Viandes rouges et abats : voici comment les importations ont évolué depuis le début de l’année 2025

Selon nos informations, les importations de viandes rouges sont passées de 595 tonnes en janvier 2025 à 97 tonnes en avril 2025.

Il en est de même pour les abats, dont les importations sont passées de 76 tonnes à 24 tonnes durant la même période.

Ainsi, 671 tonnes de viandes rouges et d’abats ont été importées en janvier 2025 contre 121 tonnes en avril 2025.

À l’approche de l’Aïd al-Adha, des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux et dans les marchés ont fait état d’une hausse des importations des abats pour couvrir la forte demande.

Les chiffres relatifs aux importations durant les premiers jours du mois de mai, dont nous disposons, confirment cependant une tendance baissière. À titre d’exemple, les importations d’abats s’élevaient à 4 tonnes au début du mois. Il convient toutefois de noter que ces données restent provisoires, le mois n’étant pas encore terminé.

Selon nos sources, l’appel royal a également généré une baisse des importations des ovins vivants.

Aïd al-Adha sans sacrifice, mais pas sans abats : la consommation s’emballe et les prix explosent

Chez les bouchers, à Casablanca notamment, les prix ont pris l’ascenseur en quelques jours à peine. « Le foie ovin est aujourd’hui à 250 DH le kilogramme », apprend-on auprès de professionnels du secteur, contactés par nos soins. « La douara varie quant à elle entre 450 et 600 DH selon la taille ». Des tarifs jugés très élevés, au regard du pouvoir d’achat des Marocains.

« Certains bouchers obligent les clients à acheter l’ensemble des abats en pack »

Fin février dernier, le Roi Mohammed VI avait appelé le peuple marocain à s’abstenir du sacrifice de Aïd al-Adha après plusieurs années de sécheresse et la flambée des prix des aliments composés. L’objectif étant de permettre la reconstitution progressive du cheptel, tout en évitant une pression supplémentaire sur les éleveurs déjà fragilisés.

Cependant, une autre réalité se profile sur les étals : la demande pour les abats a explosé ces dernières semaines, à l’approche de l’Aïd, entraînant une flambée des prix sans précédent.

Contactés par nos soins, des bouchers à Casablanca nous confirment cette hausse. « Le foie ovin, qui coûtait 150 DH/kg, coûte à présent 250 DH/kg« , nous confirment nos sources. « Le foie bovin coûte quant à lui 200 DH/kg », ajoutent-elles. « La douara varie pour sa part entre 450 et 600 DH selon la taille, tandis que la tête d’agneau est vendue à 100 DH ». 

« De nombreux clients nous assurent qu’ils ont un évènement spécial à célébrer, juste pour qu’on accepte de les servir », nous confie par ailleurs l’un des bouchers contactés.

Interrogés, plusieurs consommateurs affirment pour leur part que, dans certains quartiers de la métropole, le foie d’agneau a atteint les 300 DH/kg. Le foie bovin, quant à lui, se négocie entre 170 et 200 DH/kg. « Pire, certains bouchers refusent désormais de vendre le foie ou la douara séparément, obligeant les clients à acheter l’ensemble des abats en ‘pack’, incluant les intestins et autres parties », nous explique-t-on.

 Les prix continueront à augmenter jusqu’au jour de l’Aïd

Ce phénomène s’explique par le fait que « bien que s’abstenant du sacrifice, une partie de la population veut tout de même goûter à l’ambiance de l’Aïd, notamment à travers les abats : foie, douara, intestins et autres », soulignent les professionnels du secteur.

« Nous-mêmes, bouchers, souhaitions limiter l’abattage local en important du bétail d’Espagne pour couvrir le besoin pour ce Aïd, mais la forte demande pour les abats pousse à l’abattage malgré tout« , déplorent-ils.

Face à cette tendance, nos professionnels lancent un appel à la responsabilité. « Il existe d’autres alternatives, notamment les brochettes de viande hachée, des côtelettes et de la viande, qui restent actuellement aux prix habituels ».

« La côtelette se vend autour de 130 DH/kg, et la viande ovine ou bovine avoisine les 100 DH/kg. Nous encourageons donc les consommateurs à privilégier ces produits afin de limiter l’abattage. »

Nos sources estiment par ailleurs que « les prix vont continuer à grimper jusqu’au jour de l’Aïd ». « Dans certains quartiers aisés, les clients sont prêts à payer n’importe quel prix », ajoutent-elles, précisant qu’ »il n’existe pratiquement aucune concurrence dans ces zones, tant la demande est soutenue ».

La consommation d’abats, ancrée dans la tradition de l’Aïd, se retrouve ainsi aujourd’hui au cœur d’un dilemme : se conformer aux habitudes culturelles ou faire preuve de solidarité pour garantir un avenir à l’élevage national. Une tension entre tradition et raison que chacun devra trancher à sa manière.

Viandes et bétail : le ministère de l’Agriculture revoit les procédures d’importation

Le ministère de l’Agriculture a actualisé les trois circulaires relatives aux procédures d’approbation des demandes d’importation des bovins et des ovins domestiques, ainsi que de la viande fraîche et des abats. Les nouvelles circulaires ont été publiées le 6 mars dernier.

