Aïd al-Adha sans sacrifice, mais pas sans abats : la consommation s’emballe et les prix explosent

Chez les bouchers, à Casablanca notamment, les prix ont pris l’ascenseur en quelques jours à peine. « Le foie ovin est aujourd’hui à 250 DH le kilogramme », apprend-on auprès de professionnels du secteur, contactés par nos soins. « La douara varie quant à elle entre 450 et 600 DH selon la taille ». Des tarifs jugés très élevés, au regard du pouvoir d’achat des Marocains.

« Certains bouchers obligent les clients à acheter l’ensemble des abats en pack »

Fin février dernier, le Roi Mohammed VI avait appelé le peuple marocain à s’abstenir du sacrifice de Aïd al-Adha après plusieurs années de sécheresse et la flambée des prix des aliments composés. L’objectif étant de permettre la reconstitution progressive du cheptel, tout en évitant une pression supplémentaire sur les éleveurs déjà fragilisés.

Cependant, une autre réalité se profile sur les étals : la demande pour les abats a explosé ces dernières semaines, à l’approche de l’Aïd, entraînant une flambée des prix sans précédent.

Contactés par nos soins, des bouchers à Casablanca nous confirment cette hausse. « Le foie ovin, qui coûtait 150 DH/kg, coûte à présent 250 DH/kg« , nous confirment nos sources. « Le foie bovin coûte quant à lui 200 DH/kg », ajoutent-elles. « La douara varie pour sa part entre 450 et 600 DH selon la taille, tandis que la tête d’agneau est vendue à 100 DH ». 

« De nombreux clients nous assurent qu’ils ont un évènement spécial à célébrer, juste pour qu’on accepte de les servir », nous confie par ailleurs l’un des bouchers contactés.

Interrogés, plusieurs consommateurs affirment pour leur part que, dans certains quartiers de la métropole, le foie d’agneau a atteint les 300 DH/kg. Le foie bovin, quant à lui, se négocie entre 170 et 200 DH/kg. « Pire, certains bouchers refusent désormais de vendre le foie ou la douara séparément, obligeant les clients à acheter l’ensemble des abats en ‘pack’, incluant les intestins et autres parties », nous explique-t-on.

 Les prix continueront à augmenter jusqu’au jour de l’Aïd

Ce phénomène s’explique par le fait que « bien que s’abstenant du sacrifice, une partie de la population veut tout de même goûter à l’ambiance de l’Aïd, notamment à travers les abats : foie, douara, intestins et autres », soulignent les professionnels du secteur.

« Nous-mêmes, bouchers, souhaitions limiter l’abattage local en important du bétail d’Espagne pour couvrir le besoin pour ce Aïd, mais la forte demande pour les abats pousse à l’abattage malgré tout« , déplorent-ils.

Face à cette tendance, nos professionnels lancent un appel à la responsabilité. « Il existe d’autres alternatives, notamment les brochettes de viande hachée, des côtelettes et de la viande, qui restent actuellement aux prix habituels ».

« La côtelette se vend autour de 130 DH/kg, et la viande ovine ou bovine avoisine les 100 DH/kg. Nous encourageons donc les consommateurs à privilégier ces produits afin de limiter l’abattage. »

Nos sources estiment par ailleurs que « les prix vont continuer à grimper jusqu’au jour de l’Aïd ». « Dans certains quartiers aisés, les clients sont prêts à payer n’importe quel prix », ajoutent-elles, précisant qu’ »il n’existe pratiquement aucune concurrence dans ces zones, tant la demande est soutenue ».

La consommation d’abats, ancrée dans la tradition de l’Aïd, se retrouve ainsi aujourd’hui au cœur d’un dilemme : se conformer aux habitudes culturelles ou faire preuve de solidarité pour garantir un avenir à l’élevage national. Une tension entre tradition et raison que chacun devra trancher à sa manière.

Le Maroc ouvre son marché aux abats bovins brésiliens

Selon le journal régional brésilien CenárioMT, cette avancée représente une nouvelle opportunité pour les exportateurs brésiliens, notamment dans l’État du Mato Grosso, principal producteur de viande bovine au Brésil.

Bien que le volume attendu initialement soit modeste comparé à celui de la Chine, cette diversification est jugée « stratégique » pour limiter les risques liés à la dépendance vis-à-vis de certains marchés.

Le Maroc est considéré comme « un marché émergent à fort potentiel », poursuit le média brésilien. En 2023, les exportations de viande bovine du Brésil vers le Maroc avaient déjà dépassé les 43 millions de dollars (plus de 400 millions de DH).

L’ouverture aux abats vient élargir cette coopération et renforce la place du Maroc dans le réseau mondial des importateurs agroalimentaires, tout en témoignant de sa confiance dans le système sanitaire brésilien, ajoute-t-on.

Rappelons que le gouvernement marocain avait en octobre 2024 donné son feu vert à l’importation des viandes rouges, congelées ou réfrigérées, afin de faire face à l’inflation galopante des prix qui pesait lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages.