Procès Bioui – Naciri : Ce qu’ont dit les témoins en 9 audiences

Alors que le procès s’approche de son épilogue en première instance, nous revenons sur les témoignages qui se sont succédé depuis le 10 juillet 2025 devant la cour d’appel de Casablanca. La liste des témoins a évolué au fil des semaines. Certains ajoutés, d’autres introuvables faute d’adresse, dont trois proches de Abdenbi Bioui.

Et si les dépositions ont parfois divergé, une constante demeure : la majorité d’entre elles ont concerné Saïd Naciri, tantôt mis en cause, tantôt défendu, dessinant un tableau complexe des faits au cœur du dossier.

Ces auditions montrent surtout que les autres accusés occupent un rôle périphérique, tandis que Bioui et Naciri concentrent l’essentiel de l’attention, tant de la Cour que de l’opinion, en raison du poids des accusations qui pèsent sur eux.

> Hésitations d’un acquéreur

Le 10 juillet 2025, Abdessamad A. a comparu comme premier témoin. Il a expliqué avoir acquis un appartement à Saïdia auprès d’un certain Fouad Y., qu’il croyait propriétaire. Lors de son audition, il a déclaré ne pas vouloir “porter préjudice à qui que ce soit” et a multiplié les hésitations, peinant à reconstituer les détails de la transaction. Fouad Y. affirme pour sa part n’avoir joué qu’un rôle d’intermédiaire pour le compte de Saïd Naciri, accusation que l’ex-président du Wydad rejette catégoriquement.

Ces imprécisions laissent subsister un doute sur l’identité réelle du vendeur et sur la chaîne des transferts de propriété.

Mais ce témoignage n’a pas été révélateur, du moins aucune information de grande importance n’en a émané. Contrairement au second témoin entendu ce jour là, puis à une seconde occasion.

> L’ancien bras droit de Ben Brahim témoigne 

Les auditions des 10 et 18 juillet ont mis en lumière des accusations plus tranchées. Taoufik Z., ancien directeur de la société de Hadj Ben Brahim, a affirmé que les véhicules importés de Chine par la société Al Fassi Brothers Al Kabida – dont certains ont été saisis avec 40 tonnes de résine de cannabis – ont été mis en circulation sans homologation et qu’une partie a été cédée à Abdenbi Bioui.

Selon lui, Saïd Naciri a joué le rôle d’intermédiaire pour faciliter l’obtention des documents nécessaires.

Le témoignage de Taoufik Z., livré avec calme et maîtrise malgré quelques contradictions relevées, a éclairé la Cour et l’opinion sur le mode de vie de Hadj Ben Brahim au Maroc, et surtout sur l’ampleur des flux financiers qu’il manipulait entre 2013 et 2016.

> Un ancien ami devenu opposant

Le 31 juillet, Abdelwahed Chaouki, dirigeant de Bibankom et député (PAM), a livré un témoignage défavorable à son ancien ami, Saïd Naciri.

Abdelwahed Chaouki a expliqué que, lorsque la police judiciaire s’est intéressée à Saïd Naciri en 2023, celui-ci a cherché à justifier des dépôts d’argent sur son compte datant de 2014 : selon Saïd Naciri, il s’agissait de dons de supporters et d’amis, versés pour “sauver” le club en difficulté.

“Deux ou trois mois avant son arrestation, Saïd Naciri est venu dans mon bureau et m’a demandé de signer un document attestant que je lui avais remis 8 millions de dirhams en cash, comme contribution au Wydad. J’ai refusé, car c’était faux”, a-t-il déclaré lors de son audition le 24 juillet dernier.

Abdelwahed Chaouki a aussi affirmé avoir vu Saïd Naciri et Wissam N. se retirer ensemble pour discuter du départ de ce dernier de la villa en 2016, en contrepartie de 1 million de DH. Un point qui structure plusieurs des contestations autour de l’appartenance de cette propriété.

> Latifa Raafat se défend et défend Naciri 

Le 2 octobre, Latifa Raafat, évoquée à plusieurs reprises lors de l’audition des accusés, a enfin témoigné. Elle a raconté son bref mariage avec El Hadj Benbrahim, le présentant comme un homme oisif, souvent sans signes matériels évidents de richesse, et qui passait son temps à fumer la chicha chez elle.

Elle a assuré n’avoir jamais assisté à une transaction suspecte et a expliqué s’être sentie initialement rassurée par l’existence d’une société de voitures et d’un passeport diplomatique. Latifa Raafat a reproché à Saïd Naciri d’avoir porté atteinte à sa réputation, en l’accusant d’organiser des fêtes arrosées dans la villa de Californie ; confrontée à l’ex-président du Wydad, elle a confirmé devant la Cour n’avoir jamais vu celui qu’elle présente comme son ex-mari remettre de l’argent à Naciri, contredisant ainsi certains PV antérieurs.

> Trois témoins et leurs contradictions

Le 9 octobre, la Cour a entendu trois témoins dont les déclarations visaient Saïd Naciri : Fatima A. (ex-secrétaire du WAC), Redouane N. (cheikh de la zaouia Naciria, Zagora) et Khalil M. (notaire à Oujda). Chacun a livré un récit distinct, parfois contradictoire, et le notaire a même engagé sa situation professionnelle en raison d’irrégularités relevées lors de son témoignage.

Devant la Cour, Fatima A. a modulé ses propos antérieurs : si elle a déclaré à la police judiciaire avoir vu six véhicules arriver puis disparaître du parking du club en présence de Saïd Naciri, elle a nuancé devant les juges. Elle a maintenu avoir observé l’arrivée des véhicules en présence du directeur de la sécurité, mais elle a réfuté que Saïd Naciri les avait personnellement amenés. Quant à l’accusation d’avoir été forcée par Saïd Naciri à signer une déclaration sur l’honneur, elle a expliqué avoir “entendu” une tierce personne à côté de lui, lui proposer cette idée, sans soutenir que l’ordre venait directement de son ex-patron.

> Attestation honorifique contre une i10  ? 

Redouane N. a confirmé qu’il avait rédigé, à la demande de Saïd Naciri, une attestation honorifique en faveur d’un ressortissant malien. Il a aussi reconnu avoir reçu une voiture offerte par Hadj Ben Brahim, précisant toutefois qu’il réclamait une voiture à Naciri depuis longtemps, ce qui relativise l’idée d’un don spontané.

> Doutes et irrégularités autour d’un acte notarié

Le notaire Khalil M. a livré un témoignage qui a semé le trouble : il a présenté une minute d’acte de vente signée en 2014 entre Saïd Naciri et une acheteuse du nom de Najat A., mais s’est montré incapable d’établir qui avait signé en premier.

La minute, qu’il a sortie de son dossier (un geste que le parquet a qualifié d’irrégulier), ne comportait pas d’indications claires sur les signatures ; l’adresse de Saïd Naciri figurant dans l’acte ne correspondait pas à celles figurant sur ses pièces d’identité.

De plus, le détail des paiements soulève des contradictions : l’acte mentionne un prix de 740.000 DH payé en deux parts : un prêt bancaire de 400.000 DH et 340.000 DH “remis au vendeur” ;  tandis que la comptabilité du notaire indique 700.000 DH crédités sur le compte de l’étude, laissant 40.000 DH non justifiés.

Le parquet a consigné ces anomalies dans le PV et mis en doute la régularité de certaines pratiques.

> Rétractations et confusion

Le 16 octobre 2025, la Cour a entendu Abdellah A., beau-frère de Saïd Naciri, dont l’audition a viré à la confusion. Abdellah s’est rétracté à plusieurs reprises et a contredit des déclarations antérieures faites à la BNPJ et au juge d’instruction.

Il est passé d’une prétendue direction du complexe Benjelloun à la reconnaissance d’un simple rôle de coursier rémunéré en espèces (2.000 à 4.000 DH par mois). Le président Torchi a relevé l’incohérence : le témoin affirme déposer les courses “chez lui” sans jamais s’être rendu à la villa de Californie que Saïd Naciri occupe, levant un sérieux doute sur la portée de son témoignage.

