer les ondes radiofréquences uniquement vers les zones où elles sont nécessaires, au lieu de les diffuser uniformément sur une vaste zone.
Cette approche augmente les débits de communication, car la bande de fréquences n’a pas besoin d’être partagée entre plusieurs utilisateurs. Elle réduit ainsi l’exposition aux ondes dans les zones sans besoin de connexion.
Contrairement aux technologies actuelles qui utilisent majoritairement des fréquences inférieures à 4 GHz, la 5G peut exploiter des bandes très élevées, allant jusqu’à 24 GHz. Selon l’ANRT, le Maroc utilise pour sa 5G des fréquences comprises entre 700 MHz et 3 GHz.
De plus, il est pertinent de rappeler que l’exposition aux ondes solaires est significativement plus puissante, car ces ondes électromagnétiques se situent dans la gamme des térahertz, bien au-delà des fréquences utilisées par les technologies de télécommunication (comme la 4G ou la 5G).
Même si ces hautes fréquences sont absorbées en surface, la réglementation internationale (ICNIRP) a imposé des limites strictes pour maintenir la puissance des ondes bien en deçà du seuil néfaste pour la santé.
Ces limites comprennent l’ajout de restrictions sur la moyenne d’exposition corporelle totale pour les fréquences supérieures à 6 GHz, des restrictions pour les expositions brèves (supérieures à 6 minutes) pour les fréquences supérieures à 400 MHz, la réduction de la zone de moyennage pour les fréquences > 6 GHz (ce qui réduit l’exposition maximale qu’une personne peut subir).
Par conséquent, le réseau des stations 5G doit fonctionner en deçà des seuils d’exposition réglementaires pour que l’énergie dégagée soit si faible qu’elle ne pourrait produire aucun effet thermique significatif.
Est-ce que la loi marocaine protège le citoyen du dépassement des seuils d’exposition aux radiofréquences nuisibles ?
En adoptant les mêmes restrictions que l’ICNIRP, à travers plusieurs normes internationales, l’ANRT a révisé les spécifications techniques relatives aux rayonnements électromagnétiques non ionisants, incluant notamment la technologie 5G.
Publiée en 2023, la décision définit les exigences minimales requises pour l’agrément des équipements terminaux et des installations radioélectriques, concernant leurs effets sur la santé en matière de rayonnements électromagnétiques.
Elle établit des limites d’exposition pour le public et en milieu professionnel, définissant les restrictions applicables aux champs électriques, magnétiques et électromagnétiques dans ces deux contextes.
Pour les expositions de courte durée n’excédant pas six minutes, l’ANRT a fixé des limites spécifiques selon la gamme de fréquence. Ainsi, dans la bande de 400 MHz à 6 GHz (qui inclut les fréquences utilisées par la 5G au Maroc), l’exposition professionnelle est limitée à 3,6 kJ/kg pour la tête et le tronc, et à 7,2 kJ/kg pour les membres. Pour le public, ces valeurs sont respectivement de 0,72 kJ/kg et 1,44 kJ/kg.
L’impact des radiofréquences sur les abeilles
Depuis plusieurs décennies, la communauté scientifique s’intéresse à l’étude de l’impact des ondes électromagnétiques sur les communautés d’abeilles.
Parmi eux, une étude scientifique publiée dans la revue prestigieuse Science Advances s’est penchée sur l’impact des radiofréquences émises par les pylônes électriques sur les abeilles et leur capacité à polliniser.
Les chercheurs ont généré un champ électromagnétique pour évaluer plusieurs facteurs : la distance des pylônes (proche ou éloignée), le mode de pollinisation (naturelle ou manuelle) et l’intensité de la floraison. Leurs résultats ont montré qu’en conditions naturelles, la présence de champs électromagnétiques altérait significativement la pollinisation par les abeilles domestiques.
Concernant l’impact direct sur les abeilles, l’étude a observé que la synthèse de la protéine Hsp70 (un biomarqueur de stress thermique) était significativement plus élevée chez les abeilles situées près des pylônes (10 à 25 m) que chez celles éloignées (210 à 235 m). Cet effet n’était observable que lorsque l’infrastructure électrique était en fonctionnement.
Il ressort donc de cette recherche qu’un champ électrique de fréquence bien inférieure à celle de la 5G peut impacter les opérations de pollinisation des abeilles en provoquant un stress thermique, et ce uniquement à proximité immédiate des sources d’émission.
De même, une étude pionnière en 1981 a exposé des abeilles à des champs électromagnétiques radiofréquences de 2,45 GHz avec des densités de puissance incidente de 3 à 50 mW/cm². Aucun changement de comportement, de consommation de saccharose ni de mortalité n’a été observé entre les groupes exposés et le groupe témoin.
L’impact de la technologie 5G sur la santé des abeilles
À ce jour, la communauté scientifique n’a pas établi de consensus quant à la menace que représente la technologie 5G pour les abeilles. Les données sont insuffisantes et des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si les fréquences de cette technologie ont des effets spécifiques.
Un projet de recherche financé par l’Union européenne nommé Etain est dédié à l’étude des effets potentiels des champs électromagnétiques de radiofréquences et plus précisément sur la santé humaine et l’environnement. Il a déjà ressorti une application pour mesurer, surveiller et gérer son exposition personnelle à ces ondes.
Pour les abeilles, la protection par distance est efficiente en n’autorisant pas des tours de télécommunication (de toute sorte de technologie et non pas seulement la 5G) aux alentours d’habitats d’abeilles.
Une étude scientifique, bien que préliminaire, estime que l’application d’une protection faite par l’aluminium et l’acier peut être efficace pour protéger les abeilles des radiofréquences 5G pouvant causer un stress thermique aux abeilles.
À vrai dire, l’abeille est une espèce très sensible et très importante pour la vie humaine de par son rôle de pollinisateur. Cependant, le débat est totalement déplacé : l’abeille est menacée par des risques plus importants, notamment l’usage excessif des pesticides, le dérèglement climatique qui cause la destruction de ses habitats et plus particulièrement la réduction des surfaces forestières au Maroc.