Rappelons que les quotas fixés pour l’année 2025 s’élèvent à 15.000 têtes pour les bovins, 700.000 têtes pour les ovins et 40.000 tonnes pour la viande fraîche et les abats.

Les bovins importés ne sont plus exclusivement dédiés à l’abattage

Dans la circulaire relative à l’approbation des demandes d’importation de bovins domestiques, on remarque que ces derniers ne sont plus exclusivement destinés à l’abattage. Ces animaux peuvent à présent être également destinés à l’engraissement, mais non à la reproduction.

L’importateur peut ainsi procéder à l’abattage immédiat des bovins importés dès leur arrivée sans qu’ils transitent par les lazarets de quarantaine sanitaire, ou les engraisser. Aucune date d’abattage n’est toutefois fixée par le ministère. 

Auparavant, selon les dispositions de la circulaire du mois de décembre 2024, les importateurs s’engageaient à :

– Abattre 40% de l’effectif importé dans un délai de 40 jours après la date d’arrivée des animaux au port de débarquement ;

– Abattre l’effectif restant dans un délai de 3 mois après leur date d’arrivée.

Aucun délai d’abattage pour les ovins

Il en est de même pour les ovins domestiques importés, en termes de délai d’abattage. Auparavant, selon les dispositions de la circulaire du mois de décembre dernier, les opérateurs importateurs s’engageaient à :

– Abattre au moins 40% de l’effectif importé dans un délai de 40 jours après la date d’arrivée des animaux au port de débarquement ;

– Abattre au moins 80% de l’effectif dans un délai de 60 jours après leur date d’arrivée ;

– Abattre l’effectif restant (20%) au plus 3 mois après leur date d’arrivée.

Cette condition ne figure plus dans la nouvelle circulaire après la récente mise à jour.

Enfin, en ce qui concerne l’importation des viandes fraîches et des abats, la spécificité des viandes « fraîches, réfrigérées ou congelées » ne figure plus sur le volet relatif aux normes techniques à respecter par les importateurs dans la nouvelle circulaire du 6 mars.

L’autre nouveauté concerne les abats, qui devaient auparavant représenter au plus 20% de la quantité des viandes importées. Cette condition n’est plus exigée.

Par ailleurs, à présent, même les bouchers peuvent importer les viandes et les abats, au même titre que les chevillards, les établissements d’entreposage, les unités de découpe et autres.

Rappelons que ces opérations d’importation interviennent dans le cadre de la conjoncture actuelle qui se caractérise par une sécheresse sévère ayant eu un impact direct sur le cheptel national. Elle vise à assurer l’approvisionnement continu du marché national en viandes rouges et à stabiliser les prix.

Les abats n’échappent pas à la flambée des prix de la viande rouge au Maroc

Tripes, pieds, foie, cervelle ou ris ont longtemps été prisés par les amateurs de plats typiques de la riche cuisine nationale entre « ker3ine » et « tkelia ». Prisés pour leur prix abordable, à une époque où la viande bovine se vendait encore à moins de 120 dirhams le kilogramme, les abats n’échappent pas à la tendance haussière observée aujourd’hui sur le marché des viandes rouges.

« La flambée des prix de revient de la viande rouge, notamment la viande bovine, s’est répercutée également sur les prix des abats. Beaucoup de professionnels se sont retirés de l’activité à cause de la montée en flèche des coûts », déplore Younes Gadiri, membre de l’Association nationale des producteurs de viandes rouges.

Beaucoup de professionnels se sont retirés de l’activité à cause de la montée en flèche des coûts

Les abats des bovins atteignent jusqu’à 160 DH le kilo dans les boucheries

Le prix du foie de bœuf a atteint aujourd’hui 160 DH/kg dans les boucheries, contre un prix de gros de 115 à 120 DH/kg, précise Younes Gadiri. Ce dernier d’ajouter : « Auparavant, le prix de gros du foie de bœuf ne dépassait pas 90 à 95 DH/kg ».

Les tripes de bœuf se vendent désormais à 35-40 DH/kg alors qu’elles se vendaient, il y a quatre ans de cela, à 20 DH/kg. Vendus à l’unité, les pieds de bœuf sont maintenant vendus au prix de 120 à 130 DH alors qu’ils se vendaient à 80-90 DH/l’unité, note le professionnel.

Pour stabiliser les prix, le gouvernement envisage d’importer de la viande rouge prête à la consommation

La tendance haussière qui s’est emparée du marché des viandes rouges trouve son explication dans la sécheresse, le coût élevé du fourrage, mais également le boycott du lait cru remplacé par le lait en poudre, selon des professionnels du secteur sondés par Médias24.

Nous rappelons que, pour stabiliser les prix, le gouvernement envisage d’importer de la viande rouge prête à la consommation.

Parmi les mesures discutées, le 10 octobre dernier, lors de la réunion tenue par le chef du gouvernement avec les filières agricoles, l’exécutif envisage d’importer de la viande rouge prête à la consommation pour stabiliser les prix sur le marché, apprend-on de sources informées.