Interrogé sur les voitures présentes au parking du Wydad, Abdellah A. a fourni des versions divergentes : il a parlé de Kia et de Hyundai, puis a nié voir les voitures importées de Chine par Hadj Ben Brahim. Ses contradictions ont porté sur les dates, les couleurs (alors que les voitures importées par Ben Brahim étaient blanches) et la chronologie des retraits opérés par des mécaniciens.

Le président Torchi l’a mis en garde sur le risque de faux témoignage; visiblement malentendant et confus, le témoin n’a pas apporté les éclaircissements attendus.

> L’ancien chauffeur de Ben Brahim charge Naciri 

Les audiences des 23 et 30 octobre 2025 ont été centrées sur Nabil D., ancien chauffeur de Hadj Ben Brahim, dont le témoignage a nourri débats et contestations.

La Cour a longuement délibéré avant de l’entendre sous serment, après des confrontations sur ses antécédents judiciaires en Mauritanie. Devant les juges, Nabil a confirmé avoir travaillé pour Ben Brahim dès 2013, détaillé ses allers-retours entre le Maroc, Dakhla et Nouadhibou, et évoqué des périodes d’incarcération.

Nabil D. a indiqué avoir vu cinq camions importés de Chine acheminés à Abdenbi Bioui, confirmant ainsi les propos de son ancien collègue, Taoufik Z.

Il a aussi décrit plusieurs transferts en espèces : 1,3 MDH remis à un tiers près de Zagora, 2,5 MDH (qu’il a dit ensuite être 2,2 MDH) confiés à la femme de ménage Fatima F., et un sachet de 1,5 MDH déposé dans la Maserati de Saïd Naciri en 2013. Ces montants, et la divergence entre les chiffres cités à la police et devant la Cour, ont servi la stratégie de la défense visant à discréditer la consistance du récit.

Le témoin a raconté qu’il a vécu dans la villa du quartier Californie près d’un an, à la demande de Ben Brahim, et qu’il a empêché des tentatives d’entrée de la part de Saïd Naciri puis d’Abdenbi Bioui.

Le 30 octobre, la défense a porté un coup d’éclat en produisant un jugement mauritanien qu’elle présente comme preuve que Nabil D. est resté détenu à Nouadhibou à des dates incompatibles avec son récit de présence en Mauritanie et au Maroc. Le parquet a contesté la valeur probante de ce document faute d’exequatur et a obtenu le rejet de la demande de placement en garde à vue du témoin.

Sous la pression des questions, Nabil D. s’est montré hésitant sur le contenu exact d’une valise qu’il dit avoir transportée entre Ben Brahim et Bioui.

Ces rétractations ont renforcé les doutes sur la fiabilité de certaines affirmations, sans pour autant vider le dossier de ses éléments centraux : échanges d’argent en espèces, transferts de véhicules et occupation litigieuse d’une villa.

> Dernière ligne droite : plaidoiries et délibéré à venir

Les neufs audiences tenues entre le 10 juillet et le 30 octobre ont multiplié témoignages, confrontations et incohérences. Les éléments matériels (saisies de véhicules, actes notariés, transferts en espèces) et les éléments humains (rétractations, contradictions, confrontations) façonnent un dossier complexe où la crédibilité des témoins joue un rôle central.

La Cour entre désormais dans la phase des plaidoiries : avocats et parquet vont tenter de transformer ces fragments de récit en une thèse cohérente, avant que les juges ne rendent leur délibéré.

Affaire Bioui-Naciri : un proche de Hadj Ben Brahim témoigne

Attendu depuis plusieurs semaines, le témoignage de Nabil D., ancien chauffeur de Hadj Ben Brahim au Maroc, vient mettre la lumière sur plusieurs zones d’ombre. Cela dit, le flou autour de certaines de ses déclarations vient en créer de nouvelles, exploitées par la défense.

Voici le détail de ce qu’il a dit durant l’audience du 23 octobre.

De potentiels témoins écartés

10h11. Dès le début de l’audience, les avocats de la défense demandent à prendre la parole pour présenter une requête : selon eux, trois témoins potentiels sont présents dans la salle. Leur témoignage peut éclairer la cour quant au début des travaux de la villa, dont ils se sont eux-mêmes occupés. Autrement dit, leur témoignage viendra trancher la question de savoir quand la villa a été transmise à Saïd Naciri.

Le procureur général du Roi intervient pour rappeler que la cour a déjà rejeté, le 31 juillet dernier, la demande visant à entendre ces témoins. D’ailleurs, le président Torchi “confirme” ladite décision de la cour.

Mais les avocats insistent. Ils demandent que les potentiels témoins quittent la salle, au cas où la cour accepte, plus tard, de les entendre. Ils sont appelés un à un à la barre et priés de quitter la salle.

10h23. Le président Torchi appelle Nabil D. à la barre. Il s’agit de l’ancien chauffeur de Hadj Ben Brahim au Maroc.

À la question habituelle de savoir s’il a des antécédents judiciaires, le témoin indique avoir été détenu quelques mois en Mauritanie, avec Hadj Ben Brahim, pour des faits de corruption.

Pour Me Messaoudi et Me Jadoui, avocats de Saïd Naciri, ces antécédents judiciaires sont graves. Ils estiment que le témoin ne peut être entendu qu’à titre indicatif, sans qu’il ne prête serment.

Or, le procureur général du Roi est d’un autre avis. Il estime quant à lui qu’on ne peut parler d’antécédents que si c’est enregistré sur la fiche anthropométrique. Ce qui n’est pas le cas. Pour lui, le témoin doit prêter serment avant d’être entendu.

“C’est lui-même qui avoue avoir des antécédents. De plus, nous ne pouvons avoir accès à des données personnelles telles que la fiche anthropométrique. C’est au parquet de se renseigner et de nous dire ce qu’il en est”, insiste Me Jadoui.

La cour décide de prendre vingt minutes pour délibérer sur la question.

Nabil D. à la barre

11h33. Finalement, la délibération aura pris plus d’une heure. Au retour des magistrats, le président Torchi annonce que la cour a décidé d’entendre le témoin après qu’il ait prêté serment. Mais avant, elle appelle à la barre Fatima F., ancienne femme de ménage de Hadj Ben Brahim. Elle a été convoquée par voie du parquet et s’est finalement présentée au tribunal.

Le président Torchi s’assure de son identité puis lui demande de quitter la salle. Il veut d’abord entendre Nabil D., qu’il interroge sur sa relation avec Hadj Ben Brahim.

Le témoin explique qu’il a travaillé pour lui en tant que chauffeur, précisément au sein de son entreprise basée à Mohammedia, et ce, depuis 2013.

Le président Torchi lui rappelle ses déclarations devant la police judiciaire en 2023, dans lesquelles il a raconté son parcours, avec Hadj Ben Brahim en Mauritanie en 2014, avant de revenir à Dakhla pour y vivre deux mois, puis avant un nouveau retour vers la Mauritanie où il a été incarcéré pendant huit mois à la prison de Nouadhibou.

Ce sont des déclarations que le témoin confirme à nouveau. Ensuite, le président le confronte à ses déclarations au sujet de 11 camions importés de Chine dont une partie a été transmise à Abdenbi Bioui.

“C’était en été 2014. Cinq des camions ont été envoyés à Abdenbi Bioui”, indique le témoin. Selon lui, il s’est même rendu à l’entrepôt où étaient entreposés ces véhicules et y a vu Abdenbi Bioui.

Dans ses déclarations à la police judiciaire, Nabil D. avait indiqué que 2 autres camions avaient également été envoyés à Abdenbi Bioui par la suite. Mais le témoin nie. Il confirme uniquement les 5 premiers. Il s’agit d’un point important sur lequel Abdenbi Bioui rebondira par la suite.

Mais avant, ce sont les sommes d’argent qui intéressent. Nabil D. avait déclaré à la police judiciaire avoir remis 1,3 MDH à une personne dans les environs de Zagoura, sur instructions de Hadj Ben Brahim.

Il a également déclaré avoir récupéré la somme de 2,2 MDH auprès d’une personne, à la demande de Hadj Ben Brahim, puis les avoir remis à la femme de ménage de ce dernier, Fatima F. Celle-ci a alors déclaré à Nabil D. que c’est Saïd Naciri qui allait passer récupérer cette somme.

Encore des transactions en cash

Toujours selon ses déclarations à la police judiciaire, Nabil D. assure avoir vu, en 2013, Saïd Naciri au showroom de son patron, à Rabat, où celui-ci a remis à l’ancien président du Wydad un sachet contenant 1,5 MDH. L’argent a même été déposé dans sa Maserati.

La même année, il affirme que Abdenbi Bioui a reçu de la part de Hadj Ben Brahim la somme de 6,5 MDH. Les deux transactions portaient apparemment sur des appartements que leur a vendus Hadj Ben Brahim.

Tous ces propos ont été confirmés par le témoin devant la cour. Il a néanmoins indiqué que la somme remise à la femme de ménage était 2,5 MDH et non pas 2,2 MDH ; et qu’il n’y a aucune certitude que les deux dernières transactions citées ci-haut concernaient des opérations de ventes immobilières, à sa connaissance.

Par la suite, le témoin affirme qu’en 2016, alors que son patron était en prison en Mauritanie, et que lui logeait dans sa villa au quartier Californie, il a reçu la visite de Saïd Naciri qui a tenté de rentrer dans la villa. “Je l’en ai empêché”, affirme-t-il, en précisant qu’un mois plus tard, Abdenbi Bioui a lui aussi tenté la même chose, en vain.

Il expliquera plus tard, qu’après avoir été libérés de Mauritanie, Hadj Ben Brahim lui a demandé de s’installer dans sa villa au quartier Californie. Ensuite, après l’avoir averti de la visite des deux hommes, Hadj Ben Brahim lui a demandé de ne pas les laisser prendre la villa. “J’ai alors compris qu’il n’était pas réellement propriétaire”, déclare le témoin.

“C’est un homme déséquilibré”

12h14. Saïd Naciri est appelé à la barre pour une confrontation. Il n’y va pas par quatre chemins : “Il ne sait pas ce qu’il dit. C’est un homme déséquilibré. Et ça se verra lorsque mes avocats poseront leurs questions. Son témoignage n’est pas contradictoire mais complètement faux. Comment peut-il témoigner de choses qu’il n’a pas vues ? De plus, il change de versions à chaque fois. On lui a dicté quoi dire !”.

Saïd Naciri n’en dira pas plus. C’est à Abdenbi Bioui de se présenter pour une confrontation. Malade, il arrive sur une béquille et tient un papier en main. Il indique avoir noté quelques observations : “Nabil D. affirme avoir connu son patron l’été 2013 à Mohammédia. Or, Hadj Ben Brahim avait déclaré que la première fois qu’il était venu au Maroc, c’était l’été 2013, mais qu’il s’était directement rendu à Saïdia”, déclare-t-il pour souligner l’incohérence des deux versions.

“Nabil D. dit qu’il a été placé en détention en Mauritanie. Il nous raconte une histoire selon laquelle il est allé en Mauritanie puis a passé deux mois à Dakhla avant de retourner en Mauritanie où il a été incarcéré. Je demande, si possible, à ce qu’il précise la date exacte de son incarcération en Mauritanie”, poursuit-il.

Le troisième point évoqué par Abdenbi Bioui concerne les cinq camions importés de Chine par Hadj Ben Brahim. “Je suis poursuivi pour avoir reçu sept camions. Or, Nabil D. et Taoufik Z. ont tous les deux déclaré que je n’en ai reçu que cinq. Justement, les cinq camions que j’ai reçus sont aujourd’hui saisis ensemble. Aucun d’entre eux n’est celui saisi avec de la drogue”.

“Je veux avoir la chance de me défendre”

12h33. Abdenbi Bioui ne sera pas autorisé à commenter davantage. Bien qu’il ait précisé au président Torchi qu’un récent examen médical effectué mardi a révélé la présence de caillots sanguins risquant de déclencher une crise cardiaque “à tout moment”. “Et pourtant, je suis là parce que je veux avoir la chance de me défendre”, a-t-il déclaré avant d’être remercié.

Le procureur général du Roi prend ensuite la parole. Il demande au témoin de préciser pendant combien de temps il a habité dans la villa de Hadj Ben Brahim. “Depuis mon retour de Mauritanie, soit en août 2015”.

Le témoin indique que pendant près d’un an, il y a habité avec sa femme et son enfant. Et que pendant cette période les factures d’eau et d’électricité n’ont pas été payées.

“Les factures se sont cumulées jusqu’à l’arrivée du Libanais Wissam N. (bras droit de Hadj Ben Brahim, ndlr)”, indique le témoin.

12h47. C’est au tour des avocats de la défense de poser leurs questions. Me Meskini commence par poser les siennes et faire ses observations.

Me Meskini souligne que Hadj Ben Brahim avait lui-même déclaré avoir remis, sans intermédiaire, 2,4 MDH à sa femme de ménage, Fatima, afin que celle-ci les remette à Saïd Naciri en guise de paiement d’un appartement.

Il interroge ensuite le témoin sur les 1,5 MDH remis à Saïd Naciri dans sa voiture. Le témoin déclare qu’il avait été missionné par son patron pour le faire. C’est lui qui a précisé le montant qu’il devait transporter avant qu’il ne se désiste et décide de faire la transaction lui-même.

Il affirme avoir vu le coffre de son patron, Hadj Ben Brahim, plein d’argent directement posé dans le coffre, sans sachet. Cela dit, il ne sait pas comment Saïd Naciri a pu transporter cette somme dans sa propre voiture.

Cette hésitation du témoin est utilisée par la défense pour appuyer le “déséquilibre” de ses propos. Et c’est sur ce doute que le président Torchi lève l’audience.

Escobar du Sahara : un procès sans l’accusé principal, Abdenbi Bioui ?

L’ancien parlementaire s’est absenté pour des raisons médicales qui lui ont valu un passage en salle d’opérations, à en croire sa défense, qui plaide pour un renvoi d’au moins une semaine.

« L’accusé est à l’hôpital pour subir des interventions chirurgicales. Une première a déjà eu lieu en attendant la deuxième. Il n’a pas comparu pour des raisons qui échappent à sa volonté. Nous réclamons un report pour protéger ses droits », a souligné Mohammed El Houssaini Karrout, avocat d’Abdenbi Bioui, poursuivi pour trafic international de stupéfiants.

« Avez-vous un certificat médical pour prouver la situation de l’accusé ? », demande le président Ali Torchi. Ce à quoi la défense de l’accusé répond par une négation tacite, renvoyant au parquet général la possibilité de s’en enquérir.

Le représentant du ministère public, justement, s’est opposé à l’idée d’un report. Pour lui, on peut reprendre l’examen du dossier qui en est au stade de l’audition des témoins (parmi ceux présents, la chanteuse marocaine Latifa Raafat).

« Il n’existe aucun obstacle à ce que les témoins qui n’ont pas de liens avec l’accusé soient entendus aujourd’hui par la Cour », explique brièvement le magistrat « debout ».

Cette remarque à priori anodine donne lieu à une objection ferme de la défense, qui craint une potentielle atteinte aux droits de la défense.

« Le postulat du ministère public supposerait que l’on sache d’avance ce qu’un témoin va dire. Sachant que ce dossier est censé impliquer une connexité entre les accusés », rétorque Me Karrout, appuyé par deux autres avocats de la défense. Pour la partie Bioui, recueillir des témoignages en l’absence de ce dernier empêcherait des confrontations séance tenante en cas de déclarations compromettantes.

Après délibéré, le juge Ali Torchi a accepté la requête de la défense. Le dossier a été renvoyé à l’audience du 2 octobre. La prochaine étape sera marquée par l’audition de Latifa Raafat, un témoin phare de cette affaire de trafic international de drogue.

Procès Bioui : entre conflits familiaux et coups de pression

Lors de sa deuxième comparution, Abdenbi Bioui a répondu aux questions du président Torchi, notamment sur sa relation avec plusieurs protagonistes de l’affaire, dont Hadj Ben Brahim, Allal H., et son ex-femme Samia M. Il a nié connaître certains témoins, rejeté les accusations de complicité dans des opérations immobilières suspectes et réfuté toute falsification de procuration, affirmant avoir agi dans le cadre légal.

Cette audience du 19 juin a également porté sur l’affaire de vol impliquant son ex-belle-mère, Jamila B. Abdenbi Bioui l’accuse d’avoir quitté l’appartement avec 15 valises de biens de valeur, dont des montres et bijoux estimés à plus de 6 millions de dirhams. Mais, l’ancien président de la région de l’Oriental est suspecté d’avoir faussement accusé son ex-belle-mère de vol pour contraindre son ex-femme à retirer une plainte contre lui, pour faux.

Il est également suspecté d’avoir orchestré de faux témoignages contre Abdellatif M., le frère de son ex-femme, pour le faire tomber pour coups et blessures dans le même objectif.

Abdenbi Bioui nie tout en bloc et tente de prouver son innocence. Voici ce qu’il a dit.

“Mon dernier contact avec Hadj Ben Brahim était en septembre 2014”

13h56. Pour sa deuxième comparution, Abdenbi Bioui arrive en jean et pull bleu, une tenue sobre. Les cheveux plus courts qu’à l’accoutumée, un changement notable dans son apparence. Il tient un classeur d’où il sortira plus tard quelques pièces du dossier.

Le président Torchi commence par l’interroger sur ses liens avec Saïd L. Abdenbi Bioui affirme ne pas le connaître. Selon le magistrat, cet homme travaillait pour Hadj Ben Brahim. Il a apporté un témoignage contre Abdenbi Bioui et Saïd Naciri.

Cet homme a déclaré à la police judiciaire avoir assisté à la remise des clés de la villa au profit de son employeur, Hadj Ben Brahim. “Au début, mon employeur vivait dans un appartement à Maârif, près de ‘Paul’. Ensuite, il a déménagé dans une villa au quartier Californie. J’étais là le jour où Saïd Naciri a remis les clés, en présence de Abdenbi Bioui”.

Abdenbi Bioui conteste fermement. “Je ne le connais pas du tout. La villa, je l’ai vendue à Belkacem Mir. Je ne peux pas vendre un bien qui ne m’appartient pas. Et puis, il ne donne ni date ni année pour situer cet événement”.

Le président Torchi interroge ensuite l’accusé sur ses liens avec Hadj Ben Brahim. Il évoque les déclarations de ce dernier, qui affirme avoir, après sa sortie de prison en Mauritanie, séjourné quinze jours au Sénégal. Pendant ce séjour, il dit avoir échangé avec Abdenbi Bioui, notamment à propos de la villa.

“Vous pouvez vérifier l’historique des appels avec les moyens techniques disponibles. Mon premier contact avec Hadj Ben Brahim remonte au 2 novembre 2013, et le dernier date de septembre 2014. Sauf une fois, où il m’a appelé depuis la Mauritanie, et j’ai raccroché. Quand je l’ai connu, il s’est présenté comme un homme d’affaires et m’a montré un passeport diplomatique”, déclare Abdenbi Bioui.

L’ex-président de la région de l’Oriental réagit en voyant un extrait du PV d’audition de Hadj Ben Brahim projeté à l’écran. Ce dernier y fait référence à lui en le surnommant “le Oujdi” et “le Maltais”.

“Quand on appelle quelqu’un par ce genre de surnom, c’est qu’il vit ailleurs. Par exemple, on dit ‘le Fassi’ pour quelqu’un qui vient de Fès. Mais moi, je n’ai jamais quitté Oujda. Il a utilisé ces surnoms pour crédibiliser son scénario”, affirme l’accusé.

“Si une preuve existe, alors c’est que c’est vrai”

Il est ensuite interrogé sur sa relation avec Allal H. “Je l’ai connu en 2015, quand il était président de commune et moi président de région”, déclare-t-il, en insistant sur le fait qu’aucune preuve ne démontre un contact entre eux avant cette date.

Mais le président Torchi revient sur les déclarations de Hadj Ben Brahim. Ce dernier affirme qu’à la fin de l’année 2013, il a invité Allal H. et son frère, leur a offert des costumes, puis les a emmenés passer une soirée à Aïn Diab. Le lendemain, selon lui, Abdenbi Bioui les aurait rejoints dans la villa du quartier Californie.

“À cette époque, je ne connaissais pas Allal H. En plus, il parle de la villa en 2013, alors que Belkacem Mir y habitait jusqu’en 2014. Ses employés l’ont confirmé. Vous pouvez vérifier si j’y ai mis les pieds, ne serait-ce qu’une seule fois pendant cette période. Si une preuve existe, alors c’est que c’est vrai”, répond Abdenbi Bioui.

6 millions de DH de bijoux “volés”

14h17. “Intéressons-nous au vol de Jamila B., la mère de votre ex-femme Samia M. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?”, lance le président Torchi à l’adresse d’Abdenbi Bioui, toujours à la barre.

“J’ai déposé plainte auprès du procureur du Roi, la procédure a suivi son cours normalement. Un jour, je suis rentré chez moi et mes affaires avaient disparu. J’ai d’abord cru à un cambriolage. Mais le concierge m’a dit que Jamila et Samia étaient passées. Samia s’est absentée de 10h à 14h30, et elles sont parties avec 15 valises”, explique Abdenbi Bioui.

-“Elles avaient les clés ?”, demande le président Torchi.

-“Ma femme et moi y habitions, elle avait donc les clés”, indique l’accusé.

-“Qu’est-ce qui a été volé ?”, demande le magistrat.

-“Des montres, des bijoux et des objets de décoration”, précise Abdenbi Bioui.

Pour être plus précis, le président Torchi affiche la plainte déposée par Abdenbi Bioui le 25 juin 2013, dans laquelle il détaille les objets prétendument volés et leurs valeurs.

La plainte porte sur des faits de vol, d’abus de confiance et de complicité. Elle concerne 200.000 DH en espèces, trois montres (une Franck Muller à 190.000 DH, une Rolex sertie de diamants à 800.000 DH, et une Breguet à 300.000 DH), ainsi que des bijoux, pour une valeur totale estimée à 6 millions de dirhams, selon le plaignant.

“Ce n’est pas beaucoup ?”, interroge le magistrat.

“C’étaient des investissements”, répond Abdenbi Bioui. Il précise qu’il offrait parfois des cadeaux à son ex-femme, et qu’il lui achetait aussi des bijoux à sa demande, mais uniquement dans l’idée de les revendre ensuite. C’était un accord entre eux, affirme-t-il.

– “Si on offre quelque chose à quelqu’un, l’objet appartient à cette personne, non ?”, lance le magistrat.

– “C’était un coup de poignard. Et Samia n’était même pas là. Elle avait honte de ce qu’avait fait sa mère et espérait qu’elle reviendrait sur sa décision. Elle ne m’a raconté tout ça que plus tard. Même après notre divorce, nous sommes restés en bons termes. Je continue à lui verser une pension trois fois supérieure à ce que le tribunal a fixé. Elle a même présenté un désistement en ma faveur en 2024, devant le juge d’instruction”, répond Abdenbi Bioui.

– “Vous étiez mariés à l’époque ?”

– “Oui”.

– “Pourquoi avoir porté plainte sans la consulter ?”

– “Elle ne me répondait pas. J’ai su ensuite que c’était par honte”.

Un coup de pression ?

Le président Torchi rapporte aussi la version de Jamila B., ex-belle-mère d’Abdenbi Bioui. Selon elle, seules les affaires de sa fille ont été déplacées ce jour-là. “Il a porté plainte contre moi pour faire pression sur ma fille, afin qu’elle retire sa plainte contre lui pour falsification”.

Pour situer les faits, il faut rappeler que la villa de Californie a été vendue par Abdenbi Bioui en 2013. Sur les papiers officiels, l’acheteur est Belkacem Mir, même si Hadj Ben Brahim affirme l’avoir achetée aussi. Peu importe l’acquéreur, il faut s’intéresser au vendeur. Le réel propriétaire de la villa, à l’époque, était Samia M. Elle accuse son ex-mari d’avoir falsifié une procuration pour vendre le bien. Pour faire retirer cette plainte pour faux, Abdenbi Bioui aurait faussement accusé sa belle-mère de vol. C’est en tout cas la version de la belle-mère, mais également de Samia, même si elle s’est rétractée par la suite. Nous y reviendrons.

Une longue discussion s’ensuit alors au sujet des bijoux. La Cour les projette sur les écrans, mais aucune photo ne montre de bijoux pour homme. Selon Abdenbi Bioui, la photo d’une de ses montres a été retirée, ce qui prouve que ses bijoux ont été dissimulés.

D’ailleurs, une personne l’a aidé à prouver ce vol : Dalila B., amie du couple Bioui. Elle affirme que les bijoux ont été cachés chez elle, à son insu. Après avoir été “menacée” par Abdenbi Bioui, elle a enregistré une femme de ménage de la famille, qui lui a confié avoir caché le sac de bijoux chez Dalila.

“Elle a perçu cela comme des menaces, mais moi, je lui ai simplement dit que je suivrais la procédure légale”, déclare Abdenbi Bioui.

15h20. Il est ensuite interrogé plus en détail sur sa relation avec Dalila B. Cette dernière est aussi mise en cause dans l’affaire et a déjà été entendue par la Cour. Lors de son audition, le juge l’a questionnée sur les 1.002 appels échangés avec Abdenbi Bioui et sur leurs voyages aux dates concordantes à l’étranger, mais aussi à Ifrane, à l’hôtel Michlifen.

Abdenbi Bioui a été interrogé uniquement sur les appels et le séjour à l’hôtel Michlifen.

Il explique que les nombreux appels ont eu lieu pendant la période où l’affaire de vol était au centre des tensions, sachant qu’elle était impliquée. Pour le voyage à l’hôtel Michlifen aux mêmes dates, Abdenbi Bioui affirme qu’il n’y est allé que trois fois, “et toujours à la demande des enfants”. Selon lui, si elle s’y trouvait en même temps, ce n’est qu’une coïncidence, d’autant plus qu’elle était aussi accompagnée de ses enfants.

Le président Torchi l’interroge ensuite sur le moment et les circonstances de l’arrestation de Jamila B. Celle-ci, convoquée par la BNPJ, a été arrêtée sur la route entre Oujda et Casablanca. On l’accuse d’avoir organisé, voire ordonné cette arrestation.

“Une personne de la famille m’a informé que Jamila B. prévoyait de se rendre à Casablanca pour se cacher chez une amie”, explique Abdenbi Bioui.

– “Saviez-vous qu’un avis de recherche avait été lancé contre elle ?”, demande le président Torchi.

– “Mon avocat à Casablanca, Me Benmalek, m’a dit que les procédures étaient faites. C’est mon avocate à Oujda, Me Faraji, qui m’a informé de l’émission de l’avis de recherche à Oujda”, répond l’accusé.

“Je ne vais pas le corrompre pour des faits vieux de dix ans”

Il est ensuite interrogé sur sa relation avec le policier Saïd T., également accusé dans cette affaire. Il était en charge de l’enquête sur le vol imputé à Jamila B. “Je l’ai rencontré au moment des faits, puis je l’ai revu lors des événements de Jerada. En 2023, il m’a demandé de l’aider à trouver un logement à Saïdia. Je lui ai donné le contact d’un agent immobilier à qui je confie mes appartements via une agence. Mais cet agent ne gérait pas que mes biens”, explique Abdenbi Bioui

– “Cet agent lui a-t-il loué votre appartement gratuitement pendant une semaine ?”, demande le magistrat.

-“Je n’ai pas eu le temps de vérifier si l’agent a été payé, l’enquête avait commencé. Mais sachez que si j’avais croisé Saïd T., je n’aurais pas accepté d’être payé. De toute façon, je ne vais pas le corrompre avec une location à 6.000 ou 7.000 DH pour des faits vieux de dix ans !”, répond-il.

15h54. Sur les accusations de coups et blessures visant le frère de Samia M., Abdellatif, le président Torchi cite plusieurs témoins. Selon eux, c’est Abdenbi Bioui qui leur aurait demandé de témoigner contre Abdellatif, pour qu’il soit condamné. Ils affirment qu’il a tout organisé. L’un d’eux, aussi mis en cause dans l’affaire, a été appelé à la barre et a confirmé ces propos face au juge. Il affirme avoir présenté un faux témoignage à la demande d’Abdenbi Bioui, contre Abdellatif M.

“Je ne les connais pas. Et ce n’est pas ce qu’ils ont dit devant le juge d’instruction. J’en connais un depuis son enfance. Il a menti contre moi, pensant que je lui avais bloqué des camions. Aujourd’hui, je vous demande de le convoquer pour qu’il prête serment. S’il confirme ses accusations, alors considérez que tout ce qu’on dit sur moi est vrai”, déclare-t-il, sûr de lui.

Plainte et désistement en cinq jours

Le président Torchi revient sur le cas de Samia M. À l’écran, un désistement apparaît, légalisé au consulat du Maroc à Paris, signé par l’intéressée le 1er juillet 2013. Pour rappel, la plainte d’Abdenbi Bioui contre sa belle-mère date du 25 juin 2013, soit cinq jours plus tôt. Un enchaînement qui interpelle, mais Abdenbi Bioui ne se démonte pas.

“Si elle avait été contrainte à l’époque, pourquoi aurait-elle réaffirmé ce désistement en 2024 ? J’étais en prison, je ne pouvais exercer aucune pression sur elle”, argumente-t-il.

-“Dans quelles conditions s’est-elle alors désistée ?”, demande le président Torchi.

– “C’est son avocat, Me Zehaf, qui a informé le mien que c’était dans le cadre d’une médiation entre les parties”, répond l’accusé.

– “Cette médiation a-t-elle été consignée ? Avez-vous mandaté un avocat ?”, relance le président.

– “C’est elle qui a établi le document. Elle n’a mandaté personne. Elle l’a juste transmis par son avocat”, affirme Abdenbi Bioui.

Mais le juge Torchi insiste : “Pourquoi s’est-elle désistée à cette date précise ?”

“Elle a compris que j’étais de bonne foi”, affirme Abdenbi Bioui. Il ajoute que son ex-femme a même proposé de fournir “tout autre document pour aider”.

Mais le président Torchi lui rappelle que Samia M. a été entendue par la police judiciaire le 29 août 2023. Ce jour-là, elle a déclaré s’être désistée uniquement “pour permettre à sa mère de sortir de prison, où elle était placée injustement”.

“Mais un an plus tard, elle a confirmé son désistement. Elle aurait pu revenir dessus, mais elle ne l’a pas fait. À ce moment-là, ni sa mère ni son frère n’étaient en prison. Moi, si”, répond Abdenbi Bioui.

16h30. Le président Torchi lève l’audience. L’affaire est renvoyée au jeudi 26 juin.

LIRE AUSSI : Notre dossier “Affaire Bioui – Naciri” 

 

Première audition de Abdenbi Bioui devant la cour d’appel de Casablanca

Abdenbi Bioui, ex-député et ancien président de la région de l’Oriental, a été entendu pour la première fois par la cour d’appel de Casablanca ce jeudi 12 juin. Son audition marque une nouvelle étape dans ce procès retentissant.

Après plusieurs audiences consacrées à l’audition de Saïd Naciri, c’est désormais au tour de son camarade du Parti authenticité et modernité (PAM) de s’expliquer devant la chambre des crimes financiers.

La cour d’appel de Casablanca lui a rappelé les chefs d’accusation retenus contre lui, parmi lesquels figurent des faits particulièrement graves : trafic international de drogue, faux et usage de faux, facilitation de l’entrée et la sortie clandestines de ressortissants étrangers de manière régulière dans le cadre d’une association et entente.

À cela s’ajoute la complicité dans un acte arbitraire portant atteinte à la liberté individuelle, pour des motifs relevant de considérations personnelles ; ainsi que plusieurs chefs d’accusation dont la liste exhaustive est à consulter ici.

Ce dernier volet concerne un épisode de trafic d’influence, dans lequel Abdenbi Bioui est suspecté d’avoir instrumentalisé ses pouvoirs contre son ex-femme et son ex-belle-mère, qu’il accusait de vol.

La cour avait déjà abordé cet aspect du dossier en début de procès lors de l’interrogatoire d’autres accusés par le président Ali Torchi, notamment une amie du couple et un ancien policier. Tous deux sont poursuivis pour avoir aidé Abdenbi Bioui à monter ces accusations.

LIRE AUSSI : Notre dossier “Affaire Bioui-Naciri” 

Belkacem Mir : baron de la drogue… et grand trafiquant d’or ?

Au cours du procès qui se tient à la chambre criminelle de Casablanca émerge un pan moins connu de l’affaire dite « Escobar du Sahara » : le trafic de l’or. Un accusé incarne en particulier ce versant du dossier. Il s’agit de Belkacem Mir. Ancien député du Parti authenticité et modernité (PAM) et beau-frère de Abdenbi Bioui — présenté comme le cerveau du réseau —, il est soupçonné d’avoir joué un rôle central dans la contrebande d’or en provenance du Sahel.

« Je n’ai aucun lien avec le commerce de l’or. Mes seules activités, c’est l’immobilier et l’agriculture. Tout le monde à Oujda me connaît comme promoteur et agriculteur », s’est défendu Belkacem Mir, entendu par le juge Ali Torchi lors de l’audience du vendredi 11 avril.

D’où lui vient alors ce statut ? Des révélations du baron malien Hadj Ahmed Benbrahim, celui qui a inspiré l’appellation médiatique de cette affaire. Entendu comme plaignant et témoin, il décrit Mir comme l’un des plus gros acteurs du marché clandestin de l’or au Maroc.

Selon sa déposition à la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), Belkacem Mir aurait importé de l’or depuis le Niger et le Mali, via la frontière sud du pays, jusqu’à Oujda. Il affirme lui avoir personnellement livré à sept reprises 100 kg d’or.

Plus globalement, il assure que l’accusé commerçait avec des fournisseurs maliens et mauritaniens, achetant entre 30 et 120 kg d’or à chaque transaction.

Face à ces accusations, Mir maintient sa ligne de défense. « Je ne suis pas un marchand d’or. Donnez-moi la preuve de ces accusations. N’y a-t-il pas des interceptions d’appels téléphoniques avec ces fournisseurs ? Des moyens de me localiser en Mauritanie ou au Mali ? », poursuit l’accusé. Ce dernier nie également les allégations selon lesquelles il avait pour usage de troquer son cannabis contre de l’or, comme le laisse entendre Benbrahim.

Belkacem Mir est l’un des principaux accusés dans cette vaste affaire de trafic de stupéfiants. Il est poursuivi notamment pour « commerce, transport, exportation et tentative d’exportation de drogues », « corruption », « falsification de documents officiels », « facilitation de l’entrée et de sortie irrégulières vers et depuis le territoire marocain dans le cadre d’une bande criminelle ».

Le procès se poursuivra le vendredi 18 avril. L’audience sera consacrée à l’interrogatoire d’une autre figure du PAM, Saïd Naciri, présenté comme le logisticien du réseau criminel.

Abderrahim Bioui : « Les trafiquants de drogue, je leur souhaite la peine de mort »

« Je n’ai aucun lien avec le trafic de drogue. Je suis totalement opposé à cette pratique. Les trafiquants ne méritent pas dix, vingt ans de prison. Ils méritent la peine capitale ». Jugé aux côtés de son frère aîné, Abdenbi Bioui, dans l’affaire dite de l' »Escobar du Sahara », Abderrahim Bioui a été interrogé ce vendredi 21 mars par la chambre criminelle de Casablanca.

Dirigeant de l’entreprise Bioui Travaux et maire de la commune de Aïn Sfa (Oriental), l’accusé a réfuté toute implication dans ce dossier, où il est présenté comme l’une des figures de proue d’un vaste réseau international de trafic de stupéfiants.

L’arrestation de Abderrahim Bioui remonte à octobre 2023. Elle a été déclenchée par le témoignage de l’homme qui a inspiré le nom de l’affaire : El Hadj Ahmed Benbrahim, un ressortissant malien et puissant baron de la drogue en Afrique. Depuis sa cellule de prison à El Jadida, celui que l’on compare au Colombien Escobar avait dénoncé ses connexions au Maroc. Parmi les individus cités, Abderrahim Bioui est décrit comme le gérant du réseau en association avec son frère Abdenbi et avec l’aide de Said Naciri, accusé d’être le logisticien du groupe.

« Je n’ai jamais vu El Hadj Ahmed Benbrahim et il ne m’a jamais vu. Je souhaite qu’on organise une confrontation », répond l’accusé lorsque le juge Ali Torchi lui expose les déclarations du « Malien ». Ce dernier évoque pourtant des rencontres récurrentes entre 2013 et 2014. Au cours de ces six réunions, qui se sont déroulées précisément à Fès, dans un hôtel, Abderrahim Bioui lui aurait remis des sommes allant de 4 à 5 MDH à chaque fois. Ces montants étaient destinés à financer l’exportation de drogue depuis le Maroc vers la Libye, en passant par l’Algérie et le Niger.

En 2015, au moins trois opérations sont évoquées, impliquant 15, 10 puis 40 tonnes de chira. Ce dernier convoi a été intercepté par le BCIJ. Une prise d’envergure. Sur les 40 tonnes, Benbrahim attribue une grande partie aux frères Bioui. Parmi les véhicules saisis, un camion inclus dans une livraison de sept véhicules de marque chinoise que Abdenbi Bioui avait acquis en 2014 auprès du ressortissant malien.

Selon l’enquête, les véhicules restants – qui n’ont jamais été homologués par les autorités – ont été utilisés dans l’exploitation de carrières par la société Co-Fabri Bitumes, une filiale de Bioui Travaux. Ces véhicules sont également soupçonnés d’avoir été employés dans le trafic qui s’est poursuivi encore quelques mois avant le début des arrestations. Convoqué par la BNPJ en octobre 2023, Abderrahim Bioui aurait ordonné à ses employés de transporter les camions dans une ferme à Aïn Sfa. Ils ont alors été privés de leur GPS avant d’être démantelés. Les numéros de châssis ont été détruits à l’aide de chalumeaux.

Une tentative de dissimuler de futures pièces à conviction ? L’homme d’affaires parle plutôt d’une pratique courante pour les véhicules défectueux. « Après deux ou trois accidents, les garder devient plus coûteux que de les démonter en pièces détachées. Celles-ci sont ensuite vendues ou utilisées comme pièces de rechange. Le numéro de série est brûlé pour qu’il ne soit pas réutilisé à des fins malveillantes », explique Abderrahim Bioui. « Les GPS ont été enlevés parce que nous payons un abonnement pour et qu’il n’est plus utile de les conserver dans des camions destinés à la casse », ajoute-t-il.

Sur la période post-2022, l’intéressé a versé, à un rythme quasi quotidien, 2 à 12 MDH sur ses huit comptes bancaires personnels. Confronté à l’origine de ces montants, Abderrahim Bioui répond : « Ces sommes, c’est rien ! Je gagne 100 millions de dirhams par an grâce à la vente de mes produits agricoles. L’activité de bétail me rapporte quant à elle 20 millions de dirhams. Je ne parle même pas des revenus de mon entreprise, Bioui Travaux. Ces cinq dernières années, nous avons fait passer le chiffre d’affaires à 1,7 milliard de DH. Je peux justifier chacun de ces chiffres, expertise à l’appui« .

Depuis 2015, Abderrahim Bioui est le propriétaire et gérant unique de Bioui Travaux, entreprise familiale jusqu’alors dirigée par son frère Abdenbi. Ce dernier s’en était-il retiré concomitamment à son élection à la tête du conseil régional de l’Oriental ? La réponse de Abderrahim laisse suggérer la piste de l’éviction, et non celle d’un élu qui se serait retiré par crainte d’un conflit d’intérêts. « Mon frère était doué pour gagner de l’argent, mais ne savait pas le garder ».

Prison locale Aïn Sebaâ 1 : Bioui et Naciri ne bénéficient d’aucun traitement de faveur

Dans un communiqué de la direction de la prison locale Aïn Sebaâ 1, cet établissement réagit aux allégations diffusées sur les réseaux sociaux par un ancien détenu. Il y fait état d’un traitement de faveur dont auraient bénéficié Abdenbi Bioui et Said Naciri, poursuivis dans le cadre de l’affaire dite « Escobar du Sahara ».

La direction de la prison affirme que, contrairement à ces allégations, la cellule individuelle de Said Naciri est soumise à des fouilles périodiques selon la réglementation en vigueur et qu’aucune substance illicite n’y a été découverte.

Pour Abdenbi Bioui, la même source nie le fait que sa cellule ait été repeinte avant qu’il y soit incarcéré, comme le prétend l’ex-détenu. La peinture et les travaux de réfection se font selon les besoins de l’entretien, sans distinction entre les détenus, affirme la direction de la prison locale Aïn Sebaâ 1.

Affaire Bioui-Naciri : un « intermédiaire » au cœur de transactions immobilières suspectes

Devant le tribunal, Fouad Y. se défend en expliquant qu’il n’était qu’un simple intermédiaire, chargé par Saïd Naciri de trouver des acheteurs pour deux appartements. Pourtant, les acquéreurs affirment lui avoir remis directement le montant de la vente, convaincus qu’il était le véritable propriétaire. Une divergence qui alimente les interrogations, surtout que le réel propriétaire de ces appartements était Hadj Ahmed Ben Brahim, alias « Escobar du Sahara ».

L’audience a également été marquée par l’audition d’un nouvel accusé, Abderrahim Bioui, frère de Abdenbi Bioui, principal mis en cause dans ce dossier. Il est interrogé sur des accusations d’intimidation et d’humiliation portées par l’ex-femme de son frère. Face aux témoignages, il nie en bloc.

« Saïd Naciri n’est pas une personne lambda »

Fouad Y., entrepreneur et ancien résident en Allemagne, a fait la connaissance de Saïd Naciri en 2013 par l’intermédiaire de Abdenbi Bioui. En juillet 2014, ce dernier le contacte pour l’aider à vendre deux appartements.

« J’ai informé des agents immobiliers de la disponibilité de ces appartements. Ensuite, j’ai été contacté par un policier haut gradé dans la région qui m’a dit être intéressé par ces appartements pour un membre de sa famille et pour un de ses amis », poursuit l’accusé qui assure qu’à ce moment-là, il ne savait pas encore que le véritable propriétaire de ces appartements était Hadj Ben Brahim, alias le Malien.

Or, selon les déclarations des acquéreurs recueillies par la police judiciaire, Fouad Y. se présentait comme le propriétaire des biens et leur a même fait visiter plusieurs appartements avant que leur choix se porte sur l’un d’eux. C’est pourquoi ils lui ont remis le montant de la vente. Mais Fouad Y. relève avec insistance une contradiction dans les propos des acquéreurs. Selon lui, tantôt ils évoquent une remise du montant de la vente dans le restaurant de Fouad Y. en présence de la notaire, tantôt à son étude.

L’accusé affirme qu’il a agi en simple intermédiaire, sans commission, et sur instruction de Saïd Naciri, allant jusqu’à orienter les acheteurs vers la notaire Salima B., à sa demande.

« Saïd Naciri n’est pas une personne lambda. Il ne va pas me rouler dans la farine », déclare l’accusé pour confirmer la confiance placée en celui qu’il pensait être son mandant, et pour le compte de qui il a réceptionné le montant de la vente.

« On m’a remis l’avance avant que je ne sache qui était le véritable propriétaire », assure-t-il.

Le procureur l’interroge : « Pourquoi avoir continué à encaisser des paiements alors que la notaire était impliquée ? »

Fouad Y. se défend en expliquant que les chèques lui avaient été remis dès le départ. Et il lui a été demandé de les verser séparément et progressivement.

Mais le dossier prend une autre tournure lorsque le procureur l’interroge sur son activité dans l’exploitation des sables. L’avocat de la défense intervient aussitôt, rappelant que cette accusation ne figure pas dans le dossier. Le parquet en prend note et demande l’ajout d’un nouveau chef d’accusation.

Une vente avec procuration

Une seconde transaction, effectuée en février 2015, relance les soupçons. Fouad Y. déclare avoir signé un acte de vente au nom et pour le compte de Saïd Naciri sur la base d’une procuration, un point que la défense conteste fermement. L’avocat M’barek Meskini réclame l’audition de deux notaires pour clarifier les responsabilités dans ces ventes.

Il souhaite que ces notaires présentent les documents liés à ces ventes pour déterminer « qui a signé l’acte et qui a reçu l’argent ».

La défense de Saïd Naciri se constitue partie civile contre Fouad Y. Aucune demande de réparation n’a toutefois été formulée.

En fin d’audience, un nouvel accusé est appelé à la barre : Abderrahim Bioui, président communal et frère de Abdenbi Bioui, principal accusé dans l’affaire. Il doit répondre à des accusations liées à l’ex-femme de son frère, Samia M., qui affirme avoir été humiliée publiquement par lui. Face aux témoignages, il nie catégoriquement les faits.

Il l’interrogera sur d’autres volets lors de la prochaine audience fixée au 21 mars.

LIRE AUSSI : Notre dossier « Affaire Bioui-Naciri »

« Escobar du Sahara » : la branche algérienne du réseau

L’affaire dite de « l’Escobar du Sahara » est un dossier maroco-algérien. Alors que l’on parlait jusque-là du réseau de trafic international de drogue dirigé par l’ex-parlementaire Abdenbi Bioui, le procès met en lumière des ramifications et d’importantes complicités chez le voisin de l’Est.

Ces éléments sont incarnés par un certain Abdelkader l’Algérien, dirigeant présumé d’une cellule criminelle opérant depuis l’Algérie et qui servait de relais à la branche marocaine pour exporter le cannabis vers d’autres pays, dont l’Égypte.

Le nom de Abdelkader l’Algérien est revenu avec insistance lors de l’audience tenue ce vendredi 21 février à la chambre criminelle de Casablanca. L’implication de cet individu a été évoquée à travers le cas de Jamal M., l’un de ses compatriotes jugés parmi la vingtaine d’accusés arrêtés dans cette affaire.

« Je n’ai aucun rapport avec le trafic de drogue. Ma relation avec Abdelkader est purement amicale », déclare l’accusé. Le juge Ali Torchi a eu beau relancer Jamal M. sur la nature de ses liens avec le trafiquant algérien, il ne recevra aucune réponse de l’accusé, longuement interrogé dans la salle 8 de la cour d’appel.

Pourtant, l’intéressé peut difficilement plaider l’absence d’éléments à charge. Interceptés par la BNPJ, des dizaines d’appels téléphoniques révèlent une relation qui va au-delà des rapports amicaux. Des échanges, certains datant de quelques jours avant le début des arrestations en octobre 2023, suggèrent une relation de subordination envers Abdelkader l’Algérien, son employeur.

Jamal M., trentenaire à l’allure chétive, est présenté comme le correspondant de Abdelkader au Maroc. L’enquête fait remonter son recrutement à 2021, une période qui coïncide avec son entrée dans le Royaume. Il obtiendra la même année la nationalité marocaine.

Suivant les consignes de son patron, il s’établira à Casablanca, précisément dans le quartier du Maârif, où il louera un appartement pour une mensualité de 7.000 DH.

Depuis le Maroc, Jamal M. participera à plusieurs opérations d’exportation de cannabis cultivé à Ketama, au nord du pays. La nature de son rôle n’a pas été explicitée lors de l’interrogatoire à l’audience. On comprendra néanmoins qu’il faisait office de coordonnateur entre la branche marocaine et son employeur en Algérie. On lui prêtera également plusieurs rencontres avec Abdelkader l’Algérien à Tlemcen.

Une coopération fructueuse ? Des éléments semblent l’indiquer. En moins de deux ans, l’intéressé s’est constitué un patrimoine immobilier de plusieurs millions de dirhams, dont un appartement de 1,7 MDH à Mohammédia. Au garage, une Porsche Cayenne (valeur estimée à près de 1 MDH) et une Audi Q3…

« J’achète et vends des voitures. C’est ma seule activité », répond Jamal M., interpellé sur de nombreux transferts d’argent au Maroc et en dehors du Royaume. Des sommes liées selon lui à son business de voitures d’occasion.

Qu’en est-il de ses trois appartements ? « Je les ai achetés après la vente d’un local commercial en Algérie, légué par mon père en 2018 », se défend Jamal M., interrogé par le juge sur la célérité avec laquelle il s’est constitué un patrimoine au Maroc.

La vente du local en question aurait rapporté près de 3 MDH à l’accusé. Une somme qu’il aurait, selon ses dires, fait entrer en plusieurs tranches au Maroc via l’aéroport. Le tout sous les radars des autorités marocaines.

« Avez-vous déclaré ces montants à l’Office des changes ? », l’interroge le juge Ali Torchi. « Non, puisque l’argent est entré sous forme de petits montants introduits par des membres de la famille », répond Jamal M.

Les interrogatoires se poursuivront le vendredi 28 février.

Affaire « Escobar du Sahara » : des complicités aux frontières maroco-algériennes

Aujourd’hui public, le procès de l’affaire dite « Escobar du Sahara » révèle peu à peu ses secrets. Certaines informations sont sensibles. Elles concernent l’étendue des complicités, allant jusqu’à des membres des forces armées, dans le réseau de trafic de drogue qu’Abdenbi Bioui est accusé d’avoir dirigé pendant près de deux décennies.

Le réseau présumé de l’ex-parlementaire et ancien président du conseil régional de l’Oriental (PAM) est suspecté d’avoir acheminé plus de 200 tonnes de cannabis du Maroc vers l’Algérie, à travers la frontière orientale.

Les opérations étaient toujours en cours en octobre 2023, quelques jours avant le début des arrestations. C’est ce que révèlent les écoutes des appels interceptés par la BNPJ, impliquant des individus parmi la vingtaine d’accusés jugés devant la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca.

Mais comment de telles quantités ont-elles pu être transportées sur une aussi longue période sans éveiller les soupçons des autorités ? Le mode opératoire du réseau se dévoile au fur et à mesure des interrogatoires des accusés. Un exercice entamé il y a plus d’un mois et qui s’est poursuivi lors de l’audience du vendredi 14 février à la chambre criminelle de Casablanca.

Les « têtes du réseau » n’ont pas encore été entendues, mais les auditions des « petites mains » offrent un aperçu d’un dispositif bien rodé, soutenu directement par des militaires à la frontière maroco-algérienne.

« Je ne suis qu’un petit agriculteur. Je n’ai rien à voir avec cette histoire. Vous vous trompez de personne. Les Benaouda sont nombreux dans mon douar et dans ma région ! », répond l’un des accusés. La BNPJ a-t-elle arrêté un homonyme ? Interrogé par le juge Ali Torchi, A. B. axe sa défense sur cet argument. Il est accusé d’avoir « facilité la sortie illégale de Marocains du territoire national », de « corruption » et de participation au trafic de drogue.

L’intéressé aurait intégré le trafic sur les conseils d’un certain Abderrazak, soldat à la retraite. Ce dernier lui aurait communiqué les numéros d’anciens collègues à la frontière pour coordonner les opérations.

L’implication de A.B. ressort des appels interceptés par la BNPJ. À travers ses conversations, il est fait mention des points 88 et 90, identifiés comme des zones privilégiées par le réseau. Avant chaque opération, le militaire chargé de la surveillance était contacté pour détourner la caméra et faciliter le transit du cannabis.

La drogue transportée était souvent répartie en dix tranches, puis transférée, généralement la nuit, en plusieurs étapes et via différents points. À la frontière, « le responsable de la caméra » recevait 36.000 DH pour chaque ballot. Les autres complices, souvent de petits agriculteurs, percevaient environ 10.000 DH pour chaque opération.

« Je ne suis qu’un porteur, et non un trafiquant ». Interrogé par le juge Ali Torchi, S.H. est accusé d’avoir pris part physiquement à plusieurs opérations. Ses appels téléphoniques montrent comment il organisait les itinéraires « les plus sûrs » avec d’autres membres du réseau.

Un autre accusé, A.H. semble avoir dirigé une partie des opérations. Il s’agit du frère de S.H. Ce dernier a été interrogé lors d’une audience précédente.

Il opérait sous la direction de B. M. Présenté comme l’un des chefs du réseau, ce parlementaire du PAM est le gendre d’Abdenbi Bioui. Les deux n’ont pas encore été entendus par la chambre criminelle.

Les interrogatoires se poursuivront le vendredi 21 février.

Affaire « Escobar du Sahara » : des fonctionnaires communaux à la barre

La chambre criminelle de la cour d’appel de Casablanca poursuit l’interrogatoire des accusés dans l’affaire dite « Escobar du Sahara« . Ce jeudi 23 janvier, le juge Ali Torchi n’avait pas encore entamé les questions relatives au trafic international de drogue, principal volet de ce procès ouvert en mai 2024. Le magistrat souhaite d’abord élucider les accusations de spoliation immobilière visant Abdenbi Bioui.

Les faits remontent à 2013. L’ancien président de la région de l’Oriental est accusé de s’être approprié deux biens de son ex-conjointe via des procurations fallacieuses, avec des complicités au sein des services de légalisation de la commune d’Oujda.

Des fonctionnaires de la commune sont ainsi suspectés d’avoir aidé Bioui en légalisant frauduleusement lesdites procurations. Ces documents ont fait l’objet d’une expertise de la police judiciaire qui a confirmé la falsification de signatures attribuées à la victime.

« C’est une faute professionnelle. Il n’y a jamais eu de volonté de falsification ». Entendu par le juge, Tayeb T. réfute les accusations de « faux » qui le visent. Au moment des faits, il était responsable du registre où les opérations ont été numérotées et consignées. Mais il résume son rôle à l’enregistrement des données qui lui ont été transmises par des collègues. « Je ne suis pas chargé des vérifications. C’est la fonction de l’agent vérificateur », insiste l’intéressé.

S’il assure qu’une dame s’est présentée personnellement pour enregistrer les procurations, Tayeb T. estime que c’était à l’agent vérificateur de s’assurer préalablement de son identité et de sa signature.

L’agent vérificateur, c’est Soulaimane K., et il a également été interrogé lors de l’audience. Il affirme avoir accueilli l’ex-conjointe de Bioui en personne, tout en vérifiant méticuleusement son identité et les raisons de sa venue.

Comme son collègue, Soulaimane K. nie toute implication dans la falsification des procurations et tout lien avec Abdenbi Bioui qu’il ne connaît pas personnellement, selon ses dires. « Ma probité ne souffre d’aucun doute. Quel intérêt aurais-je à falsifier pour le compte de Bioui ? », clame-t-il devant le juge Ali Torchi.

Dans ce volet de l’affaire, le président tente encore d’élucider une inconnue : les deux procurations ont des traces dans les registres, mais les documents eux-mêmes sont introuvables dans les archives de la commune.

Au moment où nous mettions cet article en ligne, le président avait levé l’audience pour une heure…